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Simone de Beauvoir

Simone de Beauvoir
Simone de Beauvoir

Femme de lettres française (Paris 1908-Paris 1986).

« Mes vingt premières années se sont écoulées entre Notre-Dame-des-Champs et Saint-Germain-des-Prés sans qu’il m’arrive rien d’exceptionnel… » écrit Simone de Beauvoir, qui allait devenir la compagne de Sartre, l’auteure du Deuxième Sexe et, en 1974, la présidente de la Ligue des droits de la femme.

L’intellectuelle existentialiste

La jeune Simone de Beauvoir appartient à un milieu bourgeois et catholique ; elle est née boulevard du Montparnasse, à Paris. Après de brillantes études secondaires dans un cours privé, elle fait ses études supérieures à la Sorbonne, à la fois en lettres, en philosophie et en mathématiques. C’est à l’agrégation de philosophie qu’elle se présente en 1929, en même temps qu’un jeune normalien qui a pour nom Jean-Paul Sartre. Il a échoué l’année précédente, mais, cette fois, il est reçu premier, tandis que Simone de Beauvoir sort deuxième du concours. Elle l’appelle Sartre. Lui l’appelle Castor (mot qui, en anglais, se dit beaver et se prononce presque comme Beauvoir). Tous les deux feront les grandes heures du quartier de Saint-Germain-des-Prés, sur la rive gauche de la Seine.

De 1929 à 1943, Simone de Beauvoir enseigne à Paris, à Marseille, à Rouen, puis de nouveau à Paris. En 1943, elle publie son premier livre, l’Invitée, qu’elle a mis quatre ans à écrire ; il consacre sa renonciation à la fois à l’enseignement et aux traditions de sa famille. Après quelques années de liaison amoureuse, elle passe avec Sartre un « pacte de franchise » qui conjugue indépendance et vérité l’un vis-à-vis de l’autre. En fait, elle se veut la seule véritable « amie » du maître à penser de l’existentialisme et, sous son influence, elle va désormais en transposer les thèmes dans son œuvre. Ses premiers romans enseignent que l’« engagement » peut seul délivrer l’homme de la mauvaise conscience (le Sang des autres, 1945) et que la mort, loin d’être une malédiction, fonde la valeur de nos actes et de nos sentiments en leur donnant une portée irréparable (Tous les hommes sont mortels, 1946). Sa pièce les Bouches inutiles (1945) cherche à définir une morale politique, dont le fondement est la « joie d’exister » (Pyrrhus et Cinéas, 1944 ; Pour une morale de l’ambiguïté, 1947).

Le témoin de son temps

Son expérience de la vie quotidienne, ses voyages aux États-Unis (l’Amérique au jour le jour, 1948), puis dans la Chine de Mao (la Longue Marche, 1957) conduisent Simone de Beauvoir moins à une analyse de la vie sociale et économique qu’à une dénonciation sans cesse reprise de la condition féminine. Cette position est clairement assumée dans son essai de 1949, le Deuxième Sexe, texte fondateur du mouvement féministe en France. À la même époque, elle tombe amoureuse d’un écrivain américain rencontré à Chicago, Nelson Algren ; elle lui envoie des Lettres passionnées, et leur relation dure jusqu’en 1964.

Avec Sartre, Simone de Beauvoir est à l’origine, en 1945, de la revue existentialiste les Temps modernes. Comme tous les intellectuels de gauche qui sont en rupture avec le stalinisme d’après-guerre, ils vivent douloureusement le conflit entre conviction et action. Le combat pacifiste et anticolonialiste, de même que l’opposition au gaullisme leur offrent cependant des thèmes mobilisateurs. Dans un livre qui se veut l’aboutissement du « roman existentialiste », les Mandarins (1954), prix Goncourt, Simone de Beauvoir épouse à peu près les sinuosités de la pensée sartrienne à l’égard des communistes français, et son recueil d’essais, Privilèges (1955), résonne comme une défense et illustration de la pensée politique et philosophique de Sartre.

Comme témoin de son temps, Simone de Beauvoir sera encore solidaire du « Manifeste des 343 », pétition signée par 343 femmes pour réclamer la légalisation de l'avortement et rendue publique en 1971. Avec l’avocate et femme politique Gisèle Halimi, elle sera ensuite la cofondatrice du mouvement Choisir, dont le rôle sera déterminant dans ce combat.

Le témoin d’elle-même

Revenant à son propre personnage, l'auteure l'évoque avec pathétique (Mémoires d’une jeune fille rangée, 1958 ; la Force de l’âge, 1960 ; la Force des choses, 1963 ; Une mort très douce, 1964). Les pages les plus saisissantes de son autobiographie sont celles qui décrivent des disparitions, des désagrégations, et la mort elle-même : « Morte, la petite fille qui croyait au paradis ; morte la jeune fille qui pensait immortels les livres, les idées et l’homme qu’elle aimait… » Elle vit alors son drame personnel avec plus d’intensité que celui de la « civilisation » contemporaine (les Belles Images, 1966) et fait le bilan d’une existence vouée à la « présence fraternelle » d’autrui tout en constatant l’impossibilité de communication véritable (la Femme rompue, 1967).

Simone de Beauvoir connaît désormais la vérité de la phrase de Hegel qu’elle entreprit naguère d’illustrer : « Chaque conscience poursuit la mort de l’Autre. » La Vieillesse (1970) est à la cause du « troisième âge » ce que le Deuxième Sexe avait été à celle de la femme, et Tout compte fait (1972) relate, entre autres, les longs séjours qu’elle a faits à Rome avec Sartre. La mort de ce dernier lui inspire le plus émouvant de ses livres, la Cérémonie des adieux (1981). Son Journal de guerre et ses Lettres à Sartre paraissent en 1990. Puis suivront Lettres à Nelson Algren (1997) et Correspondance croisée. 1937-1940 (2004).