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prosélytisme

Zèle ardent pour recruter des adeptes, pour tenter d'imposer ses idées.

« Tout homme pense catholiquement, c’est-à-dire universellement, et persécute s’il ne peut convertir. À quoi remédie la culture, qui rend la diversité adorable », écrit Alain. Les techniques de prosélytisme mériteraient d’être étudiées : démarchage, militantisme, distribution d’ouvrages, participation obligatoire aux réunions, adoption d’un certain langage…

Avant d’être une affirmation, le prosélytisme ne serait-il pas, toutefois, un refus, celui du modèle d’un consommateur postmoderne, évoqué par le philosophe allemand Peter Sloterdijk dans Colère et Temps ? Recruter des adeptes, imposer ses idées, c’est d’abord récuser l’idée qu’il n’y a pas d’idées, simplement des calculs utilitaristes considérant l’homme comme un animal consommateur, dont on ne verrait « la liberté que dans le choix des auges ». Même lorsqu’il adopte une organisation bureaucratique, le prosélytisme affiche une ambition morale, irréductible à des procédures. Tablant sur l’émotion, plus que sur les bilans coûts/avantages, il est capable de forger une nouvelle arithmétique, baptisée de façon imagée par Sloterdijk de « banque de vengeance de l’au-delà », se fondant sur une compensation suprahistorique des souffrances. Religieux, politique, sectaire, géostratégique, animé par la foi spirituelle ou par l’ambition temporelle, à l’échelle du proche voisin ou déployant ses ramifications au-delà des frontières, propagande cynique ou apostolat inspiré, le prosélytisme se dégage des contingences de l’ici et du maintenant. Il se nourrit donc tant de ses échecs que de ses succès, sa force n’étant pas toujours étrangère au ressentiment des « civilisations vexées », selon le mot du philosophe.

Irascible devant l’ordre établi, le prosélytisme va plus loin que la propagande, qui peut s’accommoder d’un froid détachement ; par son « don de douleur », il va plus loin que le militantisme, car animé d’un zèle dépassant l’abnégation pour aller jusqu’à la négation : le sacrifice de la vie. Il incarne une cause à l’heure où l’on ne parle que de motivation. Un tel constat revient-il à adopter subrepticement une attitude de prosélyte en faveur du prosélytisme, comme s’il possédait seul la vertu de galvaniser les énergies ? Répondre invite à scruter les rapports entre idéal, vérité, volonté. « Malheur au pays qui a besoin de héros », fait dire Brecht à Galilée (la Vie de Galilée, 1938). Pas plus que le savant ne doit s’immoler pour montrer l’exactitude de sa découverte, la conviction ne saurait revêtir la forme d’une évidence qu’il serait absurde de contester.