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Haïti

Nom officiel : République d'Haïti

Carton de situation - Haïti
Drapeau d'Haïti
Drapeau d'Haïti

État insulaire des Grandes Antilles baigné au nord par l'océan Atlantique, au sud par la mer des Antilles, Haïti occupe la partie occidentale de l'île du même nom.

  • Superficie : 27 750 km2
  • Nombre d'habitants : 10 317 000 (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Haïtiens
  • Capitale : Port-au-Prince
  • Langues : créole et français
  • Monnaies : gourde et dollar des États-Unis
  • Chef de l'État : Jocelerme Privert
  • Chef du gouvernement : Evans Paul
  • Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel
  • Constitution :
    • Adoption : mars 1987
Pour en savoir plus : institutions d'Haïti

GÉOGRAPHIE

État peuplé en majorité de Noirs, la république d'Haïti est un pays au climat tropical (fréquemment touché par des cyclones), formé de chaînons montagneux séparés par des terres plus basses, qui produisent du café, des bananes et de la canne à sucre. Le sous-sol recèle de la bauxite. Le niveau de vie est très bas, et les tensions sociales demeurent vives dans ce pays surpeuplé, sous-industrialisé et endetté, frappé de surcroît le 12 janvier 2010 par un séisme meurtrier et dévastateur dans la région de Port-au-Prince. Haïti doit compter sur les fonds versés par la diaspora et sur l'aide internationale pour survivre.

1. Le milieu naturel

Située à l'est de Cuba et à 190 km au nord-est de la Jamaïque, la République d'Haïti occupe le tiers occidental de l'île d'Haïti (ancienne Saint-Domingue) et comprend plusieurs dépendances (l'île de la Gonâve, qui occupe l'entrée de la baie de Port-au-Prince, l'île de la Tortue, située au large de la côte septentrionale de la presqu'île du Nord-Ouest, et de nombreuses petites îles).

1.1. Le relief

La disposition du relief est sans doute le fait naturel le plus important dans la vie du pays. Du nord au sud se succèdent chaînes plissées, vallées et fossés d'effondrement, qui compartimentent le pays et rendent les communications difficiles. La plaine du Nord, ou plaine du Cap-Haïtien, plaine alluviale aux sols fertiles, s'étend sur 935 km2. Elle est dominée au sud par les sommets calcaires du massif du Nord ; celui-ci culmine à 1 196 m et prolonge la Cordillère centrale de la République dominicaine, qui forme l'épine dorsale de l'île. La presqu'île du Nord-Ouest est occupée par la fosse de Gros-Morne, fossé d'effondrement en bordure de la terminaison du massif du Nord, par les plaines des Moustiques et de l'Arbre (320 km2) et par le vaste plateau calcaire de Bombardopolis, qui atteint 1 060 m au sud-est.

Le plateau central est une région déprimée qui s'étend entre le massif du Nord et les montagnes Noires, chaînes calcaires qui occupent le centre du pays et culminent à 1 788 m. Cette chaîne domine la vallée de l'Artibonite, qui prend le territoire de la république en écharpe du sud-est au nord-ouest et qui forme sa plus vaste plaine, avec 1 700 km2. La chaîne des Matheux (sommet à 1 586 m d'altitude), prolongée par les montagnes du Trou d'Eau jusqu'à la frontière, borde au nord la baie de Port-au-Prince et isole le sud du pays des régions centrales et septentrionales. La plaine du Cul-de-Sac, ou plaine de Port-au-Prince, est un fossé d'effondrement entre la chaîne des Matheux et le vigoureux plissement qui s'élève dans le sud d'Haïti. Cette plaine se prolonge par la petite plaine littorale de Léogane pour former un ensemble de 825 km2.

Les puissantes chaînes calcaires de la Selle et de la Hotte atteignent respectivement 2 680 m et 2 347 m sur la bordure méridionale du pays, formant un bourrelet impressionnant entre la mer des Antilles et le golfe de la Gonâve. Quelques petites plaines littorales échancrent cet ensemble montagneux : plaine des Cayes (360 km2), plaine de Jacmel (90 km2).

Le littoral, qui s'étire sur plus de 1 500 km, est largement échancré à l'ouest par le golfe de Gonâve, déterminé par les deux péninsules, et ouvert sur le canal du Vent (dit aussi passage au Vent), large de 90 km, qui fait communiquer l'Atlantique et la mer des Antilles ; au fond du golfe, l'île de la Gonâve ferme la baie de Port-au-Prince.

Au total, environ 30 p. 100 de la superficie se trouvent au-dessus de 500 m d'altitude. Par contre, les plaines ne s'étendent que sur 4 800 km2 (17 % de la superficie totale). Compte tenu de la forte densité de population et de la prédominance d'une économie de type agricole, le manque de terres cultivables est un problème fondamental.

1.2. Un climat tropical maritime pluvieux

Haïti possède un climat tropical maritime pluvieux. La saison des pluies dure d'avril à octobre. La température s'abaisse avec l'altitude ; vers 1 500 m, les moyennes annuelles sont tempérées. De décembre à mars, des coups de vent frais peuvent se produire dans la région du Nord et être sensibles jusque dans les montagnes du Sud. Dans les régions basses, les plaines abritées sont beaucoup plus chaudes que les côtes exposées à l'alizé.

