Le programme initialement adopté pour des missions scientifiques à effectuer par les Européens en utilisant le système Shuttle-Spacelab a paru, avec le recul, trop ambitieux pour les moyens de l'ESA, qui a décidé de le réduire de moitié.

France : l'espace devient payant

Si, pour la France, Ariane a absorbé la plus grande partie des crédits et suscité le plus de recherches, cet effort s'est traduit par une percée technologique qui porte ses fruits.

Le groupement d'intérêt économique Telspace (Thomson-CSF et CIT-Alcatel), premier constructeur européen de stations terrestres pour les télécommunications via satellite, est devenu le deuxième constructeur mondial avec 74 installations vendues contre un peu plus de 100 pour le premier constructeur mondial (la Nippon Electric Co japonaise) et une vingtaine pour le premier constructeur américain (ITT). À ce jour, 22 pays ont choisi le matériel français.

Autre réalisation remarquable : le Vizicolor à laser. Cet appareil restitue les images en couleurs transmises par les Landsat, Météosat et autres satellites. Il comporte 3 lasers (un pour chaque couleur fondamentale) dont les faisceaux convergent, donnant ainsi toutes les couleurs en une seule opération. Enfin, l'Aérospatiale (SNIAS) s'est fait une spécialité des volants ou roues d'inertie à paliers magnétiques. Le catalogue de l'industrie spatiale française est désormais assez étoffé pour justifier la prospection des marchés, y compris chez les deux grands de l'espace. Le groupement Prospace, constitué par 42 entreprises, a même organisé une exposition à Moscou, du 10 au 14 septembre 1979.

La collaboration avec l'URSS a posé au CNES le problème du choix du futur astronaute français invité par les Soviétiques à participer à une mission Soyouz-Saliout. Lors d'un concours clos le 15 novembre 1979, on a enregistré 261 candidatures, parmi lesquelles celles d'une cinquantaine de militaires et de 37 femmes.

Finalement ont été sélectionnés pour l'entraînement le lieutenant-colonel Jean-Loup Chrétien (41 ans) et le commandant Patrick Baudry (34 ans) ; l'un titulaire et l'autre suppléant.

États-Unis : souvenirs et espoirs

Les derniers Américains lancés dans l'espace sont revenus à la Terre en février 1974. Le prochain équipage ne partira que lorsque la navette spatiale (Shuttle) sera prête, probablement pas avant 1981. En attendant, les sondes interplanétaires lancées par la NASA continuent d'étonner par leur fiabilité et leurs performances. Voyager 2 a survolé Jupiter et certains de ses satellites le 9 juillet 1979. Pioneer 11, qui avait déjà exploré Jupiter en décembre 1974, a survolé Saturne le 1er septembre 1979, après un voyage de 6 ans et 5 mois et un parcours de 3 600 millions de kilomètres. Au moment de la traversée de l'anneau de Saturne, il a procuré aux spécialistes de la NASA un instant d'intense émotion, suivi d'une acclamation lorsque ce passage s'est fait sans la moindre collision. Hélas ! on s'apercevra plus tard qu'en frôlant le Soleil les signaux transmis par la sonde ont été tellement brouillés que les photos tant attendues du satellite Titan ne montrent aucun détail significatif.

Parmi les satellites scientifiques, de moins en moins nombreux, lancés par les Américains, il convient de citer HEAO-3, observatoire astronomique de hautes énergies, mis en orbite le 20 septembre 1979. Il est porteur d'un équipement franco-danois avec lequel on s'efforce d'élucider la formation du rayonnement cosmique.

Depuis le lancement de Voyager 2 en 1977, les programmes de sondes interplanétaires marquent un long temps d'arrêt. En octobre 1979, faute de crédits, la NASA a remis à 1984 le lancement des deux sondes Galileo destinées à explorer Jupiter et ses satellites. Se trouve également compromis le programme qui, avec le concours des Européens, allait permettre d'observer de près les comètes Halley et Tempel-2.

Ils sont tombés, ils tomberont

Dans l'attente de la chute du Skylab américain, la NASA estimait à 1/600 000 000 000 la probabilité que les débris de cet engin puissent blesser quelqu'un. L'événement n'en était pas moins attendu partout avec une crainte non dissimulée. En France, un plan ORSEC-Skylab avait été mis au point. Le CNES, qui restait en contact permanent avec le ministère de l'Intérieur, avait mis à contribution tous les radars de son système de poursuite, et un service de prévisions fonctionnait au Centre spatial de Toulouse. Le 11 juillet 1979, l'engin est rentré dans l'atmosphère suivant une trajectoire États-Unis-Atlantique-Océan Indien. C'est à la verticale d'un point situé entre les îles Kerguelen et Amsterdam qu'il a commencé à se désintégrer. Les débris sont tombés en mer, puis en Australie et en Nouvelle-Guinée. Pas de plan ORSEC, de campagne des médias ni, a fortiori, de craintes chez l'homme de la rue lors de la chute du satellite américain Pegasus lancé en mai 1965 et tombé dans l'Atlantique, sans préavis, le 3 novembre 1979. Il s'agissait pourtant d'un engin de 10 t. Le NORAD (North American Defence Command), qui, de son centre de Colorado Springs, suit en permanence tout ce qui gravite autour de la Terre, s'occupait fin 1979 de 4 579 objets (satellites, derniers étages des lanceurs, coiffes, fragments d'engins désintégrés, objets largués dans l'espace par les astronautes, etc.). Tout cela tombe sans cesse, tombera un jour ou l'autre. Mais à quoi bon y penser ?

Navette

Le seul grand programme actuel de la NASA, celui qui donne le plus de soucis et dont le caractère budgétivore s'affirme de retard en retard, est le Space Shuttle, ou navette spatiale. Le 2 juillet 1979, un incendie a éclaté lors de l'essai conjugué des moteurs. Dix jours plus tard, excédé par tant d'incidents, le président Carter demande un rapport sur la nature des difficultés que rencontre la mise au point du Shuttle. Renvoyé à juin 1980, le premier vol expérimental a subi un nouvel ajournement.