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Drapeau de la Suède

Suède

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Carton de situation

Suède

en suédois Sverige

Nom officiel : royaume de Suède

État d'Europe du Nord occupant la partie orientale de la péninsule scandinave, la Suède possède une longue façade maritime donnant sur la mer Baltique à l'est (le golfe de Botnie) et au sud, et la mer du Nord au sud-ouest (Cattegat, Skagerrak) ; elle est bordée par la Norvège à l'ouest et au nord-ouest, et par la Finlande au nord-est. Baignées par la mer Baltique, les îles Gotland et Öland lui appartiennent.

Superficie : 450 000 km2

Nombre d'habitants : 9 380 000 (estimation pour 2010)

Nom des habitants : Suédois

Capitale : Stockholm

Langue : suédois

Monnaie : krona (couronne suédoise)

Chef de l'État : Charles XVI Gustave

Chef du gouvernement : Fredrik Reinfeldt

Nature de l'État : monarchie constitutionnelle à régime parlementaire

Constitution :

 Entrée en vigueur : 1er janvier 1975

Institutions

Exécutif

Chef de l'État : roi

Chef du gouvernement : Premier ministre

Législatif

 Riksdag

GÉOGRAPHIE

Le cadre naturel

Le relief

Les montagnes de la chaîne des Scandes, au nord-ouest, forment la zone la plus élevée. Quelques sommets (Kebnekaise, 2 117 m) dominent des plateaux étendus, entaillés par des rivières, qui se dirigent vers la Baltique. Alors que les hautes surfaces (fjäll) ont été rabotées par les glaciers, ceux-ci ont déposé des moraines dans les vallées élargies en auge. Ces moraines de barrage sont à l'origine de nombreux lacs à l'amont de chacune de ces vallées, ce qui représente un potentiel hydroélectrique important. Le Norrland est moins élevé (la majeure partie est située entre 200 et 500 m d'altitude), formé de surfaces planes surmontées par des collines résiduelles, des monadnocks. Plus au sud, le relief est plus disséqué, et c'est plutôt une zone de collines qui forme la transition avec la dépression centrale, occupée par le lac Vänern. Le Småland correspond aux hauts plateaux de la Suède méridionale, qui limitent la dépression centrale vers le sud, et atteignent 300 à 400 m d'altitude.

   Ces reliefs sont bordés par un liseré de basses plaines littorales qui longent la Baltique et le golfe de Botnie jusqu'à 63° 30′ de latitude nord. Ces plaines de sédiments marins fertiles ont tendance à s'élargir puisque la péninsule, libérée du poids de la glace, s'exhausse lentement (0,4 m par siècle, à Stockholm). Au sud, les terrains sédimentaires primaires réapparaissent, surtout visibles dans les îles d'Öland et de Gotland. La présence du calcaire ainsi qu'un déficit pluviométrique assez net donnent une nuance subaride au paysage.

   La dépression centrale souvent recouverte par des dépôts marins et morainiques est plus humide. Elle est divisée en deux par la ligne de partage des eaux entre le Skagerrak et la mer Baltique ; d'un côté, elle est drainée par le lac Vänern, et de l'autre les basses plaines s'ouvrent sur le lac Mälaren et Stockholm. La Scanie est la région la plus fertile, les moraines déposées ayant une composante calcaire qui donne des sols beaucoup plus chauds que dans les régions cristallines et granitiques du Nord. Le littoral est partout découpé, avec des baies étroites et profondes et une infinité d'îles et îlots formant un archipel côtier, le skärgård, qui constitue un excellent abri pour la navigation.

Le climat, la végétation et l'hydrologie

Le climat est très influencé par la latitude, qui détermine des hivers extrêmement rigoureux en Laponie (la partie la plus septentrionale du golfe de Botnie, au nord de Umeå, est englacée systématiquement tous les hivers). La température moyenne de février à Haparanda est de −12,5 °C, de −6 °C à Härnösand. Plus au sud, la rigueur de l'hiver est atténuée par la latitude, ainsi que par l'influence des perturbations qui viennent de la mer de Norvège et traversent la chaîne des Scandes à la faveur de l'ensellement d'Östersund ou la contournent par le sud. C'est en Scanie et sur la côte occidentale que les conditions climatiques sont les plus douces : l'englacement de la côte du Skagerrak et du Cattégat n'est qu'exceptionnel. Mais, même en Scanie, les précipitations hivernales tombent sous forme de neige, et la durée du manteau neigeux s'allonge régulièrement vers le nord pour atteindre plus de quatre mois à Haparanda. La période végétative s'accroît régulièrement vers le sud (8 mois contre 6 au nord). Les pluies, même si elles ne sont pas très abondantes (700 mm par an à Göteborg, 500 à Visby), tombent surtout pendant l'été, caractéristique de la nuance continentale du climat.

   La végétation n'est pas très variée, compte tenu des conditions climatiques mais aussi parce qu'elle a reconquis le pays relativement récemment, depuis les dernières glaciations. La Suède est essentiellement incluse dans la zone de la forêt boréale, dans laquelle le pin est encore très bien représenté (40 % du capital forestier), car il semblerait que le sapin (45 % du capital forestier) n'ait pas encore achevé sa migration vers l'ouest depuis l'époque glaciaire. Cette forêt recouvre 64 % du Svealand (Suède centrale), 53 % du Norrland et 52 % de la Suède du Sud. Les feuillus apparaissent au sud de la dépression centrale, qui constitue une véritable limite botanique ; chênes puis hêtres en Suède méridionale, zone favorable à l'agriculture dans laquelle les feuillus ont été soumis à un défrichement plus intense. Les conditions climatiques favorisent la croissance rapide des arbres au sud, mais les bois sont plus durs au nord. Dans toute la zone de la forêt boréale, les tourbières sont très nombreuses.

   

Les forêts sont coupées de nombreux lacs, de trois types différents : lacs de montagne, sur les fjälls ; lacs qui s'échelonnent tout au long du cours des rivières qui descendent des Alpes scandinaves vers le golfe de Botnie (ces lacs, souvent étroits et profonds, gèlent de novembre à avril ou mai, ce qui limite les potentialités des installations hydroélectriques, pourtant si intéressantes dans cette zone de forte dénivellation) ; dans la dépression de Suède centrale dorment quelques-uns des plus grands lacs d'Europe (lacs Vänern, Vättern, Mälaren), d'origine tectonique.

