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photographie

Louis Daguerre, la Seine aux Tuileries
Louis Daguerre, la Seine aux Tuileries

Technique permettant d'enregistrer l'image des objets par action de la lumière sur un support rendu photosensible par des procédés chimiques ou sur un capteur photosensible à semi-conducteur.

Introduction

Analysant le phénomène de la « chambre obscure », Léonard de Vinci écrivait : « Lorsque les images des objets éclairés pénètrent par un petit trou dans un appartement très obscur, recevez ces images dans l'intérieur de l'appartement sur un papier blanc situé à quelque distance du trou : vous verrez sur le papier tous les objets avec leurs propres formes et couleurs. »

Les vertus de cette chambre étaient connues des Anciens. Au xvie s., les artistes l'utilisèrent pour copier les images directement sur la feuille de papier où elles étaient projetées. Trois siècles plus tard, cette copie put se faire automatiquement, lorsque des chercheurs passionnés, Nièpce, Daguerre et Talbot, firent de la chambre obscure un instrument magique, l'appareil photographique, capable de reproduire lui-même les images sur une surface sensible.

Depuis, cet appareil s'est hautement perfectionné. Un objectif remplace le trou de la chambre obscure, améliorant la luminosité et la finesse de l'image. Un obturateur et un système électronique de mesure dosent la quantité de lumière atteignant la surface sensible afin que l'enregistrement de cette image se fasse correctement. Toutefois, ce phénomène photographique est très complexe. Après la prise de vue, en effet, l'image mémorisée reste invisible (elle est latente) et, au surplus, instable. Un traitement chimique est encore nécessaire pour la faire apparaître (le développement) puis pour la stabiliser (le fixage). Après seulement, le film est utilisable pour le tirage d'épreuves sur papier ou sous forme de diapositives pour la projection.

Dates clés de la photographie

DATES CLÉS DE LA PHOTOGRAPHIE

Vers 1600La chambre obscure est équipée pour la première fois d'une lentille.
1727L'Allemand J. H. Schulze découvre la sensibilité des sels d'argent à la lumière.
1822Création de la première chambre photographique.
1826Le Français Nicéphore Niepce réalise la première photo sur plaque d'étain recouverte de bitume de Judée.
1835Le Français Louis Jacques Mandé Daguerre réalise le daguerréotype (photo sur plaque d'argent), et l'Anglais William Fox Talbot obtient des images sur papier sensibilisé au chlorure d'argent.
1869Les Français Charles Cros et Louis Ducos du Hauron inventent la photo en couleurs, chacun de son côté.
1888L'Américain George Eastman produit le premier appareil à pellicule.
1904Les frères Lumière (France) inventent la plaque autochrome donnant directement des photos en couleurs.
1924Invention du Leica, premier appareil 24 x 36.
1935Les Américains Leopold Mannes et Leopold Godowsky inventent le Kodachrome, film en couleurs à trois couches.
1936Invention de l'Agfacolor, film trichrome.
1942A. Rott invente le principe de la photo instantanée.
1981Invention de la photo électronique.

 

L'appareil photo traditionnel

Le principe de la photographie consiste à impressionner une surface sensible avec l'image lumineuse formée par l'objectif dans un appareil de prise de vue. Une quantité déterminée de lumière est nécessaire pour impressionner le film. Celle-ci est obtenue grâce à trois systèmes.

Le diaphragme : placé dans l'objectif, il permet de réduire son diamètre et, ainsi, le débit de lumière. Les constructeurs ont repéré divers diamètres avec des nombres normalisés (… 4 – 5,6 – 8 – 11 – 16…), qui correspondent à un débit diminuant de moitié d'une valeur à l'autre.

L'obturateur : il règle le temps pendant lequel la lumière impressionne le film (sur les appareils perfectionnés, de plusieurs dizaines de secondes à 1/8 000 s).

La cellule : elle mesure l'intensité de la lumière éclairant le sujet, permettant ensuite de déterminer le diaphragme et la vitesse d'obturation utiles. Souvent, cette cellule commande le réglage automatique de l'exposition.

Le photographe recherche d'abord une image nette. Il l'obtient en tournant une bague de l'objectif qui éloigne ou rapproche du film un groupe de lentilles en fonction de la distance à laquelle se trouve le sujet. Sur les appareils perfectionnés, cette opération est soit contrôlée avec un télémètre, soit assurée automatiquement par un système électronique (Autofocus).

