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Marseille

Marseille
Marseille

Chef-lieu de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône, à 774 km au S.-S.-E. de Paris et à 314 km au S. de Lyon.

  • Population : 859 368 hab. (recensement de 2010)
  • Nom des habitants : Marseillais
  • Population pour l'agglomération : 1 557 950 hab. (estimation pour 2009)

GÉOGRAPHIE

Sur la côte méditerranéenne, aujourd'hui seconde ville de France et centre de la deuxième agglomération, pendant longtemps Marseille ne s'étendit qu'autour du Vieux-Port, où se trouvaient concentrés bateaux et installations portuaires. À la veille de la Révolution, Marseille ne compte encore que 106 000 habitants. Son essor est considérable dans la seconde moitié du xixe s. Le trafic de voyageurs a quant à lui nettement diminué. En 1844, le port déborde du Lacydon et, jusqu'en 1919, de nouveaux bassins s'étendent vers le Nord jusqu'à l'Estaque. Après le percement du tunnel ferroviaire de la Nerthe, Marseille se trouve reliée au reste de la France, dont elle devient le grand port colonial. Le développement portuaire se double de celui de l'industrie, où dominent savonnerie, huilerie et métallurgie. La ville atteint 517 000 habitants en 1906. De 1919 à 1963, Marseille annexe progressivement les installations portuaires de l'étang de Berre (raffineries de pétrole). Le gouvernement prend alors la décision d'aménager le golfe de Fos. Le port autonome de Marseille s'étend aujourd'hui vers l'Ouest jusqu'à l'embouchure du Rhône et regroupe les bassins de Marseille (bassins Est), de l'étang de Berre, de Lavéra-Caronte, de Port-Saint-Louis-du-Rhône et de Fos (bassins Ouest). En 2011, le trafic total a été de 88 Mt, plaçant Marseille au premier rang des ports de la Méditerranée et au quatrième rang des ports européens, derrière Rotterdam, Anvers et Hambourg ; dans les entrées, prépondérantes, dominent les hydrocarbures importés de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient (58 millions de tonnes). Le port, en difficulté, est aujourd'hui concurrencé par ceux de Gênes et de Barcelone, notamment pour le trafic des conteneurs. Il développe des activités de grande plaisance (réparation et croisières). Le trafic de passagers s'élève à 2 millions de passagers par an. L'aéroport de Marseille-Provence, à Marignane, est l'un des plus importants de France. La ville est reliée à Lyon et à Paris par le T.G.V. La réparation navale, la première de France, constitue le secteur le plus brillant de l'industrie locale (à côté d'une importante branche alimentaire), dépassée par les activités tertiaires, qui occupent les deux tiers des actifs marseillais. L'industrie, il est vrai, est surtout présente en banlieue, parfois éloignée, sur les rives de l'étang de Berre et le pourtour du golfe de Fos.

Marseille a étendu son aire d'influence par son rôle économique, financier et commercial (foire internationale), par sa fonction administrative, touristique et culturelle (archevêché, universités, grandes écoles, riches musées). Elle devient une véritable métropole régionale, bien que sa domination soit contestée à l'extrémité est, vers la Côte d'Azur, par Nice. L'urbanisation est surtout spectaculaire après 1955 et occupe la totalité d'un large amphithéâtre de hauteurs calcaires ; l'agglomération progresse au Nord en direction de l'étang de Berre (elle englobe désormais Martigues et Aix-en-Provence), vers le Nord-Est et l'Est, dans la vallée de l'Huveaune, en direction d'Aubagne, et vers le massif de Marseilleveyre au Sud. La partie méridionale de la ville trouve ainsi une vocation résidentielle bourgeoise, alors que le nord conserve un aspect populaire. Les problèmes de la circulation ont été rendus moins ardus par la construction du tunnel sous le Vieux-Port (1967), qui relie les quais de la Joliette au Nord à la corniche Président-Kennedy au Sud, par la pénétration jusqu'au centre de la ville de l'autoroute du Soleil et enfin par la construction du métro. Les artères les plus animées restent la Canebière, qui descend vers le Vieux-Port, et les rues marchandes perpendiculaires. Toutefois, le centre des affaires s'est étendu au Sud vers le Prado et atteint les quartiers remodelés au Nord de la Canebière, autour du projet Euroméditerranée.

