En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Étrusques

Plaque en terre cuite peinte
Plaque en terre cuite peinte

Peuple de l'Italie ancienne, qui prospéra à partir du viie s. avant J.-C. et qui fut soumis par les Romains.

Origine

Hérodote raconte que les Étrusques étaient venus d'Asie Mineure. Son point de vue était partagé par divers auteurs de l'Antiquité, et beaucoup de modernes s'y sont ralliés, en accumulant de nombreux arguments positifs, car il s'est révélé facile de trouver des ressemblances entre la civilisation étrusque et les civilisations de l'Orient : divination par l'examen du foie comme en Babylonie, chambres funéraires souterraines et tumulus à la mode du monde mycénien, points communs apparents entre la langue étrusque et certaines langues anciennes d'Asie Mineure et de Lemnos, aspect oriental de beaucoup d'œuvres d'art du viie s. avant J.-C., liberté et autorité accordées à la femme dans la société, comme dans l'ancienne Lydie… Malgré tout cela, l'hypothèse de l'origine orientale, qui conserve aujourd'hui ses partisans, a beaucoup reculé : tout ce qui s'apparente à l'Orient peut s'expliquer par la coïncidence, l'influence ou l'importation.

C'est l'archéologie qui a porté le plus grand coup à la thèse de l'immigration, en niant la brusque mutation qu'aurait provoquée le débarquement d'un peuple. L'orientalisation de l'art du viie s. avant J.-C. s'explique par les influences extérieures, le commerce actif, la présence de modèles orientaux d'importation, telle la bibeloterie d'origine égyptienne, phénicienne et chypriote qui apparaît dans les sites archéologiques étrusques. Les partisans de l'autochtonie trouvent même un Ancien pour partager leur opinion, Denys d'Halicarnasse. Reste une troisième hypothèse : celle de l'origine septentrionale des Étrusques, descendus des Alpes ; née au xviiie s., elle n'a plus qu'un intérêt de curiosité.

De l'étruscomanie à l'étruscologie

Le xviiie s. avait été en effet, en Toscane, une époque de grande passion pour l'étruscologie, qui avait séduit par son exotisme trompeur et l'étrangeté de ses ruines. À l'époque où naquit (1726) l'Académie étrusque de Cortona, on découvrait ainsi à la Toscane une primauté passée insoupçonnée jusqu'alors, qui faisait des Étrusques les dignes émules des Grecs. À cette phase d'étruscomanie succédèrent les explorations (George Denis [1814-1898], The Cities and Cemeteries of Etruria [1848]) et les fouilles, inaugurées par Lucien Bonaparte à Vulci en 1828. Le milieu du xixe s. fut le moment des plus belles découvertes : les tombeaux abandonnés au milieu d'un pays presque sauvage recelaient quantité de vases grecs et de pièces d'orfèvrerie. À la fin du siècle, l'archéologie devint scientifique : à la chasse aux œuvres d'art succédèrent les fouilles méthodiques. De leur côté, les linguistes ont alors entrepris l'étude de la langue, dont plus d'un crut saisir incessamment la clé. De plus en plus méticuleuses, les fouilles ont permis de réviser les questions que l'on se posait, de leur faire perdre leur aspect polémique et passionné, et d'enlever aussi aux Étrusques une bonne part de leur réputation mystérieuse.

Esquisse historique

La découverte du site de Villanova, près de Bologne, a montré quelle civilisation régnait à l'âge du fer dans les pays occupés ensuite par les Étrusques. Au viiie s. avant J.-C., ceux-ci se manifestent en Toscane, sans qu'on y puisse déceler l'hiatus que produirait une immigration. Dans la vallée du Pô, par contre, leur civilisation apparaît seulement au vie s. avant J.-C., et, cette fois, ce peut être le résultat d'un mouvement colonisateur parti d'Étrurie. À partir de là, la chronologie tend à se clarifier, et l'on accède à la période proprement historique.