Pour réaliser des effets esthétiques, le photographe a aussi la possibilité de limiter la netteté d'une image. Ainsi, il peut figer un mouvement avec une vitesse rapide comme le millième de seconde. Il peut aussi modifier la profondeur de champ (la zone nette) avec le diaphragme. Celle-ci augmente en effet lorsqu'on ferme le diaphragme.

Parmi les dispositifs de l'appareil photo, le viseur est essentiel car il permet de cadrer l'image et de contrôler sa netteté. Les appareils perfectionnés ont un viseur reflex autorisant le cadrage à travers l'objectif, ce qui permet de cadrer exactement le sujet sans effet de parallaxe.

Les appareils se distinguent d'abord par leur format de prise de vue (24 x 36 mm, 6 x 6 cm, 6 x 9 cm, etc.). Le format 24 x 36 (modèles compact et reflex) est de loin le plus répandu aujourd'hui. Le fonctionnement des appareils est désormais automatique et fait largement appel à l'électronique. Le système APS (Advanced Photo System), lancé en 1996, exige des appareils spécifiques mais facilite la prise de vue et diversifie les moyens d'exploitation des images, celles-ci pouvant être visionnées sur un téléviseur ou scannées sur ordinateur.

Les objectifs

L'appareil pourrait se réduire à une boîte percée d'un trou minuscule, le sténopé. Toutefois, celui-ci manque de luminosité et ne donne qu'une image assez floue. Autant de défauts éliminés par l'objectif.

Les objectifs à une seule lentille augmentent la luminosité du sténopé mais améliorent bien peu la netteté : ils sont montés sur des appareils simples et bon marché. La correction des défauts optiques, les aberrations, exige plusieurs lentilles dont les formes et les constituants sont calculés avec un soin extrême, aujourd'hui à l'aide d'ordinateurs. Il s'agit, en effet, de modifier la marche des rayons lumineux de façon telle que, en traversant les lentilles, ils forment l'image sur le film et non plus en des points différents en avant et en arrière, selon leurs longueurs d'onde (en simplifiant, celles du rouge, du jaune, du vert et du bleu) ou selon leur provenance, du centre au bord de l'objectif. Pour affiner les corrections, l'industrie produit des centaines de verres ayant des pouvoirs dispersifs et réfringents différents en incorporant des matières comme des oxydes de terres rares, du tantale, du thorium ou du fluor. Enfin, les surfaces des lentilles sont traitées par vaporisation sous vide de substances en couches microscopiques éliminant les réflexions de lumières parasites et améliorant la transparence.

Les objectifs se définissent tous par deux caractéristiques essentielles, la distance focale et l'ouverture maximale (le plus grand diaphragme). Les associations de lentilles et de verres donnent des objectifs différents, par exemple ultra-lumineux, ou adaptés à des photographies spécifiques (en infrarouge ou en ultraviolet). Elles servent surtout à modifier le champ, large pour les grands angulaires ou étroit pour les téléobjectifs. La combinaison de lentilles fixes et mobiles (dites « flottantes ») permet la construction de zooms, objectifs à focale variable, donc à champ variable. De même, des lentilles flottantes améliorent les objectifs de photo rapprochée (dits « macro », de photomacrographie) : lors de la mise au point, elles se déplacent en maintenant l'image sur le plan du film.

Les films

Introduction

Les premières émulsions photographiques n'étaient sensibles qu'aux radiations bleues et ultraviolettes. Puis cette sensibilité a été étendue au vert, au rouge et à l'infrarouge par incorporation de colorants spécifiques.

Le noir et blanc

Les films pour la photo ordinaire se caractérisent d'abord par leur sensibilité, exprimée en indices ISO (International Standard Organization), dont les valeurs sont en progression arithmétique (la sensibilité double quand l'indice est multiplié par deux).

À partir de 1980, les industries photochimiques sont parvenues à produire des émulsions de haute sensibilité (jusqu'à 25 000 ISO), avec une granulation modérée, ainsi que des émulsions peu sensibles (25 à 100 ISO) d'une extrême finesse. Les ingénieurs sont en effet arrivés à contrôler la structure des grains d'argent et leur capacité à intégrer les photons. La technologie autorise en outre l'enduction de nombreuses couches d'émulsion extraordinairement fines et aux propriétés complémentaires (on associe par exemple des couches de haute et de faible sensibilité).