Marseille est aujourd'hui le centre d'une communauté urbaine qui regroupe 18 communes.

En 2008, la ville a été choisie pour être capitale européenne de la culture de l'année 2013. Elle partagera ce titre avec la ville de Košice, en Slovaquie.

L'HISTOIRE DE MARSEILLE

La ville grecque

Fondée vers 600 avant J.-C. par des Ioniens de Phocée en territoire celtoligure sur la rive nord du Lacydon, Massalia (nom ligure) est gouvernée par une aristocratie marchande, les « six cents timouques », seuls habilités à désigner le « Conseil des quinze », d'où est issu le « Collège exécutif des trois ». Tout en maintenant avec la Grèce des rapports étroits attestés par l'érection à Delphes d'un Trésor des Marseillais au vie s., la colonie phocéenne entame la conquête économique de l'Occident méditerranéen. Elle est sans doute victorieuse sur mer au large d'Alalia en Corse en 535 des Carthaginois et des Étrusques, et fonde de nombreuses colonies maritimes : Nikaia (Nice), Antipolis (Antibes), Olbia (Hyères), Tauroentum (Le Brusc), Agathê (Agde), Emporion (Ampurias), etc.

Dépassant même les colonnes d'Hercule au ive s., Euthyménès atteint le Sénégal au sud et Pythéas, l'Écosse et la Norvège ou l'Islande au nord. En fait, pour s'assurer le contrôle de l'ambre de la Baltique et de l'étain de la Bretagne, les Marseillais établissent, au moins dès le ive s., des postes avancés autour de l'étang de Berre, là où convergent vers leur ville les deux routes de la Garonne et surtout du Rhône par où affluent ces produits précieux. Par ces mêmes voies, ils exportent au loin leur monnaie d'argent, frappée depuis 540 environ, ainsi que leurs poteries, les produits de leur sol ou de leur élevage (vin indigène, sel du delta du Rhône, porcs et poissons salés, corail, liège, plantes aromatiques). Un colossal cratère de bronze d'origine grecque, découvert à Vix (Bourgogne), atteste en outre de l'importance du commerce de transit à Marseille vers 530 avant J.-C. et souligne indirectement le rôle civilisateur des Grecs (diffusion de l'alphabet).

De l'alliance à la domination romaine

Se prêtant mutuellement secours contre leurs adversaires communs – Étrusques et Carthaginois de la fin du vie au ive s. avant J.-C. et Gaulois au début du ive s. avant J.-C. –, Marseille et Rome signent après 386 un traité d'alliance sur un pied de stricte égalité. La cité phocéenne est alors peuplée d'environ 6 000 habitants rassemblés sur 50 hectares ; elle est ceinturée d'un mur dit « de Crinas » et dotée d'un port dont le site a été précisé lors des fouilles de la Bourse en 1967. Elle soutient Rome lors de la deuxième guerre punique, mais fait appel à elle pour repousser les Oxybiens et les Déciates en 181 et en 154, puis les Salyens en 125 avant J.-C. Marseille est protégée des invasions celtiques, puis teutoniques par la création de la Narbonnaise en 118 avant J.-C. ; elle se voit reconnaître la possession du territoire côtier de Monaco à l'embouchure du Rhône, ou Caius Marius lui cède les Fossae Marianae (canal d'Arles à Fos) qu'il a fait creuser, mais elle commet l'erreur de soutenir Pompée contre César. Assiégée par ce dernier, elle capitule en 49 avant J.-C. et perd sa flotte, ses remparts et ses territoires à l'exception de Nice et des îles d'Hyères.

Marseille, qui conserve le statut de ville fédérée, mais qui est défavorisée par rapport à Narbonne et surtout par rapport à Arles, redistribue encore les produits de l'Orient en Occident. En déclin, ce trafic explique la présence persistante de nombreux Orientaux favorables à la constitution précoce d'une communauté chrétienne pourvue au plus tard en 314 d'un évêque, Oresius, et en 416 d'un monastère : celui de Saint-Victor, fondé par Jean Cassien (vers 350-vers 432).