Bien qu'ils n'aient pas bénéficié d'une cohésion politique caractérisée, les Étrusques ont une histoire commune, et les repères chronologiques des faits politiques, de l'économie et de l'art se rejoignent pour mieux souligner les mutations qu'ils ont subies d'un siècle à l'autre. Au viie s. avant J.-C., les nécropoles témoignent d'un soudain enrichissement. Celles des villes proches du littoral tyrrhénien regorgent d'objets d'art, d'orfèvrerie. Les Étrusques viennent de mettre en valeur leurs richesses minières : cuivre, puis fer de l'île d'Elbe ; cuivre de la péninsule. Les Grecs achètent cette matière première, et les Étrusques, devenus de gros marchands, se procurent les œuvres d'art des Grecs et les font copier par leurs propres artistes. Marins, ils sont les rivaux des Grecs, qui les considèrent comme des pirates. Au vie s. avant J.-C., ils sont alliés des Carthaginois, autre peuple navigateur et commerçant. Vers 535 avant J.-C., ils participent à la bataille navale qui les oppose aux Grecs au large d'Alalia (la latine Aleria), en Corse. Il n'est pas sûr que ce conflit ait concerné tous les Étrusques, car l'archéologie témoigne de relations commerciales suivies de certaines villes avec les Grecs. Mais Caere (aujourd'hui Cerveteri), du moins, témoigne de rapports étroits avec Carthage : une inscription bilingue, punique et étrusque, sur tablettes d'or dédie, en son port de Pyrgi, un temple à la punique Ishtar. En 474 avant J.-C., au large de Cumes, des Étrusques sont battus par des Syracusains. Faut-il en conclure qu'ils sont des ennemis irréductibles des Grecs ?

À la fin du vie s. avant J.-C., le pays étrusque (car on hésite à parler d'empire) s'étend très largement en Italie et comporte alors trois dodécapoles. D'abord douze cités confédérées en Étrurie même, liées entre elles par une assemblée annuelle au fanum Voltumnae, près de Volsinii (Bolsena), et par un magistrat commun, le zilath mechl Rasnal, préteur du peuple étrusque. Les autres dodécapoles sont dans la partie occidentale de la plaine du Pô et en Campanie. Ces trois douzaines de villes sentent la systématisation annalistique. Ce qui demeure, c'est cette extension territoriale, extension éphémère d'ailleurs – et pas toujours en profondeur : si Préneste est latine par sa population, elle est étrusque par son art. Si Spina est un port étrusque, c'était, au dire des Anciens, une ville tout à fait grecque. La basse plaine padane n'a pas été profondément imprégnée par la civilisation originaire de Toscane. Au tournant du vie et du ve s. avant J.-C., le déclin commence rapidement : l'activité maritime se restreint. Les villes côtières perdent leur importance au profit de celles de l'arrière-pays, et l'influence grecque sur l'art local s'affaiblit subitement. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne provient plus d'œuvres d'art de la Grèce : les vases attiques sont importés massivement, mais à l'autre bout du pays étrusque, par le port de Spina. Tandis que, dans la péninsule, Rome donne le signal de la révolte et libère le Latium, les jeunes villes padanes sont en plein essor au milieu du ve s. avant J.-C. Mais pas pour longtemps : au siècle suivant, les Gaulois déferlent sur l'Italie, et ces villes sont les premières à en subir les conséquences. Au sud, les Romains progressent : au milieu du iiie s. avant J.-C., l'Étrurie entière leur est soumise. Mais ce n'est point une condamnation définitive pour sa civilisation. L'art étrusque brille encore par une originalité relative avant de se fondre progressivement dans l'art romain, et certaines institutions se maintiennent longtemps encore.

La langue et les lettres

La langue étrusque fut en usage jusqu'au début de l'ère chrétienne au moins, et les inscriptions conservées, qui sont au nombre d'une dizaine de mille et proviennent surtout de Chiusi et de Pérouse, sont essentiellement d'époque romaine. Peu de textes notoires en dehors des inscriptions funéraires : une bandelette de momie conservée à Zagreb, les tablettes d'or de Pyrgi. Pour ainsi dire pas d'inscriptions bilingues, qui aideraient grandement au déchiffrement de cette langue écrite en caractères classiques. Ce déchiffrement a toute une histoire. Illusionnés par la découverte subite de la clé d'autres langues anciennes, maints érudits ont cherché le secret de l'étrusque en employant la méthode comparative. En confrontant avec les autres langues, ils se fondaient sur l'espoir de rencontrer une langue connue dérivée ou voisine. Certains ont cru réussir et ont fait des rapprochements qui leur paraissaient prometteurs avec le hittite, le groupe basco-caucasique, le lydien ou encore l'albanais. Traîtreusement, la brièveté des textes se prête à des interprétations illusoires. La méthode combinatoire déchiffre l'étrusque par le dedans, sans chercher de rapprochements semblables. Elle est arrivée à des résultats beaucoup plus sérieux, mais qui n'ont rien à voir avec la « clé » espérée. Un travail patient a donné le sens d'un mot, puis d'un autre et permis de découvrir l'existence de la déclinaison… On connaît ainsi, aujourd'hui, des dizaines de mots et des éléments non négligeables de grammaire. Cela permet de tirer parti des inscriptions funéraires, mais ne suffirait pas à comprendre des textes littéraires. Ceux-ci, d'ailleurs, n'ont pas été conservés. Mais ils existaient : les Étrusques ont eu une littérature. Outre des livres religieux, ils ont rédigé des annales et cultivé les lettres profanes. Les jeunes Romains allèrent longtemps faire leurs humanités à Caere. Tite-Live nous l'apprend, en s'en étonnant lui-même. Après s'être initiés à l'hellénisme par l'intermédiaire des Étrusques, les Romains s'adressèrent ensuite aux esclaves grecs qu'ils ramenèrent de leurs guerres de conquêtes.

