Membre de l'ethnie serer, né sous la colonisation française, issu d'une famille chrétienne mais évoluant en milieu animiste, Léopold Sédar Senghor passe une enfance heureuse. Envoyé à Dakar par ses maîtres de la mission catholique, il y suit l'enseignement du collège-séminaire Libermann. N'ayant pas de vocation religieuse, il intègre le cours secondaire laïque, puis passe brillamment son baccalauréat. Grâce à une demi-bourse d'études exceptionnellement obtenue par son directeur, il quitte à 22 ans le Sénégal et découvre Paris, où il entre en classe préparatoire au lycée Louis-le-Grand.
Fréquentant les milieux antillais de Paris, Senghor ne cesse de s'interroger sur sa « négritude », c'est-à-dire sur la spécificité de l'identité africaine. C'est ainsi qu'en 1934, avec Aimé Césaire et Léon Gontran Damas, il fonde la revue l'Étudiant noir, qui remet en question la colonisation et exerce un véritable activisme culturel en faveur de la civilisation africaine. En 1935, alors qu'il effectue ses obligations militaires, il passe avec succès l'agrégation de grammaire. Il débute sa carrière d'enseignant au lycée de Tours et la poursuit à Saint-Maur. Mobilisé en 1939, puis fait prisonnier en Allemagne en 1940, il passe un an et demi dans un stalag avant d'être libéré en 1942 pour raison de santé.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Senghor s'engage dans la carrière politique, tout en continuant à exercer son métier de professeur de lettres, d'abord en lycée, puis à l'École nationale de la France d'outre-mer. Élu député à l'Assemblée nationale française (1946), il devient le chef du Bloc démocratique sénégalais (1948), puis participe au gouvernement Edgar Faure (1955-1956).
En 1960, Senghor devient le premier président du Sénégal indépendant. Il entre bientôt en conflit ouvert avec son Premier ministre, Mamadou Dia, qui tente un coup d'État en décembre 1962. Il le fait emprisonner et confisque le pouvoir à son profit. L'Union progressiste sénégalaise, qu'il dirige, devient alors le parti unique. Se coupant progressivement de la jeunesse, le chef de l'État doit affronter une forte agitation étudiante et d'importants troubles sociaux. À partir de 1974, il décide d'entamer un processus de libéralisation et inscrit le tripartisme dans la Constitution. Usé par vingt années d'exercice du pouvoir, il abandonne volontairement ce dernier le 31 décembre 1980, à son dauphin, le Premier ministre Abdou Diouf. Trois ans plus tard, il est le premier Africain à être élu à l'Académie française.
Mais, comme le déclare souvent Senghor, l'essentiel, ce sont ses poèmes. En 1948, il avait publié l'Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française. La préface de Jean-Paul Sartre, « Orphée noir », avait connu un retentissement considérable et contribué à donner au mouvement de la négritude une audience internationale. Senghor a produit une œuvre littéraire constituée prioritairement de recueils poétiques (Chants d'ombre, 1945 ; Hosties noires, 1948 ; Éthiopiques, 1956 ; Nocturnes, 1962 ; Lettres d'hivernage, 1972 ; Élégies majeures, 1979). Ses poèmes, enracinés dans « le Royaume d'enfance » et ses « forêts de symboles », s'inspirent des rythmes traditionnels africains, car « la poésie est chant, sinon musique ».
Mais, fervent défenseur de la francophonie, celui qui se définit comme un « métis culturel » aime aussi répéter que « le métissage est l'avenir de l'homme ». Ainsi, dans le même temps, ses poèmes revendiquent de multiples influences européennes, faisant de lui « un griot qui aurait lu Saint-John Perse ». Ses œuvres comportent également des essais et des conférences dont la plupart sont rassemblés dans les cinq volumes de Liberté (1964, 1971, 1977, 1984, 1993). Ce que je crois (1988) trace le bilan d'une vie d'exception animée par la foi dans la poésie. Senghor s'est éteint en Normandie, où il avait passé ses dernières années. Ses obsèques ont eu lieu à Dakar.
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