Bénéficiant d'une légère reprise commerciale à la fin du ve s. du fait de la ruine d'Arles et de Narbonne (en 462), Marseille passe sous l'autorité successive des Wisigoths, en 476, des Ostrogoths, en 507, enfin des Francs d'Austrasie ou de Bourgogne à partir de 536.

Marseille à l'époque médiévale

Marseille, pillée en 736 par Charles Martel, est victime en 838 d'un raid sarrasin. Elle est administrée au milieu du xe s. par un vicomte sous l'autorité des comtes-marquis de Provence, et renaît à la vie spirituelle et économique au xe et au xie s. L'abbaye Saint-Victor assure en effet la diffusion en Provence de la réforme grégorienne, qui entraîne un déclin précoce de la féodalité, tandis que l'élimination des Sarrasins, vers 972, et surtout les croisades du xiie s. favorisent la reprise à son profit du grand commerce maritime.

À l'exemple des Italiens, les Marseillais fondent des comptoirs à Tyr, à Chypre et surtout à Saint-Jean-d'Acre en 1190. En même temps, ils s'établissent en Berbérie, à Bougie, à Tunis et à Ceuta, favorisant l'afflux des épices, des bois précieux et des soieries de l'Orient, des cuirs d'Afrique du Nord vers la vallée du Rhône. La ville s'émancipe alors. Après la création d'un consulat (attesté en 1178) dominé par un patriciat conservateur, les chefs de mouvement communal mettent en place une administration municipale comprenant notamment les 100 chefs des métiers de l'artisanat et du commerce. La commune rejette l'autorité du comte de Provence Raimond Bérenger IV (ou V) [1205-1245] et se donne, en 1230, au comte de Toulouse, Raimond VII. Devenue pratiquement indépendante à la mort de ce dernier en 1249, Marseille anime une ligue urbaine hostile à Charles Ier d'Anjou. Mais, en juillet 1252, elle reconnaît la suzeraineté nominale de celui-ci et, en 1257, elle accepte la présence d'un viguier ou d'un clavaire. Une vaine révolte en 1262 consacre la perte de son indépendance au profit de la maison d'Anjou, qui ouvre en contrepartie à ses négociants le marché du blé sicilien (jusqu'en 1282) et napolitain.

Après une longue période de déclin consécutive à la chute d'Acre en 1291, aux difficultés économiques nées de la peste noire de 1348, à la crise de succession provoquée par la mort de Jeanne Ire d'Anjou, reine de Naples, en 1382, et à l'impérialisme des Aragonais qui mettent à sac son port du 20 au 23 novembre 1423, Marseille retrouve une incontestable prospérité au xve s. grâce à Jacques Cœur, qui y base ses galères, puis au roi René, qui réside en Provence depuis 1470.

La ville royale (1481-1790)

La ville, annexée à la France en 1481, est assiégée en 1524 par le connétable de Bourbon (1490-1527) et en 1536 par Charles Quint. Elle profite de l'alliance conclue par François Ier avec les Turcs en 1543, puis de la victoire remportée par les chrétiens à leurs dépens à Lépante en 1571 pour développer son commerce méditerranéen.

Les Marseillais, qui exploitent et commandent curieusement des navires armés par des banquiers avignonnais ou lyonnais, achètent des soies, des tapis au xvie s., puis du coton au xviie s. au Levant ; en même temps, ils prospectent le marché nord-africain des blés, des cuirs et du corail, dont la pêche entre Bône et le cap Nègre est monopolisée par la Compagnie du corail, fondée en 1552 par Thomas Lenche, à qui succède son neveu en 1568. En échange, ils exportent vers les pays musulmans les produits de l'Occident, notamment les draps du Languedoc. Une industrie diversifiée naît alors de cette expansion commerciale : draperie de la Compagnie de l'écarlate, fondée en 1570, raffinerie de sucre en 1574, savonnerie en 1577, etc.

