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Pays-Bas : vie politique depuis 1945

Juliana
Juliana

Après la guerre, les partis politiques néerlandais se reconstituent sur les mêmes grandes lignes de fracture développées au xixe siècle qui montrent ainsi leur enracinement malgré la volonté de certains de dépasser ce cloisonnement. Aux alliances précédentes libérale-catholique et catholique-protestante, succèdent les ententes dominées par les catholiques et les travaillistes. C’est le cas des gouvernements – soutenus toutefois par une large coalition comprenant également les partis protestants – dirigés par le travailliste Willem Drees, ministre président de 1948 à 1958. Ce dernier liquide les séquelles de l'Occupation : jugement de Mussert et des autres collaborateurs, assainissement des finances (œuvre du ministre Lieftinck), remise en ordre de l'économie (récupération des terres inondées, dégagement des ports).

1. De l'après-guerre à la crise des années 1970

1.1. Fin des colonies

En 1948, la reine Wilhelmine abdique en faveur de sa fille, la reine Juliana.

L'Indonésie obtient son indépendance en 1949, après trois ans de combats entrecoupés de négociations. Les Pays-Bas, l'Indonésie, les Antilles néerlandaises et Suriname forment alors une Union, dont l'Indonésie se retirera en 1956. En revanche, en décembre 1954, Suriname et les Antilles sont intégrés au royaume des Pays-Bas, avec égalité de droits. Suriname deviendra indépendant en 1975.

Pour en savoir plus, voir les articles décolonisation, Indonésie.

1.2. Révolution économique et ouverture euro-atlantique

Privés du commerce colonial, les Pays-Bas opèrent une révolution économique, en développant principalement leur industrie et leur secteur tertiaire. Rotterdam prend la tête des ports européens et le deuxième rang mondial. L'agriculture est florissante ; la poldérisation du Zuiderzee s'achève. Le plan Delta, concernant les estuaires de la Meuse et du Rhin, est mis en place à la suite des inondations de janvier-février 1953 : il sera achevé en 1986.

Les Pays-Bas recherchent avec leurs voisins la coopération économique (Benelux, 1948 ; Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA), 1953 ; Marché commun, 1957) et militaire (Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN), 1949).

En 1963, le ministre des Affaires étrangères, Joseph Luns, normalise les relations avec l'Indonésie et fait approuver par la Chambre un traité germano-néerlandais portant sur les réparations dues par l'Allemagne au titre de la guerre et de l'Occupation.

1.3. Premiers accrocs dans le consensus politico-social

À partir du milieu des années 1960, les quatre grands « piliers » protestant, catholique, socialiste et libéral, commencent à se fissurer. Il faut y voir l’effet de la sécularisation croissante de la société néerlandaise (et de l’assouplissement de la position de la hiérarchie catholique), de l’émoussement des idéologies, de la mobilité socio-économique mais aussi d’une contestation animée par de nouveaux acteurs politiques.

Le consensus entre élites continue d'atténuer les conflits – conformément aux principes de cette démocratie dite « consociative » – avec l’alternance de trois partis politiques pivots – parti populaire catholique (KVP, 1959-1966 ; 1967-1971), parti antirévolutionnaire (1966-1967 ; 1971-1973), parti du Travail (PvdA, 1973-1977) – à la tête de gouvernements de coalition de centre droit ou de centre gauche. Mais de nouvelles formations comme Démocratie 66 (D66, fondée en 1966), les chrétiens radicaux (nés en 1968) et les démocrates socialistes (1970) viennent troubler le jeu politique, favorisés par le scrutin proportionnel.

Jusqu'au début des années 1970, le niveau de vie augmente considérablement et les Néerlandais envisagent l'avenir avec optimisme. Une contestation extra-parlementaire se développe cependant dans la jeunesse : « Provos » puis « Kabouters » (Farfadets) ; elle connaît son apogée avec le mouvement des squatters, notamment à Amsterdam. Le contexte économique reste favorable jusqu'en 1973, année du premier choc pétrolier, très durement ressenti aux Pays-Bas en raison de l'embargo décidé par les pays arabes (octobre 1973-juillet 1974) et de la nationalisation par l'Iraq des avoirs néerlandais de la Royal Dutch-Shell.