Les villes

Cette civilisation a été gratifiée d'« unique civilisation citadine originale de l'Occident ancien » (Guido A. Mansuelli). À part la cité industrielle de Populonia, les vieilles villes étrusques étaient perchées en des positions escarpées. La menace des invasions gauloises les incita à s'entourer de fortifications, très longues enceintes de murailles d'un appareil rustique, qui englobaient une étendue de beaucoup supérieure à la surface bâtie. Autant on sait peu de chose de ces villes, malgré les fouilles récentes de Volsinii (Bolsena) et de Vulci (Vulcia), autant on est informé du plan régulier des fondations tardives, grâce aux fouilles de Spina et de Marzabotto, en Italie du Nord ; Marzabotto a été appelée la Pompéi étrusque. Fondée en terrain plat, ou presque, elle a pu bénéficier des techniques évoluées des arpenteurs étrusques, qui transmirent aux Romains leurs méthodes et leurs rites de fondation. Inspiré peut-être par le plan en damier d'Hippodamos de Milet, en tout cas contemporain, le plan étrusque s'insérait autour des lignes directives fournies par le cardo (voie nord-sud) et le decumanus (voie ouest-est), et s'encadrait dans le pomoerium, limite sacrée. Les habitations étaient très espacées. Spina, située près de Comacchio, était tracée selon un plan analogue, mais, Venise étrusque, elle était parcourue de canaux et reliée à la mer par un chenal. Une autre fondation régulière de la même époque (ve s. avant J.-C.) a été découverte à Casalecchio di Reno, près de Bologne. Chacune des principales villes connues avait sa physionomie propre, son originalité, ses ressources. Si Spina fut, pendant une période assez brève, il est vrai, le grand emporium qui recevait les produits de la Grèce, Adria, située un peu plus au nord, passait pour bien plus typique. L'atrium en serait originaire. Bologne, sous le nom de Felsina, était une ville de commerce et de métallurgie. En Étrurie même, beaucoup de villes se partageaient entre les activités connexes de l'agriculture et l'exploitation des mines. Volaterrae (Volterra) exploitait les mines de la Cecina, et Populonia le fer de l'île d'Elbe et le cuivre de Campiglia. Vetulonia travaillait le bronze et partageait les activités maritimes avec Populonia. Caere exploitait le cuivre de la Tolfa et hébergeait des artisans grecs d'Ionie. Volsinii était une capitale religieuse. Véies (en latin Veii) et Vulci nous apparaissent comme des centres d'artisanat d'art.

