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sir Paul McCartney

Auteur-compositeur-interprète et producteur de rock et de pop britannique (Liverpool 1942).

« Paul McCartney est mort le 9 novembre 1966 décapité dans un accident au volant de son Aston Martin. Il est depuis remplacé par un sosie. » Russ Gibbs, disc-jockey de WKNR, station de radio de Detroit, annonce cette nouvelle stupéfiante, le 9 octobre 1969. L'homme étaie ces affirmations à l'aide de « preuves », provenant de l'interprétation des paroles et des photos de pochettes de disques (de Sergent Pepper's à Abbey Road) et de l'écoute assidue de bandes magnétiques des chansons des Beatles passées à l'envers ! La nouvelle tient le monde en haleine durant plusieurs mois et resurgit fréquemment pendant les années suivantes. Une telle rumeur — aussi loufoque soit-elle — témoigne du destin hors du commun d'un homme exceptionnel, issu de la classe moyenne de Liverpool.

Le Beatles à part. Quand naît James Paul McCartney, son père, James, ancien leader d'un orchestre de jazz, est représentant en coton, et sa mère, Mary, assistante sociale. Elle décédera en 1956, peu de temps avant que John Lennon ne perde sa propre mère. Le Beatle favori de la gent féminine commence la musique en s'essayant à la trompette. L'impulsion décisive lui vient de trois monstres sacrés du rock and roll : Little Richard, Buddy Holly, Elvis Presley. Il s'acharne sur le piano familial, puis se met à la guitare, avant de devenir bassiste (1961). La déferlante beatlemaniaque, à partir de 1962, confirme la complémentarité du tandem Lennon-McCartney, qui fait l'admiration des critiques de tous bords. Le don poétique de Paul est évident : ses textes — truffés de rimes intérieures — ont une vraie qualité littéraire (Fixing A Hole, For No One). Musicalement aussi, il est le Beatle à part. Celui qui, avec l'aide de George Martin, intègre les éléments classiques à la musique du quatuor (Eleanor Rigby, Penny Lane), et ce, bien qu'il ne sache ni lire ni écrire la musique. Outre ses immenses qualités vocales (il est le seul à pouvoir contrefaire Little Richard à la perfection) et mélodiques, McCartney va également révolutionner la pratique de la basse électrique qui, jusqu'alors, se cantonnait dans un minimalisme de bon aloi. À partir de Revolver (1966), Paul affirme son rôle de novateur, tissant de véritables lignes mélodiques, brillantes et surmixées (And Your Bird Can Sing, With A Little Help From My Friends). Il est aussi le premier Beatle à voler de ses propres ailes. En 1966, il compose la bande originale du film The Family Way, ainsi que plusieurs grands succès pour Peter & Gordon (il est le fiancé officiel de Jane Asher, la sœur de Peter, de 1963 à 1969) et participe au lancement du journal underground anglais IT (International Times). À la disparition du manager Brian Epstein (27 août 1967), c'est lui qui prend le contrôle des Fab Four, mettant toute son énergie au service de l'entreprise des Beatles, Apple (dont il est le principal instigateur), écrivant pour et produisant bon nombre des artistes maison, comme Mary Hopkin (Those Were The Days, 1968), James Taylor (Carolina On My Mind, 1968), l'ensemble de cuivres traditionnel Black Dyke Mills Band (Thingumybob, 1968) et Badfinger (Come And Get It, 1969). Cette omniprésence de Paul contribue à précipiter l'éclatement du groupe, alors que John fait de plus en plus bande à part avec Yoko Ono. D'autant plus que Paul, marié depuis 1969 avec Linda Eastman, a pris conscience de la très mauvaise gestion de la fortune du groupe.

Retour aux sources en solo. Le ver est dans la pomme. Le 10 avril 1970, Paul annonce qu'il quitte définitivement les Beatles. Le 17 avril paraît son premier album solo, McCartney, qu'il a enregistré et interprété seul, chez lui, sur un quatre-pistes. En dépit de mélodies enchanteresses (Maybe I'm Amazed, Junk) et d'un retour aux sources évident (That Would Be Something, Oo You), dans un climat orageux de séparation, ce premier effort est plutôt mal accueilli (John Lennon, alors en froid avec son vieux copain, ira jusqu'à traiter les compositions de Paul de vulgaire « muzak », musique d'aéroport ou de supermarché). Seule consolation : son premier single, Another Day (1971), reste № 1 plusieurs semaines en Grande-Bretagne. En mai 1971 sort Ram, signé Paul & Linda McCartney, qui fait se côtoyer rock pur (Smile Away), longues fresques à la Beatles avec plusieurs thèmes différents (Uncle Albert-Admiral Halsey), relents de Screamin'Jay Hawkins (Monkberry Moon Delight). Le final s'inscrit dans la tradition avec Back Seat Of My Car. En août 1971, la formation du groupe Wings est annoncée par la presse mondiale. Paul renoue ainsi avec la scène, qu'il avait abandonnée avec les Fab Four en août 1966, à San Francisco. Il enregistrera, entre 1971 et 1979, sept albums sous cette formation, dont quelques perles telles Band On The Run, Venus & Mars et Back To The Egg. Parallèlement, ce travailleur acharné apporte sa contribution à différents projets musicaux. En 1973, il compose Six O'Clock pour le Ringo de Ringo Starr. L'année suivante, il produit et cosigne l'album Mike McGear pour son frère cadet Mike, ancien chanteur des Scaffold. Paul enregistre, avec le guitariste Chet Atkins et le pianiste Floyd Krammer, une chanson écrite par son père, Walking In The Park With Eloise. En 1977, il produit l'album du Wings Denny Laine Holly Days, consacré aux succès de Buddy Holly.