La géographie des pluies est étroitement liée à l'orientation des reliefs. Les régions montagneuses humides alternent avec les dépressions sèches, parfois arides. Les montagnes reçoivent en général plus de 1,5 m d'eau par an, sauf sur leur flanc orienté à l'ouest, à l'abri des alizés (cas de la chaîne des Matheux, du littoral du plateau de Bombardopolis). Les côtes du Sud et du Nord sont aussi bien arrosées. Cependant, à l'approche de la frontière, la plaine du Nord est plus sèche, un phénomène d'abri intervenant à cause de la relative proximité de la chaîne septentrionale de la République dominicaine. Dans ces régions, le minimum pluviométrique du carême (saison sèche) est beaucoup moins marqué que dans les fossés et les plaines abrités du vent, où les hauteurs d'eau descendent souvent au-dessous de 1 000 mm. La vallée de l'Artibonite, la région déprimée de l'étang Saumâtre ont un climat sec. La plaine autour de Port-au-Prince, avec 1 200 mm d'eau par an, est moins sèche, ainsi que celle de Léogane ; toutes deux bénéficient des condensations qui se produisent au contact de la montagne de la Selle.

Les pluies connaissent des variations interannuelles considérables qui aggravent certaines années les conditions moyennes qui règnent dans les régions les moins arrosées. Sur les reliefs eux-mêmes, la nature fréquemment calcaire des roches ainsi que la vigueur des pentes, entraînant la disparition rapide des eaux en surface, peuvent provoquer une véritable sécheresse des sols, défavorable à la végétation. Les régions les mieux douées pour l'agriculture, par le relief, connaissent souvent des conditions climatiques sévères. Des travaux d'hydraulique agricole deviennent indispensables. Faute de capitaux et des moyens techniques nécessaires, l'agriculture n'a eu d'autre ressource que de s'installer sur les pentes humides, avec tous les inconvénients que cela présente.

1.3. La végétation

À l'état naturel, Haïti était recouvert de forêts. Le pays a été entièrement déboisé pour l'agriculture et pour produire du charbon de bois, principale, sinon unique, source d'énergie pour les ménages. Le déboisement des montagnes, provoquant l'accélération de l'érosion et la disparition des sols, a pris l'allure d'une véritable catastrophe nationale.

1.4. Les catastrophes naturelles : tremblements de terre et cyclones

Des tremblements de terre meurtriers

Haïti est situé à la frontière de deux plaques tectoniques, la plaque nord-américaine et la plaque des Caraïbes (située sous la mer des Antilles). Ces deux plaques coulissent en sens inverse l'une de l'autre. La zone de collision est marquée par deux lignes de faille. La première, qui passe au nord d'Haïti, correspond, en tectonique, à un mouvement de subduction, dans lequel une plaque glisse sous une autre. L'autre faille, qui traverse la presqu'île du sud du pays de Tiburon, à l'ouest, jusqu'à Port-au-Prince puis la frontière de la République dominicaine, à l'est, court sur plusieurs centaines de kilomètres. Il s'agit d'une faille transformante, une faille de décrochement, continuellement menaçante, car la pression que les plaques exercent l'une sur l'autre provoque une accumulation d'énergie qui finit par se libérer lors de séismes. Dans la région d'Haïti, le mouvement des plaques est assez lent, d'où une longue durée qui peut séparer deux séismes.

Ce contexte explique qu'Haïti a subi plusieurs séismes ces derniers siècles. La capitale, Port-au-Prince, a été détruite par deux grands tremblements de terre, en 1751 puis en 1771. Cap-Haïtien, sur la côte septentrionale, a été sévèrement endommagée en 1842. En 1887 et en 1904, la terre a tremblé dans le nord du pays, occasionnant des dégâts à Port-de-Paix et à Cap-Haïtien.

Les tremblements de terre sont particulièrement meurtriers. La plupart des bâtiments ne sont pas construits aux normes parasismiques, que ce soit les bâtisses qui datent du temps des colonies, les immeubles en béton ou les habitats précaires des bidonvilles, nombreux à Port-au-Prince.

Le tremblement de terre de 2010 a été le plus dévastateur depuis deux siècles. D'une magnitude de plus de 7,1 sur l'échelle de Richter, son épicentre s'est situé à proximité de Port-au-Prince. Il a fait entre 250 000 et 300 000 morts, plus de 300 000 blessés et plus d'un million de sans-abri, et provoqué des dégâts considérables. Port-au-Prince, la capitale, qui regroupe deux millions d'habitants, a été en partie détruite.

Des cyclones fréquents et dévastateurs

Haïti est situé sur le trajet des cyclones tropicaux qui prennent naissance dans l'océan Atlantique et se dirigent vers le golfe du Mexique. En 1994, une tempête a causé la mort de plusieurs milliers de personnes dans la région de Jacmel, située sur la côte méridionale du pays. En 2008, quatre cyclones ont dévasté le pays, détruisant les cultures et les habitations.