Anciennement, c'est-à-dire surtout jusqu'au ve s. avant J.-C., les villes étaient gouvernées par des rois, appelés lucumons. On sait quels étaient les insignes de leur pouvoir : la couronne, le trône (siège curule), le sceptre, le manteau de pourpre, le licteur, qui le précédait en portant des faisceaux sur l'épaule. Renversés, ces rois furent supplantés par une oligarchie de nobles qui se partageait le pouvoir sous la forme de diverses magistratures. Des inscriptions tardives (à partir du ive s. avant J.-C.) ont permis de préciser les titulatures. Le magistrat par excellence était le zilath. Il partageait avec plusieurs collègues le pouvoir essentiel, pour une année, et disposait d'attributs analogues à ceux des rois. Le zilath purth présidait leur collège ; le zilath maru, pourvu d'attributions religieuses, pouvait s'apparenter à l'édile romain. On sait assez peu de chose des magistratures inférieures ainsi que, d'ailleurs, de la structure de la population dans son ensemble, sinon qu'il y avait beaucoup d'esclaves. Certains de ceux-ci devaient être fort défavorisés, à en juger par quelques violentes révoltes dont le souvenir a été conservé. D'autres avaient droit à des maisons particulières, comme la plupart des hommes libres. Mais on a bien du mal à se représenter ces maisons étrusques, dont il ne reste pas de vestiges. Il semble qu'on se soit attaché à construire des tombeaux pour l'éternité et les demeures pour un temps limité : celles-ci furent sans doute de bois et de briques crues. Des urnes funéraires en forme de maison témoignent de l'aspect de cabane des plus petites ou des plus primitives. L'étude du plan des tombeaux, s'ajoutant à une remarque de Vitruve, donne une idée de la disposition, qui, avec sa cour intérieure, sans colonnes, annonçait la maison romaine.

Les nécropoles

Non loin de la ville des vivants se trouvait celle des morts. Ainsi Caere était accompagnée, sur le plateau dit « de la Banditaccia », d'une nécropole largement égale en étendue à la ville même. Ces tumulus, surmontant des chambres funéraires souterraines, qui s'entassent les uns contre les autres et s'efforcent de rivaliser d'ampleur (certains dépassent les 50 m de diamètre), représentent la ressource principale des archéologues. Pillés avidement au xixe s., ils sont l'objet de fouilles de plus en plus scientifiques. Depuis 1958, à Cerveteri (Caere) et à Tarquinii (Tarquinia), le nombre des tombes explorées s'est compté par milliers, grâce à la conjugaison de trois techniques nouvelles.

La photographie aérienne détecte la trace circulaire des tumulus arasés par le temps et fournit ainsi le plan complet des nécropoles. La mesure de la résistivité du sol entre des piquets métalliques régulièrement espacés permet de découvrir l'emplacement et l'entrée des chambres souterraines. Au centre présumé de la chambre, on perce un orifice étroit par lequel on introduit une sonde équipée d'un flash et d'un appareil photographique. On obtient des clichés panoramiques de l'intérieur qui donnent, lorsque la tombe n'a pas été visitée auparavant, une vision unique d'objets que le temps a préservés et qui ne tardent pas à tomber en poussière dès qu'un air neuf a pénétré. Le contenu est extrêmement varié et instructif, car on cherchait à recréer autour des morts le décor de leur vie domestique.

Le plafond de l'hypogée lui-même prenait volontiers la double inclinaison d'une charpente et d'un toit. Les objets familiers, vases surtout, étaient entassés sur les banquettes qui longeaient les murs ou figuraient sur ceux-ci. Les tombes riches étaient ornées à fresque. Les morts reposaient dans des sarcophages ; selon une règle assez fréquente, ceux des hommes ressemblaient à des lits et ceux des femmes à quelque chose de plus monumental, massif, évoquant davantage un sarcophage grec et semblant le signe d'une dignité supérieure. On a conservé des sarcophages sur lesquels le mort est représenté en relief, couché de côté, appuyé sur un oreiller. Il existe également des urnes, assez diverses, car l'incinération fut aussi en usage. Les modes de sépulture ont varié d'ailleurs d'une époque à l'autre et d'une cité à l'autre, et la chambre souterraine, considérée ordinairement comme le type même de la tombe étrusque, n'en est en fait que la version la plus achevée.

La religion

Dans tous les cas, les Étrusques faisaient preuve d'un grand soin à l'égard de tout ce qui touchait à l'au-delà. Leur religion est tout imprégnée de cette préoccupation. Religion d'ailleurs complexe, pleine d'énigmes en même temps que d'originalité, et l'on y démêle assez difficilement les linéaments de son évolution, comme les éléments importés de Grèce ou d'Orient. La vision étrusque des Enfers, qui s'épanouit surtout à une époque tardive (ive s. avant J.-C.), est influencée par la mythologie grecque : présence d'Hadès, sous le nom d'Aïta, roi des Enfers coiffé d'une tête de loup ; présence de Perséphone (Phersipnaï), reine infernale ; présence enfin de Charun, dont le nom évoque celui du fameux nocher Charon, mais qui est ici un démon horrible, muni d'un maillet pour asséner le coup de grâce aux trépassés. Tuchulcha, monstre repoussant, peut-être apparenté aux Harpyes, l'assiste.

