En 1757, à la mort de son père, le mercier Maurice David, Jacques Louis est élevé par un oncle et orienté vers l'architecture. Mais, rêvant de devenir peintre, le jeune homme obtient finalement de son tuteur de suivre sa vocation. Celle-ci le conduit à concourir pour le prix de Rome dès 1771 (Combat de Minerve et de Mars, Louvre). Mais ce n'est qu'à sa quatrième tentative, en 1774, qu'il remporte le premier prix avec Érasistrate découvrant la cause de la maladie d'Antiochus (ENSBA, Paris). Partant pour Rome, il y passe cinq années (1775-1780) qui vont lui révéler la grandeur et la rigueur de l'antique. C'est alors au dessin qu'il se consacre essentiellement, et l'on peut suivre, dans ses carnets de croquis, l'évolution de ses idées esthétiques. Peu nombreuses sont les peintures que l'on connaît de cette période. La plus ambitieuse, sans doute, est une toile aux réminiscences baroques, les Funérailles de Patrocle (1779, National Gallery, Dublin).
Lorsque David revient en France, en 1780, il a acquis une maturité qui éclate dans son tableau Bélisaire reconnu par un soldat (1781, Lille), puis dans celui qui marque son entrée à l'Académie royale de peinture (1784), la Douleur et les regrets d'Andromaque sur le corps d'Hector (Louvre). L'atelier qu'il ouvre devient un pôle d'attraction pour les jeunes artistes – parmi lesquels Girodet-Trioson et, plus tard, Ingres. En 1784, David retourne à Rome afin d'exécuter in situ son Serment des Horaces (Louvre), œuvre de commande qui est envoyée au Salon de 1785. Cette toile monumentale, où il affirme la primauté de la ligne sur la couleur et le mouvement, est aussitôt acclamée comme le manifeste du néoclassicisme, qu'illustrent ensuite la Mort de Socrate (1787, Metropolitan Museum of Art), Les licteurs rapportent à Brutus le corps de ses fils (1789, Louvre) et les Amours de Pâris et d'Hélène (ibid.).
La Révolution qui survient mobilise le peintre : député à la Convention, membre du Comité de sûreté générale, grand ordonnateur des fêtes et des cérémonies révolutionnaires, il se met au service de la nation. Lorsqu'il prend ses pinceaux, c'est pour témoigner d'événements tragiques (Marat assassiné, 1793, Musées royaux de Bruxelles ; Mort du jeune Bara, 1794, Avignon) ou héroïques (le Serment du Jeu de paume [inachevé], musée du château de Versailles). Il poursuit aussi la brillante carrière de portraitiste commencée avant la Révolution (Lavoisier et sa femme, 1780, Metropolitan Museum of Art ; Madame Trudaine, vers 1790-1791, Louvre).
Accusé de haute trahison après la mort de Robespierre (1794), David passe sept mois au palais du Luxembourg, transformé en prison. Outre la Vue du Luxembourg, son seul paysage peint, il y conçoit les Sabines (1795-1799, Louvre) en forme de plaidoyer pour la paix civile.
Tournant son admiration vers Bonaparte, dont il fait le portrait équestre (le Passage du Grand-Saint-Bernard, 1801 [plusieurs versions]), il deviendra premier peintre de l'Empereur. Sur les quatre compositions qui doivent commémorer le couronnement de 1804, deux seulement seront exécutées : le Sacre (1805-1807, Louvre) et la Distribution des aigles (1810, Versailles). Époque glorieuse mais sans lendemain, car David, mortifié de ne pas obtenir la direction des Beaux-Arts, abandonne les fastes de la cour – mais non les portraits officiels (Napoléon, 1812, National Gallery of Art, Washington), tout en achevant son Léonidas aux Thermopyles (1802-1815, Louvre).
Au retour des Bourbons, David s'exile en Belgique et ouvre un atelier à Bruxelles. Il consacre ses dernières années à des toiles mythologiques au coloris audacieux (l'Amour et Psyché, 1817, Cleveland ; Mars désarmé par Vénus et les Grâces, 1824, Bruxelles), ne s'interrompant que pour renouer avec son art magistral du portrait. Son génie pictural, qui le pousse à observer l'homme – et la nature, à travers son goût pour l'antique –, avec une intensité rarement atteinte, ouvrira la voie à une nouvelle façon de traduire la pensée en peinture.
Au lendemain de la présentation publique du tableau les Sabines, en 1799, Louis David fut attaqué sur la question de la nudité de ses héros. Il se justifia alors dans une note où il tenait tout d'abord à revendiquer sa fidélité aux artistes de l'Antiquité, qui, « en voyant [son] ouvrage, ne [l']eussent pas trouvé étranger à leurs coutumes ». Un autre argument que David avança tenait à sa maîtrise de la composition picturale. L'absence de draperies lui permettait toutes les inventions dans les lignes de dessins, les effets de modelés et les jeux de lumière. Pour autant, il ne renonça pas aux accessoires tels que casques, armes et boucliers, qui permettaient de différencier les figures.
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