Catholique, tardivement ralliée à la Ligue, Marseille se rend indépendante de 1591 à 1596 sous l'autorité dictatoriale de Charles de Casaulx (1547-1596), assassiné le 17 février 1596 pour s'être allié à Philippe II d'Espagne. Elle est dotée par Henri IV en 1594 d'une cour de justice souveraine, et est équipée par Richelieu d'une flotte de 24 galères qui désire prévenir une attaque des Espagnols, susceptible d'entraver la reprise des échanges avec le Levant, pôle presque exclusif de son commerce. En fait, ce dernier continue à décliner jusqu'au milieu du xviie s. en raison de la guerre avec l'Espagne, de la recrudescence de la piraterie et des troubles de la Fronde, aggravés par la peste de 1649. À la faveur de ces troubles, des roturiers enrichis, les Valbelle, s'emparent de l'hôtel de ville de 1650 à 1657. Animée par un de leurs parents, le chevalier de Glandevès-Niozelles, une révolte populaire éclate le 13 juillet 1658 contre les nouveaux consuls imposés par le roi. Le 23 janvier 1660, le duc de Mercœur (Louis de Bourbon) [1612-1669] reprend la ville, où Louis XIV entre le 2 mars. Le consulat est alors remplacé par un échevinage de trois membres surveillés par un viguier nommé par le roi et placé à la tête d'une garnison de trois régiments appuyés sur la citadelle Saint-Nicolas, dont la construction est entreprise.

Brisée politiquement, Marseille bénéficie pourtant de la sollicitude économique de l'État. La Chambre de commerce, reconstituée dès le 16 août 1660, anime les échanges avec la Barbarie et surtout avec le Levant, d'où elle importe blés, huiles, soudes, peaux, épices. Favorisé par la création d'un port franc en 1669, mais non par celle d'une Compagnie du Levant qui échoue faute de capitaux (1670-1684), le commerce d'importation stimule l'essor des industries locales du papier, du carton, de la chapellerie, du drap, du savon (après 1688), du sucre, dont les produits sont alors réexportés avec ceux que son port reçoit par Gibraltar des pays du Nord. L'ampleur de ces activités accélère la croissance démographique de la population, qui passe de 15 000 habitants en 1515 à près de 40 000 en 1599, à 65 000 en 1666, à 100 000 en 1720. Malgré la peste de 1720 à 1722, qui lui fait perdre la moitié de ses habitants, au service desquels se dévouent le chevalier Roze (1671-1733) et l'évêque Henri de Belsunce (1670-1755), malgré la crise économique de la guerre de Sept Ans, l'essor économique de Marseille se poursuit. S'ouvrant depuis la fin du xviie s. au commerce antillais et même sud-américain, déplaçant après 1750 le centre de gravité de son commerce oriental vers Smyrne et Constantinople, Marseille est déjà un port mondial en 1789.

Marseille depuis la Révolution française

La ville, troublée par des émeutes au printemps de 1789, est dotée, en 1790, d'une municipalité révolutionnaire qui multiplie les expéditions contre Arles, repaire d'aristocrates (mars 1792) et contre Aix-en-Provence, à laquelle elle veut enlever la qualité de chef-lieu des Bouches-du-Rhône (février et août 1792). Marseille lève un bataillon de volontaires qui doit lutter contre l'invasion et qui participe à la prise des Tuileries, le 10 août. Favorable à l'exécution du roi le 21 janvier 1793, la ville, à l'instigation de Charles Jean-Marie Barbaroux (1767-1794), adhère à la révolte fédéraliste après le 2 juin. Réoccupée par les troupes de la Convention le 25 août, placée sous l'autorité du représentant Louis Fréron (1754-1802), qui veut en faire la « ville sans nom » et qui y instaure la Terreur, Marseille connaît après le 9 thermidor une « Terreur blanche » marquée par le massacre des Jacobins au fort Saint-Jean le 5 juin 1795.

Marseille est substituée en 1800 à Aix-en-Provence comme chef-lieu du département des Bouches-du-Rhône, mais elle est asphyxiée économiquement par le Blocus continental. Elle accueille avec joie la chute du premier Empire, qui lui permet de reprendre ses activités maritimes. En lui offrant de nouveaux débouchés, la conquête de l'Algérie en 1830, l'ouverture du canal de Suez en 1869 et la conquête de l'Indochine achevée en 1885 assurent à la ville et à son port une expansion continue qui soutient la croissance de sa population (195 000 habitants en 1851 ; 300 000 en 1869, 550 000 en 1911). Rien n'entrave cet essor, ni la crise de 1847, ni la révolution de 1848, ni même la Commune de 1871 en raison de sa brièveté.