2. La population

L'île d'Hispaniola était l'une des plus peuplées des Antilles avant l'arrivée des Espagnols en 1492. Les Amérindiens, des Arawaks originaires d'Amérique du Sud, disparaissent en quelques années dans le terrible choc de la conquête. La partie occidentale de l'île, délaissée par les Espagnols, est progressivement occupée par les Français, qui y établissent, au xviiie s., la plus puissante colonie esclavagiste des Amériques, qui porte alors le nom de Saint-Domingue. Pendant l'insurrection antiesclavagiste (1791-1804), qui met fin à la colonisation française et donne naissance à la République d'Haïti, la plupart des colons quittent l'île. Ceci explique pourquoi l'immense majorité de la population actuelle descend de ces Africains amenés en masse comme esclaves au cours du siècle des Lumières. Haïti est le plus ancien État indépendant du continent américain après les États-Unis.

Tous les indicateurs chiffrés traduisent une situation sociale bien plus critique que dans le reste des Antilles. Principalement rurale, la population haïtienne est profondément marquée par le poids de la jeunesse (38 % de moins de 15 ans). L'espérance de vie (58 ans) y est plus basse que partout ailleurs dans la région. L'accroissement naturel (1,8 %), stimulé par un taux de natalité soutenu (29 %), demeure fort, malgré une émigration massive des Haïtiens vers d'autres États antillais ou vers l'Amérique du Nord. La détresse sociale se mesure encore mieux avec l'énorme taux de mortalité infantile (57 ‰ en 2008), ainsi que par l'ampleur de l'analphabétisme, qui touche près de la moitié des plus de 15 ans. La forte densité de population (plus de 360 habitants par km2) paraît trop élevée pour les ressources disponibles. Dans les régions rurales, la population est notamment très dense sur les pentes humides ou aménagées. Dans les régions de l'est, du plateau central, de la frontière avec la république dominicaine, les densités sont moins élevées. Elles sont encore plus faibles dans les régions sèches.

Cette forte densité de population n'est par compensée par l'émigration vers les États-Unis (notamment vers New York), le Canada ou la France (en particulier, vers la Guadeloupe et la Martinique). Cette émigration, notamment des cadres, ne soulage que modestement la croissance démographique de la capitale, Port-au-Prince, gonflée par l'exode rural, dont l'agglomération regroupe plus de 2 millions de personnes et où les bidonvilles ne cessent de croître.

3. L'économie

La République d'Haïti est un pays déshérité au sein de la région des Antilles. L'économie est très largement fondée sur la culture du café et sur un vaste secteur de production agricole vivrière. Le pays s'appuie également sur l'essor de l'industrie manufacturière et de l'extraction minière. La détresse économique haïtienne est une réalité douloureuse dont les causes les plus visibles remontent aux premiers temps de l'indépendance, proclamée en 1804. Le développement du second État indépendant des Amériques (après les États-Unis) est tout d'abord entravé par le poids écrasant de la dette (150 puis 90 millions de francs) que lui impose la France comme prix de sa reconnaissance officielle. Mais Haïti est aussi victime de la perpétuation des structures agraires héritées de la période esclavagiste. L'essentiel de la richesse terrienne est concentré entre les mains d'un nombre limité de propriétaires et de privilégiés. L'industrialisation du pays a été freinée par une bourgeoisie d'affaires réalisant des profits substantiels dans l'import-export. Sous la dictature des Duvalier (1957-1986), l'effondrement de l'économie haïtienne est total. La misère atteint des proportions encore plus critiques quand, après le renversement du gouvernement de Jean-Bertrand Aristide par les militaires en 1991, Haïti subit les effets dévastateurs de l'embargo économique imposé par l'ONU. Le pays exporte du café et des articles manufacturés, et importe en retour des produits alimentaires et du carburant. La dette (1,2 milliard de dollars) est écrasante, et le chômage touche au moins 60 % de la population active. A ces éléments défavorables s'ajoute la faiblesse de l'encadrement médical et scolaire, qui constitue un lourd handicap.

L'agriculture contribue pour 27 % au produit intérieur brut (PIB) et emploie les deux tiers de la population active. Une majorité d'Haïtiens vivent de la petite agriculture vivrière (maïs, sorgho, haricots, bananes, tubercules, riz) qui se pratique dans le cadre de petites exploitations dont les rendements sont très faibles à cause de l'intense érosion des sols. Un tiers des terres est cultivé, mais chaque année l'érosion ôte toute fertilité à environ 1 % des terres cultivables. Le défrichement de nouvelles terres provoque le recul rapide de la forêt, qui ne couvre plus que 3 % de la superficie du pays (50 % en 1990). La culture de la coca, plus rémunératrice, se développe. Les cultures spéculatives (café, coton, sisal) sont pratiquées dans de grandes plantations modernes qui appartiennent à des sociétés étrangères. Le café, principale production destinée à l'exportation, est cultivé dans l'ensemble du pays. Haïti est aussi un producteur de sucre, de sisal et d'huiles destinées à l'industrie des cosmétiques. Les protéines animales sont fournies par l'élevage des lapins, des porcins et de la volaille. La petite pêche reste très archaïque et ne contribue que modestement à l'alimentation de la population. Le pays est soumis aux aléas des variations des prix des matières premières et du pétrole : leur renchérissement en 2008 a provoqué des émeutes de la faim dans la capitale et plusieurs grandes villes.

Le secteur industriel, encore très fragile, n'assure que 17 % du PIB et ne crée que très peu d'emplois. Il repose avant tout sur l'agroalimentaire et sur une petite industrie textile concentrée autour de la capitale, Port-au-Prince. Son développement est freiné par la grande insuffisance des ressources énergétiques. Le pays n'a presque plus de minerais. La mine de bauxite exploitée dans le sud du pays a été fermée faute de rentabilité.

