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Léopold Sédar Senghor

Léopold Sédar Senghor
Léopold Sédar Senghor

Homme d'État et écrivain sénégalais (Joal, près de Dakar, 1906-Verson, Calvados, 2001).

Issu des élites commerçantes sénégalaises, produit de la méritocratie républicaine du colonisateur français, Léopold Sédar Senghor devient, après une patiente ascension politique de quinze ans, le premier président de la république du Sénégal (1960-1980), dont il a fait, malgré un bilan mitigé, une des rares démocraties d’Afrique n’ayant jamais connu de coup d’État. Grand représentant de la francophonie, ministre en France avant l’indépendance de son pays et le premier Africain à avoir siégé à l’Académie française, poète et essayiste, cofondateur du mouvement de la négritude avec Aimé Césaire, il a réussi le difficile pari d’être à la fois un défenseur des lettres de son ancienne métropole et le porte-drapeau de l’âme « nègre ».

Du pays serer à l’entrée en politique (1906-1945)

Membre de l’ethnie serer, Senghor est remarqué par ses enseignants religieux, ce qui lui permet de poursuivre ses études à Dakar, puis à Paris, où il arrive en 1928. Il définit avec Aimé Césaire le concept de « négritude », tout en préparant le concours de l’agrégation de grammaire, qu’il réussit en 1935 après avoir obtenu sa naturalisation française. Enseignant en lycée, il est mobilisé en 1939, puis emprisonné par les Allemands, avant de reprendre l’enseignement. La fin de la guerre clôt ses « années d’errance ».

Le combat politique (1945-1960)

Lancé en politique par son compatriote le socialiste Lamine Gueye, il devient député du Sénégal à l’Assemblée nationale française. Prônant un « socialisme africain » combinant technologies occidentales et traditions africaines, il devient très populaire auprès des Sénégalais, qu’il séduit par son éloquence, et fonde son propre parti, le Bloc démocratique sénégalais, en 1948. Ne prenant jamais de front la métropole, il s’en fait l’un des intermédiaires obligés. Partisan d’une confédération des anciennes colonies françaises d’Afrique, il voit son rêve brisé par la Communauté de 1958, qui conduit à l’indépendance, mais dans la division. La Fédération du Mali qu’il met sur pied se réduit à deux pays et éclate au bout d’un an, ce qui amène en 1960 à la proclamation de la république du Sénégal, dont il devient le président.

Le président du Sénégal (1960-1980)

Senghor partage d’abord le pouvoir avec son premier ministre Mamadou Dia, trop à gauche pour cet homme de compromis. En 1962, il le fait arrêter et ne lui donne pas de successeur. Le régime devient dès lors de plus en plus personnel et le multipartisme est interdit. Mais Senghor doit affronter, à la fin des années 1960, une agitation sociale et estudiantine qui le conduit à négocier un prudent virage libéral à partir de 1970. Un premier ministre sous contrôle est rétabli, de même que le pluralisme politique, d’abord limité au tripartisme. En excellents termes avec la France, il s’en tient à une attitude neutraliste avec ses voisins africains. En 1980, il démissionne en faveur de son premier ministre Abdou Diouf.

Le poète et le penseur

Ayant toujours placé la poésie avant son activité politique, il lui donne, à travers des œuvres symbolistes et incantatoires, une portée universelle, qui se retrouve dans les définitions très ouvertes qu’il donne de la négritude et de la francophonie, deux concepts dont il a été l’un des plus ardents promoteurs. Élu à l’Académie française en 1983, il s’éteint en Normandie en 2001.

1. Du pays serer à l'agrégation de grammaire (1906-1945)

1.1. La jeunesse au Sénégal (1906-1928)

L’enfance

Membre de l'ethnie serer, né sous la colonisation française, issu d'une famille chrétienne mais évoluant en milieu animiste, Léopold Sédar Senghor passe une enfance heureuse. Son père est un commerçant catholique aisé. Sa mère est la troisième épouse de son père, dont elle aura six enfants. Ses deux parents appartiennent à la noblesse serer des Guelwar. Son prénom serer « Sédar » signifie « qu’on ne peut humilier ». Son prénom catholique « Léopold » lui a été donné en souvenir de Léopold Angrand, riche commerçant mulâtre, ami et employeur ponctuel de son père.