L'économie

Les ressources naturelles, fondement de l'économie suédoise

La Suède couvre une superficie qui représente le double du Royaume-Uni et l'équivalent de la Californie pour une population d'environ 9 millions d'habitants seulement. Sa densité est donc faible (20 hab./km2), et la majorité de sa population, urbanisée, vit dans la moitié sud du pays. Pratiquement autosuffisant en produits agricoles, le pays a une économie urbaine et industrielle basée sur l'exploitation des forêts, des mines de fer et des ressources hydrauliques.

Agriculture

Si seulement 7 % du territoire sont cultivés, l'agriculture scientifique, la fertilisation des sols et la mécanisation permettent une bonne productivité, et ce en dépit de la pauvreté du sol, d'une topographie difficile et d'une courte saison végétative. L'agriculture est intensivement développée dans les basses plaines méridionales, et tout particulièrement dans les plaines fertiles de la Scanie.

   Les activités liées à l'élevage (orge, viande, lait, etc.) sont prédominantes. Les principales cultures sont le blé, l'orge, l'avoine, la pomme de terre, le seigle et la betterave à sucre. Enfin, la Suède est le premier producteur mondial de peaux de fourrure, surtout de vison.

Pêche

La pêche fait appel à une longue tradition surtout aux alentours de Göteborg. Mais les prises proviennent surtout de la Baltique (harengs) ainsi que des pêches plus industrielles de la mer du Nord. Les autres poissons sont le sprat, la morue, la truite et le maquereau.

Les ressources naturelles, base des industries traditionnelles

Le développement de l'industrie minière, forestière et de l'énergie hydroélectrique a permis la transformation de la Suède, pays agricole pauvre, en une nation industrielle moderne. Les ressources naturelles ont jeté les fondements de l'industrie orientée vers l'exportation. Dans les années 1980, la Suède était l'un des pays les plus industrialisés d'Europe.

   La récession des années 1990 a fait chuter son taux de croissance. Bien que confronté à une concurrence de plus en plus dure, le pays bénéficie de la qualité de ses matières premières et d'une main-d'œuvre qualifiée. En revanche, certains secteurs traditionnels, comme les mines, la sidérurgie, le textile, les chantiers navals ou encore le bâtiment – entre 1990 et 1994, le nombre de salariés de cette branche a baissé d'environ 25 % – ont perdu de leur importance. D'autres, telle l'agroalimentaire, demeurent des composantes essentielles de l'économie nationale, mais ne jouent pas un grand rôle à l'exportation.

La prédominance de la sylviculture

La Suède possède la plus grande réserve de bois de construction de l'Europe de l'Ouest (68 % de son territoire). Les produits forestiers – bois de charpente et papier – assurent l'essentiel des exportations agricoles et 18 % des exportations nationales. Les régions les plus productrices sont les hautes terres et, surtout, le Småland. Les usines sont concentrées le long du littoral du golfe de Botnie, où elles utilisent les ressources hydrauliques des nombreuses rivières. La sylviculture suédoise est hautement mécanisée et automatisée. Afin de réduire les frais de transport, la plupart des scieries sont situées dans les zones forestières ou à proximité. Plus de 70 % de la production est exportée et la Suède se place au deuxième rang mondial, après le Canada, pour l'exportation des sciages de conifères. De plus, le pays est le troisième exportateur mondial de pâte à papier et de papier, 80 % de ses ventes étant destinés aux États de l'Union européenne.

Une industrie minière en déclin malgré d'abondantes ressources

La production minière joue un rôle très important à la fois pour la consommation intérieure et pour le commerce international. Mais, en dépit de sa tradition séculaire, l'industrie extractive a vu son importance relative décliner depuis le milieu des années 1970. La Suède est le premier producteur de fer – les gisements sont localisés au centre et dans le nord du pays, notamment à Kiruna et à Malmberget –, de plomb, d'argent et d'or de l'Union européenne. Elle est au second rang pour le cuivre et au troisième rang pour le zinc.

Une dépendance énergétique croissante

La Suède est riche en ressources hydrauliques, qui lui permettent de produire environ 47 % de son électricité. L'évolution de la consommation énergétique a cependant favorisé le développement du nucléaire qui fournit désormais 51 % de la production d'énergie. Après la catastrophe de Tchernobyl, le pays a pris la décision d'abandonner l'atome au XXIe s., la récession économique ayant différé ce programme, même si le royaume tente de développer les énergies alternatives. Enfin, la dépendance vis-à-vis des produits pétroliers a été renforcée.

La diversification industrielle orientée vers l'exportation et la recherche

L'économie suédoise est très diversifiée du fait de sa dépendance extérieure. Les industries traditionnelles, qui reposent sur les deux ressources les plus importantes – le minerai de fer et le bois – continuent de jouer un rôle primordial, mais les constructions mécaniques et divers secteurs de haute technologie ont acquis du poids. Il s'est opéré un glissement des industries de base vers la production d'un éventail plus large de biens exigeant une main-d'œuvre hautement qualifiée. L'orientation actuelle privilégie les technologies nouvelles dans les domaines de l'ingénierie, de l'équipement de transport et de l'environnement. Peu de pays de la taille de la Suède ont ainsi leurs propres industries aéronautique et nucléaire, plusieurs constructeurs automobiles nationaux, un secteur militaro-industriel d'avant-garde, une industrie de télécommunications de haute technologie et deux puissants groupes pharmaceutiques. Les grands centres industriels sont Stockholm, Göteborg, Linköping, Malmö et Trollhättan. Les principaux secteurs en valeur au début des années 1990 sont les équipements de transport, l'agroalimentaire, la papeterie, les machines, la métallurgie, les produits dérivés du bois, la pharmacie et la construction électrique. Les constructions mécaniques représentent 47 % de la valeur ajoutée industrielle totale et emploient 350 000 salariés. Elles se concentrent dans le sud et le centre de la Suède et comprennent plusieurs des grandes entreprises industrielles du pays. L'industrie automobile, avec les constructeurs Volvo et Scania, en est le secteur le plus important.

   La Suède est, après l'Allemagne, le plus important centre européen de production pour les véhicules lourds et les voitures haut de gamme.

   L'industrie chimique est l'un des principaux employeurs (14 000 employés), mais elle n'exporte qu'une partie assez réduite de sa production. Bien que des secteurs de haute technologie, tels l'informatique, l'électronique et les techniques médicales, jouent un rôle relativement modeste dans la production industrielle, la Suède se classe, en pourcentage du produit intérieur brut, parmi les premiers pays du monde dans le domaine de la recherche-développement.