Le chemin de fer est quasiment inexistant (seulement 40 km de voies ferrées). Les routes totalisent 4 000 km, dont 15 % sont asphaltées. L'aéroport de Port-au-Prince a un trafic annuel d'un demi-million de voyageurs.

La contrebande, qui représenterait 20 % de la valeur des importations haïtiennes, demeure une activité lucrative ; mais, en ayant pour effet de tirer vers le bas le prix des denrées alimentaires, elle provoque la ruine des petits producteurs et accentue la misère dans les campagnes. Contrairement à ce qui se passe dans de nombreuses îles des Antilles, le tourisme ne joue pas un rôle important à Haïti.

Dans ce pays très pauvre, classé au 149e rang à l'indice de développement humain (IDH), les trois quarts de la population vivent avec moins de deux dollars par jour. L'aide internationale et plus encore les envois des émigrés, nombreux aux États-Unis et au Canada (envois qui représentaient en 2008 deux fois l'aide internationale), n'empêchent pas que le nombre d'Haïtiens en situation d'insécurité alimentaire dépasse les deux millions. Le très violent tremblement de terre de 2010, qui a surtout touché le sud du pays et notamment la capitale, Port-au-Prince, a fait près de 250 000 morts, plus de 300 000 blessés, entraîné un million et demi de réfugiés, et provoqué des dégâts considérables.

Haïti possède un site classé au patrimoine mondial de l'Unesco : le Parc national historique : palais de Sans Souci, bâtiments des Ramiers et notamment la Citadelle, inscrit en 1982.

HISTOIRE

1. Une indépendance chaotique et fragile

1.1. Partitions et unifications

L'indépendance d'Haïti est proclamée le premier jour de 1804. La fondation d'Haïti est l'aboutissement de l'insurrection antiesclavagiste qui éclate en 1791, mettant fin à plus d'un siècle de colonisation française dans la partie occidentale de l'île. Le Noir Jean-Jacques Dessalines, principal chef de l'insurrection, prend le titre d'empereur en septembre 1804 sous le nom de Jacques Ier. Sous son gouvernement, les rivalités de pouvoir s'exacerbent au sein de la classe dirigeante et opposent deux groupes principaux. D'un côté se trouvent les mulâtres libres issus du métissage entre colons français et esclaves africains ; libres mais privés de droits politiques, ils s'étaient constitué une grande force économique pendant la période esclavagiste. De l'autre se retrouvent ceux des anciens esclaves qui avaient conquis leur liberté et leur stature politique dans la guerre contre les Français. Leur querelle aboutit à l'assassinat, en 1806, de J.-J. Dessalines, qui menaçait leurs intérêts.

Par la suite, cette querelle mène à la partition du pays en deux entités. Au nord, une république transformée en royaume est fondée par le Noir Henri Christophe (Henri Ier, 1811-1820), ancien chef militaire de l'insurrection. Au sud, les mulâtres conduits par Alexandre Pétion fondent une république. La réunification de la partie occidentale de l'île par Jean-Pierre Boyer successeur de A. Pétion, n'intervient qu'à la mort de H. Christophe en 1820. J.-P. Boyer réalise l'unité de l'île en une seule entité politique en 1822, quand il envahit la partie orientale espagnole. Cette dernière fait sécession en 1844 et devient indépendante sous le nom de République dominicaine.

Pour en savoir plus, voir l'article colonisation.

1.2. La reconnaissance d'Haïti

Au xixe s., l'existence même d'Haïti, État indépendant gouverné par d'anciens esclaves au cœur des Antilles, est un défi pour les puissances coloniales qui perpétuent le système esclavagiste. Un cordon sanitaire est dressé autour de l'île pour empêcher que ne se propage le modèle haïtien. Le pays ne dispose alors d'aucune reconnaissance internationale et vit dans la peur permanente d'une reconquête coloniale. Haïti n'est reconnu par la France qu'en 1825, et par les États-Unis en 1862.

1.3. Contestations sociales

Occupés à chercher une reconnaissance internationale, les dirigeants du pays s'emploient également à étouffer les troubles violents qui secouent continuellement la société haïtienne et qui sont le résultat d'un profond malaise social.

L'immense majorité de la population, constituée de petits paysans « parcellaires » ou de paysans sans terre qui louent leur force de travail, sombre peu à peu dans la misère. Le partage équitable de la terre reste un espoir inaccessible qui les pousse à s'insurger violemment. Ébranlées, les classes dirigeantes prennent soin de les réprimer impitoyablement. Entre 1844 et 1846, la révolte dite « des piquets » conduite par Jean-Jacques Acaau dans le sud du pays inquiète vivement le pouvoir, qui opère une répression féroce. La révolte des « Cacos », entre 1911 et 1920, s'inscrit elle aussi dans une longue tradition de révoltes paysannes à Haïti. Elle est écrasée (15 000 rebelles tués), et les paysans haïtiens sont désarmés par les militaires américains, qui occupent le pays à partir de 1915.