La couleur

La photographie en couleurs repose d'abord sur une idée de Thomas Young selon laquelle trois couleurs, le rouge, le jaune et le bleu, suffisent à la perception de toutes les sensations colorées. Les films modernes font application de cette théorie (la trichromie). Une photographie en couleurs comporte, en effet, trois couches principales, colorées respectivement en magenta (mélange de rouge et de bleu), en jaune et en bleu-vert (ou cyan).

Il est aujourd'hui fait appel, presque exclusivement, à ce procédé tant pour les films inversibles (diapositives de projection) que pour les négatifs, utilisés pour les tirages d'épreuves, ou pour les papiers servant à ces tirages. Quant à la sensibilité, ces émulsions ne le cèdent en rien aux films noir et blanc : elles s'échelonnent de 25 à 3 200 ISO.

À côté des émulsions classiques, une firme américaine, Polaroid, propose des films pour la photographie à développement instantané. Leur structure est complexe (près d'une vingtaine de couches) et intègre les produits de traitement. Ceux-ci agissent dès que l'épreuve est éjectée de l'appareil, après la prise de vue. Durant cette éjection, le film passe entre deux rouleaux qui étalent les réactifs entre les couches. L'émulsion se développe pour donner une épreuve positive en quelques minutes.

La photographie numérique

Depuis la fin des années 1990, on assiste au recul de la photographie traditionnelle, dite argentique, au profit de la photographie numérique, dont les images peuvent être aisément stockées, modifiées ou transmises par ordinateur.

Dans un appareil de photographie numérique, le film cède la place à un capteur électronique CCD, constitué d'une matrice de photodiodes à charge couplée. C'est lui, avec les logiciels associés dans l'appareil, qui assure la qualité de la restitution des couleurs. Le choix de l'appareil passe obligatoirement par celui de la définition de son capteur, qui détermine la finesse des détails de l'image, son « piqué ». Aujourd'hui, la plupart des appareils numériques commercialisés pour le grand public comportent un capteur dont la définition est comprise entre 1 et 6 millions de pixels.

Le CCD reçoit la lumière et la convertit point par point en signaux électriques. Plus le nombre de points d'analyse (pixels) est important, et mieux les détails sont restitués. Mais, comme dans la photographie argentique, les exigences sont différentes selon le format d'impression. Ainsi, publier des images sur Internet ou illustrer un article par des vignettes ne nécessite qu'une définition modeste de type VGA (640 x 480 pixels, soit 300 000), mais si l'on souhaite imprimer une plus grande image ou réaliser un agrandissement d'une partie de l'image, il est nécessaire d'augmenter le nombre de pixels pour atteindre plusieurs millions (par exemple 1 530 x 2 048 pixels, soit 3 000 000 pour une impression au format A4, de 21 x 29,7 cm). Un million de pixels représente une définition suffisante pour obtenir des tirages papier de qualité au format standard de 10 x 15 cm.

Le viseur et l'écran de contrôle

La majorité des appareils numériques dispose encore d'une optique fixe. La visée s'effectue dans un viseur optique semblable à celui d'un petit appareil compact 24 x 36, qui permet à l'opérateur de déterminer la zone de référence pour la mise au point automatique, mais pas d'évaluer la netteté. Seul un viseur reflex l'autorise, mais il n'équipe encore que les appareils professionnels.

L'appareil numérique se singularise par l'ajout d'un écran de contrôle à cristaux liquides. De petite taille (de 38 à 50 mm en diagonale) et de faible définition, il peut lui aussi servir à cadrer et à évaluer le rendu des couleurs, non à juger de la netteté de l'image. Il indique également les réglages et modes de fonctionnement de l'appareil, à moins que ceux-ci n'apparaissent sur un petit afficheur distinct. Orientable, il peut s'avérer particulièrement intéressant pour effectuer des prises de vue dans des conditions de visée difficiles. Sa fonction principale est d'afficher la photo une fois celle-ci prise. Laquelle peut ainsi être effacée si elle est mal cadrée, sur- ou sous-exposée.