2. Incertitudes politiques et reprise économique (1980-2002)

2.1. De coalition en coalition

Entre 1973 et 1977, faute de majorité à la Chambre, le travailliste Joop Den Uyl forme un gouvernement de large coalition incluant les socialistes du PvdA, D66, les partis confessionnels et des radicaux, tandis que s’accroît le malaise social dû à l’augmentation du chômage.

Cette coalition se rompt en 1977 et les trois partis confessionnels – parti populaire catholique, parti antirévolutionnaire et Union chrétienne historique (protestants) – en perte de vitesse depuis 1967, décident d’affronter unis les élections législatives sous la bannière de l’Appel chrétien-démocrate (CDA), une fusion devenue officielle en octobre 1980. Parvenus en seconde position derrière le PvdA, ils s’allient cependant aux libéraux, qui ont fortement progressé depuis dix ans, pour former le gouvernement.

Le 30 avril 1980, la reine Juliana abdique en faveur de sa fille aînée Béatrice, dont l’intronisation donne lieu à des troubles menés par le mouvement des squatters, tandis que le pacifisme, né au début des années 1970, culmine lors de la manifestation (novembre 1981) contre le déploiement américain des missiles de croisières en Europe.

À la suite des élections anticipées de septembre 1982, un gouvernement de centre droit se reconstitue sous la direction de Ruud Lubbers (chrétien-démocrate) : un programme comprenant une modération salariale (accord de Wassenaar avec les syndicats en 1982) et une réduction des déficits publics est alors appliqué.

Ruud Lubbers reste au pouvoir jusqu'en 1994, mais avec le remplacement dans la coalition des libéraux par les socialistes après les élections anticipées de 1989. Ce changement modifie peu la politique gouvernementale, fondée sur les restrictions budgétaires et le rétablissement de la compétitivité de l'économie. L'influence dominante des chrétiens-démocrates est aussi visible dans la prise de position très proaméricaine adoptée par les Pays-Bas dans la guerre du Golfe (1990-1991).

Mais l'usure du pouvoir se fait sentir. Aux élections de 1994, les chrétiens-démocrates et, dans une moindre mesure, les socialistes connaissent un recul. Le CDA optant pour une « cure d'opposition », les socialistes se retrouvent en position clé pour la formation du nouveau gouvernement ; ils s'allient à Démocratie 66 (D66, centre gauche) et aux libéraux (VVD), malgré les profondes divergences qui les opposent à ces derniers en matière politique et sociale. Pour la première fois dans l'histoire contemporaine des Pays-Bas, les chrétiens-démocrates ne sont pas associés au pouvoir.

2.2. Wim Kok et le « miracle hollandais » (1994-2002)

Le gouvernement Wim Kok connaît des premières années délicates, car il est tiraillé entre les priorités divergentes des socialistes, qui ne veulent pas démanteler trop vite une protection sociale très avancée, et des libéraux, qui plaident pour la déréglementation et la baisse des impôts. La préparation de chaque budget entraîne des négociations tendues, où la coalition paraît parfois au bord de la rupture.

Mais l'amélioration de la situation économique des Pays-Bas donne au gouvernement les marges de manœuvre dont il avait besoin, l'accélération de la croissance entraînant la baisse du chômage. On parle alors de « miracle hollandais » et de « modèle des polders » dans une Europe qui continue à connaître de grosses difficultés. Qu'il s'agisse d'une conjoncture favorable, des dividendes des politiques suivies depuis les années 1980 ou d'une exceptionnelle adaptabilité de l'économie néerlandaise, le redressement est porté au crédit du gouvernement. Aux élections de mai 1998, les partis de la coalition (sauf D66) accroissent leur représentation au Parlement, tandis que le CDA subit un nouvel échec. Wim Kok est reconduit comme Premier ministre.

En décembre 2001, il abandonne la présidence du PvdA et annonce son retrait de la vie politique à la fin de la législature. Mais, après la publication (avril 2002), d'un rapport officiel dénonçant l'impuissance des Casques bleus néerlandais à prévenir, en 1995, le massacre des musulmans bosniaques de Srebrenica, il reconnaît la « coresponsabilité » des Pays-Bas dans cette tragédie et présente la démission de son gouvernement un mois avant le terme de son mandat.

Pour en savoir plus, voir l'article Bosnie-Herzégovine.

3. Le temps des doutes

Dans les années 1990, la bonne situation économique contrastait avec la morosité de l'opinion. Désormais une part croissante des Néerlandais remettent en cause les dogmes de la période antérieure : générosité des aides sociales, accueil des étrangers, ouverture européenne.