Les études

Après avoir passé ses premières années dans la famille de sa mère, il fréquente la mission catholique de Djilor où il reçoit ses premiers rudiments de français. Envoyé par ses maîtres chez les Pères spiritains à Ngazobil pendant six ans, puis à Dakar au collège-séminaire François-Libermann, il se révèle déjà passionné de littérature française. N'ayant pas de vocation religieuse, il intègre le cours secondaire laïque, puis passe brillamment son baccalauréat. Grâce à une demi-bourse d'études exceptionnellement obtenue par son directeur, il quitte à vingt-deux ans le Sénégal et découvre Paris. Son arrivée en France marque le début de ce qu’il appellera ses « seize années d’errance ».

1.2. Les « années d’errance » (1928-1945)

Les années parisiennes (1928-1935)

Très vite découragé par ses études à la Sorbonne, Senghor entre, grâce à l’aide du député du Sénégal Blaise Diagne, en classe préparatoire au lycée Louis-le-Grand où il prépare le concours d’entrée à l’École normale supérieure. Il y côtoie notamment Georges Pompidou, futur président de la République française, avec lequel il se lie d’amitié et qui l’amène à l’Association des étudiants socialistes en 1930.

Fréquentant les milieux antillais de Paris, Senghor ne cesse de s'interroger sur sa « négritude », c'est-à-dire sur la spécificité de l'identité africaine. C'est ainsi qu'en 1934, avec le Martiniquais Aimé Césaire et le Guyanais Léon Gontran Damas, il fonde la revue contestataire L'Étudiant noir, qui remet en question la colonisation et exerce un véritable activisme culturel en faveur de la civilisation africaine.

Après un échec au concours de l’École nationale supérieure, il décide de passer l’agrégation de grammaire et fait une demande de naturalisation. En 1932, il est citoyen français. En 1935, alors qu'il effectue ses obligations militaires, il passe avec succès l'agrégation de grammaire, à sa seconde tentative.

L’enseignement (1935-1939)

Senghor débute sa carrière de professeur de lettres classiques au lycée de Tours et la poursuit à Saint-Maur-des-Fossés. Parallèlement à ses activités d’enseignant, il suit des cours de linguistique négro-africaine à l’École pratique des hautes études et ceux du grand ethnologue Marcel Mauss à l’Institut d’ethnologie de Paris. Mobilisé en 1939, puis fait prisonnier en Allemagne en 1940, il passe un an et demi dans un stalag avant d'être libéré en 1942 pour raison de santé.

La guerre (1939-1945)

Mobilisé dans un régiment d’infanterie coloniale – malgré sa naturalisation –, il est fait prisonnier par les Allemands le 20 juin 1940 à La Charité-sur-Loire et n’échappe à la mort, ainsi que ses compagnons, que sur l’intervention d’un officier français qui fait comprendre aux vainqueurs qu’un massacre purement raciste nuirait à l’honneur de l’armée allemande. Pendant sa captivité au Frontstalag de Poitiers (camp de prisonniers implanté en France et réservé aux troupes coloniales), Senghor facilite l’évasion de deux soldats français et est transféré au camp disciplinaire des Landes à la fin de 1941. Libéré en 1942 pour cause de maladie, il reprend ses activités d’enseignant tout en participant à la résistance dans le cadre du Front national universitaire.

2. Le combat politique (1945-1960)

2.1. L’entrée en politique (1945-1946)

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, tout en continuant à exercer son métier de professeur de lettres en lycée, puis de linguistique à l'École nationale de la France d'outre-mer (1948-1958), et en entamant son œuvre poétique (son premier recueil de poésies, Chants d’ombre, paraît en 1945), Senghor s’engage dans la carrière politique. Au cours d’un de ses voyages de recherche sur la poésie serer, il fait la connaissance du chef de file local des socialistes, Lamine Gueye, qui lui propose de se présenter à la députation.

Élu député de la circonscription Sénégal-Mauritanie aux deux Assemblées constituantes successives (1945-1946), il est réélu à l'Assemblée nationale française (1946). Fidèle à la SFIO, qui refuse tout parti nationaliste africain, il est l’un des rares députés des colonies à ne pas rallier le RDA (Rassemblement démocratique africain) de l’Ivoirien Houphouët-Boigny. Député modéré, Senghor préfère agir en coulisse et manifester sa loyauté envers la France, puisqu’il se sait surveillé : l’administration coloniale ouvre son courrier.