Le stockage des photos

Le stockage des photos s'effectue sur un support amovible renfermant une mémoire électronique. Il s'agit le plus souvent d'une carte à mémoire enfichée dans l'appareil. La taille de la mémoire livrée avec l'appareil limite le nombre de photos que l'on peut y loger. Quand la mémoire est saturée, pour continuer la prise de vue, il suffit de remplacer la carte, comme on change de film, ou de décharger les clichés dans un ordinateur. La technologie la plus répandue est celle des mémoires flash, dont il existe plusieurs formats de capacités différentes (carte SmartMedia d'une capacité de 8 Mo à 128 Mo [en voie de disparition], carte CompactFlash d'une capacité de 8 Mo à 1 Go, etc.). Ces mémoires sont assez coûteuses mais offrent l'avantage de la compacité et d'une importante capacité. Les puces utilisant cette technologie ont pour particularité de conserver leur contenu même en l'absence d'alimentation électrique. Certains constructeurs d'appareils numériques privilégient d'autres supports de stockage comme la disquette ou le mini CD réenregistrable.

Lors de la prise de vue, le capteur électronique convertit l'image en signaux électriques analogiques. Ces derniers ne sont pas transférés tels quels dans la mémoire. Ils font, au préalable, l'objet de corrections diverses, puis sont numérisés et compressés. La compression permet de réduire le volume occupé par l'image sur le support de stockage ; elle s'effectue généralement selon le format universel JPEG (Joint Photographic Experts Group). Une image haute définition issue d'un appareil photo de 2 mégapixels et compressée en JPEG occupe un volume d'environ 500 Ko. Il est donc possible de stocker une quinzaine d'images de ce type sur une carte à mémoire de 8 Mo, c'est-à-dire offrant la capacité de stockage minimale. Grâce à la compression, certains appareils peuvent stocker plus d'une centaine d'images au format VGA. Nombre d'appareils numériques sont aussi capables d'enregistrer de courtes séquences vidéo.

Les avantages de la photo numérique

L'appareil numérique offre de nombreux avantages, qui expliquent son succès croissant. En premier lieu, son utilisateur peut désormais photographier à volonté sans trop se poser de questions, puisqu'il n'est plus limité par le nombre de poses d'une pellicule et qu'il sait qu'il pourra ensuite effacer les vues qui ne lui plaisent pas. Deuxièmement, les images peuvent être instantanément visualisées sur un téléviseur, grâce à la sortie vidéo PAL qui équipe tous les appareils numériques. Elles peuvent aussi être envoyées sur un ordinateur : il suffit pour cela d'y raccorder l'appareil par une liaison filaire (USB ou FireWire), ou un adaptateur, dans lequel on insère la carte à mémoire utilisée dans l'appareil. Une fois les images transférées sur son ordinateur, l'utilisateur peut à son gré les afficher, les dupliquer, les retoucher (grâce à un logiciel spécialisé), les imprimer sur du papier photographique, les graver sur un cédérom ou les expédier via le réseau Internet.

Le seul véritable inconvénient des appareils photo numériques réside dans l'importante consommation d'énergie liée à la conversion de la lumière en électricité via le capteur CCD, et surtout à l'illumination de l'écran de contrôle à cristaux liquides. Il est donc judicieux de privilégier, malgré leur coût plus élevé, des appareils compatibles avec des batteries rechargeables.

Applications de la photographie

Dix ans après sa naissance, la photo était adaptée au microscope, permettant d'enregistrer l'image de très petites structures. En 1842, Edmond Becquerel photographiait les raies ultraviolettes du spectre solaire, invisibles à l'œil. Trois ans plus tard, la photo fut utilisée pour explorer les mondes lointains : Hippolyte Fizeau et Léon Foucault obtinrent la première image satisfaisante du Soleil.

Depuis, le champ d'action de la photo n'a cessé de s'élargir, de l'infrarouge à l'ultraviolet, pénétrant jusqu'au sein de la matière. Elle permet l'analyse du mouvement, l'examen du corps humain par radiographie ou par endographie, ou encore la visualisation de la radioactivité. Et il n'est guère de techniques qui ne soient maintenant assistées ou contrôlées par la photo, de l'imprimerie à l'archivage par microfilms en passant par l'exploration spatiale ou la thermographie. Très souvent, aujourd'hui, la photo est traitée par ordinateur pour accroître sa netteté ou pour visualiser certains détails par coloration.

La photographie aérienne, spatiale

La photographie aérienne documentaire, utilisée pour le renseignement militaire, l'archéologie, etc., est généralement oblique et prise à basse altitude.

La photographie aérienne technique, à des fins de prospection, inventaire ou cartographie, est généralement verticale.

La photographie spatiale, effectuée depuis une fusée, un satellite artificiel ou une station orbitale, couvre de vastes surfaces, et sert surtout à la météorologie et à l'étude des ressources terrestres (→ satellite d'observation). Grâce aux sondes spatiales, cette technique s'étend désormais à d'autres astres du système solaire que la Terre et elle a donné un vigoureux développement à la planétologie.