Un courant « populiste » et xénophobe se développe, qui atteindra son point culminant aux élections législatives de mai 2002 (17 % des voix et 26 sièges sur 150), malgré l'assassinat de son chef, Pim Fortuyn, pendant la campagne.

3.1. Tensions dans la société et tentation de repli

Cette irruption de la violence dans la vie politique provoque une émotion très vive dans la population et constitue un choc pour la démocratie néerlandaise. Le PvdA subit une défaite historique, ne conservant que 23 sièges (contre 45 dans la Chambre précédente). Les autres membres de la « coalition violette », les libéraux réformateurs de D66 et les libéraux du VVD, sont également sanctionnés par les électeurs.

Le leader du CDA, Jan Peter Balkenende, est nommé Premier ministre (juillet) ; il forme un gouvernement de coalition d'une configuration inédite (et très marqué à droite) rassemblant, autour des chrétiens-démocrates, des libéraux du VVD et des membres de la liste Pim Fortuyn. Mais cette coalition se brise au bout de trois mois en raison des divisions de l'extrême droite. Des élections anticipées sont organisées en janvier 2003 à l'issue desquelles le PvdA retrouve son audience (27 % des voix), tandis que la liste Pim Fortuyn s'écroule en perdant 18 des 26 sièges qu'elle avait obtenus.

J.-P. Balkenende forme alors son deuxième gouvernement de coalition (CDA, VVD et D66). Toutefois, en dépit de cette régression de l'extrême droite, les relations avec les communautés immigrées se tendent à la suite de l'assassinat par un islamiste du cinéaste Theo Van Gogh, auteur d'un film controversé sur le statut de la femme dans l'islam (novembre 2004).

Les réticences à l'égard de la construction européenne, au nom de l'identité néerlandaise, se renforcent également, aboutissant à un net rejet de la Constitution européenne lors du référendum de juin 2005 (63 % des voix), malgré les prises de position favorables au « oui » des principaux partis politiques.

3.2. Désaffection à l'égard des forces politiques traditionnelles

Les Pays-Bas sont habituellement gouvernés par une coalition de deux des trois familles politiques classiques : sociaux-démocrates (PvdA), libéraux (VVD), chrétiens-démocrates (CDA).

Ces derniers, qui ont la particularité d'avoir été longtemps divisés entre protestants et catholiques, participent à la plupart des gouvernements et détiennent souvent le poste de Premier ministre. La représentation proportionnelle a permis depuis le milieu des années 1960 l'existence de nombreux petits partis qui n'ont cependant jamais mis en péril la suprématie des formations traditionnelles.

Le courant écologiste, très puissant aux Pays-Bas, n'a que très partiellement investi la sphère politique – l'extrême gauche en l'occurrence, avec la Gauche Verte (GroenLinks, 7 députés en 2006), née en 1990 de l'alliance de quatre formations marginales dont le parti communiste des Pays-Bas.

On note aussi la persistance de petits partis protestants, dont deux d'entre eux ont fusionné en 2003 dans l'Union chrétienne (Christen Unie) et servi d'appoint au CDA et au PvdA dans le quatrième gouvernement Balkenende formé en 2007, à l'issue de nouvelles élections législatives anticipées en novembre 2006. 

Après l'émergence soudaine du courant populiste d'extrême droite en 2002, ce vote protestataire se stabilise autour de 6 % à partir de l'année suivante. Représentée depuis 2006 par neuf députés, cette mouvance se restructure autour du parti de la Liberté, fondé en 2004 par Geert Wilders ; ce dernier, un transfuge du VVD, a fait du contrôle de l'immigration, dans des discours fortement islamophobes, le principal thème de ses campagnes électorales.

À l'autre extrémité de l'échiquier politique, le parti du Travail (PvdA), affaibli par sa participation gouvernementale et par son approbation de la Constitution européenne, est désormais contesté sur sa gauche : progressant régulièrement depuis la fin des années 1990, alors qu'il oscillait auparavant autour de 2 % des suffrages, le parti socialiste (SP) s'affirme aux élections de 2006 comme la troisième force politique du pays en obtenant environ 16 % des voix et 25 sièges. L'opinion apparaît ainsi désormais plus versatile, ce qui reflète un certain mal-être, d'origine plus psycho-sociologique qu'économique.