   Celle-ci se concentre à 80 % dans les secteurs du matériel de transport, de l'électrotechnique, des produits pharmaceutiques et des machines, et concerne un petit nombre de grandes entreprises, avec en tête de liste ABB, Ericsson et Volvo.

Un commerce extérieur vital mais encore fragile

Le commerce extérieur est crucial pour la Suède, qui est membre de l'Association européenne de libre-échange (A.E.L.E.), de l'Union européenne et de l'Organisation mondiale du commerce (O.M.C.). Sa part dans le commerce mondial est d'environ 1,5 %. Les exportations représentent 40 % du produit intérieur brut, et leur progression au cours des dernières années est un facteur clé du redressement économique du pays. Jointes au manque de dynamisme de la consommation, elles ont contribué à une nette amélioration de la balance des échanges. L'industrie mécanique fournit plus de la moitié des exportations de marchandises, l'électronique, les communications et l'informatique, 15 %. L'ancienne dépendance vis-à-vis des exportations de matières premières – produits forestiers et minerai de fer – s'est donc réduite.

   Les principaux partenaires de la Suède sont l'Allemagne, le Royaume-Uni, les États-Unis, la Norvège, le Danemark, la France, les Pays-Bas et la Finlande. Les États membres de l'Union européenne reçoivent environ 60 % des exportations suédoises et fournissent 70 % des importations. Leur part s'est accrue depuis l'entrée de la Suède dans l'Union européenne, en 1995. Mais les marchés d'exportation les plus dynamiques se situent en Europe de l'Est, en Amérique du Nord et en Asie.

Les régions et l'aménagement du territoire

Le Norrland

Le Norrland est une région à vocation touristique, qui possède aussi des ressources naturelles nombreuses : bois, eau, mines.

La Suède centrale

La Suède centrale est une dépression lacustre, axe vital de la Suède qui réunit la façade occidentale du Cattégat avec Göteborg à la Baltique, par le canal de Göta. C'est aussi cette région, et spécialement le Bergslag, qui est le berceau de la vie industrielle suédoise. Les industries sont réparties dans des villes de moyenne importance. Deux grandes métropoles contrôlent chaque extrémité de cette région, Göteborg et Stockholm. Cette zone est aussi une bonne région agricole.

La Suède méridionale

La Suède méridionale, comprend le Småland, qui est voué surtout aux forêts et à l'élevage, et les îles de Gotland et d'Öland, qui ont un climat plus sec et une aridité renforcée par des sols calcaires. La Scanie, près des grands axes de circulation (Hälsingborg face au Jylland, Malmö face à Copenhague, Trälleborg face à l'Allemagne), est le site privilégié pour l'implantation de nouvelles industries.

HISTOIRE

Les origines

La Suède se peuple dès le néolithique (4000 avant J.-C.). Le commerce de l'ambre avec les pays méditerranéens introduit l'usage du cuivre (vers 1800 avant J.-C.). Au IVe s. après J.-C., certaines tribus germaniques émigrent vers le continent, mais d'autres demeurent ; au sud, on trouve des Goths, divisés en petits royaumes, commandés par des chefs militaires (hövdingar). La tribu des Svears (région du Mälaren), unie en un royaume (Svearike) essentiellement maritime, écrase les Goths à Bråvalla et leur impose sa suzeraineté. Le royaume de Suède est fondé, mais il n'est encore qu'une fédération de provinces autonomes, où les hommes libres se réunissent en assemblées publiques (thing) pour discuter, sous la direction du lagman, de la paix et de la guerre, des lois et des impôts. Grand prêtre, protecteur de la paix et chef des armées, le roi est élu parmi les seuls membres de la famille royale. Uppsala est le centre politique et religieux du royaume, mais Birka en est le grand centre commercial.

Les Vikings (800-1060)

Au IXe s., les Suédois participent aux expéditions normandes en Europe occidentale, mais c'est surtout vers l'est qu'ils se dirigent. Sous la direction de Riourik, les guerriers du Roslag (ou Varègues) fondent les principautés de Novgorod et de Kiev, et participent au grand commerce unissant la Baltique à Constantinople et aux pays musulmans, fondant même une base varègue à l'embouchure de la Volga. Aux Xe et XIe s., des conflits dynastiques avec la Norvège et le Danemark alternent avec des périodes d'alliances et d'union politique. Prêché à Birka par Anschaire (830), le christianisme ne fait des progrès qu'après le baptême du roi Olof Skötkonung (1008). Son fils Anund (1022-1050) contribue à la conversion du pays et s'allie au Norvégien Olav II Haraldsson pour limiter les ambitions de Knud Ier de Danemark. L'extinction de la dynastie à la mort de son frère Edmond le Vieux (1050-1060) correspond à la fin des expéditions des Vikings.

   Pour en savoir plus, voir les articles État de Kiev, Vikings.

Le triomphe de l'Église (1060-1250)

Dès lors éclatent des guerres qui opposent les familles de Stenkil (Västergötland), de Sverker (Östergötland) et d'Erik (Svealand) dans la conquête du trône. La première qui règne sur la Suède de 1060 environ au début du XIIe s., est remplacée par celle de Sverker Ier (1130-1156), qui appuie l'Église de Suède. Celle-ci, secondée par les cisterciens, engage une lutte décisive contre le paganisme. Rival et successeur de Sverker, Erik IX le Saint (1156-1160) entreprend une croisade contre les Finnois païens, prélude à la conquête de la Finlande (1157). Autonome depuis la création de l'archevêché d'Uppsala (1164), l'Église suédoise se fait accorder d'importants privilèges (1248). Les luttes dynastiques, qui favorisent cette émancipation de l'Église, se poursuivent, marquées par de nombreux assassinats et l'alternance des dynasties d'Erik le Saint et de Sverker, de 1167 à 1222. Ces conflits n'entravent pas le développement économique ; Knut Eriksson (1167-1196) fait appel à des Allemands dès le XIIe s. pour l'exploitation des mines du Bergslag et signe des accords commerciaux avec Lübeck.

