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Francis Bacon

Peintre britannique (Dublin 1909-Madrid 1992).

Rejetant l’abstraction, à une époque où elle triomphait, Francis Bacon rompit tout aussi radicalement avec la tradition occidentale de la figuration en transposant son obsession du corps humain dans des visions qui sont l’expression de forces vitales invisibles.

L'artiste autodidacte

Francis Bacon, né en Irlande, a des parents anglais. Il découvre son homosexualité à 15 ans et, à 16, part seul vivre à Londres. Dans les années 1926-1928, il séjourne à Berlin, où il a la révélation de l’expressionnisme, et à Paris, où l’exposition Picasso qu’il visite déclenche en lui un choc esthétique. De retour à Londres en 1929, il travaille d’abord comme décorateur d’intérieur, puis il commence à peindre (aquarelles, huiles). En 1933, il passe au grand format en abordant le thème de la Crucifixion, qui restera central dans son œuvre – tout en s’éloignant des canons de la peinture religieuse. Cependant, il détruit en grande partie son travail : en 1944, il n’en reste qu’une dizaine de toiles. Les Trois Études de figures au pied d’une Crucifixion, exposées à Londres en 1945 (et conservées aujourd’hui à la Tate Modern), lancent définitivement sa carrière de peintre hors du commun.

Relativement marqué à ses débuts par le surréalisme (Painting, 1946), Bacon fait ensuite figure d'indépendant dans la peinture contemporaine ; il déclare lui-même œuvrer « hors tradition ». La plupart de ses tableaux représentent des personnages isolés, groupés par deux, ou plus rarement par trois, immobiles ou en mouvement, parfois enfermés dans une cage ou associés à des carcasses. Un thème iconographique préexistant lui sert souvent de point de départ : le portrait du pape Innocent X par Velázquez (1953), les autoportraits de Van Gogh « sur la route de Tarascon » (1956-1957), l’image de la nurse hurlante dans le Cuirassé « Potemkine » d’Eisenstein (1957), ou encore la photo, extraite d'un journal, d'un homme politique gesticulant.

Très inspiré par la technique cinématographique, fondée sur le découpage, Bacon utilise aussi à ses propres fins les procédés plastiques et émotionnels issus d'esthétiques contemporaines, de l’expressionnisme à l’art minimal. Mais l'essentiel de son apport consiste en une interprétation inédite du corps et du visage humains, restitués en des attitudes ramassées mais vivantes, ou en des expressions hagardes mais d'une « vérité criante » pour reprendre une expression de Michel Leiris. Le pinceau, toujours souple, fouette une couleur mate et légèrement grenue, aux nuances chatoyantes et acides. Les personnages de Bacon, à la limite de la désagrégation ou de la déformation comme sous l’effet d'un phénomène optique, sont paradoxalement peints dans des postures quotidiennes : assis, couchés, vautrés, endormis ou faisant l'amour, et même déféquant (Deux Figures dans l’herbe, 1954). Une analogie d'attitudes et de situations rapproche l'homme de l'animal, notamment du chien ou plus souvent du singe (Chimpanzé, 1955).

Le peintre « existentialiste »

Installé dans son atelier londonien définitif en 1961, Bacon explore le visage humain, soit en travaillant l’autoportrait, soit en prenant ses compagnons pour modèles (Portrait of George Dyer Talking, 1966), soit encore en s’inspirant de photographies d’artistes réputés ; il se livre alors à des variations saisissantes entre le jeu des couleurs et celui des expressions. Cherchant à frapper le spectateur jusqu’au plus intime de lui-même, l’œuvre de Bacon sera qualifiée d’« existentialiste » dans la mesure où l'individu est saisi au cœur de son isolement (dans une chambre, un lit ou un espace presque totalement abstrait), qu’accentue la fréquente présentation en triptyque, dont les personnages juxtaposés ne communiquent guère (Études du corps humain, 1970 ; Corps en mouvement, 1976). Sa dernière manière se fait carrément épurée (Sang sur le plancher, 1986).

Asthmatique depuis son enfance, Bacon meurt d’une pneumonie au cours d’un séjour à Madrid. On voit en lui le peintre qui a prolongé avec le plus d’originalité les intuitions picturales de Van Gogh sur la couleur. Dans les années 1950-1960, son influence s’est surtout exercée en Grande-Bretagne, où on lui reconnaît la paternité du pop art (Hockney), puis en Italie et enfin sur les développements ultérieurs de la figuration libre.