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Pierre Paul Prud'hon

Prud'hon, la Justice et la Vengeance divine poursuivant le Crime
Prud'hon, la Justice et la Vengeance divine poursuivant le Crime

Peintre français (Cluny 1758-Paris 1823).

Peintre favori de l’Empire, Pierre Paul Prud’hon est célèbre pour ses allégories et ses dessins plein de grâce. Ses toiles, tout en faisant preuve d’un classicisme certain, préfigurent le romantisme.

1. De Dijon à Rome : influences et premières œuvres

D’origine modeste et orphelin de père, Pierre Paul Prud’hon est pris en charge par les moines de l’abbaye de Cluny ; il prend goût au dessin à la vue des tableaux qui ornent le couvent. L’évêque de Mâcon remarque ses grandes dispositions artistiques et l’envoie en 1774 suivre l’enseignement dispensé par François Devosge dans l’académie que ce dernier a créée à Dijon. Prud’hon vouera toujours une grande affection à ce maître qui l’a pris sous sa protection. En 1780, il entre à l’école de l’Académie, à Paris, où il rencontre le graveur Jean Georges Wille et le peintre Jean-Baptiste Marie Pierre. Ses dessins sont alors très nettement influencés par François Boucher.

Comme de nombreux artistes, il désire connaître l’Italie. En 1784, il remporte le prix des États de Bourgogne et part séjourner à Rome. Il découvre Raphaël, Andrea del Sarto, et surtout Léonard de Vinci et le Corrège dont la manière le fascine (on le surnommera le « Corrège français »). Prud’hon reste quatre années en Italie et y travaille à la copie, pour les États de Bourgogne, du célèbre plafond de Pierre de Cortone au palais Barberini (auj. plafond de la salle des statues du musée des Beaux-Arts de Dijon). Il se lie avec le sculpteur Antonio Canova et se familiarise avec les œuvres de l’Antiquité en sa compagnie, mais en rejette l’intellectualisme néo-classique.

2. Illustrateur sous la Révolution...

Revenu en France en 1789, Prud’hon doit, pour vivre, se livrer à des travaux mineurs : vignettes, en-têtes de lettres… Il exécute aussi quelques portraits, comme ceux, à la plume, que lui commande un comte pour décorer son salon : ce qui pouvait être une chance s’avère l’inverse, car le noble personnage le paie fort mal. Malgré tout, quelques-uns de ces dessins, reproduits et gravés, font un peu connaître le peintre.

Prud’hon est un républicain enthousiaste sous la Révolution : il réalise en 1793 un Portrait de Saint-Just (musée des Beaux-Arts, Lyon). Toutefois, en 1794, la disette qui sévit à Paris l’oblige à se réfugier en Franche-Comté, à Rigny. Il commence à illustrer des livres pour l’éditeur Firmin-Didot (Daphnis et Chloé, Paul et Virginie). De retour à Paris en 1796, son dessin la Sagesse et la Vérité descendent sur la terre lui procure en 1798 un prix d’encouragement et la commande d’une peinture de plafond sur le même sujet, qui sera placée au palais de Saint-Cloud. L’artiste décore ensuite de figures allégoriques l’hôtel d’un fournisseur aux armées du nom de Lannoy.

3.... peintre de l’Empire

Après des déboires causés par la jalousie de confrères, le sort tourne enfin : en 1801, Prud’hon dessine une allégorie (Triomphe de Bonaparte, premier consul ou la Paix, musée du Louvre, Paris) qu’il expose au Salon de 1801 et qui lui vaut la faveur de Bonaparte. En 1803, il peint un important plafond pour l’une des salles des Antiquités du Louvre (Diane implorant Jupiter de ne pas l’assujettir aux lois de l’hymen). La décennie 1805-1815 marque son apogée. Il s’impose comme peintre favori de la famille impériale, réalisant en 1805 le portrait de Joséphine (musée du Louvre, Paris) puis, en 1811, celui du Roi de Rome (idem) et enseignant le dessin à Marie-Louise de Hasbourg-Lorraine. En 1808, il expose au Salon son œuvre la plus connue, la Justice et la Vengeance divine poursuivant le Crime (musée du Louvre, Paris).

4. Entre classicisme et romantisme

La Restauration le prive de ses charges, mais sa gloire n’est pas moins acquise. Talleyrand lui passe des commandes : c’est vraisemblablement grâce à lui que Prud’hon peint l’Assomption de la Vierge pour la chapelle du palais des Tuileries (vers 1819, musée du Louvre). En 1816, il est nommé membre de l’Institut malgré l’opposition des peintres Antoine Gros et François Gérard.

Prud’hon vit avec la peintre Constance Mayer, sa collaboratrice, depuis 1803 : la tendresse et la mélancolie préromantique qui imprègnent son œuvre s’accordent avec ces vingt dernières années de l’artiste vieillissant. L’une de ses dernières œuvres, le Christ sur la Croix (musée du Louvre, Paris), est peinte en 1822. Prud’hon s’éteint en 1823, deux ans après le suicide de sa compagne.

Il ne subit jamais l’influence de Louis David — qui le reconnaissait, mais en termes dédaigneux —, étant imprégné surtout de la Renaissance et du xviiie s. Il fut un passeur entre le classicisme du xviiie s. et le xixe siècle romantique, annonciateur aussi bien de Jean Auguste Dominique Ingresque d'Eugène Delacroix. Au musée Condé de Chantilly figure une collection de ses célèbres dessins au fusain et à la craie sur papier gris-bleu, qui expriment, dans une manière à la fois nerveuse et ouatée, la suavité un peu distante de son art.