2.2. L’émancipation politique (1946-1948)

Au Sénégal, il remplit de nombreuses fonctions locales : conseiller municipal de Thiès, il devient en 1947 conseiller général, puis membre du Grand Conseil de l’Afrique-Occidentale française. Séduisant les populations sénégalaises par son talent oratoire, il développe une philosophie politique composite, associant la « négritude », qui valorise la contribution de l’homme noir à la civilisation universelle, à un « socialisme africain » combinant le meilleur des technologies occidentales et des structures communautaires africaines, et dont les coopératives villageoises – qui marient traditions africaines et valeurs démocratiques – constituent l’élément clef.

Dans le même temps, il se démarque de Lamine Gueye au moment de la grève des cheminots de la ligne Dakar-Niger (1947), contre laquelle a voté ce dernier car elle paralyse la colonie, alors que Senghor soutient le mouvement, ce qui accroît sa popularité.

Fort de son succès, il quitte la section africaine de la SFIO et fonde en octobre 1948 le Bloc démocratique sénégalais (BDS) avec Mamadou Dia, un jeune enseignant qu’il a fait connaître par le journal bimensuel la Condition humaine, fondé en février pour diffuser ses idées.

2.3. L’homme fort de la politique sénégalaise (1948-1958)

Aux élections de 1951, le BDS l’emporte largement sur la SFIO et Senghor est réélu député dans le groupe des Indépendants d’outre-mer. Il joue désormais un rôle d’intermédiaire obligé pour conforter des majorités éphémères et devient même secrétaire d’État à la présidence du Conseil dans le cabinet Edgar Faure en 1955-1956. Il sert également de négociateur entre les Français et les indépendantistes tunisiens et marocains, tout en soutenant la politique algérienne de la France, dans l’espoir d’en recueillir des avantages pour l’Afrique subsaharienne.

Senghor refuse toujours de parler d’indépendance, lui préférant l’idée d’une « confédération » entre la France et les nations africaines de l’Ouest, espoir que ruine la loi-cadre Defferre de 1956, qui délègue des pouvoirs considérables aux colonies, mais tout en cassant les structures des anciennes fédérations. Devenue maire de Thiès et réélu député la même année, toujours au groupe des Indépendants (qui devient en 1957 Convention africaine), c’est en Afrique même qu’il va mener son combat pour la confédération.

2.4. De la Communauté à la fédération du Mali (1958-1959)

Senghor commence par rassembler les forces politiques au Sénégal, sous l’égide du Bloc populaire sénégalais (BPS), ancien BDS, qui devient en 1958 l’Union progressiste sénégalaise (UPS) après le ralliement du parti socialiste de Lamine Gueye. Après avoir participé à la commission chargée d’élaborer la Constitution de la Ve République, il accepte – par réalisme plus que par conviction – la Communauté proposée par le général de Gaulle aux anciennes colonies en 1958, mais s’inquiète de la « balkanisation » de l’ancienne A-OF en huit petits États, dès lors que l’indépendance, autorisée par la Communauté, semble inéluctable.

Devenu vice-président de son conseil fédéral (bientôt transformé en assemblée constituante), il le réunit en janvier 1959 pour annoncer la création d’une Fédération du Mali (par référence au grand empire des xiiie-xive siècles) regroupant la Haute-Volta, le Dahomey, le Sénégal et le Soudan français.

2.5. L’échec de la Fédération et l’indépendance du Sénégal (1959-1960)

Pourtant, dès mars 1959, la Haute-Volta et le Dahomey refusent sa ratification et quittent la fédération. Le 17 janvier 1960, Senghor prend la présidence de l’assemblée fédérale des deux dernières composantes, tandis que le Soudanais Modibo Keita assure la présidence du gouvernement. Mais les dissensions internes font éclater la fédération. Le 20 août 1960, le Sénégal proclame son indépendance, dont Senghor est élu président le 2 septembre. Le 22 septembre, c’est au tour de la république du Soudan, qui garde pour elle l’appellation de Mali.