Il apparaît nettement que, malgré des interférences mythologiques, les Enfers étrusques gardent leur originalité sinistre : lieu peuplé de monstres et lieu de scènes d'horreur. Ce n'est pas la moindre étrangeté de cette religion d'avoir fait des Enfers un lieu plus tragique au moment même où l'apport de la mythologie grecque aurait pu, au contraire, procurer une vision plus pittoresque des choses. Avant le ive s. avant J.-C., l'art funéraire représentait le passage du mort dans l'au-delà comme un voyage ; d'où des figurations de chars, de chevaux, de navires. Les tombeaux étaient ornés de scènes joyeuses (banquets, danse, parties de chasse ou de pêche), qui évoquaient les meilleurs moments de la vie terrestre. Et puis les scènes représentées firent des Enfers un lieu terrible : on a pensé voir là le reflet d'idées orphiques et pythagoriciennes, selon lesquelles les méchants seraient châtiés. Mais rien ne prouve que les Étrusques aient eu la notion de bien, de mal et de châtiment. Les Enfers étaient un lieu redouté, sans qu'intervienne la morale. C'était aussi un endroit souterrain, avec lequel on communiquait par un trou réel, le mundus, conservé par la religion romaine. Un sanctuaire des divinités chthoniennes, découvert près de Civitavecchia, possède ainsi un autel avec un trou relié au séjour des morts. Des temples étrusques, on sait peu de chose, sinon que, reflétant approximativement la silhouette de ceux des Grecs, ils en différaient par leur structure de bois, recouverte d'ornements de terre cuite, et leur décor tout en façade, les trois autres côtés étant sans caractère. Ils faisaient usage de la colonne toscane, lisse et renflée, et comportaient souvent trois cellae, correspondant aux trois dieux d'une triade, les dieux étrusques allant souvent par trois, fait que l'on retrouve à Rome dans la triade capitoline. Il se pourrait que la notion de triade soit d'ailleurs venue du Latium. Le dieu principal, le Jupiter des Étrusques, était Tinia, qui présidait le conseil des dieux et disposait de trois foudres.

La foudre était justement un des signes dont on faisait le plus grand cas. Phénomènes un peu insolites ou prodiges étaient considérés comme l'expression de la volonté divine, et il convenait de les interpréter. La tâche était facilitée par les révélations fournies, à une époque réputée légendaire, par un génie mystérieux, Tagès, et une nymphe, Bégoé, Bégoia ou Vegoia. Dans des livres de tissu de lin (libri lintei) étaient consignées leurs instructions. Éminemment ritualiste, cette religion se trouva ainsi codifiée de très bonne heure. Les libri haruspicini traitaient de la technique de l'haruspicine, ou art de déduire l'avenir de l'examen du foie des victimes sacrifiées. Les libri fulgurales traitaient de la foudre. Les libri rituales codifiaient les usages à respecter aussi bien dans la vie civile que dans la vie religieuse, imposant un formalisme très strict. De ce fait, religion et vie quotidienne s'interpénétraient. La gladiature, la pompe du triomphe, choses qui sont passées dans les mœurs romaines, dérivent de rites religieux étrusques. Les insignes qui devaient devenir à Rome l'anneau d'or des chevaliers ou la bulle des enfants avaient la valeur d'amulettes. Les rites singuliers de la fondation des villes, qui se sont perpétués également dans les fondations coloniales romaines, relevaient des préceptes des livres étrusques.

Techniciens et artistes

Si, sous quelques apparences de similitude dans le panthéon, la religion étrusque diffère fondamentalement de celle des Grecs, on observe des analogies dans les arts plastiques. À vrai dire, la comparaison avec l'art grec est délicate : on a trouvé en Étrurie, pêle-mêle, œuvres grecques importées, œuvres de Grecs immigrés et copies étrusques, tantôt serviles, tantôt interprétées, et cela côte à côte avec des œuvres franchement originales.