Les Folkung (1250-1363) et leur premier successeur (1363-1389)

À la mort d'Erik Eriksson (1250), son beau-frère, Birger Jarl, fonde la dynastie des Folkung. Simple régent, il fait élire à la royauté son fils Valdemar ; il occupe le sud-est de la Finlande (1249-1250), établit sa capitale à Stockholm, unifie la législation et développe le commerce en favorisant l'exploitation du cuivre et l'établissement des Allemands dans les villes hanséatiques (Visby, Stockholm, etc.) ; ainsi l'allemand devient la langue commerciale du royaume. Magnus Ladulås (1275-1290) introduit des institutions féodales et crée un ordre équestre, base de l'armée suédoise (1279). Le Conseil devient l'organe essentiel du gouvernement ; enfin, en généralisant l'usage des ordonnances et des décrets, le roi n'a plus à consulter les things. Mais la monarchie va s'affaiblir en constituant des apanages ducaux en faveur de ses cadets ; éprouvée, en outre, par les longues minorités de Birger Magnusson (1290-1318) et de Magnus VII Eriksson (1319-1365), la monarchie laisse la noblesse gouverner d'abord pour son intérêt particulier (maintien des paysans sur leurs terres, 1303), mais aussi pour celui du bien commun (introduction du droit public occidental par le chancelier Philippus Ragvaldisson). Cette évolution n'empêche pas l'annexion de la Finlande du Sud lorsque Novgorod menace le pays (grande guerre de Carélie [1293-1323] et paix de Pähkinäsaari [1323]). En même temps, le prestige de la royauté est en partie rétabli par Ingeborg, belle-sœur de Birger Magnusson, qui réussit en 1319 à assurer à son fils, Magnus VII Eriksson, les deux couronnes de Suède et de Norvège ; devenue régente, elle se fait céder la Scanie (1332) : ainsi son fils, déjà maître de la Finlande, devient roi de Suède, de Norvège et de Scanie.

   En 1343, l'union semble définitivement rompue quand la Norvège obtient pour souverain Haakon VI, fils cadet de Magnus VII ; la Suède est, en outre, affaiblie par la peste de 1346 et par la révolte du fils aîné de Magnus, le prince Erik (1355), qui, soutenu par Albert de Mecklembourg, se fait céder la moitié du royaume (1356-1359). Les perspectives d'union sont pourtant sauvées du fait de la mort d'Erik (1359), car son héritier est Haakon VI de Norvège, qui vient d'épouser Marguerite, fille aînée et héritière du roi de Danemark Valdemar IV Atterdag. Mais, avant que l'union des trois royaumes scandinaves ne se réalise (1397), la Suède est victime de l'ambitieux Valdemar IV, qui occupe la Scanie, le Halland, le Blekinge, Öland et Gotland, et ruine Visby (1360-1361). Attribuant leur défaite à l'incapacité de Magnus VII, les Suédois le déposent (1362) au profit de son fils Haakon VI Magnusson, restaurant par contrecoup l'union suédo-norvégienne ; mais celui-ci s'étant réconcilié avec son père, ils font appel en 1363 à Albert de Mecklembourg. Malgré la mort de Haakon VI (1380) et l'appui de la Hanse, le nouveau souverain ne peut imposer son autorité dans une Suède où Lübeck accapare le commerce extérieur et où l'aristocratie s'arroge la réalité du pouvoir jusqu'en 1386. L'intervention en Suède de Marguerite, régente de Danemark et de Norvège, entraîne alors la défaite et la capture d'Albert de Mecklembourg (1389) ; Marguerite, devenue régente de Suède, assure donc pour la première fois l'union sous une même autorité des quatre peuples scandinaves.

   Pour en savoir plus, voir les articles Danemark, Norvège.

L'Union de Kalmar (1397-1523)

S'étant d'abord choisi un héritier, son petit-neveu, Erik de Poméranie, Marguerite le fait proclamer roi en Norvège (1389), puis en Suède et au Danemark (1396) ; enfin, elle obtient que cette union personnelle des trois royaumes soit juridiquement renforcée par leurs représentants (→ Union de Kalmar, 1397) et qu'elle soit maintenue au profit des descendants d'Erik, ou tout au moins d'un souverain choisi en commun. À la mort de Marguerite (1412), Erik mécontente les Suédois en entamant la désastreuse guerre du Holstein, en alourdissant l'impôt et en accordant des pouvoirs exorbitants aux baillis danois ; aussi les propriétaires de mines en Dalécarlie, qui ne peuvent plus exporter leur fer, s'insurgent-ils sous la direction d'Engelbrekt (1434). Celui-ci convoque à Arboga (1435) une assemblée de la noblesse, du clergé, de la bourgeoisie et des paysans ; ce premier Riksdag le proclame régent du royaume, Erik restant le souverain nominal. Mais Engelbrekt, assassiné par un noble (1436), est remplacé comme régent par un aristocrate, Karl Knutsson (1438) ; Erik, réfugié à Gotland (1436), est remplacé par son neveu, Christophe de Bavière, au profit duquel l'union est maintenue (1441-1448). Celui-ci étant mort sans enfants, les Suédois élisent roi Karl Knutsson (Charles VIII) à plusieurs reprises (1448-1457 ; 1464-1465 ; 1467-1470), tandis que les Danois désignent comme souverain Christian Ier d'Oldenbourg (1448). L'opposition, nationale suédoise est ensuite dirigée par les Sture : Sten Sture l'Ancien bat Christian Ier à Brunkeberg (1471) ; régent, il s'assure l'appui des paysans, mais il se heurte au clergé, partisan de l'union, et doit reconnaître comme roi de Suède le souverain de Danemark, Jean (1483), sans lui céder la réalité du pouvoir. Les Russes menaçant alors la Suède d'invasion, Sten Sture les repousse (1495), tandis que Jean lui reprend le pouvoir (1497) et le rejette en Finlande ; succès temporaire, car, en difficulté dans le Holstein (1500), il doit abandonner la Suède aux Sture. Sten Sture le Jeune (1512-1520) se heurte à l'opposition de l'archevêque d'Uppsala, Gustav Trolle, qu'il fait déposer (1517). Le prélat fait alors appel à Christian II de Danemark ; d'abord vainqueur (1518), Sten Sture est finalement vaincu par Christian II au lac Åsunden, près de Bogesund (février 1520). Sa mort entraîne l'effondrement de la Suède, qui libère Gustav Trolle et reconnaît Christian II comme roi, rétablissant ainsi une dernière fois l'union scandinave. Le nouveau souverain commet l'erreur de donner satisfaction aux griefs de Gustav Trolle en déclenchant le « bain de sang de Stockholm » de novembre 1520. En 1521, des soulèvements éclatent en Småland, et surtout en Dalécarlie, sous la direction de Gustave Vasa, fils d'Erik Johansson Vasa, victime du bain de sang. Aux mineurs de Dalécarlie se joignent les nobles du Småland et du Västergötland, et finalement Gustave Vasa chasse les Danois de Suède et met fin à l'union (1523).