Bien qu'elle ait été l'une des grandes bénéficiaires de la politique du second Empire, grâce auquel elle devient un très grand centre d'affaires (entreprise Mirès, banque H. Roux, etc.), Marseille est, en effet, restée l'un des principaux bastions du parti républicain en France. Symbolisée déjà par l'élection en 1869 au Corps législatif de Léon Gambetta au détriment de Ferdinand de Lesseps, cette puissance de l'opposition républicaine aboutit à la proclamation le 23 mars 1871 de la Commune de Marseille, qui succombe les 3 et 4 avril sous les coups des forces de l'ordre malgré les efforts de Gaston Crémieux (1836-1871), qui est fusillé le 30 novembre.

Après ce bref intermède révolutionnaire, Marseille poursuit son expansion économique. Tête de ligne de nombreuses compagnies de navigation (les Messageries maritimes, Fraissinet, la Mixte, Paquet, Transports maritimes ou Cyprien-Fabre), la ville développe ses installations portuaires au nord du bassin de la Joliette, creusé dès 1845. Le port continue sa lente progression vers le nord et vers l'est, jusqu'au bassin Mirabeau, et fait sa jonction en 1927 grâce à l'ouverture du tunnel du Rove avec l'étang de Berre. Atteinte dans sa prospérité par la crise mondiale de 1929 et par l'occupation allemande de novembre 1942 à août 1944, qui entraîne la destruction du Vieux-Port en janvier 1943 et celle des installations portuaires en août 1944, Marseille supporte en outre les conséquences économiques de la perte de l'Indochine française en 1954, de la fermeture du canal de Suez par Nasser en 1956, enfin et surtout de l'indépendance de l'Algérie en 1962. La perte de ses débouchés indochinois et maghrébins traditionnels, a entraîné une réorientation vers des activités nouvelles.

L'ARCHÉOLOGIE ET L'ART À MARSEILLE

Marseille antique

Cité antique sans antiquités, tel était le paradoxe de Marseille il y a encore quelques décennies. Toute trace matérielle semblait disparue. Or, coup sur coup, depuis la Seconde Guerre mondiale, ville grecque et ville romaine sont réapparues au jour avec une présence singulière.

La restructuration du quartier de la Bourse, entreprise en 1967, a permis la découverte fortuite d'un important ensemble d'architecture militaire : la fortification d'époque hellénistique (iiie s. avant J.-C.) fermant la cité au nord du Lacydon (port antique). Tour d'angle carrée aux fondations massives, avec des meurtrières intactes, courtine en ligne brisée, porte principale de la ville flanquée de deux tours carrées symétriques ; un grand bastion en terrasse, appelé « mur de Crinas » ; un quai en eau profonde et un bassin de radoub de 20 m de côté ; enfin un avant-mur de défense (proteichisma). Tout cela évoque la puissance de la Massilia phocéenne démantelée en 49 par César. L'enceinte, orientée sensiblement nord-sud, englobait l'ensemble de l'éperon triangulaire constitué par les trois buttes Saint-Laurent, des Moulins et des Carmes, soit une soixantaine d'hectares. La technique de construction par grands blocs de calcaire rose admirablement appareillés se retrouve identique à Syracuse et, en Provence, à l'oppidum avancé de Saint-Blaise.

La chaussée dallée de la porte principale est striée d'ornières correspondant à une surélévation du sol à l'époque romaine. De cette occupation des ier-iie s., un autre vestige a été dégagé dès 1947 par l'archéologue Fernand Benoit. Ce sont les restes des docks-entrepôts qui s'étendaient sur 200 m de long. Une trentaine de jarres énormes servaient à conserver grains, vin, huile. Un musée a été installé, avec des fragments d'épaves antiques (Musée des docks romains).

