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Thomas Woodrow Wilson

Thomas Woodrow Wilson
Thomas Woodrow Wilson

Homme d'État américain (Staunton, Virginie, 1856-Washington 1924).

Démocrate idéaliste, Thomas Woodrow Wilson rompt avec la tradition isolationniste américaine. En intervenant aux côtés des Alliés en 1917, le 28e président des États-Unis change le cours de la Première Guerre mondiale, avant de se faire le promoteur d'un projet de paix universelle. À la Conférence de la Paix (janvier 1919), il impose son programme en « quatorze points », fondé sur le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et la sécurité collective. Mais, s'il est le créateur de la Société des Nations (SDN), il ne peut obtenir l'adhésion de ses concitoyens à celle-ci.

Formation

Fils d'un pasteur presbytérien, il est élevé dans la rigueur. Après des études de droit à l'université de Princeton, il tente de devenir avocat à Atlanta. C'est un échec. Il se résigne alors à devenir enseignant.

Carrière universitaire

Élu, en 1902, président de l'université de Princeton, il renforce la valeur scientifique de l'université, s'efforce de donner davantage de chances aux étudiants pauvres et lutte contre les traditions conservatrices de certains de ses collègues. Il y révèle des talents d'administrateur et de battant qui le font connaître dans tous les États-Unis.

Premier mandat

Élu à la présidence des États-Unis en 1912, il poursuit le mouvement réformiste initié par Theodor Roosevelt ; il promeut une législation antitrust, crée la Réserve fédérale (la FED), fait interdire le travail des enfants, instaure la prohibition et accorde le droit de vote aux femmes.

Deuxième mandat

Réélu en 1916 sur le slogan « Il a nous a préservés de la guerre », Wilson le pacifiste est pourtant le président qui fait basculer son pays dans l'interventionnisme armé.

Fin de carrière

Triomphalement accueilli à Paris au lendemain de la victoire, il parvient à faire adopter lors de la signature du traité de paix de Versailles ses « quatorze points » et, en particulier, la création d'une Société des Nations. Il reçoit le prix Nobel de la Paix (1919) pour son action pendant la Première Guerre mondiale mais échoue à obtenir la ratification du traité par le Congrès américain et son pays n'adhère pas à la SDN.

1. La formation d'un universitaire progressiste

1.1. Une éducation rigoriste

Parmi les ancêtres de Woodrow Wilson figurent des Anglais, des Écossais et des Irlandais. Son père, un pasteur presbytérien, et sa mère, elle-même fille de pasteur, ont imprégné son enfance d'une atmosphère religieuse : l'homme est un agent de Dieu ; il doit réaliser la mission divine pour laquelle il a été désigné, n'accepter aucun compromis avec le mal et se soumettre sans réticences aux lois morales. « La politique, écrira Woodrow Wilson, est une guerre où s'affrontent les causes ; c'est une joute de principes. »

1.2. Un pur produit de l'élite intellectuelle américaine

Le jeune Woodrow fait ses études supérieures à l'université de Princeton, puis se spécialise dans le droit à l'université de Virginie. Inscrit au barreau, il ouvre, en 1882, un cabinet à Atlanta, en Géorgie. Les clients sont peu nombreux, et le travail juridique ne passionne pas Wilson.

Il décide de reprendre ses études, cette fois-ci à l'université Johns Hopkins (Baltimore), où enseignent alors des maîtres de grande réputation et où il est le condisciple de Frederick Jackson Turner. En 1885, il soutient sa thèse de science politique sur « le gouvernement par le Congrès » (Congressional Government. A Study in American Politics).

1.3. L'universitaire progressiste (1885-1911)

Sa carrière d'enseignant commence à Bryn Mawr College en Pennsylvanie (1885-1888) et se poursuit à la Wesleyan University de Middletown dans le Connecticut (1888-1890), où il enseigne l'histoire. Il entre ensuite à Princeton pour devenir professeur de jurisprudence et d'économie politique. Ses cours sont largement suivis ; sa réputation universitaire s'étend à toute la côte est. Il publie des articles et des livres sur le système politique et l'histoire des États-Unis. En 1902, il accède à la présidence de l'université de Princeton.

Woodrow Wilson s'emploie immédiatement à réformer certains aspects de la vie universitaire. Il collecte des fonds importants auprès des anciens élèves et les utilise pour améliorer l'encadrement pédagogique ou réorganiser les cycles d'études. Lorsqu'il cherche à bouleverser le fonctionnement des clubs traditionnels des étudiants, il se heurte à de farouches résistances. Il passe désormais pour le champion de la démocratie dans l'université.

À une époque où le mouvement progressiste renouvelle la vie politique et s'efforce de réduire les inégalités économiques et de pallier les injustices sociales, Woodrow Wilson ne tarde pas à acquérir la célébrité. Les démocrates du New Jersey songent à en tirer parti : un jeune professeur, libéral mais point extrémiste, dépourvu d'expérience politique, ne devrait pas rester sourd aux conseils des professionnels de la « machine » et serait un remarquable porte-drapeau.