L'époque de la Réforme (1523-1611)

Élu roi de Suède (1523-1560), Gustave Vasa rend l'indépendance à son pays. Prêchée à Stockholm dès 1524 par Olaus Petri, la Réforme gagne les bourgeoisies allemande, puis suédoise. Lors du Riksdag de Västerås (1527), Gustave Vasa étatise l'Église suédoise, confisque ses biens au profit du trésor et de la noblesse, ainsi gagnée à la nouvelle foi. Mais la rupture avec Rome ne sera définitive que lorsque Olaus Petri aura fait triompher la Réforme luthérienne (concile d'Örebro, 1529). Le roi enlève aux Allemands leurs privilèges et leur monopole commercial ; malgré de nombreux troubles entre 1524 et 1542, l'économie se développe. Gustave réorganise l'État et fait reconnaître l'hérédité de la couronne (Riksdag de 1544). Désireux de faire de ses ports une étape du commerce entre la Moscovie et l'Occident, Erik XIV (1560-1568) s'empare de Tallin (1561) puis tente de contrôler les détroits danois et la région de Narva, débouché de la Moscovie (1562). Mais au cours d'une guerre de sept ans (1563-1570), Lübeck, le Danemark et la Pologne enlèvent Gotland et font reconnaître la liberté du trafic à Narva (paix de Stettin, 1570). Mécontente, la haute noblesse suédoise détrône Erik XIV au profit de son frère Jean III (1568-1592), qui reprend la marche vers l'est (prise de Narva, 1581 ; acquisition définitive de l'Estonie, 1595), en direction de Pskov et de Novgorod, et vers le nord, en Laponie orientale, afin de contrôler la route d'Arkhangelsk. Pendant ce temps, Jean III, procatholique, déclenche une crise politique et religieuse redoutable en fermant l'université protestante d'Uppsala ; elle se développe sous Sigismond Ier Vasa, qui, déjà roi de Pologne (1587), devient roi de Suède (1592) et tente d'y rétablir le catholicisme. Alors, le Riksdag de Söderköping (1595) confie la régence à son oncle, le luthérien Charles de Sudermanie, qui se fera proclamer roi sous le nom de Charles IX (1607-1611). Ce dernier entre en guerre contre la Pologne (lutte pour la Livonie), la Russie (prise de Moscou) et le Danemark, qui ne peut empêcher Gustave-Adolphe de consolider la situation au profit de son pays.

La période de grandeur (1611-1718)

Disposant d'une flotte de commerce, Gustave II Adolphe (1611-1632) rêve de faire de la Baltique un lac suédois. Ayant signé une paix coûteuse avec le Danemark (1613), il enlève l'Ingrie et la Carélie orientale à la Russie, mais renonce à Novgorod et à toute expansion vers la mer Blanche (Stolbova, 1617). Il stabilise l'État en associant étroitement au gouvernement le Conseil, le chancelier (Axel Oxenstierna), le Riksdag et la noblesse. La création d'un Tribunal suprême (1624), la réorganisation de l'université d'Uppsala et surtout celle de l'armée et de l'économie (développement des mines de cuivre et de fer) donnent au souverain les moyens d'une grande expansion. Il occupe la Prusse polonaise (1626) et intervient victorieusement dans la guerre de Trente Ans (1630). Sa mort laisse le trône à une fillette de six ans, Christine de Suède (1632-1654), sous la régence d'Oxenstierna ; la Suède, qui reçoit alors une Constitution aristocratique (1634), maintient ses troupes en Allemagne (1635-1642) et impose au Danemark la paix de Brömsebro (1645).

   

La reine Christine, qui écarte le régent du pouvoir, et Charles X Gustave (1654-1660) recueillent les fruits de cette politique lors des traités de Westphalie (1648) et de Roskilde (1658), qui font de la Suède la maîtresse de la Baltique et des détroits au détriment du Danemark. La Suède devient une grande puissance, malgré la perte de Bornholm et de Trondheim (paix de Copenhague, 1660) ; par le traité d'Oliva (1660), la Pologne renonce à ses prétentions. Vaincue à Fehrbellin (1675), la Suède bénéficie en fait du traité de Saint-Germain-en-Laye (1679), par lequel Louis XIV contraint le Brandebourg et le Danemark à renoncer à la majeure partie de leurs conquêtes, le premier ne gardant que la Poméranie orientale.

   Mais la noblesse suédoise contrôle le Conseil d'État et acquiert les biens de la couronne et même le droit de percevoir l'impôt, que les rois ont dû aliéner pour entretenir l'armée. Les nobles assimilent illégalement les paysans libres à leurs tenanciers. Combattue par le Conseil, la « réduction » (confiscation d'une partie des domaines aristocratiques) est opérée en 1680 par Charles XI, qui s'appuie sur la bourgeoisie et la noblesse de robe pour combattre les grands seigneurs. Dès lors, la noblesse n'est plus qu'une noblesse de cour ; le Conseil du royaume devient un instrument de gouvernement, et le Riksdag libère le roi de la Constitution de 1634 et lui reconnaît le droit de légiférer (1682). Charles XI (1660-1697) et Charles XII (1697-1718) gouvernent dès lors en souverains absolus. Mais Charles XII, entraîné dans la guerre du Nord, fait perdre à son pays la maîtrise de la Baltique à la suite du désastre de Poltava (1709). Le traité de Frederiksborg (1720) supprime l'exemption de droits sur le Sund, et celui de Nystad (Uusikaupunki) ampute la Suède de la Carélie et des provinces baltes (10 septembre 1721).

L'« Ère de la liberté » (1718-1772)

Après la mort de Charles XII (1718), sa sœur, Ulrique-Éléonore (1718-1720), puis l'époux de celle-ci, Frédéric Ier de Hesse (1720-1751), doivent accepter la Constitution de 1719, qui laisse le pouvoir au Riksdag, dirigé par la noblesse, et au Conseil, dont les membres sont désignés par cette assemblée. La Suède accueille les idées nouvelles : piétisme allemand, rationalisme français, dont l'influence se fait surtout sentir au XVIIIe s. L'économie, rénovée par le chancelier Arvid Horn, bénéficie des idées nouvelles en matière agronomique et commerciale, même après le retrait de Horn (1738), chef du parti pacifiste, favorable aux Bonnets (inféodés à la Grande-Bretagne et à la Russie) et hostile aux Chapeaux, proches de la France et partisans des privilèges (→ faction des Bonnets et des Chapeaux). L'industrie est protégée par des droits plus élevés, le commerce développé (→ Compagnie suédoise des Indes orientales, 1731), l'agriculture favorisée par la reconstitution de la propriété paysanne, puis par un début de remembrement (milieu du XVIIIe s.), ainsi que par la libération du commerce des grains. La production augmente de 75 % entre 1720 et 1815.

