Journal de l'année Édition 1988

Du 01 janvier 1987 au 31 décembre 1987

Ça c'est passé le

France

Israël

Sommaire

  • Dossiers chronologie
    • Météo : l'Hiver

      Pendant la dernière décade de décembre 1986 et les tout premiers jours de janvier 1987, la majeure partie du territoire a connu deux épisodes climatiques très contrastés, qui présageaient d'un hiver peu ordinaire : du 21 au 24 décembre, un épisode froid marqué par des averses de pluie, de neige et de grêle accompagnées de fortes rafales de nord-ouest (20 cm de neige en dix heures à Satolas le jour de Noël), et, du 25 décembre au 3 janvier, un épisode doux et très pluvieux consécutif à l'installation d'un régime perturbé de nord-ouest devenant franchement océanique. Jusqu'au 10 janvier, les températures, bien que très fluctuantes d'un jour à l'autre, oscillent le plus souvent autour des normales ; des pluies abondantes sont enregistrées en Corse et dans le Sud-Est (68 mm à Hyères en vingt-quatre heures, le 10).

    • Météo : le Printemps

      À l'exception de la deuxième quinzaine d'avril, ensoleillée et estivale, le printemps 1987 fut largement dominé par des types de temps quasi hivernaux.

    • Météo : l'Été

      Du solstice au 31 juillet, la France a connu un début d'été maussade, peu ensoleillé, frais et particulièrement pluvieux. Il est vrai que la circulation atmosphérique au-dessus de l'Europe occidentale a été dominée par le passage de perturbations nombreuses et souvent très actives. Les pluies, généralement orageuses, ont été très supérieures aux normales sur l'ensemble du territoire. Les excédents pluvio-métriques de juillet furent à l'origine d'une série impressionnante de catastrophes dans le massif alpin. En France, le 14 juillet, la crue subite du Borne ravage le terrain de camping du Grand-Bornand ; le bilan est lourd : 23 morts et 8 disparus. Du 18 au 20 juillet, l'Italie du Nord, la Suisse et l'Autriche subissent à leur tour des orages violents et rapprochés qui entraînent inondations, coulées de boue, glissements de terrain. En Italie, la Valteline (haute Lombardie), le Trentin et le Haut-Adige sont les régions les plus touchées et le bilan est considérable : 16 morts, 23 disparus, des milliers de personnes sans abri. Les dégâts sont estimés à 6,5 milliards de F. En Suisse, inondations et mouvements de terrain sont localisés dans le canton du Tessin ; la ligne ferroviaire du Saint-Gothard est coupée. Le lac de Constance déborde côté helvétique. En Autriche, c'est au Tyrol que les crues de l'Inn et de ses affluents sont les plus graves.

    • Météo : l'Automne

      Les premiers jours de l'automne sont marqués par des températures voisines des normales ou inférieures à elles, contrastant violemment avec les fortes chaleurs de la mi-septembre, et par des pluies, localement fortes, associées à une perturbation active, ondulant dans un flux de sud-ouest à sud (du 21 au 24), et à une perturbation de type retour d'est (du 25 au 27 septembre). Le mois s'achève sur un court épisode sans pluie. Le 25 septembre, le cyclone Emily dévaste les Bermudes ; le 27, le bidonville de Villa Tina à Medellin, en Colombie, est détruit puis enseveli par une coulée de boue : plus de 400 morts.

  • L'année dans le monde
    • L'année dans le monde

      Le problème de la guerre et de la paix reste encore en suspens. La première offre aux marchands d'armes un inépuisable marché de consommation le long de la diagonale aréique qui s'étire du Burkina-Faso aux confins sino-pakistanais. L'un des points chauds de ce domaine de tensions se fixe en Afrique dans la bande d'Aozou, où il n'est qu'assoupi depuis les défaites infligées par Hissène Habré aux forces libyennes du colonel Khadafi. Un autre foyer de guerres endémiques ensanglante toujours le Proche-Orient, poursuit son œuvre de dislocation au Liban, prend une dimension internationale dans le golfe Persique, où le conflit irano-iraqien menace aujourd'hui les intérêts des grandes puissances occidentales et ceux de leurs alliés arabes. La guerre s'éternise en Afghanistan, où l'Armée rouge s'essouffle à tenter de venir à bout de la résistance d'un peuple qu'arment une foi et un enracinement intransigeants, mais aussi de légers et redoutables engins sol-sol ou sol-air.