2. Le gouverneur du New Jersey (1911-1912)

Après avoir fréquenté pendant plus de trois ans des hommes d'affaires, des banquiers et des journalistes, las de combattre sans succès les conservateurs de Princeton, Woodrow Wilson franchit le pas en 1910. Il se présente à l'élection du gouverneur du New Jersey et la remporte.

Dès lors, son objectif prioritaire est de se débarrasser des puissants intérêts qui l'ont poussé et soutenu. Il se considère élu « sans engagements d'aucune sorte ». Il dénonce les « boss » et leur influence néfaste, fait passer les principes avant les hommes, défend l'intérêt général contre les intérêts spéciaux.

Dans le New Jersey, il promulgue des réformes importantes : une loi électorale, la répression de la corruption, l'assurance contre les accidents du travail, la réglementation des services publics.

Au sein du parti démocrate, privé du pouvoir depuis 1897, il est l'homme providentiel. Woodrow Wilson se porte candidat à la Maison-Blanche en 1912. Son programme, rédigé par un jeune avocat, Louis Brandeis (1856-1941), se résume en un slogan : New Freedom (la Nouvelle Liberté). Il exprime les revendications de la classe moyenne : les trusts pratiquent une concurrence déloyale et ruinent ceux qui tentent leur chance dans le commerce ou l'industrie ; il faut supprimer les abus, et non la libre entreprise. Or, soutiennent Brandeis et Wilson, les trusts sont si puissants que les détruire, c'est rendre le pouvoir au peuple. Le retour à l'Amérique d'hier sauvera l'Amérique d'aujourd'hui.

Face au président républicain William Howard Taft, qui est un partisan déterminé de l'immobilisme, au socialiste Eugène Victor Debs, qui fait peur, au progressiste Theodore Roosevelt, qui a rompu avec le parti républicain et songe à renforcer le gouvernement fédéral pour contrôler – et non pour anéantir – les trusts, Woodrow Wilson se situe dans le juste milieu. Profitant de la division de ses adversaires, il accède, avec environ 40 % des suffrages, à la magistrature suprême. Pour la première fois depuis la guerre de Sécession, un sudiste entre à la Maison-Blanche.

3. Le président des États-Unis (1913-1921)

3.1. Une ambitieuse politique réformiste

Entouré de personnalités bien choisies comme le « colonel » House ou William McAdoo, Woodrow Wilson commence par appliquer son programme réformiste. Il fait abaisser le tarif douanier (Underwood Tariff Act, 1913), met en vigueur l'amendement sur l'impôt sur le revenu et taxe les produits de luxe. Il élabore un projet de banque centrale (→ Federal Reserve System), qui comporte notamment la création de douze banques fédérales, mis en place par le Federal Reserve Act (1913). Pour faciliter l’obtention de crédits, le système bancaire est modifié en faveur des fermiers et des industriels. Une nouvelle législation antitrust satisfait le monde du travail et réglemente la concurrence déloyale (Clayton Antitrust Act, 1914).

En 1914, les réformes sont, semble-t-il, terminées. Il faut la perspective de l'élection présidentielle de 1916 pour qu'elles reprennent. Les employés fédéraux bénéficient d'assurances contre les accidents et leur journée de travail est limitée à huit heures ; le travail des enfants est très sévèrement contrôlé. Le président fait adopter un amendement à la Constitution (le 17e) stipulant que les sénateurs seront désormais élus au suffrage universel direct.

Si audacieux que soient les changements, tous les maux de la société américaine n'ont pas été supprimés. Les femmes, encore privées du droit de vote, les Noirs, soumis à la plus rigoureuse des ségrégations, les ouvriers spécialisés, dont le gouvernement fédéral se désintéresse, voilà les oublis les plus criants que les progressistes radicaux ne manquent pas de rappeler.

La croisade – pour employer le vocabulaire wilsonien – a pourtant réussi en partie, et, face aux républicains, qui ont refait leur unité, Woodrow Wilson parvient à obtenir sa réélection en 1916. Durant ce second mandat, il instaure la prohibition des boissons alcoolisées (octobre 1919) et accorde enfin le droit de vote aux femmes (1920).

3.2. Le rêve d'un nouvel ordre mondial

Sur la conduite de la politique étrangère, Woodrow Wilson a en 1913 des idées beaucoup moins précises : il lui arrive même de penser qu'elle n'entrera guère dans ses préoccupations. Rapidement, pourtant, il constate que son pays ne saurait vivre replié sur lui-même, maintenant qu'il occupe le premier rang des grandes puissances économiques. De l'Extrême-Orient à l'Europe en passant par l'Amérique latine, n'y a-t-il pas des principes à définir, un intérêt général à défendre et une « croisade » à entreprendre ? Woodrow Wilson s'en persuade aisément. Les États-Unis, juge-t-il, offrent au monde un exemple : leur démocratie est presque idéale ; leur organisation économique et sociale peut être améliorée, mais elle constitue dans l'ensemble une splendide réussite et assure la paix.

