En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Christoph Willibald, chevalier von Gluck

Christoph Willibald von Gluck
Christoph Willibald von Gluck

Compositeur allemand (Erasbach, près de Berching, Haut-Palatinat, 1714-Vienne 1787).

La vie et l'œuvre

Trois ans après la naissance de Gluck, sa famille s'installe en Bohême, où Alexander Gluck, son père, est maître des eaux et forêts successivement de la duchesse de Toscane (1717) à Reichstadt (Zákupy), du comte Kinský (1722) à Kreibitz, puis du duc de Lobkovic (1727) à Eisenberg. Le jeune Gluck prend ses premières leçons de musique à Kreibitz, étudie le violon et sent bientôt s'éveiller en lui une véritable vocation musicale ; mais il se heurte à l'incompréhension de son père, qui, jouissant d'une situation aisée, souhaite le voir choisir le même métier que lui. Vers 1730, il décide de quitter la maison paternelle et parcourt le pays en chantant et en jouant de la guimbarde pour gagner sa vie. En 1731, il s'inscrit à l'université de Prague et poursuit en même temps sans doute- les documents font défaut- ses études musicales. Aidé par les Lobkovic et peut-être par son père, avec lequel il s'est réconcilié, il se rend en 1735 (ou début 1736) à Vienne ; le prince lombard Antonio Maria Melzi le remarque, l'emmène à Milan, l'attache à sa chapelle privée (1736) et le met en rapport avec Giovanni Battista Sammartini. Auprès de ce maître qui pratique -fait rare chez les Italiens de l'époque- un art essentiellement instrumental, Gluck acquiert un solide métier. Mais il s'intéresse surtout à la musique dramatique et, cinq ans plus tard, fait représenter son premier opéra, Artaserse (Milan, 26 décembre 1741). Il ne s'arrêtera plus d'écrire pour le théâtre. Chaque année, il compose un opéra pour Milan (par contrat) et pour d'autres villes d'Italie (Venise, Crema, Turin). De ces premiers ouvrages, on ne connaît guère que des fragments. Le futur réformateur du genre obéit à l'idéal conventionnel de l'opéra italien et utilise les livrets à la mode, la plupart de Métastase.

En 1745, il se rend à Londres en passant non par Paris- on a affirmé sans preuve qu'il connut à ce moment-là Rameau et l'opéra français-, mais par Bruxelles. La Grande-Bretagne est alors déchirée par la lutte entre les partisans du prétendant Charles-Édouard Stuart et ceux de la maison régnante de Hanovre. Dès son arrivée, Gluck se classe rapidement, à côté de Händel, parmi les musiciens italiens qui divertissent les Anglais. Tandis qu'une vague de xénophobie déferle sur le monde musical, on rouvre à son intention le théâtre de Haymarket, fermé en raison des événements, pour y donner deux de ses opéras opportunément inspirés de l'actualité politique, La Caduta de'Giganti (la Chute des géants), sous-titré La Rebellione punita (18 janvier 1746)- allusion à la prochaine défaite des Écossais-, puis Artamene (15 mars 1746). Le 31 mars, il fait entendre dans un concert des airs de ses opéras et exécute son Concerto sur vingt-six verres à boire accordés par l'eau de source.

De retour en Allemagne à la fin de 1746, il continue de mener une vie errante. Il se fait engager dans la troupe ambulante d'opéra italien des frères Mingotti et la suit à Dresde, où elle doit participer aux fêtes données en l'honneur d'un double mariage princier, celui du prince Friedrich-Christian de Saxe avec la princesse Maria-Antonia-Walpurga de Bavière et celui du prince-électeur Maximilien-Joseph avec la princesse Marie-Anne de Saxe. Il y rencontre pour la première fois le danseur et chorégraphe français J. G. Noverre, surnommé plus tard le « Gluck de la danse », qui sera maintes fois son interprète. Le 29 juin 1747, Gluck fait représenter à Pillnitz, résidence d'été de la Cour, Le Nozze d'Ercole e d'Ebe (le Mariage d'Hercule et d'Hébé), où s'affirme l'influence de J. A. Hasse, qui a fait de Dresde la capitale de l'italianisme, de N. Jommelli et de G. B. Sammartini. Malgré l'emploi des castrats, cet opéra se distingue des précédents par l'expression musicale des sentiments et des situations des personnages, et- grâce à une nouvelle utilisation des instruments- par une recherche du pittoresque dans les passages évoquant la nature. Gluck en retire d'ailleurs un grand bénéfice artistique.