   Cet essor n'est pas entravé par l'accession au pouvoir des Chapeaux, qui entraînent la Suède dans une guerre contre la Russie (1741), qui lui coûte le sud-est de la Finlande (paix de Turku, 1743), puis dans la guerre de Sept Ans, où elle combat la Prusse sans succès (1756-1763). Ayant brisé en 1756 un coup d'État dirigé par le roi Adolphe-Frédéric (1751-1771), qui a créé un parti de la Cour, les Chapeaux perdent le pouvoir de 1765 à 1769 et de nouveau en 1771 au profit des Bonnets. Mais, au moment où le pays semble sombrer dans l'anarchie, celle-ci est arrêtée par Gustave III.

L'épopée gustavienne (1771-1814)

Résolu à mettre fin au désordre, Gustave III (1771-1792) recourt au coup d'État. Soutenu par le peuple et par l'armée, il fait arrêter les conseillers et réduit les prérogatives du Conseil et du Riksdag (août 1772). Despote éclairé et roi-philosophe, il favorise le rétablissement financier (1776), proclame la tolérance (1781), mais l'opposition de la noblesse, une guerre avec la Russie (1788) et l'appel des officiers finnois et suédois à Catherine II l'amènent à restaurer l'absolutisme par l'Acte d'union et de sécurité (janvier 1789) et à accorder l'égalité d'accès aux fonctions publiques aux nobles et aux non-nobles. Sous son règne, la Suède participe au grand courant culturel du XVIIIe s., avec ses savants et ses philosophes (→ Scheele, Linné, Celsius, Swedenborg). Après l'assassinat de Gustave III (1792), Gustave IV (1792-1809), qui combat d'abord Napoléon (1805-1807), puis la Russie (1808), perd la Finlande (1808). Le roi est alors renversé par Adlercreutz (mars 1809) au profit de son oncle Charles XIII (1809-1818), qui fait la paix avec la Russie, le Danemark et la France, et accepte une Constitution (1809) établissant la séparation des pouvoirs. Sans enfants, il fait élire comme successeur le prince Christian-Auguste d'Augustenborg (1809-1810), puis le maréchal français Bernadotte (1810), qui engage aussitôt la Suède dans la lutte finale contre Napoléon.

L'union avec la Norvège (1814-1905)

Cette prise de position vaut à Bernadotte la cession de la Norvège par le Danemark (traité de Kiel, 14 janvier 1814), en compensation de la perte de la Finlande. Devenu roi (1818) sous le nom de Charles XIV, Bernadotte inaugure (1834) une politique de stabilité monétaire et surtout de neutralité. À l'intérieur, son absolutisme se heurte à une opposition libérale, mais il doit réformer finalement la Constitution (1840) en donnant au Conseil d'État la forme d'un ministère divisé en sept départements spécialisés. L'évolution libérale se poursuit avec Oscar Ier (1844-1859), qui évite la révolution de 1848 et se contente, malgré ses sympathies pour le scandinavisme, d'une prudente intervention en faveur du Danemark menacé par les Allemands (1848). Neutre pendant la guerre de Crimée, il obtient pourtant la démilitarisation des îles Åland par la Russie (congrès de Paris, 1856). Enfin, il accélère la modernisation du pays, politique que poursuit Charles XV (1859-1872) : tolérance religieuse envers les dissidents (1859) ; modification de l'administration locale et du Code pénal (1862) ; instauration du libre-échange (1864-1865) ; suppression des quatre ordres et institution de deux Chambres élues au suffrage censitaire et constituant le nouveau Riksdag (1866), bientôt dominé par les paysans du parti Lantmanna (parti des Agriculteurs) [1867].

   Celui-ci accroît son influence sous Oscar II (1872-1907) ; son chef, A. Posse, devient même Premier ministre (1880-1883). Le développement économique très rapide provoque l'adoption définitive du libre-échange (Riksdag de 1888) et de réformes sociales importantes, ainsi que la constitution du parti social-démocrate (1889). Toutefois, la Norvège, plus libérale et plus maritime que la Suède, obtient la dissolution pacifique de l'union (1905).

La constitution d'un « modèle suédois »

Le XXe s. est marqué en Suède par une succession de gouvernements sociaux-démocrates à l'origine d'un État providence puissant puis par la lente remise en cause de ce « modèle suédois » que la crise économique menace. Sur le plan extérieur, la Suède tient à conserver sa neutralité politique du début du siècle tout en s'intégrant de plus en plus dans les institutions internationales.

Les sociaux-démocrates et la construction d'un État providence

Au XIXe s., une longue période de paix favorise les classes moyennes. La population s'accroît, l'agriculture se modernise, le revenu national quintuple entre 1860 et 1925. Mais un prolétariat rural se crée, et un million de personnes émigrent en Amérique de 1850 à 1920, surtout lors de la crise économique de 1880-1890. En 1907, Gustave V devient roi. Malgré une longue résistance des conservateurs, les sociaux-démocrates obtiennent des réformes sociales (assurance vieillesse, 1913 ; journée de huit heures, 1919) et constitutionnelles (suffrage universel, 1907 et 1909 ; vote des femmes, 1921).

La social-démocratie au pouvoir

Conduit par Hjalmar Branting et grâce à l'appui des syndicats (créés dès 1898), le parti social-démocrate devient dès 1920 le premier parti du pays au Riksdag. Gustav V confie alors à son représentant la direction d'un gouvernement homogène. Les gouvernements socialistes se succèdent jusqu'en 1928, mettant en œuvre de nombreuses réformes sociales. Le parti conservateur revient ensuite au pouvoir, mais la crise économique ramène les sociaux-démocrates au gouvernement en 1932. Ceux-ci vont conserver le pouvoir jusqu'en 1976.