  • Politique
    • Panorama

      Jamais en si peu de temps (moins de six années), Gauche et Droite n'avaient eu, alternativement, autant de latitude pour appliquer leurs programmes électoraux. On a nationalisé et augmenté les impôts au nom de la « justice sociale », puis on a privatisé et diminué les impôts au nom de l'« efficacité économique ».

    • La grande répétition

      Ah que la France aime à se faire peur... comme il ne lui déplaît pas, parfois, de se croire à l'aube d'une révolution...

    • Glasnost et perestroïka

      Élu secrétaire général le 11 mars 1985, Mikhaïl Gorbatchev exposa aussitôt au Comité central son objectif prioritaire : engager l'économie soviétique dans un effort décisif de redressement et de développement, lutter impitoyablement contre la corruption, pour le rétablissement d'une discipline du travail et la participation des travailleurs à la gestion de l'entreprise. Il mettait ainsi l'accent sur le facteur humain, qu'il s'agisse de ceux qui exercent des responsabilités ou de la masse.

    • La rencontre des deux Allemagnes

      S'il ne faut pas oublier, comme l'a dit Erich Honecker, que « la guerre n'a pas coupé l'Allemagne en deux, mais a entraîné la naissance des deux États allemands », ce point de vue n'est pas réellement partagé par les Allemands, de l'Est comme de l'Ouest. Ce que pensent les Allemands de l'Est ne peut être qu'estimé ; ce que souhaitent les Allemands de l'Ouest nous est connu par les sondages. Or, ceux-ci sont concordants : même si 75 p. 100 des Allemands estiment que leur pays « est le plus attaché à la construction européenne », l'idée d'Europe est concurrencée dans l'opinion allemande par la montée d'un certain neutralisme. Un récent sondage du Spiegel montre que 83 p. 100 des Allemands souhaitent la neutralisation de l'Europe centrale par le retrait des missiles, ce qui permettrait un rapprochement plus étroit des deux États allemands.

    • L'option « double zéro »

      En 1977, le chancelier ouest-allemand, Helmut Schmidt, attirait l'attention des Américains et des Européens sur l'installation de nouveaux missiles soviétiques, les SS-20. Avec une portée de 5 000 km, ceux-ci menaçaient de leurs trois ogives nucléaires n'importe quel point en Europe. Entre 1979 et 1983, les pays membres de l'Alliance atlantique se sont dépensés sans compter pour convaincre leur population de la nécessité de déployer les armes de la réplique. Ce fut la « double décision de l'OTAN », statuant sur le déploiement progressif de Pershing II et de missiles de croisière. Aujourd'hui, ces mêmes gouvernements doivent convaincre leurs électeurs du contraire, le retrait de ces mêmes missiles étant paré des vertus de la Real Politik.

    • Point de l'actualité

      La recrudescence de la guerre entre l'Iraq et l'Iran a posé de nouveau la question de la sécurité des flux de pétrole en provenance du golfe Persique. Point stratégique à l'issue du Golfe, le détroit d'Ormuz avait déjà fait l'objet d'une menace iranienne en 1983, qui avait fait craindre une paralysie du trafic. Présenté comme une menace en direction de l'Occident, et notamment de la France, pour obtenir l'arrêt de tout soutien à l'Iraq, l'éventuel blocage du détroit pose en termes stratégiques et politiques de nombreuses contraintes. En cas de fermeture du détroit d'Ormuz, près d'un tiers des exportations du Golfe pourrait être acheminé par les oléoducs de Kirkouk, en Iraq, et de Dortyol en Turquie. Le minage des eaux se heurte à la force des courants qui obligent à utiliser des mines ancrées entre deux eaux, et non des mines flottantes : la présence d'hélicoptères détecteurs de mines et de bâtiments spécialisés lève partiellement cette menace. L'autre hypothèse qui consisterait à couler de grands navires est également peu réaliste. La profondeur des eaux sur la rive sud et la possibilité pour des bâtiments à faible tirant d'utiliser des chenaux parallèles rendent cette solution techniquement contournable. Enfin, la dépendance de l'Occident envers les exportations en provenance du Moyen-Orient s'est considérablement amoindrie. Le flux de pétrole à destination de l'Europe a été divisé par sept entre 1980 et 1986, et par cinq en ce qui concerne les États-Unis. La dépendance de la France vis-à-vis du Moyen-Orient ne représente plus actuellement que 25 p. 100 de l'approvisionnement national contre 75 p. 100 en 1979. Seul le Japon reste essentiellement tributaire de cette région.