ARTS

L'évolution esthétique de la photographie dans le monde occidental

Les pionniers

Rival heureux de Bayard, dont les premières images sont des natures mortes, W. H. F. Talbot regarde en peintre son environnement (The Pencil of Nature, 1844-1846). La plupart des pionniers de l'image fixe seront des peintres, tels Le Gray et son ami Henri Le Secq (1818-1882), Antoine-Samuel Adam-Salomon (1811-1881), Nègre ou Carjat et Nadar ou encore David Octavius Hill (1802-1870) et Robert Adamson (1821-1848), ou O. G. Rejlander (1813-1875), et enfin J. M. Cameron qui évoque légendes et mythologies dans un style proche de celui des peintres préraphaélites.

Le daguerréotype puis, à partir de 1859, l'instantané, répondent à la demande de la bourgeoisie dont l'aisance est ainsi immortalisée à peu de frais (images multiples de Disdéri).

Les perfectionnements techniques sont à l'origine de la photographie documentaire : C. Marville fixe l'image de Paris, Maxime Du Camp accompagne Flaubert et ramène de passionnants documents de leur lointain périple ; R. Fenton assiste à la chute de Sébastopol ; M. Brady, T. O. Sullivan, A. Gardner et d'autres témoignent des atrocités de la guerre de Sécession, alors que, toujours aux États-Unis, L. W. Hine révèle les conditions inhumaines du travail des enfants et J. Riis celles des immigrés.

Le pictorialisme

R. Demachy et C. Puyo sont les principaux adeptes en France de ce mouvement qui visait à faire de la photographie une œuvre unique par quantité de manipulations, et qui connaît un grand succès aux États-Unis sous l'impulsion de Steichen et de Stieglitz et de la revue Camera Work, qui publie notamment les œuvres de Clarence White (1871-1925), Gertrude Käsebier (1852-1934), etc.

La photographie non manipulée

Ce sont des photographies directes qui nous révèlent l'onirisme d'Atget, ou plus tard, le sens poétique du jeune Lartigue. Désormais le piqué irréprochable, l'intensité des noirs, les blancs éclatants, le cadrage en très gros plan, caractérisent cette photographie vérité dont les principaux partisans sont : Steichen et Stieglitz (qui ont abandonné le courant pictural), suivis par Charles Sheeler (1883-1965) [→ précisionnisme] et P. Strand, dont les photographies rendent la texture des matériaux. Ce souci de précision est aussi celui de Weston, qui renie la photographie artistique et crée avec Adams, notamment, le groupe « f. 64 ». Cette virtuosité technique, associée à un cadrage original, est le trait distinctif de l'école documentariste américaine (W. Evans, D. Lange, M. Bourke-White [1904-1971], etc.). Le chantre européen de la photographie pure, A. Renger-Patzsch, veut transcrire objectivement la nature, Florence Henri (1893-1982) est fascinée par les objets et les reflets, Karl Blossfeldt (1865-1932) par les végétaux vus en macrophotographie. A. Sander s'attache à l'être humain. Pour ces artistes, comme pour les membres du Bauhaus, l'œuvre est bien plus une interprétation personnelle du monde qu'une vision objective de la réalité.

L'abstraction apparaît vers la fin de la Première Guerre mondiale. A. L. Coburn réussit ses « Vortographs » (1917), Christian Schad, ses « Schadographies » (1918) ; plus tard L. Moholy-Nagy crée les « photogrammes », sans parler des dadaïstes dont les recherches aboutissent aux photomontages, ou aux images savoureuses et pleines d'humour de Man Ray, sans oublier cet autre creuset de talents qu'est le futurisme italien.

Regard sur le monde

Avec l'avènement du petit format, l'appareil photographique devient un inséparable compagnon. Kertész regarde avec émotion son pays avant d'arriver à Paris et de laisser libre cours à sa fantaisie, Brassaï explore le Paris nocturne. Citons aussi Ronis, Izis, Doisneau, etc. Le développement de la presse illustrée suscite celui du reportage (Salomon hante les conférences internationales), Tina Modotti (1896-1942) regarde le Mexique ; la presse provoque aussi l'escalade du sensationnel : Weegee n'hésitera jamais devant le drame ; d'autres risquent leur vie, Capa meurt en Indochine, David Seymour (1911-1956), l'un des fondateurs de Magnum, meurt à Suez.

