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John Locke

Philosophe anglais (Wrington, Somerset, 1632-Oates, Essex, 1704).

Théoricien d'une science postcartésienne fondée sur l’empirisme, John Locke est aussi le promoteur d'une philosophie politique reposant sur la notion de droit naturel. Précurseur du libéralisme, il fut pris pour modèle par les philosophes français du siècle des Lumières.

L'homme des Lumières

Issu d’une famille de petits propriétaires, John Locke est le représentant de cette Angleterre puritaine qui défend les droits du Parlement contre l’arbitraire royal. Entré à Christ Church (Oxford) en 1652, il devient lecteur de grec en 1660 et censeur de philosophie en 1664. En même temps, il ouvre son esprit à la médecine et à la physique. De 1666 à 1683, il se range résolument parmi les opposants à l’absolutisme des Stuarts.

C’est en 1671 que Locke commence à élaborer ce qui deviendra l’Essai sur l’entendement humain, qui paraît en 1690, avant d’être remanié à la faveur de quatre éditions ultérieures (1694, 1695, 1700, 1706). En réaction, Leibniz rédigera ses Nouveaux Essais sur l'entendement humain, qui ne seront toutefois publiés qu'en 1765, après la mort des deux philosophes. Également auteur des Deux Traités sur le gouvernement, parus anonymement en 1689, de la Lettre sur la tolérance, publiée en latin en 1689 aux Pays-Bas puis traduite en anglais en 1690, des Pensées sur l’éducation (1693) et du Christianisme raisonnable (1695), Locke est nommé en 1696 commissaire du bureau du Commerce et des Colonies et, à ce titre, il s’intéresse en particulier à la circulation de la monnaie.

Empirisme et droit naturel

Pour Locke, la science embrasse trois domaines : la physique, ou philosophie naturelle, qui traite des corps et des esprits ; l'éthique, qui détermine les règles conduisant au bonheur et à la droite conduite ; la science des signes, qui interprète les mots et les idées.

Les idées et la nature des choses

Locke professe que l’homme ne possède aucune idée innée, en théorie comme en pratique. Nos idées proviennent de deux sources, la sensation et la réflexion.

Les idées simples, les plus évidentes car elles ressemblent à leur objet, nous sont fournies par les sens ; elles concernent l'espace physique, la forme du corps, son repos ou son mouvement. Celles que nous formons par notre pouvoir de réflexion sont les pensées et les vouloirs. L'erreur peut surgir avec les jugements que notre entendement opère.

Les idées complexes sont issues d’un travail de l’esprit, accompli par construction et composition à partir des idées simples. Il y a d'abord les idées des modes simples, espace ou durée : nous pouvons toujours ajouter une longueur à une ligne, un moment à une durée.

La connaissance certaine

Une fois connue la nature de nos idées, il faut déterminer ce qu'est une connaissance certaine. Une connaissance est certaine quand elle provient des propositions qui sont fidèles à l'agencement de nos idées, et quand celles-ci ressemblent effectivement à ce qui existe dans la nature. Tout irait fort bien si nos idées s'associaient entre elles selon l'ordre effectif des choses. Mais les connexions se font le plus souvent au hasard, ou selon l'habitude, sans réflexion, et l'association des idées est aussi une occasion permanente d’erreur.

Il n'est pas excessif de dire que l'esprit est plus souvent en proie à l'imaginaire qu'à la vérité. Comme l'essence réelle des choses nous échappe, et que nous ne pouvons que l'approcher, notre connaissance n'est souvent que probable. Avec Locke naît une tradition de la connaissance approchée, qui se situe entre le scepticisme et le dogmatisme. Notre connaissance possède ainsi divers degrés de précision et de certitude, selon qu'elle est proche ou lointaine de la ressemblance immédiate des choses.

Il n'y a rien de plus certain que nos intuitions sensibles, dans lesquelles notre idée nous présente la chose même. Nos démonstrations sont plus riches, mais elles enchaînent plusieurs intuitions, ce qui les rend fragiles. Les objets, enfin, nous frappent d'idées reçues passivement, les idées de la connaissance sensitive, qui sont indubitables. Au total, la science repose tout entière sur la démonstration ; cependant, la connaissance la plus sûre est celle que reçoivent passivement nos sens.

La société politique fondée en nature

Opposé à Descartes sur la théorie des idées innées, Locke n’en conserve pas moins un apport décisif du cartésianisme : les hommes ont une liberté réelle, qu'exprime le pouvoir de leur entendement lorsqu'il est heureusement dirigé. Cet homme libre, aspirant au bonheur, est l'homme de l'état de nature. Il y possède une vie qui lui est propre, et qu’il a le droit et le devoir de conserver. Comment y renoncerait-il en remettant son existence entre les mains d’autrui ?

Locke disqualifie donc toute doctrine où la souveraineté appartiendrait par nature à un homme providentiel. Selon lui, il n'est de pouvoir politique qu'à l'état de société, résultant du contrat librement consenti – ou tacitement accepté – par les hommes pour se doter de lois : un tel contrat n’institue pas la société, qui existe à l’état de nature, mais le gouvernement. Or, les lois ne sont légitimes que si elles reflètent fidèlement les droits naturels de l’homme que sont sa liberté individuelle, mais aussi son droit de propriété et son droit à échanger les fruits de son travail. Pour échanger, il crée, au sein même de l'état de nature, les deux instruments de l'échange que sont la monnaie et la capitalisation des marchandises. Ainsi se met en place le marché mondial qui est le credo du libéralisme.

Fondateur de la conception moderne du droit, prenant en compte les qualités universelles de l’homme, Locke propose un modèle de légitimité politique qui nourrira toute la pensée du xviiie s.