Comme en France, le gouvernement ne prend pas le risque de faire ratifier par référendum le traité simplifié qui a été substitué à la Constitution européenne mais préfère ouvrir des débats avec la population afin de justifier la décision finale, alors que les sondages donnent une opinion toujours très défavorable à cette ratification, effective en juillet 2008, après le vote des deux chambres.

3.3. L’affirmation de l’extrême droite

Après avoir réalisé une première percée aux élections européennes de juin 2009 (17 % des suffrages et 4 députés), le PVV de G. Wilders poursuit sa progression aux élections municipales de mars 2010 en venant en tête à Almere avec 21,6 % des voix et en seconde position à La Haye (16,9 %), les deux seules villes où il s'est présenté. Les grands gagnants du scrutin restent toutefois les libéraux du VVD et de D66 qui renforcent leur implantation dans l'ensemble du pays tandis que reculent les chrétiens-démocrates du CDA, et surtout, les sociaux-démocrates du PvdA, qui perdent plus de 600 sièges.

Mais aux élections législatives anticipées de juin – dues à la rupture de la coalition au pouvoir en raison d’un désaccord sur le retrait des troupes néerlandaises d’Afghanistan – le PVV confirme son audience. Il progresse de 5,9 % (scrutin de 2006) à 15,4 % des suffrages et devient ainsi le troisième parti à la Chambre des députés avec 24 sièges, derrière le VVD et le PvdA mais devant le CDA (qui perd près de la moitié de ses députés) et le SP (qui recule de 25 à 15 sièges).

Après de longues négociations entre les différents partis, le VVD, le CDA et le PVV parviennent à un accord en septembre prévoyant, notamment, d’importantes coupes budgétaires et, en échange d’un soutien sans participation du PVV, un durcissement de la législation sur l'immigration et le séjour des étrangers, dont l’interdiction de la burqa.

Fait rarissime dans l’histoire politique du pays depuis les années 1920, un cabinet minoritaire est formé et pour la première fois depuis 1918, un libéral – Mark Rutte, chef du VVD – prend la tête du gouvernement. Entré en fonctions le 14 octobre 2010, ce dernier ne dispose cependant que d’une courte majorité de 76 voix sur 150 grâce à l’appui d’une extrême droite dont le rôle d’arbitre et le pouvoir de pression sont ainsi renforcés.

3.4. Les Pays-Bas face à la crise

Considéré comme l’un des piliers de l’Union européenne et un disciple de la rigueur, le gouvernement néerlandais fait de la remise en ordre des finances publiques la priorité absolue de son mandat. D’importantes coupes budgétaires et une augmentation des prélèvements obligatoires (impôts, TVA et cotisations sociales) sont ainsi décidées.

Opposé à ces mesures d'austérité, le PVV décide alors de retirer son soutien en avril 2012, entraînant la démission du cabinet. Toutefois, avec les voix de D66, des Verts et de l'Union chrétienne (Christen Unie), le gouvernement démissionnaire et désormais chargé des affaires courantes, parvient à faire adopter son programme de stabilité dans l'attente des élections législatives anticipées du 12 septembre.

Loin de profiter aux partis les plus eurosceptiques et populistes comme certains le craignaient, ce scrutin se solde par la victoire et la progression à la fois des libéraux – qui obtiennent 26,5 % des voix et 41 sièges – et des travaillistes (qui remontent à 24,8 % et 38 sièges), tandis que l’extrême droite de G. Wilders, lourdement sanctionnée pour avoir censuré le gouvernement, perd plus de 500 000 voix et 9 députés. La plupart des autres partis reculent ou se maintiennent de justesse. Outre le PVV, les grands perdants sont le CDA qui confirme son déclin avec seulement 8,5 % des suffrages et 13 sièges, et les Verts qui s’écroulent à 2,3 % des suffrages. À gauche, le SP sauve ses 15 représentants de même qu’à droite, l’Union chrétienne conserve ses 5 sièges. Également engagé en faveur de l’intégration européenne, D66 progresse légèrement avec 12 sièges. Ce nouvel équilibre assez fortement bipolarisé conduit à la formation d’un gouvernement de coalition entre les libéraux et les travaillistes. Mark Rutte est reconduit dans ses fonctions, tandis que Lodewijk Asscher (PvdA) est nommé vice-Premier ministre chargé des Affaires sociales et de l’Emploi.