    • La politique régionale

      Il a fallu attendre le 13 avril 1987 pour que le gouvernement constitué un an plus tôt exprime sa conception en matière de politique d'aménagement du territoire. Encore ne l'a-t-il fait que de manière assez générale, en définissant seulement les grandes lignes de ses orientations, sauf pour le schéma des autoroutes à l'horizon 1993.

  • Société
    • Panorama

      Dur, dur de vivre en 1987 dans le monde tel qu'il est ou, en tout cas, tel qu'il apparaît aux Français, spectateurs plus qu'acteurs des grands mouvements qui agitent la planète. Après avoir entamé une sorte de convalescence à partir de 1984 et retrouvé la croissance, les pays industriels ont rechuté. Ils sont victimes d'une maladie à virus multiples, contre lesquels les médecins sont impuissants, les vaccins inexistants.

    • Cinq milliards d'hommes

      Les nombres ronds fascinent. Ainsi l'an 2000, qui sera pourtant une année bien ordinaire, celle où les enfants nés en 1987 auront treize ans. Ou son corollaire, le « troisième millénaire ». En 1987, ce fut un autre nombre rond qui fascina. En janvier, un communiqué du Fonds des Nations unies pour les activités en matière de population, le FNUAP pour les initiés, apprit au monde émerveillé que le cap des cinq milliards de Terriens serait franchi cette année, et que, pour marquer l'événement, la date du 11 juillet 1987 avait été symboliquement choisie. Le Journal de l'Année 1987 avait envisagé que ce cap ait pu être franchi en 1986. Mais l'année 1987 sera seule retenue par l'histoire.

    • Naissance de la francophonie

      Sans conteste, l'année 1987 restera celle de la consécration politique et diplomatique de la francophonie sur le plan mondial, grâce à la seconde conférence au sommet des nations « ayant en commun l'usage du français », tenue à Québec, au Canada, du 2 au 4 septembre. Quarante-trois délégations venues de trente-sept États indépendants – la France étant représentée par MM. François Mitterrand et Jacques Chirac – ont à la fois donné aux pays utilisant le français un drapeau (un cercle multicolore sur fond blanc), un sens à leur action commune (oui aux interpénétrations culturelles, non à l'uniformisation générale dans le moule nord-américain) et un début d'audience internationale (près d'un millier de journalistes s'étaient accrédités pour le sommet de Québec).

    • La drogue, maladie sociale

      En 1968, l'explosion ludique de la société française avait fait de la « fête » une norme et de toutes les jouissances un droit de chacun. Vingt ans après, voici que vient le temps du souci, de la prudence et de la retenue. Hier – il y a une petite quinzaine d'années – dans les colonnes du quotidien Libération, paraissait un « Appel du dix-huit joint », en faveur de la légalisation des drogues douces, signé par les plus prestigieux intellectuels de l'avant-garde du moment. Aujourd'hui, en direct du journal télévisé de 20 heures, l'écrivain iconoclaste Cavanna exprime sa douleur devant la mort par overdose de sa petite-fille et sa rancœur contre tous ceux qui ont mené une vie au naufrage.

    • Point de l'actualité

      Il résulte de l'application de la loi du 30 septembre 1986, complétée par celle du 27 novembre 1986 (éd. 1986 et éd. 1987). Ces textes confirment les principaux axes de la réforme de 1982, en accentuant même certains aspects : réduction du secteur public de l'audiovisuel, ouverture de nouveaux secteurs (programmation, diffusion) à des opérateurs privés, rôle très important dévolu à la Commission nationale de la communication et des libertés (CNCL).

  • Économie
    • Panorama

      Avec le déferlement de la vague néolibérale, les politiques d'ajustement se sont généralisées depuis 1979 et devraient permettre à terme la reprise sur des bases saines. Les conditions nécessaires à de meilleures performances sont réunies : maîtrise de l'inflation, redressement de la situation financière des entreprises, réduction des déficits budgétaires dans un certain nombre de pays, flexibilité accrue des marchés du travail.

    • France : le retard ou le déclin ?

      Le déclin économique d'un pays s'apprécie par double référence au passé et à l'étranger. Convient-il d'employer un mot aussi fort et empreint d'une résignation fataliste pour qualifier les retards accumulés par l'économie française au cours des dernières années ? Il appartiendra au lecteur d'en juger au vu des éléments statistiques disponibles et après que lui auront été exposées certaines particularités nationales qui sont de nature à peser sur nos performances relatives.