2. Impérialisme et dictature (1915-1986)

2.1. L'occupation américaine (1915-1934)

L'intervention militaire des États-Unis à Haïti et l'occupation qui s'ensuit jusqu'en 1934 sont l'aboutissement de la mainmise croissante des Américains sur le pays – ils sont intervenus à plusieurs reprises dans la République dominicaine, qu'ils occupent de 1916 à 1924.

Pendant cette période, les Américains procèdent à la transformation complète de l'économie haïtienne à leur profit. Ils contrôlent les finances de l'île, dissolvent l'armée nationale haïtienne, font lever les barrières juridiques empêchant les étrangers de posséder des propriétés à Haïti. Les compagnies multinationales américaines ont dès lors le champ libre pour constituer de grandes propriétés en accaparant les terres cultivables. Le pouvoir politique haïtien est tenu par une kyrielle d'hommes de paille, subordonnés aux intérêts économiques américains et généralement prompts à éliminer toute tentative d'expression contestataire ou démocratique. Le départ des Américains ouvre une période d'instabilité dominée par les militaires.

2.2. La dictature duvaliériste (1957-1986)

En 1956, une grève générale provoque la chute du président Magloire. L'armée favorise l'élection de François Duvalier au poste de président le 22 septembre 1957. C'est le début pour Haïti d'une longue dictature familiale, qui ne prend fin qu'avec la chute, en 1986, de Jean-Claude Duvalier, fils du précédent.

Après avoir dissous les deux assemblées, François Duvalier se fait élire « président à vie » en 1964. Il impose à la société haïtienne un pouvoir absolu qui ne se maintient que par la corruption, la violence et la terreur. Il place l'armée sous son contrôle en évinçant ses principaux chefs, crée pour son propre service une milice privée dont les membres, mieux connus sous le nom de « tontons macoutes », sèment la mort sur leur passage. François Duvalier corrompt et détourne à son profit l'idée de la négritude. Ce mouvement culturel antillais, originellement voué à la revalorisation de l'image du Noir, sera transformé par J.-C. Duvalier en une idée raciste : le négrisme. Celui-ci l'utilisera pour opposer les masses aux élites, traditionnellement constituées de descendants de mulâtres, et pour maintenir le peuple dans l'analphabétisme et l'ignorance.

À la mort de François Duvalier, en 1971, son fils Jean-Claude, qui n'est âgé que de 19 ans, devient « président à vie » et prend la suite de la dictature de son père. Le régime de J.-C. Duvalier oscille entre de timides tentatives de libéralisation politique et la poursuite de la répression la plus brutale. Des partis politiques d'opposition sont autorisés, et des élections municipales sont organisées en 1983 pour la première fois depuis vingt-cinq ans. Mais ces élections sont largement faussées par l'usage systématique de la fraude et les limitations imposées à l'expression des partis d'opposition. En 1985, l'intensification de la misère provoque des contestations de plus en plus ouvertes et violentes contre le régime duvaliériste. J.-C. Duvalier tente vainement de réprimer les émeutes, qui se multiplient. En février 1986, il est contraint à l'exil et laisse le pouvoir à un Conseil national de gouvernement (CNG), dirigé par le général Henri Namphy.

3. Tentative de transition démocratique (1986-1993)

L'euphorie qui suit la chute de la dictature de J.-C. Duvalier se transforme très vite en amertume. Plusieurs des membres du CNG sont liés à l'ancien pouvoir, et le système duvaliériste se perpétue en l'absence du dictateur. Les tontons macoutes continuent à empêcher tout processus démocratique en faisant régner la terreur. Une nouvelle Constitution est approuvée par référendum en mars 1987.

Les élections présidentielle et législatives qui suivent, le 29 novembre, sont annulées à la suite des massacres perpétrés dans les bureaux de vote par les miliciens duvaliéristes. En janvier 1988, l'armée haïtienne finit par imposer son candidat, Leslie Manigat, du Rassemblement des démocrates nationaux progressistes (RDNP), grâce à la manipulation massive du scrutin. Leslie Manigat, brouillé avec ses protecteurs militaires, est renversé dès le mois de juin par le général Henri Namphy. Celui-ci est à son tour renversé en septembre de la même année par le général Prosper Avril. Un gouvernement civil de transition est mis en place, présidé par Mme Ertha Pascal-Trouillot.

Haïti doit faire face à plusieurs tentatives de reprise du pouvoir par d'anciens duvaliéristes. Les élections organisées le 16 décembre 1990 marquent un tournant : premières élections réellement démocratiques de l'histoire du pays, elles donnent la victoire au prêtre Jean-Bertrand Aristide. Celui-ci bénéficie d'un soutien populaire très large et obtient 67 % des suffrages. Malgré une ultime et sanglante tentative des duvaliéristes, menés par Roger Lafontant, de s'emparer du pouvoir, Jean-Bertrand Aristide accède à la présidence de la République en février 1991. Le gouvernement de Jean-Bertrand Aristide doit faire face aux pressantes attentes populaires. Mais, dès le 30 septembre 1991, il est renversé par un coup d'État militaire conduit par le général Raoul Cédras.

Le retour des militaires entraîne la réapparition d'une brutale répression politique. Un embargo économique est imposé par l'Organisation des États américains (OEA), puis par l'Organisation de Nations unies (ONU) en juin 1992. Des milliers d'Haïtiens quittent le pays. À l'instigation des États-Unis, des pourparlers ont lieu entre J.-B. Aristide et la junte militaire. Ils débouchent, en juillet 1993, sur les accords de Governor's Island (New York), qui prévoient le rétablissement au pouvoir du président en exil.

