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David Robert Jones, dit David Bowie

David Bowie
David Bowie

Chanteur de rock, de glam-rock et de pop britannique (Brixton, banlieue de Londres, 1947-New York 2016).

Fregoli du rock, David Bowie, l'artiste aux mille visages, a trouvé sans doute dans ce constant changement de personnalité le moyen d'échapper à la répétition et le secret de sa longévité. Du spatial Ziggy à l'aristocratique Thin White Duke, du dandy berlinois de Low au soul man de Young Americans, de l'ange exterminateur de Tin Machine à l'allumé Aladdin Sane, le héros aux troublants yeux vairons a toujours su innover en imposant des images fortes et des rythmes inédits.

Docteur Jones, Mr Bowie. Son père, Haywood Jones, lui offre son premier saxo à la Noël 1959 et, quatre plus tard, fasciné par les Stones, le jeune David fonde son premier groupe, David Jones & The Lower Third. Hélas, dans le même temps, aux États-Unis, les Monkeys prennent d'assaut les charts, menés par leur chanteur-leader… Davy Jones. David décide alors d'être plus fort que le destin. Il se rebaptise Bowie en hommage au compagnon de Davy Crockett, le colonel Bowie, du Fort Alamo. David Bowie & The Lower Third publient leur premier single Can't Help Thinking About Me en 1965, de la pop façon Kinks, mais c'est par la scène, où il se démène outrageusement, que David se constitue un public. Il se sépare alors du Lower Third pour The Buzz… l'espace de six mois. Dorénavant, des musiciens successifs l'accompagneront dans son cirque rock.

Dans la tempête « flower power », notre dandy compose de précieuses chansons comme Rubber Band ou Little Bombardier, à la naïveté exacerbée. Mais il penche aussi du côté psyché et sexe avec des titres tels que Let Me Sleep Beside You ou le délicat In The Heat Of The Morning (ces titres de 1966-1967 sont regroupés dans deux compilations, The World Of David Bowie et Images, éditées en 1973). Il rencontre alors l'artisan de son succès à venir, le producteur Tony Visconti.

Accompagné par The Hype, sa nouvelle formation avec le guitariste Mick Ronson, il enregistre début 1969 l'album Space Oddity (inspiré du film 2001 : A Space Odyssey de Stanley Kubrick) au Trident Studio de Londres. Mais seul le single accroche le grand public. L'été 1970, il retourne donc au Trident avec Ronson et Visconti pour The Man Who Sold The World, qui scandalisera par sa pochette où Bowie, travesti en robe, perruqué et maquillé, pose avec la nonchalance d'une « belle » du Far West. Censuré, l'album est retiré des bacs et la photo licencieuse remplacée par une image de Bowie sur scène en noir et blanc. Avec son rock aux guitares saturées et son langage surréaliste — le fameux Zen zen ouvre le chien en français dans le texte —, l'album annonce le Bowie à venir.

En 1971, il travaille cette fois en coproduction avec Ken Scott sur l'enregistrement de Hunky Dory. Si le fidèle Mick Ronson assure toujours les guitares, les claviers sont confiés à Rick Wakeman. Tout en continuant d'exploiter l'imagerie de la science-fiction que Bowie affectionne tant (Life On Mars), l'album reflète surtout sa fascination pour New York, où il vient de rencontrer Lou Reed, dont il vénérait le Velvet Underground, et surtout Andy Warhol, pour lequel il a composé une chanson. Mais la perle rare de l'album reste incontestablement son manifeste Change, où il invente avant l'heure les théories « no future » du punk.

Une star venue d'ailleurs. Avec la publication début 1972 de Ziggy Stardust, David Bowie (accompagné par The Spiders From Mars) se pose définitivement comme un excentrique incomparable. Tout au long de l'album, il nous entraîne dans ses aventures intersidérales. Starman, Lady Stardust, Star, Ziggy Stardust racontent la quête d'une liberté absolue, physique et psychique. Et, pour l'atteindre, notre extraterrestre cultive l'art de la provocation dans ses déclarations à la presse. « Je suis homosexuel et je l'ai toujours été. » David, père d'un garçon, Zowie, depuis 1970, lance son combat contre le puritanisme britannique. Mais, là-haut, sur son étoile, ne peut-il pas tout se permettre ? Ziggy Stardust est une bombe, un chef-d'œuvre d'énergie et d'émotion qui devient instantanément la bande originale de ces années permissives. L'album marque aussi la naissance de ce « rock décadent » où l'on retrouve les New York Dolls, Alice Cooper, Roxy Music, unis sur le même « front de libération » (bisexuelle). David Bowie produira aussi les fameux albums Transformer (puis Berlin) de Lou Reed et Raw Power d'Iggy Pop.