    • Les privatisations

      Le vent de libéralisme qui souffle depuis plusieurs années déjà sur le monde occidental est peut-être l'annonce, sinon du déclin de l'interventionnisme étatique, du moins du recul de l'emprise de l'État sur l'économie française. Le gouvernement socialiste avait déjà, en matière financière, cédé à la contagion des déréglementations. La victoire de la droite aux élections de mars 1986 ne pouvait qu'amplifier cette évolution. À la mi-1986, la France s'est dotée d'un programme de privatisation de firmes nationalisées. Dans le même temps, on assiste au transfert de la production de services publics à des opérateurs privés.

    • OPA : la guerre des entreprises

      L'offre publique d'acquisition recouvre deux sortes d'opérations distinctes selon les modalités de transfert des actions d'une entreprise à un autre propriétaire : on parle alors soit d'offre publique d'achat (OPA), soit d'offre publique d'échange (OPE).

    • Point de l'actualité

      Le 12 mars, la cote de Volkswagen sur les marchés financiers chute brusquement : le premier constructeur d'automobiles européen vient d'annoncer qu'il constituait une provision de 480 millions de deutsche Mark pour couvrir ses pertes au change en 1986, soit 1,6 milliard de francs, l'équivalent de son bénéfice annuel. Une gestion imprudente, des escroqueries commises en utilisant les fonds de l'entreprise et l'absence de contrôle financier interne expliqueraient cette énorme perte.

  • Sciences et techniques
    • Panorama

      S'il est souvent difficile d'apprécier sur-le-champ la portée exacte d'une découverte scientifique ou d'une innovation technique, il devient beaucoup plus aisé, quelques décennies plus tard, de mettre en relief les progrès, parfois considérables, qu'elle a autorisés.

    • Un jeune centenaire : l'Institut Pasteur

      Le 1er mars 1886, l'académie des Sciences lançait un appel à une souscription publique en vue d'édifier « un établissement pour le traitement de la rage après morsure ». À cet appel devait aussitôt répondre, non seulement toute la France, mais le monde entier. Chacun voulait participer dans tous les pays ; les pauvres comme les riches ; le facteur d'un bourg normand comme le tsar de toutes les Russies ; un gendarme du Jura comme l'empereur du Brésil ; un « braconnier » anonyme comme le directeur de New York Herald Tribune ou le régiment des lanciers du Bengale. Et, le 14 novembre 1888, en présence du président de la République et des membres du gouvernement, était inauguré ce qui apparut bien comme le premier établissement entièrement consacré aux recherches sur les sciences de la vie pour la santé des hommes : l'Institut Pasteur.

    • Agriculture, écologie et environnement

      Le 21 mars 1987 a été inaugurée l'Année européenne de l'environnement. Ainsi en ont décidé les chefs des États membres de la Communauté économique européenne, soucieux de voir mener des actions « concrètes et exemplaires » visant à sensibiliser les citoyens à la protection et à l'amélioration du cadre de vie ainsi qu'à la bonne gestion des ressources naturelles. Dans chaque pays, des comités ont été créés pour assurer la préparation et le déroulement de cette « année ». En choisissant le slogan « pour changer de décor, changeons d'abord », le Comité français, qui est présidé par Mme Simone Veil, a montré qu'il connaît le chemin restant à parcourir pour que la prise en compte de l'environnement devienne l'affaire de tous. Cette initiative vient après une série d'événements catastrophiques dont les conséquences n'ont pu qu'accroître les inquiétudes et renforcer la détermination à améliorer la gestion des ressources naturelles et la protection du milieu. Les noms de Seveso, Bhopal, Tchernobyl, Bâle sont dans toutes les mémoires. Ils rappellent que les efforts déployés pour dominer la nature et développer l'économie peuvent se trouver contrecarrés par des accidents aux effets incontrôlables sur le cadre de vie et sur la vie elle-même. Ainsi, il apparaît que des industries, des entreprises polluent, dégradent, détruisent et, dans quelques cas, peuvent même tuer. C'est pourquoi l'industrie et ses corollaires : la production et l'utilisation d'énergie, les transports, sont au centre des débats écologiques. L'agriculture tient une place plus effacée dans ces controverses. Pourtant, cette activité, qui a modelé la plus grande partie de l'espace habité de la planète, est encore étroitement dépendante de la nature. Si elle ne concerne plus que quelques pour cent de la population active dans les pays industrialisés, elle occupe des centaines de millions de paysans dans les pays en voie de développement.