Au printemps suivant, il reçoit la commande d'un opéra pour Vienne, La Semiramide riconosciuta (14 mai 1748). Malgré son désir de mettre fin à sa vie aventureuse, il va ensuite à Hambourg, puis à Copenhague, où la Cour entend son opéra-sérénade La Contesa dei Numi (9 avril 1749). Vers la fin de 1749, il abandonne la troupe des Mingotti pour celle du nouveau directeur du théâtre de Prague, J. B. Locatelli, qui fait représenter Ezio (Carnaval 1750) et Issipile (Carnaval 1752), opéras qui marquent l'apogée de la carrière italienne du musicien, hors d'Italie.

Entre-temps, Gluck a épousé, le 15 septembre 1750, Marianne Pergin, âgée de dix-huit ans. Après un voyage à Naples, où il fait entendre La Clemenza di Tito (la Clémence de Titus) le 4 novembre 1752, il s'installe définitivement à Vienne. Une carrière déjà glorieuse, mais aussi sa distinction et sa culture lui permettent alors, avec la protection du prince de Saxe-Hildburghausen, favori de l'impératrice Marie-Thérèse, d'entrer en contact avec le monde de la Cour. Au palais Rofrano, résidence du prince, il connaît de nombreux artistes étrangers et fait entendre ses symphonies et ses airs. Au cours d'une fête champêtre en l'honneur du couple impérial, il présente au château de Schlosshof, avec l'appui de son protecteur, son opéra-sérénade Le Cinesi (les Chinoises) le 24 septembre 1754. Sur l'ordre de l'empereur François Ier, l'œuvre est reprise l'année suivante au Burgtheater. Le spectacle se termine par un Ballet chinois (de Gluck, selon Dittersdorf) qui enchante l'auditoire.

Ce succès marque un tournant dans la carrière de l'artiste. Il incite le comte G. Durazzo, directeur du théâtre de la Cour, à l'engager comme compositeur. De 1750 à 1756, Gluck écrit surtout des œuvres de circonstance et exécute une commande pour Rome, Antigono (9 février 1756), qui lui vaut les titres de « comte palatin de Latran » et de « chevalier de l'Éperon d'or ». Mais, stimulé par Durazzo, il se passionne bientôt pour l'opéra-comique français, dont quelques modèles, venus des foires Saint-Germain et Saint-Laurent, circulent à Vienne. Chargé par son directeur d'adapter ces comédies-vaudevilles, il les traite librement, à la manière française, ajoute des ouvertures, et, dès son premier essai, la Fausse Esclave (1758), comme d'ailleurs dans toutes les partitions suivantes, substitue à quelques vaudevilles ses propres airs. Cependant, le dernier livret qu'il met en musique, la Rencontre imprévue ou les Pèlerins de La Mecque (Vienne, 7 janvier 1764), ne contient plus de vaudevilles. C'est un véritable opéra-comique. Sur un arrangement par Dancourt de la pièce de Le Sage, jouée jadis (1726) à la Foire, Gluck écrit une musique entièrement originale. Il y réussit d'autant mieux qu'il s'est familiarisé- sa correspondance avec Favart en témoigne- avec la prosodie française. Le style est simple, familier, naturel ; le tragique se mêle au comique, l'émotion à la gaieté, et la fantaisie à la couleur locale.

Alors qu'en France la période d'élaboration de l'opéra-comique n'est pas encore achevée, Gluck se classe parmi les pionniers du genre. Sa nouvelle conception du drame, qu'il méditait depuis longtemps, devait se ressentir de cette expérience. Durazzo eut le mérite d'en précipiter l'évolution, en faisant connaître à Gluck le librettiste Ranieri de'Calzabigi, qui avait fait siennes les idées de réforme de l'opéra défendues à Paris par D. Diderot, J.-J. Rousseau, F. M. Grimm et Voltaire. Avec ce collaborateur inattendu, le musicien pouvait entreprendre une réforme sérieuse de l'opéra italien. Le livret, exempt des froides conventions d'un art de cour, aura une action simple et traduira des sentiments vrais et des émotions profondes. La musique servira « la poésie par l'expression et par les situations de la fable, sans interrompre l'action ou la refroidir par des ornements inutiles » (dédicace d'Alceste). Il faudra donc accorder à l'ouverture, qui doit annoncer le drame, plus d'importance, écarter les airs inutiles, éviter une coupure disparate dans le dialogue entre le récitatif et l'air- ce qui entraîne la suppression du clavecin dans les récits-, donner au chœur un rôle actif et non plus décoratif et l'intégrer, de même que le ballet, dans l'action. Le musicien devra enfin rechercher avant tout la simplicité, la vérité et le naturel.