Nouvel album, nouveau héros : Aladdin Sane (jeu de mots sur « a lad insane » / « un type dérangé ») succède au printemps 1973 à Ziggy. Le single The Jean Genie (hommage au sulfureux auteur de Notre-Dame des Fleurs), publié quelques semaines auparavant, a ouvert la voie. Bowie irrigue son rock aux gammes cristallines du piano de Mike Garson dans des titres qui chantent la décadence. Il reprend le Let's Spend The Night Together des Stones, alors que précisément on lui prête une liaison… avec Mick Jagger. La Bowiemania s'abat sur la planète ; ses concerts sont de véritables messes orgiaques, où il n'est pas rare que l'on fasse l'amour dans le public.

Pendant l'été de 1973, Bowie s'offre la vie de château en France. Au studio d'Hérouville, il travaille sur un projet parallèle : un disque de reprises des standards qui ont électrisé sa jeunesse. Pin Ups enchaînera ainsi les Who, les Kinks, les Yardbirds, Pink Floyd et même Brel (Amsterdam). S'il est plutôt bien accueilli par les fans et la critique, l'album est boudé par la grande masse du public. En représailles, Bowie annonce qu'il renonce à la scène. En réalité, il travaille déjà sur son prochain disque, le sulfureux Diamond Dogs, un album concept aux titres enchaînés, inspiré par le roman 1984 de George Orwell.

Porté au sommet des charts par le hit Rebel Rebel, il campe son nouveau rôle de Halloween Jack, un prêcheur rock dans la tourmente de l'apocalypse. Et alors qu'il avait juré de ne plus fouler une scène, notre Méphisto rock repart à l'assaut des États-Unis. David Live, un double 33 tours, sanctionne cette tournée 1974, où l'on sent l'artiste succomber de plus en plus à la musique noire, cette soul qui servira justement d'inspiration à ses prochains opus.

Sons et visions. À son retour en Angleterre, Bowie rencontre le cinéaste Nicolas Roeg, qui lui offre le premier rôle, interstellaire, dans son film The Man Who Fell To Earth (l'Homme qui venait d'ailleurs). Paradoxalement, sur la pochette de son nouveau disque, Young Americans, David, en chemise flanelle, n'avait jamais semblé aussi sage. Avec Carlos Alomar à la guitare, David Sanborn au saxo, le fidèle Mike Garson au piano, Luther Vandross et John Lennon aux chœurs, l'album fait couler une sensualité soul sucrée comme le miel. Désarçonnée, la critique le traite de « succédané de Barry White », mais le public ne boude pas son plaisir, puisque Bowie obtient avec Fame (morceau teinté disco tiré de l'album et coécrit par Bowie, John Lennon et Carlos Alomar) son premier № 1 aux États-Unis. Bowie devra toutefois patienter jusqu'à Let's Dance (1983) pour gagner enfin ses véritables lauriers de grooveur (groove, mot désignant le rythme propre à la musique noire).

Dans la foulée de la sortie du film de Roeg, Bowie, cette fois en costume noir et blanc, présente son nouveau personnage, le Thin White Duke, pour symboliser son album de 1976, Station To Station. Mais il veut aller plus loin. L'accoutumance à la cocaïne, la pression des médias le poussent sur la corde raide, et on le voit pratiquer une sorte de flirt viscontien avec le nazisme (mais il s'agit plus de provocation que d'idéologie). Il trouve alors en Brian Eno son deus ex machina. Car si Tony Visconti signe encore la production de Low, Eno en sera l'inéluctable élément perturbateur. Au studio Hansa de Berlin, avec ses séquences électroniques, il se livre au démantèlement systématique du son.

David n'a plus qu'à coucher sa voix sur ce champ de bataille publié en 1977, l'année punk des Pistols et du Clash. Ce virage à 180° démontre à quel point Bowie sait oser innover et conserver ainsi son image créatrice et intègre. Mais il prépare déjà le second volet de sa trilogie berlinoise. Heroes explore la face sombre de Bowie. Au studio Hansa, Eno l'allumé, Carlos Alomar et l'ex-King Crimson Robert Fripp complètent le casting en noir et blanc de ces rythmes bichromés. Seul le titre Heroes s'immiscera dans les play-lists des radios. Lodger (1979) achève en beauté ténébreuse la trilogie de ces années déprimes. Et comme à l'accoutumée, Bowie sauve d'un hit la mise commerciale ; ce sera le puissant Boys Keep Swinging.

