Désaccord enfin sur l'exploitation du « patrimoine commun de l'humanité ». Les pays en voie de développement voudraient créer une Autorité internationale exploitant elle-même les grands fonds, soit directement, soit indirectement par contrats passés avec des sous-traitants. Les États industriels, seuls capables de mener cette exploitation, craignent de se voir soumis à l'arbitraire des pays en voie de développement numériquement majoritaires.

Selon certains, les résultats de la conférence sont nuls. Dans les prochaines années, constatent-ils, on va assister à toute une série de décisions unilatérales sur les eaux territoriales, sur les zones économiques et sur l'exploitation des grands fonds marins. Il se créera un nouveau droit coutumier qui, tôt ou tard, sera codifié dans une convention du droit de la mer.

D'autres pensent que les sessions de Caracas et Genève ont modifié l'état d'esprit international. Le droit de la mer est déjà partie intégrante d'un nouvel ordre économique mondial, dont le point essentiel est la reconnaissance du droit au développement.

Sciences/Matière

Séparation isotopique par rayon laser

Deux chercheurs israéliens, Nebenzahl et Levin, déposent en Allemagne un brevet couvrant un nouveau procédé de séparation isotopique de l'uranium ; il n'en a pas fallu davantage pour accréditer le bruit qu'Israël, disposant désormais d'une nouvelle méthode de production d'uranium enrichi, s'apprêtait à fabriquer des bombes atomiques.

En fait, il s'agit d'une des applications d'une technique (la séparation isotopique par rayon laser) dont les développements industriels pourraient intéresser beaucoup d'éléments autres que l'uranium.

Excitation

Un atome possède un certain nombre de niveaux bien déterminés d'énergie électronique ; ordinairement, il occupe le niveau le plus bas ou état fondamental. Si on l'irradie avec un photon possédant une énergie juste égale à la différence entre l'état fondamental et un niveau supérieur, le photon est absorbé et l'atome passe à ce niveau, qui est dit excité et qui est généralement instable.

Or, les isotopes distincts d'un même élément n'ont pas exactement les mêmes valeurs de niveaux d'énergie. Des photons d'une énergie correspondant à la différence de deux niveaux d'un isotope déterminé ne seront absorbés que par cet isotope. On peut, par exemple, exciter sélectivement les seuls atomes d'U 235 d'un échantillon d'uranium naturel. Plusieurs procédés, fondés notamment sur la plus grande réactivité chimique des atomes excités, permettent ensuite de les trier.

Rendement

Prévue théoriquement depuis une quarantaine d'années, cette séparation isotopique par moyen optique est devenue possible grâce au développement des lasers, qui fournissent des flux de photons d'énergie bien définie. En URSS, V. S. Lekhotov et R. V. Ambartsoumian ont ainsi séparé deux isotopes de l'azote ; aux États-Unis, c'est l'hydrogène qui a été séparé de son isotope lourd, le deutérium, par C. Bradley Moore et Edward C. Young. Le rendement de l'opération est extraordinairement supérieur à celui des procédés classiques : un ou deux photons suffisent pour séparer un atome d'isotope (ou une molécule le contenant). La séparation à bon marché d'isotopes stables de nombreux éléments trouverait beaucoup d'applications.

Secret

Pour l'uranium 235, le passage des essais de laboratoire à la production industrielle exigerait des lasers 100 à 10 000 fois plus puissants que ceux qu'on emploie actuellement et des densités de vapeurs d'uranium beaucoup plus élevées. Il est possible que les recherches soient plus avancées que ne le donnent à croire les brevets et les résultats publiés. Au secret industriel s'ajoute ici le secret militaire.

Physique fondamentale à la veille d'une révolution

On a terminé le forage du tunnel qui abritera le grand accélérateur du CERN, en passant sous la frontière franco-suisse. Une section est même entièrement achevée, et l'on a commencé d'y mettre en place les premiers électroaimants du SPS ; c'est ainsi que sera désigné par ses initiales le synchrotron à protons souterrain. Le tube à vide où circuleront les protons a près de 7 kilomètres de circonférence pour un diamètre de 4,80 m. Il se situe à une profondeur moyenne de 40 mètres. Les protons pourront être accélérés jusqu'à une énergie de 400 GeV, par un système magnétique composé de 744 électroaimants de guidage du faisceau de protons et 216 électroaimants qui focalisent le faisceau. À la surface, deux régions d'expérimentation recevront les protons accélérés. La première (dite Ouest) sera exploitée à la fin de l'année 1976, peu après la mise en service de l'accélérateur. La seconde région d'expérimentation (on l'appelle Nord) commencera à travailler en février 1979.

