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Cécile Duflot

Femme politique française (Villeneuve-Saint-Georges 1975).

1. Une rapide ascension

Titulaire d’un DEA de géographie et diplômée d’économie urbaine de l’ESSEC, Cécile Duflot fait preuve dès ses années d’étudiante d’un militantisme chevillé au corps ; elle participe à Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) et travaille bénévolement en prison pour le compte du Genepi (Groupement étudiant national d’enseignement aux personnes incarcérées). Elle s’inscrit aussi à la Ligue de protection des oiseaux.

Entrée dans la vie active, elle adhère aux Verts en 2001 et devient conseillère municipale à Villeneuve-Saint-Georges en 2004. Élue membre du conseil exécutif des Verts à partir de 2003, porte-parole du mouvement en 2005, elle succède, en 2006, à 31 ans, à Yann Wehrling à la tête de la formation. Elle ne recueille que 3,5 % des voix aux élections législatives de 2007 dans la circonscription du Val-de-Marne où elle se présente. Mais elle devient adjointe à l’urbanisme et au développement durable de Villeneuve-Saint-Georges l’année suivante, après le scrutin municipal qui voit la liste socialiste de rassemblement, où elle occupe la deuxième position, fusionner avec celle du parti communiste français (PCF), arrivée en tête au premier tour.

Reconduite à la direction des Verts en 2008, elle soutient le mouvement d’ouverture Europe Écologie lancé par Daniel Cohn-Bendit dans la perspective des élections européennes de juin 2009, et entend prolonger cette initiative couronnée de succès au scrutin suivant, celui des régionales de 2010. Elle prend alors la tête de liste des Verts d’Île-de-France et obtient sur son nom 16,6 % des voix franciliennes au premier tour. Le rassemblement avec le parti socialiste (PS) permet à C. Duflot d’entrer au conseil tout en prenant le contrôle d’un groupe écologiste dont les effectifs ont presque doublé. Respectant la règle de non-cumul édictée par son mouvement, elle démissionne de son mandat d’adjointe au maire.

Dès lors, elle s'emploie à rapprocher la formation qu’elle préside avec le mouvement Europe Écologie. Elle se prononce en faveur d’un changement de statuts des Verts pour qu’ils puissent fusionner avec ce dernier, toutes choses qui sont entérinées lors d’assises en novembre 2010. En mai 2011, la motion qu’elle soumet aux membres de la nouvelle entité l’emporte contre notamment celle de D. Cohn-Bendit, et C. Duflot est portée dans la foulée à la tête de ce parti écologiste élargi.

Cécile Duflot organise dès lors les primaires internes en vue de la présidentielle de 2012, soutient celle qui les remporte en juillet, Eva Joly, mais cautionne l’accord législatif qu'EE-LV signe en novembre avec le PS, quitte à contredire les positions défendues par la candidate sur la filière nucléaire. Il est vrai aussi que selon les termes du contrat passé avec la grande formation de gauche, C. Duflot hérite d’une circonscription de l'Est parisien taillée sur mesure.

2. Au gouvernement

Le positionnement clairement à gauche d’EE-LV et le soutien officiel de sa candidate, dès le soir du premier tour, le 22 avril 2012, à François Hollande font entrer, après la victoire de ce dernier le 6 mai, C. Duflot et son collègue Pascal Canfin, dans le gouvernement Ayrault. Elle hérite d’un ministère à plein titre, celui de l’Égalité des Territoires et du Logement. Confortablement élue députée de la 6e circonscription de Paris en juin, elle laisse son siège à l’Assemblée à sa suppléante, la sortante Danièle Hoffman-Rispal, pour rester en poste au sein du nouvel exécutif. À la fin du mois, elle abandonne également sa casquette de chef d’EE-LV à Pascal Durand, mais reste très active au sein du mouvement, dont elle n’entend pas se couper par ses nouvelles fonctions ministérielles.

Dès juillet, la nouvelle ministre présente un projet de loi encadrant les loyers dans 43 agglomérations confrontées à de vives tensions sur le marché immobilier, puis elle renforce à la rentrée les clauses de la loi SRU (solidarité et renouvellement urbains), imposant un seuil minimum de logements sociaux dans les communes de plus de 3 500 habitants ; enfin, elle promeut un dispositif fiscal destiné à encourager le financement de la construction de logements à destination des foyers défavorisés ou intermédiaires, toutes mesures qu’elle parvient à faire voter à la fin 2012.