3. Le président du Sénégal (1960-1980)

3.1. La rivalité avec Mamadou Dia (1960-1962)

La constitution du nouvel État s’inspire étroitement de celle de la Ve République (à l’élaboration de laquelle Senghor avait d’ailleurs participé) : un président fort assisté d’un chef de gouvernement, poste confié à Mamadou Dia. Celui-ci met en place le plan de développement à long terme du Sénégal, ce qui laisse le loisir à Senghor de se consacrer à la politique étrangère, aux orientations générales et à son œuvre poétique.

Mais le conflit couve entre le Premier ministre, très à gauche, qui part en guerre contre la corruption, et dont les orientations technocratiques inquiètent les milieux d’affaires français comme sénégalais, et le président, homme de compromis, qui a l’oreille des élites locales et reste proche des Français (de juillet 1959 à mai 1961, il est encore ministre conseiller du gouvernement Michel Debré).

En décembre 1962, coup de théâtre : Mamadou Dia est arrêté, accusé d’avoir tenté un coup d’État et condamné à la prison à vie. Divers partis politiques sont interdits.

3.2. Un régime personnel (1963-1969)

Senghor ne lui donne pas de successeur et assume désormais la totalité du pouvoir, ce que consacre la nouvelle Constitution de 1963, après la proclamation de laquelle il est réélu pour un second mandat présidentiel. Il sait rallier les opposants en leur offrant des postes importants, au prix du gonflement d’une bureaucratie déjà pléthorique. En 1966, l'Union progressiste sénégalaise, qu'il dirige, devient parti unique, après avoir intégré les autres formations.

La politique économique est désormais entre les mains des experts français, tandis que les grands marchés publics sont réservés à des entreprises françaises. Le Sénégal profite dans ces années de la fermeture du canal de Suez, qui double le trafic du port de Dakar, tandis que les récoltes d’arachides, principale ressource du pays, sont excellentes.

Réélu le 25 février 1968 à l’unanimité des suffrages exprimés, le chef de l'État doit bientôt affronter, en écho aux événements français, d'importants troubles sociaux et une forte agitation étudiante, due notamment à son alignement jugé excessif sur la France, ce qui le conduit à fermer l’université de Dakar en 1969.

3.3. Une timide libéralisation (1970-1980)

Sentant que l’opinion lui échappe, Senghor se décide à libéraliser le régime, d’abord en rétablissant la fonction de Premier ministre, mais nommé par le chef de l’État et responsable devant lui. Il la confie à un jeune technocrate intègre, Abdou Diouf (1970). Le président conserve ses prérogatives, mais l’assemblée peut voter une motion de censure.

Réélu en 1973, Senghor gracie l’année suivante les prisonniers politiques, dont Mamadou Dia. En 1976, tandis que l’UPS présidentielle devient PS, le tripartisme est inscrit dans la Constitution, avec l’acceptation du parti démocratique sénégalais (PDS), travailliste, d’Abdoulaye Wade (qui sera le troisième président du Sénégal de 2000 à 2012) et du parti africain de l’Indépendance (PAI), marxiste-léniniste, de Majhemout Diop, auxquels vient s’ajouter en 1978 le Mouvement républicain sénégalais (MRS) de droite. Mais diverses autres formations restent interdites. La même année, le PS remporte les élections avec 82 % des suffrages et Senghor entame son cinquième mandat.

3.4. Une politique extérieure neutraliste

Fervent promoteur de la francophonie, Senghor entretient constamment d’excellentes relations avec la France (en particulier dans les années où son ancien condisciple de Louis-le-Grand Georges Pompidou est président, de 1969 à 1974) et l’Occident, sauf avec le Portugal au temps des luttes de sa voisine la Guinée-Bissau pour son indépendance, proclamée en 1973.

Avec ses autres voisins, les relations sont variables. Après la rupture de la fédération en 1960, la réconciliation avec le Mali intervient dès 1963. Avec la Guinée socialiste de Sékou Touré, qui a rompu avec la France dès 1958, les relations sont très instables à partir de 1966, et aboutissent même à une rupture totale de 1973 à 1978. Enfin, en octobre-novembre 1980, un contingent sénégalais est envoyé en Gambie (pays entièrement pris dans l’espace du Sénégal) pour aider le gouvernement à réprimer une tentative de subversion attribuée à la Libye. Ce sera le premier jalon vers la proclamation de la confédération de Sénégambie, un an plus tard.

