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collaboration

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collaboration
nom féminin
(latin médiéval collaboratio, -onis)

Cet article fait partie du DOSSIER consacré à la Seconde Guerre mondiale.

 Politique de coopération avec l'Allemagne pratiquée par le gouvernement de Vichy et certains milieux politiques français sous l'Occupation (1940-1944).

HISTOIRE

Découlant de l'armistice, la politique de la collaboration est au départ librement consentie par le gouvernement de Vichy qui espère ainsi pérenniser son régime, adoucir le sort des Français et négocier sa place dans une Europe dominée par l'Allemagne nazie. Les conditions de l'armistice sont drastiques : la zone libre sur laquelle le gouvernement français aura toute souveraineté est réduite aux deux cinquièmes du territoire. Dans l'article 3 est prévue une « collaboration » des fonctionnaires français avec les autorités allemandes, mais il ne s'agit pas là cependant d'une collaboration entre les gouvernements.

Dans la zone occupée, les Allemands mettent en place les réseaux de renseignements et de police, dont la Gestapo, et organisent la Propaganda Abteilung ; tous ces instruments serviront bientôt la politique de collaboration.

À Vichy, le gouvernement est partagé entre les idées de Weygand, pour lequel les Britanniques restent des alliés, et celles de Laval qui, en 1940, loue la rupture des nazis avec le monde bourgeois qu'il abhorre. La première victoire est remportée par Laval qui pousse Pétain à rencontrer Hitler à Montoire le 24 octobre 1940. Hitler souhaite que la France participe à l'effort de guerre allemand, seule façon pour elle de ne pas supporter les frais de la guerre, qui retomberaient alors sur la Grande-Bretagne une fois vaincue. Pétain répond en évoquant la question des deux millions de prisonniers, question qu'Hitler promet habilement d'étudier, ce qui décide Pétain à lancer à la radio un appel à la collaboration de la France avec l'Allemagne. À cette date, la Grande-Bretagne est seule dans la guerre; l'Union soviétique a été l'alliée de l'Allemagne lors de l'invasion de la Pologne (traité germano-soviétique), et la victoire d'Hitler ne fait aucun doute pour les dirigeants de Vichy. Cependant, Laval, que Pétain juge trop proche des Allemands, est renvoyé le 13 décembre 1940. Aussitôt, ces derniers, par l'intermédiaire d'Abetz, ambassadeur d'Allemagne à Paris, font pression sur Pétain, qui charge finalement Darlan de former le nouveau gouvernement. Celui-ci engage dès avril 1941 la France sur la voie de la collaboration militaire avec le Reich, fournissant des armements, avions compris, à des rebelles irakiens soutenus par Berlin. Pour Darlan, cependant, il s'agissait d'aider le Reich à gagner la guerre, alors que, pour Laval, qui revient au pouvoir en avril 1942, la collaboration est une fin en soi.

La collaboration se traduit dans les faits par une exploitation intensive des richesses nationales (fourniture de produits agricoles et industriels), le transfert de main-d'œuvre en Allemagne (instauration du Service du travail obligatoire [S.T.O.] en Allemagne le 16 février 1943 pour tous les hommes de 18 à 50 ans et les femmes célibataires de 21 à 35 ans), une aide militaire effective (facilités aéroportuaires et navales dans l'Empire colonial français) et une collaboration des polices française et allemande (accords Bousquet-Oberg, 1942) dans la traque des juifs (loi instituant le port de l'étoile jaune, rafle du Vél'd'hiv, 1942), des communistes et des résistants dans laquelle la Milice créée par J. Darnand (janvier 1943) jouera un rôle important. Les concessions offertes par l'Allemagne seront dérisoires (libération de 100 000 prisonniers de guerre, réduction en 1941 des frais d'occupation).

Rejetée par l'opinion publique, la collaboration associe réalistes (misant sur la victoire allemande) et idéologues (fascinés par le nazisme). Ces derniers, venus souvent de la droite extrême (M. Bucard, Drieu La Rochelle, P. Henriot) mais parfois de la gauche (M. Déat, créateur du Rassemblement National Populaire ; J. Doriot qui dirige le Parti Populaire Français) s'alignent sur l'Allemagne hitlérienne par pacifisme, anticommunisme, antisémitisme, espérant construire un fascisme français. Ils défendent ses thèses par la presse (Je suis partout, La Gerbe, Au pilon) et la radio (P. Henriot, Jean Hérold-Paquis). Malgré la défiance de Philippe Pétain, ils finissent sous la pression allemande par accéder au pouvoir à l'hiver 1943-1944 (M. Déat, P. Henriot, J. Darnand). Quelques chefs formeront en août 1944 une éphémère Commission gouvernementale française. Certains seront arrêtés, jugés et parfois exécutés.

Dans le pays, la colère de la population s'exprime localement par des règlements de compte parfois sanglants entre résistants, authentiques ou de la dernière heure, et « collabos » réels ou supposés. L'épuration s'achèvera avec la loi d'amnistie de 1953.

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