À l'aube des années 1980, Bowie réoccupe le devant de la scène avec Scary Monsters, un album où l'on retrouve une vieille connaissance : le Major Tom de Space Oddity, devenu junkie sur notre bonne vieille Terre. Le sublime Ashes To Ashes et son clip signé David Mallet enfoncent le clou. Enregistré à New York avec Fripp, Alomar et Pete Townshend (ex-Who), Scary Monsters est un album léger qui se révélera diaboliquement efficace. It's No Game, Fashion, Scary Monsters mettent chaque fois en plein dans la cible des hits. Assuré sur le plan musical, Bowie peut dorénavant assouvir sa passion de l'écran : Baal de Brecht pour la BBC, The Hunger (les Prédateurs) avec Catherine Deneuve, Christiane F. Début 1982, il attaque le tournage de Merry Christmas Mister Lawrence (Furyo), sans doute le plus beau rôle qu'il ait jamais interprété. Et à nouveau le rocker dandy prépare sa métamorphose. Il quitte simultanément le label RCA et son producteur fétiche, Tony Visconti, pour prendre une nouvelle voie.

Caméléon. Près de dix ans après Young Americans, Bowie récidive dans les rythmes soul ; propulsé par l'ex-Chic Nile Rodgers, il percute le mur du funk avec le single Let's Dance, son deuxième succès de masse sur le continent américain. Ensuite, avec le Serious Moonlight Tour, Bowie s'embarque vers le jackpot planétaire. Il est dur cependant de rester toujours au sommet : l'album suivant, Tonight (1984), se révèle décevant, malgré la présence de Tina Turner. Heureusement, Bowie compose et interprète la même année le vertigineux This Is Not America avec Pat Metheny pour la B.O. du film The Falcon And The Snow Man. Las, Never Let Me Down (1985) confirme que la machine Bowie tourne à vide (mauvais accueil, en 1987, pour le décevant Never Let Me Down).

Au début de l'année 1990, il annonce la création de son nouveau groupe, Tin Machine, où il feint de se mettre au même niveau que les musiciens, les frères Sales (Tony à la basse et Hunt à la batterie, tous deux anciens musiciens d'Iggy Pop et de Todd Rundgren) et le guitariste Reeves Gabrels. Deux albums suivent : Tin Machine I, produit par Tim Palmer, puis Tin Machine II, qui ne connaît qu'un succès très limité. La formule Tin Machine est vite désintégrée.

Si, au fil de sa carrière prodigieuse, Bowie a souvent douté, il s'est toujours tourné dans ces moments difficiles vers la musique noire. Avec Nile Rodgers, qu'il retrouve après dix ans, Bowie se fond à nouveau dans le groove. Enregistré entre New York et Montreux, Black Tie White Noise est incontestablement son meilleur album depuis… Let's Dance justement ! Retour au saxo et à la sensualité, retour aux guitares de Mick Ronson : Jump They Say, le single bondissant, percute tous les hit-parades. En 1995, le caméléon du rock refait surface avec un CD coup de poing, le fantasque 1 Outside, patchwork vertigineusement efficace du style Bowie à travers ses périodes les plus éclectiques. Coproduit par Brian Eno, le disque a été enregistré avec les vieux complices Carlos Alomar et Reeves Gabrels aux guitares et Mike Garson au piano. Toute la magie de l'album réside dans ce parfum d'antan subtilement distillé, des réminiscences métissées de la culture Bowie. Une culture où mille miroirs en abyme renvoient à l'essence même du rock. En 1997, il s'approprie les rythmes de la jungle et de la techno, jetant un pont entre les harmonies racées de Space Oddity et la frénésie du drum'n'ban, grâce à Earthling, un album tumultueux qui lui permet de continuer à occuper une place unique dans l'histoire de la musique actuelle. En 1999, l'album Hours, très dépouillé précède le très spirituel Heathen, édité en 2002 et produit par Tony Visconti avec lequel David Bowie n'avait pas travaillé depuis 20 ans. Pendant la tournée qui suit la sortie de Reality, en 2004, David Bowie est victime d'un accident vasculaitre et disparaîtra de la scène musicale pendant presque 10 ans. En 2013, l'excellentThe Next Day signe un retour spectaculaire et se place en tête des charts dans de nombreux pays. Son dernier album, Blackstar, paraît le 8 janvier 2016, jour de son anniversaire.

David Bowie décède le 10 janvier 2016 à l'âge de 69 ans, des suites d'un cancer.