Dans Orfeo ed Euridice (Vienne, 5 octobre 1762), première partition italienne sur un livret de Calzabigi, Gluck applique l'essentiel de sa doctrine. Il soulève de nombreuses discussions parmi les amateurs et les musiciens, mais devient bientôt le compositeur viennois le plus en vue. En 1764, il fait un court voyage à Paris, où l'on grave l'Orfeo. Il corrige ses épreuves, étudie Lully et Rameau, et rencontre Favart. De retour à Vienne, son opéra Alceste (Vienne, 26 décembre 1767), déjà porté à la scène par Quinault et Lully, s'impose rapidement. Joseph von Sonnenfels, hostile à l'opéra italien, exprime son admiration : « Je me trouve, dit-il, dans le pays des merveilles. Un Singspiel sans castrats, une musique sans vocalises ou, pour mieux dire, sans gargarismes, un poème welche (italien) sans enflures ni pointes… » (Lettres sur les spectacles de Vienne). En 1769, Gluck conclut une association avec un pseudo-comte d'Affligio pour la direction du Burgtheater. L'opération financière est un désastre, et le compositeur y perd presque toute sa fortune et celle de sa femme. Habitué à la lutte, il ne se laisse pas abattre. Il va à Parme présenter une commande, Le Feste d'Apollo (les Fêtes d'Apollon), puis revient à Vienne pour y faire représenter Paride ed Elena (3 novembre 1770). Il s'accorde ensuite un temps de réflexion et met en musique des Odes de Klopstock, lieder qui compteront parmi les plus anciens du genre.

Sur les conseils d'un de ses fervents admirateurs, le marquis Gand-Leblanc du Roullet, attaché à l'ambassade de France à Vienne, avec lequel il partage les opinions sur l'art lyrique, il se consacre à un nouveau projet : écrire une tragédie lyrique française, selon les principes qu'il vient de réaffirmer dans la dédicace de Paride ed Elena. Du Roullet lui fournit le livret français d'Iphigénie en Aulide, et, l'œuvre achevée, demande à Antoine d'Auvergne, directeur de l'Opéra de Paris, d'en assurer la création. Appuyée par la Dauphine Marie-Antoinette, qui avait été à Vienne l'élève de Gluck avant d'épouser le futur roi Louis XVI (1770), la tragédie est acceptée à condition que son auteur s'engage à livrer six partitions. En 1773, Gluck vient à Paris. Iphigénie en Aulide est représentée le 19 avril 1774 avec un immense succès, en dépit des intrigues et des critiques. Le 2 août suivant, on joue Orphée et Eurydice , adaptation française de l'Orfeo, dont la musique a été remaniée par Gluck, qui sera repris quarante-sept fois jusqu'au 20 novembre.

Après ce triomphe, le musicien regagne Vienne. Il allait cependant revenir encore trois fois à Paris pour y présenter, en 1776, la version française d'Alceste (23 avril), beaucoup plus profondément remaniée que l'Orfeo, en 1777, Armide (23 septembre), tragédie lyrique de Ph. Quinault, déjà mise en musique par Lully, et, en 1779, Iphigénie en Tauride (18 mai) et Écho et Narcisse (24 septembre). Après Alceste, deux clans s'étaient formés. L'un groupait les partisans de la vieille tragédie lyrique française, les gluckistes, l'autre les amateurs de l'opéra italien, avec à leur tête J. F. Laharpe et J. F. Marmontel, qui réussirent à faire venir N. Piccinni à Paris (31 décembre 1776) afin de ruiner la réputation de Gluck, d'où leur nom de piccinnistes. Marmontel avait adapté le Roland de Quinault et fit proposer son livret aux deux compositeurs, Gluck, prévenu à temps, refusa d'entrer en rivalité avec l'Italien. Une guerre d'épigrammes s'ensuivit. On reprocha au chevalier son orchestre « bruyant ou gémissant », ses voix « déchirantes ou terribles » et son harmonie « escarpée et raboteuse ». La querelle se situait en réalité sur le plan esthétique : opéra italien ou drame musical ? Dans ses œuvres parisiennes, Gluck faisait en effet figure de révolutionnaire. Sa volonté de transformer l'opéra se manifestait surtout dans sa manière de modeler les airs et les récits, à la fois déclamés et mélodiques, sur la langue française. Citons, parmi ses plus belles pages, la scène des « Ombres heureuses » de l'Orfeo, l'invocation d'Alceste aux puissances infernales : « Divinités du Styx », le cri passionné d'Armide : « Ah ! si la liberté me doit être ravie » et la véhémente ouverture d'Iphigénie en Tauride. Avant la représentation d'Écho et Narcisse, qui fut un échec, Gluck avait eu en juillet une attaque d'apoplexie. Hors de danger, mais fatigué, écœuré et quelque peu gallophobe, il rentra à Vienne. Il avait formé le projet de revenir à Paris pour y faire jouer les Danaïdes, opéra composé sous sa direction par Antonio Salieri, mais la représentation eut lieu sans lui (1784), avec son nom à l'affiche- il voulait lancer son disciple-, tandis qu'il achevait ses jours dans la campagne viennoise.