    • Les nouveaux matériaux

      L'actualité sportive nous offre chaque année l'occasion de mesurer le rôle décisif des matériaux composites qui permettent de construire des engins de navigation alliant résistance et légèreté. Philippe Poupon remporte la Route du Rhum 1986 sur le voilier trimaran Fleury Michon VIII, dessiné par l'Anglais Nigel Irens et construit par le chantier naval vendéen Jeanneau. La coque centrale de ce bateau est construite en sandwich Kevlar-epoxy et les entretoises en carbone Nomex, des matières également utilisées pour un monocoque comme le New Zealand. De même, l'étonnant exploit de l'avion Voyager, qui réussit à boucler le tour du monde sans escale, après avoir couvert plus de 42 000 km, est aussi un succès de l'industrie des composites à haute performance (Ces deux exemples sont signalés par Composites et matériaux nouveaux, lettre mensuelle spécialisée, éditée par À Jour.).

    • Point de l'actualité

      En filtrant les rayons ultraviolets solaires les plus nocifs pour les êtres vivants, la couche d'ozone qui enveloppe la Terre entre 15 et 40 km d'altitude (et particulièrement vers 25 km) joue un rôle essentiel pour le maintien de la vie sur la planète. Or, d'après certaines mesures récentes, effectuées par satellite, cette couche semble se raréfier progressivement : la concentration de l'atmosphère en ozone aurait globalement diminué de 4 à 5 p. 100 depuis 1979 ; dans l'hémisphère Sud, à des latitudes moyennes, la chute atteint même 18 p. 100. Qui plus est, on enregistre également depuis 1979 un véritable « trou » dans la couche d'ozone, au-dessus de l'Antarctique. Ce trou apparaît chaque année au début du printemps austral (septembre-octobre) et disparaît en été, mais se reforme l'année suivante en s'agrandissant : en octobre 1985, la concentration moyenne en ozone à l'aplomb de l'Antarctique était près de 40 p. 100 plus faible qu'en octobre 1979. Des études complémentaires, effectuées sous l'égide de la NASA entre le 17 août et le 29 septembre 1987 à l'aide de deux avions, volant l'un à 12 000 m, l'autre à 18 000 m, ont confirmé la réalité du phénomène et permis d'établir que la concentration en ozone à 70 et 80° de latitude sud avait encore diminué de 15 p. 100 par rapport à sa valeur de 1985.

  • Culture
    • Panorama

      Un ami allemand s'étonnait qu'en français le même mot, « culture », désignât l'entretien des topinambours et la connaissance des théories platoniciennes. Eux, les Germains, ont, comme tant d'autres, deux substantifs différents : Kultur, qui faisait sortir son revolver à qui l'on sait, et Bau, pour le travail du potager.

    • La culture en question

      Au début du printemps 1987 ont été publiés, coup sur coup, la Défaite de la pensée d'Alain Finkielkraut (Gallimard), Éloge des intellectuels de Bernard-Henri Lévy (Grasset) et l'Âme désarmée de l'universitaire américain Allan Bloom (Julliard). Le principe de simultanéité – trois livres sur la culture et ses acteurs – questionne l'historien. Mais c'est surtout l'écho rencontré qui est frappant et qui appelle analyse. La Défaite de la pensée occupa une place de choix parmi les plus fortes ventes d'« essais » jusqu'à l'automne. L'Éloge des intellectuels, sans rencontrer un tel succès, toucha tout de même un large public. Quant à l'Âme désarmée, l'ouvrage, sans connaître l'engouement suscité outre-Atlantique – vingt-cinq semaines en tête de la liste des best-sellers du New York Times –, bénéficia d'une couverture médiatique flatteuse et, loin de demeurer à l'ombre du succès d'Alain Finkielkraut, devint partie prenante dans le débat amorcé sur la culture. Car il y eut non seulement simultanéité et succès, mais aussi débat. La teneur de celui-ci, de surcroît, fut loin d'être mince puisque trois problèmes au moins affleuraient : la nature de la culture, l'identité des acteurs culturels et donc, en toile de fond, la définition et le rôle des hommes de création et de circulation des idées, les intellectuels.