Il est plus facile de situer les œuvres dans un cadre chronologique : au viie s. avant J.-C., sous l'influence de l'Asie et de l'importation d'objets phéniciens, l'art étrusque manifeste des tendances orientalisantes, qu'il partage avec d'autres peuples méditerranéens. Du début du vie au début du ve s. avant J.-C., il acquiert pleinement son originalité, puis s'éclipse quelque peu face aux importations d'œuvres classiques de la Grèce propre (vases attiques) et conserve une allure archaïque, en copiant médiocrement les Grecs. À l'époque hellénistique, l'inspiration grecque contribue à développer l'art cauchemardesque, dont les thèmes sont suggérés par les croyances. Les fresques étrusques ont l'avantage d'avoir été conservées, ce qui n'est pas le cas de la peinture grecque.

Elles s'épanouissent à partir du ve s. avant J.-C., en commençant par manifester une ressemblance avec les vases ioniens, puis en s'inspirant des vases à figures rouges. Certaines, très vivantes, évoquent les danses légères, qui tinrent une place appréciable dans les divertissements de ce peuple. La céramique s'est distinguée de très bonne heure par les vases de bucchero, d'un noir brillant voulant imiter le métal. Après une longue période de copie des vases grecs, elle est redevenue originale à l'époque hellénistique (œuvres du « peintre des nonnes », à Volaterrae). Du vase canope au couvercle en forme de tête (Cliusium, viie s. avant J.-C.) au sarcophage, le portrait funéraire est marqué par un réalisme inconnu des Grecs et qui s'épanouit pleinement aux ive et iiie s. avant J.-C. La terre cuite est un matériau favori : à Véies, on attribue à un certain Vulca la fondation d'une école originale (statue célèbre d'Apollon, antéfixes des temples) à l'époque archaïque. La sculpture en pierre a été défavorisée par l'emploi de tuf et de calcaire : les Étrusques ont ignoré le marbre ! Mais la rencontre opportune, dans leurs mines, de l'étain et du cuivre (en attendant l'emploi du fer, plus tardivement) a fait d'eux des bronziers de classe. Populonia, Caere, Vulci, Perusia (Pérouse), Vetulonia furent des centres de métallurgie et d'art. Les trépieds de Vulci datent de l'époque orientalisante. On imite alors, en bronze, les couroi grecs. Ensuite se multiplient les cistes et les miroirs gravés. Peu nombreux sont les grands bronzes, comme la chimère d'Arretium (Arezzo), la louve du Capitole.

On n'arrive pas encore à distinguer dans l'ensemble, dans le bronze et la terre cuite, les maîtres et les écoles. L'orfèvrerie du viie s. avant J.-C. est somptueuse et reflète la richesse de l'époque, qui provient d'une active exportation de minerais. Il s'agit d'œuvres locales où s'appliquent les techniques de la granulation et du filigrane. L'ivoire est travaillé aussi et donne naissance à des coffrets de style ionien. Tout cela tombe dans la banalité à l'époque classique, et l'inspiration ne revient plus ensuite.

Les activités artistiques reflètent étroitement les conditions économiques : richesse des cités au viie s. avant J.-C., rapports commerciaux avec les Grecs, déplacement des centres d'activité de la côte tyrrhénienne vers l'intérieur à partir du ve s. avant J.-C., ce qui amène les Étrusques à se détourner des activités maritimes. Celles-ci ont dû être considérables : marins et commerçants, pirates redoutés sans doute, les Étrusques se sont fait attribuer l'invention de l'ancre. Puis les difficultés sont venues : défaite de Cumes (474 avant J.-C.), infligée par Syracuse ; malaria, peut-être dans la Maremme. Excellents hydrauliciens, les Étrusques surent assainir la campagne et retarder le retour de ce fléau par leurs canaux de drainage (cuniculi). La Cloaca Maxima de Rome est une œuvre étrusque.

Quoi qu'en ait pu dire l'historiographie romaine traditionnelle, Rome fut longtemps, en effet, soumise à la domination étrusque. Le temple du Capitole, dédié à la triade Jupiter-Junon-Minerve, était de type étrusque. Les Tarquins venaient d'Étrurie, et leur expulsion (dont la date semble devoir être reportée de 509 avant J.-C. aux environs de 475 avant J.-C.) est une affaire nationale plus que démocratique. À son tour, Rome devait conquérir l'Étrurie, après de longues guerres. Mais, romaine, l'Étrurie conserva ses institutions locales (l'empereur Hadrien se disait encore préteur d'Étrurie), et l'on y vit survivre sa langue, son originalité artistique (l'arc, la colonne toscane, le réalisme du portrait), mais elle se dépeupla progressivement au point de devenir un pays de maquis, de marécages et de ruines enfouies sous la verdure.