Homme politique et résistant français (Béziers 1899-mort durant son transfert en Allemagne 1943).
Fils d'un professeur d'histoire devenu conseiller général radical-socialiste de l'Hérault, Jean Moulin ne manifeste aucun intérêt précoce pour la vie politique. Il passe sans éclat son baccalauréat et ne prend pas part à la Première Guerre mondiale, en raison de sa mobilisation tardive en 1918. Sur les conseils de son père, il choisit ensuite de faire carrière dans l'Administration.
En 1925, à Chambéry, Moulin fait la connaissance du jeune député de la Savoie, Pierre Cot. Ce dernier, qui fait figure d'étoile montante de la gauche non communiste, entre en 1932 au gouvernement en tant que ministre de l'Air. Appelant Moulin à ses côtés, il en fait son homme de confiance et le charge notamment, durant la guerre civile d'Espagne, de l'acheminement aux républicains espagnols d'un certain nombre d'avions (alors que la doctrine officielle du gouvernement de Front populaire est la neutralité). Bientôt, Moulin rejoint l'administration préfectorale ; en 1937, il devient le plus jeune préfet de France et, en juin 1940, il est nommé préfet du département d'Eure-et-Loir. Lors de l'entrée des Allemands dans Chartres, il tente de mettre fin à ses jours en se tailladant la gorge, plutôt que de signer un texte dénonçant les exactions imaginaires de tirailleurs sénégalais, et est sauvé de justesse. Ce geste marque son entrée en résistance.
Révoqué par le gouvernement de Vichy, Jean Moulin rejoint Paris, puis la zone sud, où, pendant un an, sous le nom de Joseph Mercier, il cherche à entrer en contact avec les premiers résistants. Puis il gagne Londres, où il se met à la disposition du général de Gaulle, qu'il rencontre le 25 octobre 1941. Chargé par ce dernier de coordonner l'action des mouvements de Résistance dans la zone sud, il est parachuté près de Salon-de-Provence le 1er janvier 1942. Il réussit à convaincre les chefs des trois grands mouvements de cette zone – soit Henri Frenay (Combat), Emmanuel d'Astier de La Vigerie (Libération-Sud) et Jean-Pierre Lévy ([1911-1996] Franc-Tireur) – de fusionner leurs éléments paramilitaires en une armée secrète, puis, plus tard, de constituer les mouvements unifiés de la Résistance.
Délégué général du Comité national en France occupée, Moulin, qui se fait appeler Régis, puis Rex et Max – pour ne retenir que quelques-uns de ses pseudonymes –, dispose de crédits et de moyens de transmission. Il met sur pied une véritable administration clandestine de la Résistance et devient dès lors l'intermédiaire obligé entre la Résistance intérieure et le général de Gaulle, dont il fait admettre l'autorité. À son domicile parisien de la rue du Four, le 27 mai 1943, il préside le premier Conseil national de la Résistance (CNR), qui doit être à ses yeux le reflet de la plus large union nationale.
Moins de quinze jours plus tard, le général Charles Delestraint, chef de l'armée secrète, qui regroupe les forces paramilitaires des mouvements de Résistance, est arrêté par les Allemands. Pour prendre les mesures qui s'imposent, Jean Moulin convoque les chefs de la Résistance en zone sud. Mais, à la suite d'une probable trahison, il est capturé par un commando SS lors d'une réunion à Caluire (21 juin 1943). Emmené à la Gestapo de Lyon avec d'autres résistants, il est rapidement identifié comme étant Max, le chef de la Résistance française.
« Je ne savais pas que c'était si simple de faire son devoir quand on est en danger » avait dit Jean Moulin. Face à ses tortionnaires, il fait preuve d'un courage exemplaire. Transporté à Neuilly, il meurt des suites de ses sévices au cours de sa déportation en Allemagne. Il est alors remplacé par le démocrate-chrétien Georges Bidault à la tête du CNR. Les gaullistes feront bientôt de Jean Moulin un de leurs héros. Et, en transférant ses cendres au Panthéon, le 19 décembre 1964, la République lui accordera un statut hors du commun dans la mémoire nationale. « Comme Leclerc entra aux Invalides, avec son cortège d'exaltation dans le soleil d'Afrique et les combats d'Alsace, entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège » déclare alors André Malraux lors de son hommage solennel.
Le 21 juin 1943, Jean Moulin fut arrêté à Caluire, près de Lyon. Qui l'avait dénoncé à la police allemande ? La question n'est pas tranchée. La responsabilité, directe ou indirecte, de cette arrestation fut imputée à René Hardy (1911-1987), membre du mouvement Combat, présent ce jour-là. Pourtant, Hardy fut innocenté à deux reprises : en janvier 1947, par la Cour de justice de la Seine et, en mai 1950, par le tribunal militaire permanent de la Seine. Un autre résistant, Raymond Aubrac (né en 1914), fut à son tour mis en cause, à la suite d'accusations diffamatoires, émanant notamment de l'un des avocats du tortionnaire de Moulin, Klaus Barbie, lors du procès de ce dernier en 1987. En fait, à la trahison d'un membre de la Résistance, les historiens ajoutent désormais la part de l'imprudence : pourquoi avoir convié René Hardy à une réunion à laquelle il n'était pas indispensable – alors que lui-même avait été déjà arrêté puis relâché par la Gestapo, quelques jours plus tôt ?