3.5. Un départ volontaire (1980)

Dans l’intervalle, et à la surprise générale, Senghor, usé par vingt années d’exercice du pouvoir, a présenté sa démission le 31 décembre 1980, en faveur de son premier ministre Abdou Diouf, dont une réforme constitutionnelle de 1976 faisait automatiquement le nouveau président, en pareil cas. Il se consacre dès lors à son œuvre littéraire et à la mise sur pied d’une Interafricaine socialiste.

4. Le poète et le penseur

4.1. Une poésie universelle

Comme il l’a souvent déclaré, l'essentiel, ce sont ses poèmes. Senghor a produit une œuvre littéraire constituée prioritairement de recueils poétiques (Chants d'ombre, 1945 ; Hosties noires, 1948 ; Éthiopiques, 1956 ; Nocturnes, 1962 ; Lettres d'hivernage, 1972 ; Élégies majeures, 1979). Ses poèmes, essentiellement symbolistes et incantatoires, enracinés dans « le Royaume d'enfance » et ses « forêts de symboles », s'inspirent des rythmes traditionnels africains, car « la poésie est chant, sinon musique ». Ils sont portés par l’espoir de créer une Civilisation de l’Universel, fédérant les traditions par-delà leurs différences.

Ses œuvres comportent également des essais et des conférences dont la plupart sont rassemblés dans les cinq volumes de Liberté (1964, 1971, 1977, 1984, 1993). Ce que je crois (1988) trace le bilan d'une vie d'exception animée par la foi dans la poésie.

4.2. La négritude

C’est dans les colonnes de L’Étudiant noir, en 1934, que Senghor avait proposé du concept de négritude une définition qui prolongeait celle d’Aimé Césaire :« La Négritude, c’est l’ensemble des valeurs culturelles du monde noir, telles qu’elles s’expriment dans la vie, les institutions et les œuvres des Noirs. Je dis que c’est là une réalité : un nœud de réalités ».

En 1948, il avait publié l'Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française. La préface de Jean-Paul Sartre, « Orphée noir », avait connu un retentissement considérable et contribué à donner au mouvement de la négritude une audience internationale. Il semblerait qu’il faille comprendre la négritude non pas comme une catégorie raciale, mais comme une catégorie esthétique, ce qui autorise par exemple Senghor, dans Ce que je crois, à qualifier Claudel et Péguy de « poètes nègres ».

4.3. La francophonie

De même, fervent promoteur de la francophonie, à l’instar des chefs d’État cambodgien Norodom Sihanouk, nigérien Hamani Diori et tunisien Habib Bourguiba, il la hisse à une définition universelle dans son article de 1962 publié dans la revue Esprit, « Le français, langue de culture » :« La Francophonie, c’est cet Humanisme intégral qui se tisse autour de la terre », ce qui l’amène à théoriser un idéal de francophonie universelle qui serait respectueuse des identités, et à imaginer une collaboration avec les autres langues latines. En 1969, il envoie des émissaires à la première conférence de Niamey qui sera fondatrice pour le mouvement, avec la participation du ministre de la Culture français André Malraux.

Celui qui se définit comme un « métis culturel » aime aussi répéter que« le métissage est l'avenir de l'homme ». Ainsi, dans le même temps, ses poèmes revendiquent de multiples influences européennes, faisant de lui « un griot qui aurait lu Saint-John Perse ». En 1983, il devient le premier Africain élu à l’Académie française.

Senghor s'éteint en Normandie le 20 décembre 2001, dont était originaire sa seconde épouse, et où il avait passé ses dernières années. Ses obsèques ont lieu à Dakar.

4.4. Un bilan contrasté

Symbole de la coopération entre la France et ses anciennes colonies pour ses partisans Léopold Sédar Senghor est dénoncé par ses détracteurs comme le pourvoyeur du néocolonialisme français en Afrique. Ayant cédé un temps à la tentation autoritaire, il a su s’éloigner du pouvoir à temps et a fait du Sénégal l’une des rares démocraties d’Afrique fondées sur l’État de droit et où les passations de pouvoir ne se sont jamais faites dans la violence. Par l’approfondissement des concepts de négritude et de francophonie et par l’œuvre poétique qu’il a élaborés, il a contribué à l’enrichissement de la civilisation universelle.