   Hjalmar Branting et ses successeurs s'occupent alors de la prévoyance sociale et du chômage. Le nombre de chômeurs tombe de 190 000 à 10 000 de 1933 à 1937. Les différences sociales sont réduites, et le niveau de vie de la population devient l'un des plus élevés du monde. En 1945, après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le cabinet de coalition érigé pendant la guerre démissionne pour laisser la place aux sociaux-démocrates. Avec à leur tête Per Albin Hansson (1932-1946) puis Tage Erlander en 1946, ils multiplient les réformes tout en respectant les institutions monarchiques (Gustave VI Adolphe succède à son père, Gustave V, en 1950) et en sauvegardant la sécurité nationale ainsi que l'entente scandinave.

   

En avril 1958, le gouvernement Tage Erlander tombe, à la suite de désaccords internes au parti concernant le régime des retraites. Les élections de juin le ramènent au pouvoir, et le Riksdag approuve son programme sur les retraites le 14 mai 1959. Les élections de 1960 et de 1968 se caractérisent par une nouvelle victoire des sociaux-démocrates. Tage Erlander se retire de la vie politique en 1969 et fait élire à la tête du parti social-démocrate et du gouvernement son secrétaire particulier, Olof Palme. Celui-ci propose rapidement plusieurs mesures, dont l'utilisation de la fiscalité pour réduire les écarts entre les revenus, la démocratisation de l'enseignement et la modification de la législation concernant la famille et les femmes.

   Aux élections de septembre 1970, les partis d'opposition progressent. Les sociaux-démocrates, avec 45,3 % des suffrages exprimés, ne détiennent plus la majorité au Riksdag, mais les 17 députés communistes les soutiennent. Devant la poursuite de l'inflation et du déficit de la balance des paiements, Olof Palme fait accepter, en janvier 1971, un budget d'austérité, et les sociaux-démocrates régressent encore aux élections de 1973. Olof Palme reste néanmoins à la tête du gouvernement. Une révision de la Constitution a réorganisé en 1971 la législature en une seule chambre et a réformé le système électoral. Plutôt que de dissoudre le Riksdag, qui paraît ingouvernable en raison de la parité des voix de droite et de gauche, Olof Palme cherche la conciliation avec l'opposition. Peu après le scrutin, Charles XVI Gustave succède à son grand-père, Gustave VI Adolphe, décédé. En 1975, une nouvelle Constitution supprime les derniers pouvoirs du roi.

   La crise économique de 1974 et 1975 entraîne une montée du chômage, des taux d'inflation, de la dette extérieure et du déficit budgétaire. Les conservateurs préconisent une limitation des impôts et des services sociaux, tandis que les centristes luttent contre la mise en service du programme nucléaire. Les élections de 1976 mettent fin à 44 ans de pouvoir social-démocrate.

   Pour en savoir plus, voir l'article social-démocratie scandinave.

La remise en cause du « modèle suédois »

Une coalition de centristes, conservateurs et libéraux se met en place. C'est en fait sur un « programme vert » (antinucléaire) que Thorbjörn Fälldin bat Olof Palme. Il mène une politique d'austérité pour réduire l'inflation et encourager les produits à l'exportation. Mais une crise gouvernementale, née du débat nucléaire, amène le libéral Ola Ullsten à la tête du cabinet. En 1979, Thorbjörn Fälldin redevient chef du gouvernement, et le programme nucléaire est gelé jusqu'au référendum de mars 1980, qui se prononce à 58,1 % en faveur de la construction de réacteurs nucléaires.

   En 1980 a lieu le plus important conflit du travail depuis la guerre, concernant les conventions collectives ; des grèves affectent plus de 2 millions de personnes. De retour au pouvoir, les sociaux-démocrates, confrontés à la crise internationale, déçoivent leurs électeurs par leur politique d'austérité, par l'abandon des principes fondamentaux du parti et par l'effacement des idéaux devant le pragmatisme. La Suède sort de la stagnation, mais la poursuite de la politique de rigueur suscite un mécontentement croissant (grève des fonctionnaires en mai 1985). Ce malaise est aggravé par l'assassinat d'Olof Palme en 1986. Il est remplacé à la tête du parti social-démocrate et du gouvernement par Ingvar Carlsson.

   À partir de 1987, les problèmes d'environnement, posés par le programme de l'énergie nucléaire, restent non résolus et ont pour conséquence l'entrée des Verts au Riksdag en 1988. Les sociaux-démocrates remportent une majorité confortable à ces élections, mais Ingvar Carlsson est contraint par le Riksdag de modifier son plan d'austérité. En octobre 1991, après la défaite des socialistes aux élections législatives, le conservateur Carl Bildt accepte de former un gouvernement minoritaire de centre droit. Afin de relancer l'économie, les mesures libérales envisagées remettent en cause le « modèle suédois » : diminution de la pression fiscale, privatisations, diminution des dépenses publiques. En 1992, le gouvernement et l'opposition s'accordent sur la mise en œuvre d'un plan d'austérité draconien.

   

Mais les sociaux-démocrates retrouvent le pouvoir dès 1994 (formation d'un gouvernement minoritaire, composé pour moitié de femmes). En 1996, Ingvar lsson démissionne. Göran Persson le remplace et mène une politique de diminution des dépenses publiques. Malgré un équilibre économique retrouvé, sa politique est désapprouvée lors des élections législatives de septembre 1998, et il est contraint de former un gouvernement minoritaire soutenu par le parti de la Gauche et les Verts. Les électeurs ont sanctionné sa politique d'austérité, qui a diminué les prestations sociales sans résorber le chômage. À l'issue des élections législatives de 2002, remportées par les sociaux-démocrates, Göran Persson doit à nouveau former un gouvernement minoritaire avec le soutien de ses précédents alliés, le parti de la Gauche et celui des Verts. Le rejet de la monnaie unique par ces derniers et par les électeurs constitue, en septembre 2003, un sérieux camouflet pour le Premier ministre. En dépit d'une conjoncture économique favorable et de l'allocation de millions de couronnes aux mesures de création d'emploi, son gouvernement ne parvient pas à maîtriser le chômage.

La politique internationale de la Suède

De la neutralité à l'engagement circonscrit

En 1914, au début de la Première Guerre mondiale, la Suède se déclare neutre et conclut un accord avec la Norvège et le Danemark pour défendre cette position et protéger les intérêts économiques communs aux États scandinaves. Elle rejoint cependant la Société des Nations en 1920. Dès le début des hostilités en 1939 et en dépit de ses sympathies pour la Finlande, le pays proclame à nouveau sa neutralité. L'Allemagne, son principal client et fournisseur, exige cependant le transit de ses convois militaires en 1940 et 1942. De plus, le royaume connaît des incidents fréquents à ses frontières et des attaques allemandes de sa flotte. Il offre cependant ses bons offices et devient un centre de négociations entre belligérants.