Marseille médiévale

Si la rive nord du Lacydon, enfermée dans ses murailles, était païenne et dédiée aux temples des dieux, la rive sud, dont le calcaire était criblé de grottes et de carrières, vit s'implanter le christianisme. D'abord culte interdit, il est célébré dans les catacombes d'un vaste cimetière. Un officier romain, saint Victor, l'un des premiers martyrs du iiie s. après J.-C., donne son nom au monastère fondé en 416 par un moine venu d'Arménie, Jean Cassien. Les cryptes de l'édifice actuel, d'un très grand intérêt, conservent les dispositions du ve s. Au sud, le petit mausolée primitif dit Notre-Dame-de-la Confession, avec ses trois nefs ; au nord, Saint-André, objet de fouilles méthodiques et qui s'est révélé appuyé à d'anciens murs romains. D'autres chapelles funéraires sont dédiées à saint Victor, à saint Lazare, archevêque d'Aix. De magnifiques tombeaux et sarcophages des ive et ve s. sont à comparer à ceux des ateliers d'Arles et de Rome. Les Bénédictins reprendront le monastère des Cassianites et élèveront sur les cryptes vénérables une vaste église haute, reconstruite au xiiie s. et toujours debout : nef en berceau brisé de tradition romane, bas-côtés voûtés d'ogives. Un siècle plus tard (1363), transept et abside sont modifiés par un abbé qui deviendra le pape d'Avignon Urbain V ; il accentue le caractère fortifié du monastère en hérissant l'église de créneaux et de mâchicoulis.

Autre édifice médiéval, malheureusement amputé au xixe s. de presque toute sa nef, l'ancienne cathédrale de la Major, bâtie au xiie s. sur l'assiette du temple de Diane. La croisée du transept est couverte d'une coupole octogone sur trompe et de nervures carrées qu'on retrouve dans le cul-de-four. L'édifice abrite, parmi diverses œuvres d'art notables, l'autel reliquaire de saint Serenus (xiie s.) ainsi que le retable de saint Lazare (1475-1481), dû au ciseau du célèbre sculpteur dalmate protégé par le roi René, Francesco Laurana. De l'autre côté du Vieux-Port, à l'extrémité du promontoire qui fait face à la mer, l'église Saint-Laurent, bâtie sur un temple dédié à Apollon, est encore un bel édifice roman provençal, sans transept et de proportions très élancées. C'était le sanctuaire traditionnel des marins. À ses pieds, commandant le goulet, se trouve le fort Saint-Jean, vestige d'une commanderie de Templiers ; sa grosse tour carrée a été bâtie par le roi René après 1452.

Marseille classique

Sous François Ier fut édifié le célèbre château d'If, en face de Marseille. En bordure du Vieux-Port, non loin des docks romains, deux petits édifices ont échappé aux destructions de la Seconde Guerre mondiale. La maison Diamantée, aux bossages en pointes de diamant, est due à un armateur catalan de la fin du xvie s. Transportée d'une seule pièce après 1950, elle a reçu les collections d'arts et traditions populaires du Vieux-Marseille. À proximité se trouve l'hôtel de ville, dessiné en 1653 par l'architecte marseillais Gaspard Puget (1615-après 1683), frère du sculpteur. C'est une élégante construction baroque inspirée de palais génois. Par contre, c'est à Pierre Puget, architecte aussi à ses heures, que sont dus les plans de la chapelle (1679) du grandiose hospice général de la Vieille Charité. Autour d'une cour de 80 m sur 45, quatre immenses corps de bâtiments répètent trois étages de galeries superposées à l'italienne. Le rythme multiplié des arcades en plein cintre évoque Palladio. Au centre, la chapelle de goût baroque développe un étonnant volume intérieur sous sa coupole ovoïde. Longtemps abandonné, l'édifice abrite aujourd'hui le Musée d'archéologie méditerranéenne et le Musée des Arts africains, océaniens et amérindiens. Du xviie s. également, le fort Saint-Nicolas.

Au sud de la ville, dans la perspective à la française d'un parc longeant la mer, le château Borély, bâti de 1767 à 1778 sur les plans de Charles Louis Clérisseau, garde la rigueur et l'allure d'une somptueuse demeure de campagne conçue pour un riche armateur (aujourd'hui Musée des arts décoratifs).

Marseille aux xixe et xxe s.

Si l'arc de triomphe, ou porte d'Aix, élevé en 1832 reste de tradition néoclassique, il n'en est pas de même pour Notre-Dame-de-la-Garde et pour la nouvelle cathédrale, construites sous le second Empire dans le goût composite dit « romano-byzantin » par Léon Vaudoyer et Jacques Henri Espérandieu. Ce dernier est également l'auteur du palais Longchamp, musée des Beaux-Arts (1869).