L'influence de ses ouvrages français s'exerça surtout aux alentours de la période révolutionnaire sur F. J. Gossec, A. Grétry, E. Méhul, J. F. Lesueur et sur les Italiens A. Sacchini, G. Spontini et L. Cherubini. Berlioz, admirateur de son orchestre de théâtre, lui emprunta beaucoup d'exemples pour son traité d'instrumentation, et Wagner s'inspira plus tard amplement de son esthétique.

Outre son œuvre dramatique (plus de 100 opéras), Gluck a laissé de la musique vocale Odes de Klopstock ; une cantate et un De profundis et de la musique instrumentale (17 symphonies ou ouvertures, un concerto pour flûte et 9 sonates en trio).

Les principales œuvres dramatiques de C. W. Gluck

LES PRINCIPALES ŒUVRES DRAMATIQUES DE CHRISTOPH WILLIBALD VON GLUCK
OPÉRAS
ArtaserseMétastaseMilan 1741
Demetrio ou CleoniceMétastaseVenise 1742
II TigraneC. GoldoniCrema1743
IpermestraMétastaseVenise1744
PoroMétastaseTurin1744
IppolitoG. G. CorioMilan 1745
La Caduta de' GigantiF. VanneschiLondres 1746
Le Nozze d'Ercole e d'Ebe ( ?)Pillnitz 1747
La Semiramide riconosciutaMétastaseVienne 1748
La Contesa dei NumiMétastaseCopenhague 1749
EzioMétastasePrague 1750
IssipileMétastasePrague 1752
AntigonoMétastaseRome 1756
Orfeo ed EuridiceCalzabigiVienne 1762
II Trionfo di Clelia MétastaseBologne 1763
Alceste Calzabigi, en italienVienne 1767
Le Feste d'ApolloC. I. FrugoniParme 1769
Paride ed ElenaCalzabigiVienne 1770
Iphigénie en AulideM. F. L. Gand-Leblanc du RoulletParis 1774
Orphée et Eurydice P. L. Moline, en françaisParis 1774
Alcestedu Roullet, en françaisParis 1776
ArmidePh. QuinaultParis 1777
Iphigénie en TaurideN. F. Guillard et du RoulletParis 1779
Écho et Narcisse L. Th. von TschudiParis 1779

OPÉRAS-COMIQUES

La Fausse EsclaveL. Anseaume et MarcouvilleVienne 1758
L'Isle de Merlin L. Anseaume d'après Le Sage et d'OrnevalSchönbrunn 1758
Le Diable à quatreJ. M. SedaineLaxenburg, près de Vienne, 1759
L'Arbre enchantéP. L. Moline, d'après le Poirier de J. J. Vadé)Schönbrunn 1759
La Cythère assiégée Ch. S. FavartSchwetzingen 1759
L'Ivrogne corrigé L. Anseaume et J.-B. Lourdet de SanterreVienne 1760
Le Cadi dupéP. R. Le MonnierVienne 1761
La Rencontre imprévue ou les Pèlerins de La MecqueL. H. DancourtVienne 1764

BALLETS OU PANTOMIMES

Don Juan (le Festin de pierre) Vienne 1761
Semiramis Vienne 1765
Alessandro Laxenburg ( ?), près de Vienne, 1765
L'Orfano della China  Vienne 1774