Résonances

La mise en service de cette nouvelle machine géante pour l'exploration intime de la matière sera particulièrement bien accueillie par la communauté scientifique. Plusieurs expériences réalisées depuis novembre 1974 donnent à penser que les collisions de particules à haute énergie vont ouvrir des vues tout à fait nouvelles sur la structure des hadrons (particules à interaction forte, comme les mésons π ou les protons). En lançant à la rencontre l'un de l'autre un faisceau d'électrons et un autre de positons (ou antiélectrons), on provoque l'annihilation matière-antimatière. En communiquant aux deux faisceaux des énergies suffisamment élevées, on a constaté que l'énergie libérée par la réaction d'annihilation se matérialise en particules nouvelles, qui peuvent être des hadrons. Pour un niveau d'énergie déterminé, on a obtenu des résonances (c'est-à-dire des particules à durée de vie très brève) de masse élevée, presque égale à celle d'un noyau d'hélium. Ces résonances, baptisées ψ (psi) et ψ′, se désintègrent en électrons, en muons et en hadrons, et présentent des propriétés tout à fait singulières. Il semble qu'on soit en présence d'une nouvelle classe de particules, dont l'existence postule l'introduction de nouveaux nombres quantiques. Jamais à court d'imagination, les physiciens proposent, pour appeler ces nombres, les mots charme ou couleur, dont le pittoresque risque d'égarer les profanes...

Partons

Si le modèle des quarks, du moins tel qu'il fut proposé naguère (Journal de l'année 1968-69 et 1969-70), ne semble pas correspondre aux résultats de ces expériences, celles-ci pourraient par contre vérifier celui des partons, autres constituants hypothétiques de particules comme le proton ou le neutron. Les collisions de protons à haute énergie, avec production de particules à impulsion transversale, comme celles que permettra le SPS, constituent un autre abord du problème. Certains pensent que la physique théorique est à la veille d'une nouvelle révolution.

L'hydrogène, un nouveau métal

Une équipe de physiciens dirigée par le professeur Verechtchamguine, président de l'Institut des hautes pressions de l'Académie des sciences de l'URSS, a obtenu de l'hydrogène à l'état métallique en le soumettant à une pression de 3 millions d'atmosphères et à une température de 4,2 K (K ou kelvin : unité de base de température dans l'échelle thermodynamique) : l'hydrogène simplement solidifié par le froid vers 14 K (soit – 259,18 °C) n'est pas un métal. L'état métallique est caractérisé par une structure cristalline particulière, avec mise en commun des électrons de la couche électronique externe ; il en résulte diverses propriétés physiques, dont la conductibilité électrique. L'hydrogène métal s'est révélé six fois plus dense que l'hydrogène solide ordinaire. Selon le professeur Jean Coulomb, qui a communiqué cette découverte à l'Académie des sciences de Paris au cours d'une séance à laquelle était invité son auteur, l'hydrogène métal pourrait avoir d'importantes applications si l'on parvenait à le stabiliser : il servirait a fabriquer des câbles supraconducteurs pour le transport de l'énergie électrique. Les conditions dans lesquelles a été réalisée l'expérience soviétique confirment, par ailleurs, qu'il ne peut exister d'hydrogène métallique à l'intérieur de notre planète. Il n'est pas exclu qu'il s'en trouve dans les profondeurs d'un astre comme Jupiter.

Sciences/Vie

Biologie

Les progrès de la biologie inquiètent les biologistes

Des scientifiques décidant volontairement de suspendre leurs recherches et invitant leurs collègues du monde entier à imiter leur exemple : c'est ce qu'on a vu lorsqu'on juillet 1974 onze biologistes américains ont publié une lettre annonçant qu'ils interrompaient momentanément certains types d'expériences de génétique fondamentale dont les risques apparaissent imprévisibles, alors que les techniques récemment mises au point les mettent à la portée de nombreux laboratoires. Peu après, des chercheurs européens faisaient écho à cet appel en se ralliant à un moratoire des travaux en cours dans les domaines visés.

Manipulations

Dans leur principe les nouvelles techniques de manipulation du patrimoine génétique sont d'une redoutable simplicité. On dispose maintenant d'enzymes, dites endonucléases de restriction, qui permettent de scinder les molécules d'ADN, support de l'hérédité, en des endroits bien définis, où il est possible soit d'opérer des recombinaisons des gènes existants, soit d'introduire des gènes venus d'autres organismes, ou encore de remplacer des gènes existants par des gènes extérieurs. Ces changements modifient le métabolisme de la cellule, qui peut fabriquer des protéines différentes ; la mutation est donc héréditaire.