4. Paralysie de la vie politique (1993-2010)

Mais les militaires haïtiens renient très vite leur engagement. La répression continue à faire des centaines de victimes, et la violence délibérément organisée contre le retour de la démocratie ne cesse de progresser. Toute idée de solution pacifique en Haïti est abandonnée. Le 19 septembre 1994, une force militaire internationale composée essentiellement de marines américains débarque à Haïti, et Jean-Bertrand Aristide est restauré dans sa légitimité démocratique. Les élections de décembre 1995 sont largement boycottées par les partis d'opposition. René Préval, membre de l'Organisation politique Lavalas (OPL) fondée par J.-B. Aristide, devient président d'Haïti.

Les années suivantes, le pays est paralysé par une grave crise politique :
– annulation du deuxième tour des élections sénatoriales, législatives et locales partielles de juin 1997, après les accusations de fraude et le retrait de tous les partis politiques – à l'exception de la formation de l'ancien président J.-B. Aristide, qui avait dominé le premier tour ;
– démission du Premier ministre en juin puis vacance de ce poste jusqu'en janvier 1999, date de la nomination de Jacques-Édouard Alexis ;
– dissolution du Parlement en janvier 1999 et reports successifs des élections législatives et municipales.

Outre une recrudescence de la violence politique, les répercussions sur l'activité économique sont considérables. Ainsi, compte tenu des événements, plusieurs centaines de millions de dollars d'aide internationale sont gelés, alors que la population s'enfonce dans la misère.

4.1. Le retour de Jean-Bertrand Aristide à la tête de l'État (2001-2004)

Des élections législatives, municipales et présidentielle se déroulent finalement en 2000. Le premier tour des législatives (mai) est largement remporté par l'Organisation politique Lavalas de J.-B. Aristide, mais ce résultat est aussitôt dénoncé par les partis d'opposition qui ont constaté de nombreuses irrégularités au cours du scrutin. Le second tour (juillet), boycotté par la plupart des formations d'opposition, enregistre un faible taux de participation. L'élection présidentielle (décembre) entérine le retour sans surprise de J.-B. Aristide à la tête de l'État. J.-B. Aristide prend ses fonctions le 7 février 2001 dans un climat particulièrement tendu et nomme, deux jours plus tard, Jean-Marie Chérestal au poste de Premier ministre. La veille de son investiture, l'opposition constitue un gouvernement parallèle et proclame Gérard Gourgue, ancien militant des droits de l'homme, président provisoire.

4.1.1. Le règne de la terreur

Les États-Unis et l'Union européenne avertissent qu'ils conditionneront désormais leur aide à un accord avec l'opposition. Le dialogue espéré entre J.-B. Aristide et l'opposition ne s'ouvre pas et la tension politique s'accroît dramatiquement. Le gouvernement multiplie les arrestations d'opposants et téléguide l'action de gangs armés – les « chimères » – qui n'hésitent pas à brûler les maisons et à menacer de mort les membres de l'opposition. En décembre 2002, après une apparente tentative de coup d'État, les partisans d'Aristide se mobilisent massivement et entretiennent un climat de terreur qui éloigne un peu plus tout espoir de résolution pacifique de la crise. Les pressions internationales, les tentatives de médiations de l'OEA ainsi que celles des membres de la Communauté des Caraïbes (CARICOM) s'avèrent largement inefficaces.

Yvon Neptune, nouveau Premier ministre qui a succédé à Jean-Marie Chérestal démissionnaire (janvier 2002) ne trouve, en dépit de ses promesses d'ouverture, aucune solution à la violence politique chaque jour plus meurtrière. Les chimères qui contrôlent Cité-Soleil – le plus grand bidonville de Port-au-Prince – renforcent leur capacité de nuisance grâce aux revenus du trafic de drogue. Elles bénéficient, en contrepartie de leur soutien au président Aristide et grâce à la corruption des forces de police, d'une totale impunité.

4.1.2. L'insurrection de 2003 et la chute du président J.-B. Aristide (2004)

Les manifestations antigouvernementales qui éclatent dans la plupart des grandes villes d'Haïti à la fin de l'année 2002 se poursuivent tout au long de l'année 2003, mais elles sont régulièrement brisées par la police. En septembre, l'assassinat d'Amiot Métayer – chef de l'« Armée cannibale », un groupe violent jusque-là au service de J.-B. Aristide – provoque de graves troubles dans la ville des Gonaïves. Le président Aristide est accusé d'avoir commandité lui-même l'assassinat.

Dans ce climat de violence généralisée, les célébrations du bicentenaire de l'indépendance haïtienne en janvier 2004 sont largement boycottées, tant par de nombreux intellectuels et opposants haïtiens que par les chefs d'État et de gouvernement invités. À partir du 5 février, les membres de l'ex-« Armée cannibale » prennent le contrôle de la ville des Gonaïves. Le mouvement insurrectionnel s'étend très rapidement à de nombreuses autres villes du pays. Le Cap Haïtien tombe le 22 février aux mains des insurgés. Ceux-ci sont conduits par l'ancien officier de police Guy Philippe.