Woodrow Wilson n'est pas un doux rêveur, qui, inlassablement, poursuivrait des chimères. Il n'est pas davantage un Machiavel d'outre-Atlantique, préoccupé de dissimuler ses véritables intentions dans des discours hypocrites. Il croit ce qu'il dit et fait ce qu'il croit. Pour lui, l'Amérique remplit une mission : transformer le monde à son image. L'américanisation de la planète, voilà ce qu'il cherche à réaliser, d'une manière plus ou moins confuse jusqu'à 1917, beaucoup plus nettement au cours de son deuxième mandat. C'est ce qui explique les contradictions apparentes et les difficultés de sa politique extérieure.

Aidé par son secrétaire d'État, William Jennings Bryan – qui démissionne en juin 1915 –, le président Woodrow Wilson propose à trente nations un traité bilatéral de conciliation ; il annule les tarifs préférentiels que son pays s'était fait accorder dans l'administration du canal de Panamá ; il conseille, enfin, aux banquiers américains de quitter le consortium international en Chine et reconnaît le régime républicain de Sun Yat-sen.

3.3. Une diplomatie « missionnaire »

Les États-Unis doivent être une puissance juste et honnête ; il faut aussi qu'ils défendent leurs intérêts. Dans le même temps, en effet, Woodrow Wilson intervient en Amérique latine pour protéger la route du canal transocéanique : en 1915, les marines débarquent à Haïti ; l'année suivante, ils sont envoyés à Saint-Domingue. Tout compte fait, Woodrow Wilson a ordonné plus d'interventions militaires que Théodore Roosevelt. Les ingérences américaines dans les affaires du Mexique, une véritable diplomatie « missionnaire » a-t-on écrit, aboutissent à l'expédition punitive de 1916 et à des résultats limités pour Washington.

La même ambiguïté se manifeste à l'égard de l'Europe. De 1914 à 1917, les États-Unis restent neutres « en actes et en pensées », si l'on en croit leur président. Mais les sympathies des dirigeants américains vont à l'Entente ; le courant commercial tout autant que les prêts financiers favorisent le Royaume-Uni et la France.

Woodrow Wilson n'en poursuit pas moins son but : réconcilier les adversaires, imposer une médiation qui grandira l'influence internationale de son pays. Les belligérants font la sourde oreille. La reprise de la guerre sous-marine menée par les Allemands – celle-ci avait été suspendue après la mort de 118 citoyens américains dans le torpillage du paquebot Lusitania, le 7 mai 1915 – et les manœuvres allemandes pour entraîner le Mexique dans une guerre contre les États-Unis, obligent Woodrow Wilson à entrer dans le conflit. Les relations diplomatiques sont rompues avec l’Allemagne (3 février 1917), puis la guerre déclarée (6 avril 1917).

Avec les pleins pouvoirs qui s'attachent à la fonction d'un président américain en temps de guerre, il organise le contrôle des prix des matières premières agricoles et industrielles, celui des chemins de fer, et rétablit le service militaire obligatoire qui était aboli depuis la fin de la guerre de Sécession (1865). D'Amérique arrivent en Europe des dollars, des matières premières et des vivres dans la mesure où le tonnage est disponible ; il faudra plus d'un an, et c'est un miracle de rapidité, pour que les soldats américains (sous le commandement du général Pershing) commencent à jouer un rôle dans les tranchées.

3.4. Les « Quatorze points »

Réélu en 1916 sur un programme de paix, Woodrow Wilson a été contraint d'engager son pays dans une guerre totale. Il ne manque pas de distinguer soigneusement les buts de guerre américains des objectifs européens ; il est un associé, et non l'allié des Alliés, et le fait savoir par son discours des « Quatorze Points » prononcé le 8 janvier 1918 devant le Congrès :
– rejet de la diplomatie secrète,
– liberté de navigation,
– libre-échange,
– limitation des armements,
– indépendance de la Pologne,
– évacuation de la Russie,
– évacuation de la Roumanie, de la Serbie et du Monténégro,
– règlement des questions coloniales,
– retour de l'Alsace-Lorraine à la France, etc.

Le dernier point du programme, le plus connu, préconise la création de la Société des Nations (SDN).

Quand il vient en Europe pour négocier en personne les termes du traité de paix, il est pour les foules un héros, un sauveur, l'homme d'État qui empêchera le bouleversement que promettent les bolcheviks et le retour à l'ancien ordre des choses ; et la Société des Nations assurera la sécurité collective. Le prix Nobel de la paix lui est décerné en 1919.

3.5. Le désaveu

Pourtant, au terme d'une négociation longue et difficile, le traité de Versailles ne satisfait pleinement ni les Alliés ni les Américains : ceux-là se résignent, ceux-ci n'en veulent pas. Pour convaincre ses compatriotes, Woodrow Wilson entreprend en septembre 1919 une vaste campagne d'opinion : frappé d'hémiplégie, il doit cesser le combat. Sa maladie, son obstination croissante, un entourage trop prévenant l'empêchent de faire les concessions nécessaires, et le Congrès lui inflige un terrible désaveu en rejetant le traité et le pacte de la Société des Nations. C'est un homme physiquement et moralement épuisé qui cède le pouvoir en 1921 aux républicains, et plus particulièrement au président Warren Harding, qui a les mains libres pour renouer avec l'isolationnisme.