Délits mineurs. « Paulo le joufflu », « Paulo le gentil » et autres moqueries ont stigmatisé le côté fleur bleue de « Macca ». Pourtant, sa carrière est jalonnée de brefs « écarts de conduite », pendant lesquels il s'est montré audacieux, irrévérent, arrogant ou carrément hors-la-loi ! À la première du James Bond cuvée 1973, pour lequel Paul a composé Live & Let Die (qui servira de générique à l'émission L'heure de vérité et sera reprise par les Guns N'Roses) — renouant à cette occasion avec George Martin —, il fait scandale, apparaissant torse nu sous sa veste de smoking en présence de la princesse Anne. En mars de la même année, Paul est condamné à une amende de 100 livres pour avoir cultivé des plants de cannabis dans sa ferme écossaise. Déjà, en 1967, il avait fait sensation en déclarant à la presse avoir expérimenté le LSD. Son image de musicien sage est un peu ternie encore quand, le 16 janvier 1980, une dépêche de l'AFP annonce son arrestation à l'aéroport de Narita (Tokyo), en direct à la télévision nipponne, pour possession de 219 grammes de marijuana dissimulés dans l'une de ses valises. Il encourt sept ans de prison. On annule à grands frais la tournée que les Wings étaient venus donner, et le groupe est interdit d'antenne sur les stations nipponnes. Après dix jours de prison, le 25 janvier, Paul est expulsé. La justice japonaise a préféré éviter un incident diplomatique envers un ressortissant de Sa Gracieuse Majesté décoré de la médaille de Member of the British Empire. Après cet incident, Paul s'isole dans sa ferme écossaise et en profite pour enregistrer tout seul McCartney II, dix ans tout juste après sa première tentative solo.

Marathon-Mc. Il s'y réfugie à nouveau en décembre, à l'annonce de la mort de Lennon. Le choc le pousse à abandonner la scène — et Wings par la même occasion. Il participe avec Ringo à la chanson-hommage de George Harrison, All Those Years Ago (1981) et revient en solo avec Tug Of War (1982), où il rend hommage à Lennon (Here Today). Avec cet album, Paul inaugure une nouvelle phase de sa carrière, consacrée aux duos. Il chante Get It avec Carl Perkins et le hit planétaire Ebony & Ivory avec Stevie Wonder. Quelques mois plus tard, il donne la réplique à Michael Jackson (pour qui il avait écrit Girlfriend en 1978) dans The Girl Is Mine, contribuant ainsi au décollage de la fusée Thriller, avant de réitérer avec le « nègre blanc » pour Say Say Say (1983). En 1985, Paul et ses partenaires se font déposséder de la quasi-totalité du catalogue d'édition des Beatles, par… Michael Jackson, pour la somme de 285 millions de francs. Les duos ne lui suffisent plus ; Macca est démangé par l'envie de s'investir au service de ceux qu'il aime et, en 1983, il signe On The Wings Of A Nightingale sur l'album qui consacre le come-back de ses idoles de jeunesse, les Everly Brothers. Sur Flowers In The Dirt (1989) et Off The Ground (1993), il collabore avec un autre enfant de Liverpool, Elvis Costello.

Un surdoué. Un tel talent et une telle endurance ne pouvaient pas manquer de faire de Paul McCartney un phénomène commercial inégalé. Sous le nom des Wings, Paul détient le record de vente de singles avec le plaintif Mull Of Kintyre (novembre 1977), auquel des cornemuses donnent une couleur écossaise. Un mois après sa sortie, le millionième exemplaire est vendu. En octobre 1979, Paul se voit remettre par le Guiness Book Of Records un disque en rhodium (un métal plus rare que le platine) en récompense de son record mondial de ventes de disques : 200 millions à l'époque. Rien qu'aux États-Unis, Paul McCartney est le compositeur qui a obtenu le plus de № 1 au hit parade (32)… devant John Lennon (26). En 1988, Paul obtient l'autorisation de signer avec la maison de disques russe Melodiya, en vue d'enregistrer un album de classiques du rock destiné au public soviétique (Choba B CCCP). Il devient ainsi le premier artiste rock occidental à signer avec une maison de disques soviétique. De même qu'il détient le record absolu d'audience pour un concert : 184 000 fans, le 21 avril 1990, à Rio de Janeiro, durant le Get Back Tour. Enfin, Yesterday demeure le morceau le plus repris au monde et compte plus de 1 600 versions différentes. Paul McCartney est ainsi une des trois plus grosses fortunes de Grande-Bretagne.

Le rock est un long fleuve tranquille. Tout autant qu'un génie du rock, Macca est un écologiste convaincu, un végétarien sans concession, un honnête père de famille et un mari exemplaire. Sa femme, la photographe (et claviériste) Linda (1942-1998), lui a donné deux filles et un garçon, en plus de sa propre fille. Il est aussi un bon citoyen, puisqu'il a largement contribué à l'ouverture, dans sa ville natale de Liverpool, d'un Institut supérieur des arts du spectacle. Le plus « mignon » des quatre Beatles est aussi celui qui a le mieux réussi — au moins commercialement — sans ses anciens compagnons. Peut-être parce qu'il ne donne jamais l'impression de trop forcer son talent de mélodiste surdoué, comme si la musique sortait toujours naturellement de sa tête et de ses doigts. On a souvent reproché à Paul d'être sentimental à l'excès, mais le public semble l'aimer ainsi. Yesterday, The Long And Winding Road et Maybe I'm Amazed l'ont rendu célèbre. C'est pourtant lui qui hurle sur des titres comme Long Tall Sally, I'm down, She's A Woman ou Wild Life, pouvant sans crier gare passer de la délicatesse élégiaque (Here, There, And Everywhere) à une intolérable férocité (Helter Skelter).