J.-B. Aristide annonce vouloir conserver le pouvoir à tout prix malgré la progression inexorable de l'insurrection et les pressions internationales. Il quitte finalement Haïti le 29 février 2004, dans des circonstances controversées, à bord d'un avion dépêché par les États-Unis. Le président déchu affirme avoir été « kidnappé », ce que le gouvernement américain dément.

4.2. L'intervention internationale

Les États-Unis et la France envoient au lendemain du départ d'Aristide une force de plus de 3 000 hommes, censée mettre fin à la violence et assurer la transition politique. Le 10 mars, l'économiste Gérard Latortue, dont la carrière s'est en grande partie déroulée hors d'Haïti, est nommé Premier ministre. Un « consensus de transition politique » est alors signé par le gouvernement, un conseil des sages, les différents groupes politiques (à l'exception du parti Fanmi Lavalas qui le dénonce) et des représentants de la société civile, en vue de nouvelles élections, de réformes institutionnelles et d'un rétablissement de l'ordre par la réinsertion des bandes armées et la professionnalisation de la police nationale.

En juin, les troupes américaines et françaises sont remplacées par une force de maintien de la paix de plus de 4 000 hommes (Minustah) dépêchée par l'ONU et sous commandement brésilien. La Minustah éprouve cependant les pires difficultés à rétablir la sécurité. Les efforts du gouvernement visant à désarmer les bandes armées se heurtent à de très vives résistances. Les gangs sèment la terreur, les enlèvements pour rançon d'hommes d'affaires, de membres de leur famille ou d'étrangers se multiplient au cours de l'année 2005. La corruption et la brutalité des forces de police restent notoires. La tension est à son comble en juillet avec l'assassinat d'un journaliste et poète de renom, Jacques Roche. Le gouvernement de G. Latortue est sévèrement critiqué pour son inefficacité, notamment après que de graves inondations tuent près de 3 000 personnes et laissent 200 000 sans-abri aux Gonaïves (septembre 2004).

4.2.1. René Préval et le maintien de la Minustah

En raison des rivalités politiques et de la perpétuation de la violence, il faut attendre 2006 pour que des élections générales aient finalement lieu : le scrutin présidentiel et les élections parlementaires (Chambre des députés et Sénat) tenus en février et avril sont suivies d'élections locales en décembre, entamant un processus de décentralisation prévu par le pacte de 2004. René Préval, ancien allié de J.-B. Aristide, est déclaré vainqueur au premier tour, et nomme Jacques-Édouard Alexis comme Premier ministre. Dans un paysage politique extrêmement fragmenté (19 partis ou coalitions représentés à la Chambre) sa formation, baptisée Lespwa (« L'espoir », en créole), vient en tête au Parlement devant la coalition social-démocrate Fusion de Serge Gilles, mais sans obtenir la majorité. Un gouvernement de coalition est ainsi constitué en juin après de difficiles négociations et parvient peu ou prou à rétablir l'ordre. Mais en avril 2008, des « émeutes de la faim » dues à une flambée des prix alimentaires entraînent la mort d'au moins 5 personnes et de nombreux blessés lors de violents affrontements avec la police haïtienne appuyée par les Casques bleus, ainsi que la chute du Premier ministre.

Après de longues négociations, l’économiste Michèle Pierre-Louis prend la tête du gouvernement en juillet. Jouant un rôle de premier plan dans le processus de stabilisation depuis 2004, la Minustah voit son mandat prorogé chaque année et, en octobre 2009, le Conseil de sécurité de l'ONU décide de le prolonger encore d'un an. L'une des priorités des quelque 7 000 Casques bleus, 2 000 policiers et des personnels civils est d'apporter leur appui au gouvernement en vue d'une réforme profonde des systèmes judiciaire, pénitentiaire et policier, ainsi que dans le domaine de la défense des droits de l'homme. Leur mission comprend également un volet humanitaire et social essentiel dans ce pays régulièrement dévasté par les catastrophes naturelles et classé au 149e rang pour son développement humain (IDH).

L'objectif de la Minustah et des bailleurs de fonds – Banque interaméricaine de développement (BID) et Banque mondiale, les deux principaux créanciers, Club de Paris, Fonds monétaire international (FMI) – est d'aider le pays à sortir de l'assistanat par l'amélioration de ses infrastructures économiques de base, la reprise des investissements étrangers – que Bill Clinton, envoyé spécial des Nations unies, et sa fondation, tentent activement d’encourager – la relance des exportations – Haïti bénéficie à cet égard de la loi HOPE II votée en 2008 par le Congrès américain visant à faciliter ses exportations textiles vers les États-Unis – et par l'augmentation du niveau de vie alors que les deux tiers de la population vivent en dessous du seuil de pauvreté.

Les progrès réalisés dans le cadre d'une « Stratégie nationale pour la croissance et la réduction de la pauvreté » et la préservation des grands équilibres macroéconomiques, malgré un contexte international très défavorable et les cyclones d'août-septembre 2008, permettent à Haïti de recevoir un satisfecit du FMI et d'atteindre, en juin 2009, le « point d'achèvement » de l'« Initiative renforcée en faveur des pays pauvres très endettés », ce qui ouvre la voie à un effacement de sa dette extérieure (estimée à 1,9 milliard de dollars). Parallèlement, à l'issue de la conférence des donateurs tenue à Washington en avril, la BID annonce une promesse de dons s'élevant à 324 millions de dollars.