   La Suède entre à l'ONU en 1946, à l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en 1948, au Conseil de l'Europe en 1949, au Conseil nordique en 1952, et participe à la fondation de l'Association européenne de libre-échange (AELE) constituée en 1960. Mais, fidèle à son principe de neutralité pendant la guerre froide, elle refuse d'adhérer au pacte de l'Atlantique. Échouant dans ses efforts pour former un bloc de défense scandinave sans liens avec l'Est ou l'Ouest, elle renforce son programme de défense. En mars 1957, un rapport de 12 experts recommande à l'armée suédoise de posséder une force atomique. En avril, la Suède ainsi que le Danemark, la Norvège et la Finlande annoncent leur intention de financer un institut scandinave pour la recherche atomique à Copenhague. Cependant, la Suède prend position lors de la guerre du Viêt Nam et critique sévèrement les États-Unis au risque de geler leurs relations diplomatiques de 1972 à 1974. Depuis l'éclatement de l'URSS en 1991, la coopération avec la Russie et le soutien à l'Estonie, à la Lettonie et à la Lituanie figurent parmi les grandes priorités de la politique étrangère suédoise. Faisant de la Charte des Nations unies la seule base légale d'une intervention armée dans un État souverain, la Suède juge légitime – compte tenu des circonstances – l'intervention de l'OTAN au Kosovo et en Serbie en 1999 (quelque 10 000 Suédois participent à des opérations dans les Balkans sous la conduite de l'OTAN) ; en revanche, elle désapprouve l'intervention des États-Unis et de ses alliés en Iraq en 2003. Prenant en compte la nouvelle réalité issue des attentats du 11 septembre 2001 à New York et à Washington, la Suède modifie sensiblement la définition de sa politique de sécurité : si l'option de la neutralité est maintenue, celle-ci devient désormais un choix peu probable lors d'une éventuelle agression contre un État membre de l'Union européenne, et elle est exclue dans la lutte contre le terrorisme.

La Suède et l'Union européenne

À la fin des années 1980, l'adhésion de la Suède à la CEE est relancée, et une solution est recherchée sous une forme compatible avec la neutralité du royaume (une demande officielle d'adhésion est déposée en juillet 1991).

   Parallèlement, l'indépendance des pays Baltes et l'éclatement de l'URSS en 1991, qui tendent à faire de nouveau de la Baltique un lieu privilégié d'échanges internationaux, donnent à la Suède la possibilité de jouer un nouveau rôle sur le plan régional. Ainsi, dix pays riverains, dont la Suède, la Russie et l'Allemagne, ont-ils fondé le Conseil baltique en mars 1992.

   Lors du référendum de novembre 1994, les Suédois approuvent par 52 % des suffrages l'adhésion de leur pays à l'Union européenne (UE). Celle-ci prend effet en janvier 1995. La Suède soutient dès lors le projet d'élargissement de l'UE aux pays de l'Europe centrale et orientale, y compris les pays Baltes. Observatrice de l'espace Schengen à partir de 1996, la Suède l'intègre en mars 2001 de même que 4 autres pays nordiques (le Danemark et la Finlande, et, hors UE, l'Islande et la Norvège). Elle a présidé pour la première fois l'UE en 2001. Si elle approuve les réformes des méthodes de travail de l'UE instaurées par le traité d'Amsterdam en 1997, son opinion publique demeure hostile à la participation du pays à l'Union économique et monétaire (UEM) et se prononce, en septembre 2003, contre l'adoption de l'euro avec 56,1 % de « non » et 41,8 % de « oui ». Confirmant son désintérêt pour les affaires européennes, une majorité d'électeurs (63 %) boudent les urnes lors des élections européennes de juin 2004 : les souverainistes de droite et de gauche remportent 6 des 16 sièges attribués à la Suède. Cette tendance se renverse toutefois aux élections de juin 2009 avec une augmentation de la participation (45,5 %, le taux le plus élevé depuis l'adhésion de la Suède à l'UE en 1995) et la disparition du parti eurosceptique Junilistan, ce scrutin se distinguant également par le succès des Verts (de 6 % à 11 % des voix, au détriment du parti de Gauche) et d'un « parti des Pirates » (créé en 2006 pour défendre la liberté des internautes), qui, avec plus de 7 % des voix fait élire sa tête de liste, Christian Engström.

Le retour des conservateurs (2006-)

Regroupés au sein de l'Alliance – une plate-forme commune formée depuis 2004 à l'initiative du président du parti conservateur, Fredrik Reinfeldt –, les conservateurs (« Nouveaux modérés »), leurs alliés libéraux, centristes et chrétiens-démocrates, remportent les élections législatives de septembre 2006, au terme d'une campagne centrée sur le thème de l'emploi. Élu par le Parlement au poste de Premier ministre en octobre, F. Reinfeldt succède à G. Persson. Ce dernier est remplacé à la présidence du parti social-démocrate par Mona Sahlin en mars 2007. Si la Suède subit à partir de la fin 2008, les effets de la crise financière et économique avec une forte récession (- 5,8 % en 2009) et une augmentation du taux de chômage (entre 8 % et 9 % contre environ 6 % dans les années précédentes), elle renoue avec la croissance et l'emploi au cours de l'année 2010. Ne remettant pas en cause le modèle de protection sociale tout en réduisant les impôts, la coalition de centre droit parvient – résultat inédit – à remporter les élections pour une seconde fois consécutive en septembre 2010 avec une progression sensible des conservateurs (+ 3,8 %) qui obtiennent 30 % des suffrages et 107 sièges. Cependant, il lui manque 2 sièges pour atteindre la majorité absolue au Parlement alors que le parti d'extrême droite des « Démocrates de Suède » y entre pour la première fois avec 5,7 % des suffrages et 20 députés après une campagne axée sur la réduction de l'immigration. Quant aux sociaux-démocrates, s'ils conservent leur rang de premier parti avec 112 députés, ils subissent une défaite cuisante avec 30,6 % des voix, leur plus faible score depuis 1914. Excluant toute alliance avec l'extrême droite et comptant sur le soutien occasionnel de l'opposition dont les Verts (qui refusent d'entrer dans la coalition au pouvoir), F. Reinfeldt forme un gouvernement minoritaire en octobre.

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