Prise entre l’exigence de solidarité gouvernementale et sensible aux réserves de plus en plus marquées des Verts à l’égard de la politique suivie par l’exécutif (ratification du traité budgétaire européen, programmes successifs d’austérité, projet de grand aéroport de Notre-Dame des Landes près de Nantes, report de la fiscalité écologique, loi sur l’enseignement supérieur), C. Duflot parvient à jouer les équilibristes et faire entendre, au sein de l’équipe Ayrault comme a fortiori dans son mouvement d’origine, une petite musique personnelle qui sait allier cohésion et indépendance de ton. Elle n’hésite pas à croiser le fer avec le ministre de l’Intérieur au sujet des propos qu’il tient sur les Roms en septembre. De concert avec son comparse du Sénat J.-F. Placé, elle resserre son emprise sur l’appareil à la faveur du congrès de novembre de sa formation, où la motion qu’elle présente avec Emmanuelle Cosse finit par arriver en tête du vote interne.

C’est au reste son point de vue qui l’emporte lors des débats qui agitent EE-LV quand, à l’issue de la lourde sanction que les électeurs infligent au pouvoir lors des municipales de la fin mars 2014, le président remanie son dispositif et nomme un nouveau Premier ministre en la personne de Manuel Valls. Officiellement pour des questions de compatibilité politique, et alors même qu’étaient proposés aux Verts les rênes d’un grand ministère de l’Écologie et de l’Énergie, P. Canfin et elle choisissent de quitter l’équipe exécutive et d’imposer à leur mouvement la ligne du soutien sans participation.

3. Au Parlement

Devenue députée, elle n’a de cesse de promouvoir l’autonomie retrouvée des Verts, au point de remplacer J.-F. Placé dans son rôle de trublion du gouvernement dans la majorité parlementaire – dénonçant désormais régulièrement la politique économique suivie, et tour à tour le renoncement à l’écotaxe, l’assouplissement de sa loi de plafonnement des loyers ou encore la responsabilité de l’exécutif dans la mort fin octobre d’un manifestant anti-barrage dans le Tarn. Entraînant derrière ses positions une bonne partie du groupe à l’Assemblée, elle fait ainsi le jeu des frondeurs du PS ou des communistes. Au début 2015, elle prend fait et cause pour le mouvement grec Syriza et opère un rapprochement avec le Front de gauche, avec lequel les candidats écologistes aux élections départementales de mars s’associent plus volontiers qu’avec le PS. Sans pour autant éviter une nouvelle bérézina pour les uns et les autres lors de ce scrutin.

Ses charges redoublées contre les orientations économique, sociale, migratoire du gouvernement Valls irritent en interne, cependant que le différend qui l’oppose finalement à J.-L. Mélenchon, puis les frictions entre EE-LV et le parti de Gauche en vue de la constitution de (quelques) listes communes pour les régionales de décembre achèvent d’indisposer une frange de ses collègues qui jugent suicidaire la ligne d’autonomie par rapport au PS qu’elle fait adopter. Rejetant ce qu’ils estiment être une dérive gauchiste et sectaire, et tentés par l’expérience gouvernementale, François de Rugy puis Jean-Vincent Placé claquent la porte du parti fin août 2015, suivis par d’autres personnalités comme Barbara Pompili. Ces Verts dissidents mettent sur pied dès septembre un mouvement appelé Écologistes !, qui se veut compatible avec l’option social-démocrate du gros du PS et de l’exécutif.

Décapité, privé du duumvirat De Rugy-Pompili, le groupe parlementaire EE-LV porte C. Duflot à sa co-présidence. Mais les très mauvais résultats des régionales ajoutés à la défection de nouveaux élus, puis – camouflet suprême – l’entrée au gouvernement comme ministre du Logement, en février, à l’occasion d’un mini-remaniement, de l’affidée et jusque-là patronne des Verts Emmanuelle Cosse, ciblent manifestement celle qui entend tenir un appareil d’autant plus fragilisé et ne fait guère plus mystère de son intention de le représenter lors des prochaines élections présidentielles. La radicalisation de l’opposition à la réforme du droit du travail présentée par l’équipe au pouvoir et la participation de la plupart des élus à l’élaboration d’une motion de censure de gauche (mai 2016) précipitent le départ de 6 nouveaux députés Verts vers le PS, ce qui signe la fin du groupe EE-LV à l’Assemblée et prive C. Duflot d’un précieux et utile porte-voix.

Pour en savoir plus, voir les articles France : vie politique depuis 1958, Ve République.