En dépit de ces résultats, le Sénat – où l'Espwa détient la majorité depuis son renouvellement très contesté en juin –, vote une motion de censure le 30 octobre contre M. Pierre-Louis qui est remplacée par Jean-Max Bellerive, ministre de la Planification et de la Coopération dans le cabinet sortant. Son gouvernement, qui ne comporte que 7 nouveaux ministres sur 18, est officiellement investi le 11 novembre après avoir obtenu, à une large majorité, la confiance des deux chambres.

5. La reconstruction après le séisme

Le 12 janvier 2010, le plus grave tremblement de terre depuis deux siècles dévaste l’île détruisant une partie de la capitale, dont le palais présidentiel, et faisant près de 250 000 victimes et des milliers de sans-abri. La valeur de ses dommages est estimée à 7 804 milliards de dollars, soit un peu plus du produit intérieur brut (PIB) du pays en 2009. Un an après cette catastrophe – quelles qu'aient été l’émotion et la mobilisation internationales – le premier bilan de la reconstruction s’avère très décevant. Alors que 680 000 personnes demeurent encore dans les camps de déplacés et que des millions de Haïtiens vivent dans des conditions économiques et sociales déplorables, toujours menacés, faute d’assainissement, par le choléra (plus de 5 000 victimes), les engagements pris lors de la conférence internationale des donateurs du 31 mars 2010 n’ont donné que des résultats partiels.

5.1. Michel Martelly, alias Sweet Micky

Dans ce contexte, malgré tous les obstacles à leur bonne tenue, des élections ont lieu entre novembre 2010 et mars 2011. Un outsider sans parti, Michel Martelly, alias Sweet Micky, chanteur kompa jouissant d'une grande popularité, est finalement déclaré vainqueur du second tour d’un scrutin marqué par la violence, de nombreuses irrégularités et une très faible participation. Après révision des résultats préliminaires, il l’emporte avec plus de 67 % des voix face à Mirlande Manigat (épouse de l’ancien président Leslie Manigat), candidate du parti de centre droit, le Rassemblement des démocrates nationaux progressistes (RNDP). Mais si le candidat du gouvernement sortant, Jude Célestin, a été écarté de la course, son parti Inité (« Unité » en créole, ex-Lespwa) arrive officiellement en tête des législatives malgré les fraudes dont il est accusé. Le nouveau président, qui prête serment le 14 mai, doit ainsi composer avec un Parlement très divisé, où il ne compte qu’une poignée de partisans et qui rejette à deux reprises la nomination d'un Premier ministre avant d'accepter finalement au mois d'octobre celle de Garry Conille, un médecin et fonctionnaire des Nations unies engagé dans l'action humanitaire internationale, qui, après avoir démissionné, est remplacé par Laurent Lamothe, un proche du président, en mai 2012.

La légitimité du pouvoir est cependant fragile et le gouvernement se heurte à la mobilisation de l’opposition qui dénonce l’absence de contrôle parlementaire sur l’aide vénézuélienne, dans le cadre de l’accord Petro Caribe, comme l’une des principales sources de corruption et exige la démission du président, accusé par ses détracteurs d'avoir détourné une partie des fonds destinés à la reconstruction. Sous la pression des manifestations antigouvernementales, le chef de l’État doit finalement se séparer de son Premier ministre en décembre 2014. Evans Paul, issu de l’opposition, lui succède en janvier 2015 mais sans ratification par le Parlement dont le mandat prend officiellement fin.

5.2. Les élections de 2015

Plus de cinq ans après le séisme, la reconstruction de l’île a donné des résultats mitigés même si le pays a connu une reprise de la croissance économique (4,2 % en 2013, ramenée à 2,7 % en 2014). De nombreux chantiers ont été lancés mais certains projets se sont enlisés et si le gouvernement haïtien et les agences onusiennes ont aidé 1,42 million de déplacés à quitter les camps de fortune, 80 000 Haïtiens vivent encore sous des tentes et les conditions de logement de plus de 70 % de la population restent très précaires. On estime qu’environ 30 % de la population haïtienne ne peut satisfaire ses besoins alimentaires de base, l’insécurité alimentaire frappant tout particulièrement les enfants et les femmes. S’y ajoutent la violence, la criminalité et le chômage qui frappe 40 % de la population active urbaine, près de 50 % des femmes et environ 60 % des jeunes.

L’impératif d’une stabilisation institutionnelle se traduit finalement par l’organisation tardive, par le Conseil Électoral Provisoire (CEP), des élections législatives en août 2015, puis présidentielle en octobre. Salués par les Nations unies et les membres du Core Group (les ambassadeurs du Brésil, du Canada, de l'Espagne, des États-Unis, de la France, de l'Union européenne et le représentant spécial de l'OEA), ces deux scrutins se déroulent dans un grand désordre. À la faible participation, s’ajoutent les soupçons de fraude. L’opposition – dont le candidat, Jude Célestin, arrive deuxième au premier tour du scrutin présidentiel derrière celui du pouvoir, Jovenel Moïse –, décide de boycotter le second tour qui est reporté sine die en raison des violentes manifestations contre sa tenue. Son mandat arrivant à échéance, Michel Martelly laisse son poste à un président provisoire élu par le Parlement en février 2016.