C'est sous le Second Empire également qu'ont été construits les palais de la Bourse (aujourd'hui Musée de la Marine) et du Pharo. L'Opéra, reconstruit en 1924, possède un grand bas-relief de Bourdelle. Pour le xxe s., on citera la « Cité radieuse » de Le Corbusier (1952). Tout proche et plus intime est le musée Grobet-Labadié, légué à la ville en 1921 par un ménage de collectionneurs. Quant au musée Cantini, installé dans l'ancienne résidence du comte de Grignan (hôtel Montgrand), il a été donné lui aussi par un mécène, le sculpteur Jules Cantini. De belles faïences anciennes de Marseille et de la région y sont réunies ; mais son activité est maintenant tournée essentiellement vers une promotion de l'art contemporain.

LES FAÏENCES DE MARSEILLE

Une première faïencerie fut établie en 1679 à Saint-Jean-du-Désert, faubourg de Marseille, par Joseph Clérissy. On y exécuta des faïences en camaïeu bleu rehaussé de manganèse, ornées de scènes de chasse d'après le graveur italien Tempesta. Au xviiie s., les manufactures de Louis Leroy et des Fauchier produisirent des faïences polychromes de grand feu. On doit à Leroy des décors de lambrequins ou de grotesques d'un style très personnel et aux Fauchier des sculptures dans le style des Della Robbia, des décors de fleurs naturelles « à la rose manganèse » et des faïences à fonds jaunes repris dans d'autres fabriques méridionales. Vers 1750, la veuve Perrin mit au point la fabrication de faïences de petit feu de style rocaille à décors de fleurs, de poissons ou de paysages maritimes inspirés par les peintres locaux. D'autres faïenciers, comme Honoré Savy, dont les camaïeux verts sont célèbres, ou comme Joseph Gaspard Robert et Antoine Bonnefoy, contribuèrent à la grande renommée des faïences marseillaises du xviiie s. ; Joseph Gaspard Robert fit en outre de la porcelaine.

LES MUSÉES DE MARSEILLE

Le Musée des beaux-arts, d'abord installé dans l'ancien couvent des Bernardins, a été transféré en 1869 dans une aile du palais de Longchamp. Les collections de peintures y présentent un éventail des écoles françaises et étrangères du xve au xxe s. Il convient de mettre à part les galeries consacrées aux artistes provençaux, le sculpteur Pierre Puget, Honoré Daumier et Adolphe Monticelli, gloire de Marseille. Le palais de Longchamp abrite également le Musée d'histoire naturelle.

Le Musée d'archéologie méditerranéenne, installé depuis 1988 au centre de la Vieille Charité, groupe de riches collections égyptiennes, des antiquités orientales, des sculptures grecques, des céramiques (aiguière mycénienne), des inscriptions phéniciennes, des sarcophages paléochrétiens, etc. Également installé au centre de la Vieille Charité, le Musée des arts africains, océaniens et amérindiens possède notamment une collection exceptionnelle de crânes humains sculptés, peints, gravés, réduits.

Le musée Cantini, installé dans l'ancienne résidence du comte de Grignan (hôtel Montgrand), est consacré à l'art moderne et contemporain jusqu'en 1960 (Matisse, Dufy, M. Ernst, Kandinsky, Bacon, Masson, Picasso, Balthus, Tàpies, César…). Le Musée d'art contemporain, ouvert en 1994, présentent les collections postérieures à 1960. La création spécifiquement marseillaise y occupe une place de choix.

Le Musée des arts décoratifs, dans le château Borély, présente une superbe collection de dessins, surtout du xviiie s. français (donation Feuillet de Borsat).

Le Musée de la faïence, installé en 1995 dans le château Pastré, abrite des collections de faïences marseillaises et régionales.

Le Musée d'histoire de Marseille s'ouvre sur le « jardin des Vestiges », dans le quartier de la Bourse. Il présente l'histoire de la ville depuis sa fondation, au vie s. avant J.-C., jusqu'au xxe s.

Le Musée Grobet-Labadié, demeure léguée à la ville en 1919, contient, outre des meubles, une collection de peintures françaises du xixe s.