    • Le renouveau du mécénat

      Le Crédit Lyonnais restaure la salle Pleyel, Cartier crée une Fondation, IBM se fait l'argentier d'expositions prestigieuses telles que Bonnard, Renoir et les impressionnistes, la peinture espagnole, du Greco à Picasso, la BNP parraine Turandot de Puccini à Bercy, le CIC, avec spectacle de rayons laser à la clé, participe à la restauration des huit statues monumentales de la place de la Concorde, le sauvetage de l'Arc de triomphe va faire appel à la générosité de grandes entreprises et de particuliers... En deux ou trois années, ce type d'information nous est devenu familier, a cessé de nous étonner. Il dissimule pourtant ce qui, toutes proportions gardées, apparaît, à bien des égards, comme une véritable « révolution culturelle » : la rencontre de deux réalités hier étrangères, sinon ennemies, la culture et les affaires. Une invention des années 80, dont notre pays, féru de culture d'État, s'est, toutes colorations politiques confondues, entiché, à coups d'initiatives, de colloques, de prix et, désormais, d'une loi sur le mécénat. Intitulée à l'origine Initiative et liberté, elle a été promulguée le 23 juillet 1987, afin de « concilier l'intérêt général et l'initiative privée ». Qui aurait pu croire, il y a cinq ans à peine, qu'une des issues de la crise serait le mariage de la création et de l'argent privé ?

    • Le millénaire capétien

      En France, la rupture fut longtemps complète entre le pouvoir républicain et la tradition monarchique. À la fin du xixe siècle, nulle autorité du régime en place n'aurait accepté de célébrer le souvenir d'une dynastie dont les représentants étaient bannis en vertu de la loi d'exil. En 1987, c'est par décret du président de la République et sous son haut patronage qu'est constitué le « comité pour la célébration du millénaire de l'avènement d'Hugues Capet ». Et sa présidence est assurée par le directeur général des Archives de France, Jean Favier. Le changement d'attitude est considérable.

    • Point de l'actualité

      De quelle mémoire allons-nous demain disposer ? Trois phénomènes se télescopent : d'abord, l'accroissement spectaculaire des documents à archiver, en augmentation exponentielle, avec notamment l'entrée en force du monde des images et un souci inédit de tout conserver, fût-ce l'éphémère et l'insignifiant. L'explosion de la demande : de la généalogie et du patrimoine à l'essor de l'actualité contemporaine et des médias, un public de plus en plus nombreux et exigeant s'empare de tout document, de toute archive, fût-elle la plus récente. Enfin le changement de nature de cette dernière : aux classiques problèmes de conservation du papier s'ajoutent ceux de supports encore mal maîtrisés, à la durée de vie limitée : bandes magnétiques, nouvelles images...

  • Sport
    • L'année des sans-grade

      Le temps de 9″ 83 à lui tout seul suffit à faire de 1987 une année exceptionnelle. Le 30 août, à Rome, lors des championnats du monde d'athlétisme, il n'aura fallu que 100 m au sprinter canadien Ben Johnson pour entrer dans l'histoire et reléguer au second plan tous les autres sportifs qui se sont particulièrement mis en évidence au cours d'une saison riche en exploits, tant dans les sports individuels que dans les sports collectifs. C'est pourquoi le vainqueur de la Coupe de l'America, Dennis Conner, le pilote de Formule I, Nelson Piquet, les coureurs cyclistes, Jeannie Longo et Stephen Roche, le boxeur Thomas Hearns, les joueurs de tennis, Ivan Lendl et Martina Navratilova, et la nageuse Kristin Otto méritent eux aussi de figurer au tableau d'honneur. Ils y rejoignent les triomphateurs de la première coupe du monde de rugby à XV, les All Blacks, l'équipe Suisse de ski, invincible aux derniers championnats du monde de Crans Montana, et l'ensemble des athlètes est-allemands qui ont dominé, comme d'habitude, presque toutes les compétitions auxquelles ils ont participé.

    • Disciplines

      Pendant les neuf journées du Mondial qui se sont déroulées à Rome, 132 médailles ont été distribuées : 43 d'or, 44 d'argent et 42 de bronze, les Soviétiques Pakline et Adeienko terminant deuxièmes ex æquo au saut en hauteur.

  • Nécrologie

    Harsha Abeywardene (47 ans), homme politique sri-lankais ; assassiné ; Colombo, le 23.XII.87.