D'une écriture rapide et désinvolte, l'œuvre de R. Frank capte l'Américain dans son environnement. Même liberté pour W. Klein ou Lee Friedlander (né en 1934), qui privilégient flous et reflets, tout comme Richard Kalvar (né en 1944). La manière européenne est plus retenue : Brandt, Ernst Haas (1921-1986), Werner Bischof (1916-1954), Cartier-Bresson, ou encore Marc Riboud (né en 1923), G. Freund, Boubat, Joseph Koudelka (né en 1938), Martine Franck (née en 1938), Jérôme Ducrot (né en 1935), Claude Batho (1935-1981), etc.

La mode

L'initiateur du genre en a été le baron Adolphe de Meyer (1868-1946) qui pratique un pictorialisme suave. Rapidement une expression spécifique apparaît, due à Steichen, Martin Munkacsi (1896-1963), Harry Meerson (né en 1911), Erwin Blumenfeld (1897-1969), Beaton, George Hoyningen-Huene (1900-1968), Horst P. Horst (né en 1906), John Wilsey Rawlings (1912-1970) et enfin, Penn, R. Avedon, W. Klein et J.-L. Sieff.

Les recherches

Elles ont été concrétisées, en 1951, lors de l'exposition « Photographie subjective » organisée par Steinert. La manipulation en laboratoire, la solarisation deviennent pratiques courantes pour P. Cordier (né en 1933) dans ses « Chimigrammes » ou pour J.-P. Sudre dans ses paysages abstraits. L. Model ou D. Arbus posent un regard angoissé sur le monde, alors que P. Caponigro (né en 1932), formé à l'école de M. White, le voit en poète. Denis Brihat (né en 1928), par de somptueux tirages, transcende la plus humble des fleurs ; Jean Dieuzaide (1921-2003) interprète avec lyrisme le monde qui l'entoure ; Gibson dissèque la réalité ; Ralph Meatyard (1925-1972) provoque l'insolite. Urs Lüthi (né en 1947), Eva Klasson (née en 1947), Lucas Samaras (né en 1936), John Coplans (1920-2003) prennent leur corps comme objet d'investigation. Pour d'autres, la mise en scène devient le pivot du travail : elle est cruelle et violente chez Leslie Krims (né en 1943), enrichie de textes chez D. Michals, alors que Bernard Faucon (né en 1950) immortalise, au sein d'une atmosphère troublante qui participe de ses fantasmes les plus intimes, les ébats de tout un petit monde de mannequins d'enfants désuets. Citons encore Tom Drahos (né en 1947), Barbara et Michaël Leisgen (nés en 1940 et 1944). L'image photographique est aussi l'alliée indispensable des adeptes de l'art conceptuel, du land art ou de ceux qui pratiquent l'action.

Pour toute une génération de jeunes créateurs, la couleur est langage ; parmi eux : Daniel Boudinet (né en 1945), Luigi Ghiri (né en 1934), ou John Batho (né en 1939), qui étudie de grands aplats de couleurs vives, ou au contraire de subtiles harmonies qui se répondent.

Photographie, beaux-arts et art contemporain

Dès le xixe s., la photographie devint rapidement pour les peintres une source iconographique (Delacroix, Courbet, Manet, Cézanne, etc.) et un moyen d'étude préliminaire de la figure ou du paysage (Delacroix, Millet, Eakins, Khnopff, Mucha, etc.) ; ceux qui, tel Degas, pratiquèrent eux-mêmes la photographie ne sont pas rares. Il en fut de même pour les sculpteurs. Dans une démarche différente, le caractère scientifique de recherches comme celles de Marey a été le point de départ d'un dépassement du réalisme chez Duchamp ou chez les futuristes, notamment par une nouvelle conception du mouvement.

La photographie est devenue un matériau dans l'élaboration d'un langage nouveau chez les dadaïstes (→ photomontage) et chez Man Ray, et a fait partie intégrante de l'esthétique moderne définie par le Bauhaus (Moholy-Nagy) et le suprématisme (Lissitzky). Plus récemment, la photo a été intégrée par divers procédés de report aux œuvres de Rauschenberg, de Warhol, des tenants européens du mec art. Elle a joué un rôle important dans le pop art, la Nouvelle Figuration, l'hyperréalisme, l'art conceptuel. Elle est aussi, avec le film et le vidéogramme, un moyen essentiel de témoignage dans le land art, l'art corporel, l'art sociologique, etc.