deuxième Terreur
Période de la Révolution française (septembre 1793-27 juillet 1794).
Cet article fait partie du DOSSIER consacré à la Révolution française.
Après la chute des Girondins, sous la domination des Montagnards, la Terreur visa à assurer la défense de la nation contre les ennemis de l'extérieur (première coalition) et intérieurs (Vendée, insurrections fédéralistes et royalistes). La Terreur se développa par étapes, depuis la création du Tribunal révolutionnaire, le 10 mars 1793, jusqu'à la loi du 22 prairial an II (10 juin 1794) qui en aggrava le caractère.
Créés le 21 mars 1793, les comités de surveillance chargés, sous le contrôle du Comité de sûreté générale, de l'arrestation des suspects, virent leurs pouvoirs accrus après le vote de la « loi des suspects », le 17 septembre 1793. Les suspects furent traqués, les condamnations se multiplièrent, de nombreux Girondins furent exécutés. Outre le Tribunal révolutionnaire nommé par la Convention, des tribunaux révolutionnaires fonctionnaient aussi en province. Les commissions militaires créées dans les régions de guerre civile (en Vendée, notamment) pratiquèrent elle aussi une justice expéditive : suppression du jury d'accusation et du recours en cassation, simple constatation d'identité et prononcé de la peine de mort à l'encontre des rebelles, des émigrés et des prêtres déportés revenus sur le territoire de la République.
En province, la rigueur de la répression dépendait surtout de la personnalité de ceux qui étaient chargés de l'appliquer et de la force des mouvements contre-révolutionnaires dans la région : ainsi, à Lyon, où avait momentanément triomphé l'insurrection royaliste, les représentants en mission Fouché et Collot d'Herbois se montrèrent implacables (un décret de la Convention avait d'ailleurs donné l'ordre de raser la ville ; deux mille suspects furent exécutés) ; ainsi à Nantes, où Carrier fit noyer dans la Loire, sans jugement, au moins deux mille huit cents suspects.
Les délits économiques, accaparement de denrées ou de métaux précieux, fraude de la loi sur le maximum, refus d'accepter les assignats – et c'est en cela que l'on peut parler de terreur économique –, pouvaient être à l'origine de la comparution devant le Tribunal révolutionnaire. Cependant, ce sont surtout les délits idéologiques qui conduisirent à la généralisation de la Terreur : les prêtres réfractaires ou constitutionnels, ceux qui les protégeaient ou qui simplement suivaient leur culte furent pourchassés.
Avec Robespierre, au début de 1794, la Terreur, étendue à toute la France par les représentants en mission, s'accompagna de strictes mesures de contrôle économique et d'une déchristianisation générale. Les biens séquestrés des suspects durent être distribués aux indigents (décrets de ventôse, février-mars 1794). Les hébertistes et les Indulgents furent éliminés. À compter d'avril 1794, la Terreur entra dans une nouvelle phase : le décret du 27 germinal an II (16 avril 1794) déposséda les tribunaux révolutionnaires de province de leurs pouvoirs, au profit de celui de Paris ; la répression fut encore accentuée par la loi du 22 prairial an II (10 juin 1794) qui supprimait la défense et l'interrogatoire préalable des accusés et ne laissait au tribunal que le choix entre l'acquittement et la mort. Cette aggravation était due au climat d'inquiétude provoqué par la situation militaire et les conspirations contre-révolutionnaires. Mais elle exaspéra bon nombre de citoyens, surtout après la victoire de Fleurus (26 juin 1794). Les exécutions publiques, si elles frappaient l'imagination des foules, devinrent alors d'autant plus insupportables qu'elles paraissaient moins justifiées. Les excès de la Terreur furent une des causes, mais non la seule, de l'isolement du gouvernement révolutionnaire en thermidor an II.
Entre juillet 1792 et juillet 1794, il dut y avoir de 100 000 à 300 000 arrestations et peut-être 35 000 à 40 000 morts ; 16 594 morts (chiffre sûr, celui-là) furent ordonnées par les différents tribunaux révolutionnaires. La grande vague se situa entre le 10 juin et le 21 juillet 1794, après les lois de prairial : 2 554 condamnations à mort en six semaines, dont celle du poète André Chénier ; 52 % des condamnations capitales furent prononcées dans l'Ouest et 19 % dans le Sud-Est, c'est-à-dire dans les régions de guerre civile ; 16 % à Paris. Il semble que les faits idéologiques (agitation des prêtres réfractaires, surtout) aient motivé 19 % des condamnations, les faits économiques (accaparement de denrées et viol de la loi sur le maximum, surtout) 1 % seulement (mais de nombreux emprisonnements). Huit condamnés sur dix furent des ci-devant membres du tiers état (trois sur dix des sans-culottes), un sur dix était un noble (contrairement à une imagerie largement répandue) : « En pareille lutte, les transfuges suscitent moins de ménagement que les adversaires originels » (Georges Lefebvre).
Après thermidor, la Terreur fut appliquée aux anciens robespierristes et réapparut périodiquement, y compris dans la législation d'exception, jusqu'en 1799, appliquée aux royalistes et aux Jacobins, parfois simultanément ; mais elle avait perdu son caractère populaire. Puis l'usage s'instaura d'appeler « Terreur » toute répression exceptionnelle, y compris les terreurs contre-révolutionnaires ou « terreurs blanches ».