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République fédérale de Yougoslavie

en serbe Savezna Republika Jugoslavija, de 2003 à 2006, Serbie-et-Monténégro, en serbe Srbija i Crna Gora

Ancien État fédéral de l'Europe méridionale constitué des républiques de Serbie et du Monténégro.

HISTOIRE

1. Un État en guerre

1.1. La prise du pouvoir par le nationaliste serbe Slobodan Milošević

La République fédérale de Yougoslavie (RFY), proclamée le 27 avril 1992 après la désintégration de la République socialiste fédérative de Yougoslavie, ne regroupe plus que la Serbie et le Monténégro, les autres républiques (Croatie, Slovénie, Macédoine, Bosnie-Herzégovine) étant devenues des États indépendants.

Bien qu'elle revendique la continuité et l'héritage de la république socialiste de Tito, elle n'est reconnue ni par les Nations unies ni par la communauté internationale (à l'exception de la Chine). Son implication dans le conflit sévissant depuis le 6 avril 1992 en Bosnie-Herzégovine ainsi que le soutien logistique qu'elle assure aux forces armées serbes de Bosnie lui valent d'être frappée par un embargo décrété à son encontre par le Conseil de sécurité de l'ONU le 30 mai 1992, puis d'être exclue de l'Assemblée générale en septembre 1992.

La RFY est dirigée par l'écrivain serbe Dobrica Ćosić, élu président par le Parlement fédéral le 15 juin 1992, et par l'homme d'affaires américain d'origine serbe, Milan Panić, élu Premier ministre du gouvernement fédéral. Ces deux dirigeants, dont les initiatives politiques et diplomatiques sont prises en toute indépendance du parti socialiste serbe (SPS, issu de l'éclatement de la Ligue des communistes de Yougoslavie en 1990) de Slobodan Milošević, sont rapidement évincés du pouvoir. Milan Panić, battu à l'élection présidentielle de décembre 1992 en Serbie par S. Milošević, est contraint d'abandonner la direction du gouvernement à l'issue d'un vote de censure du Parlement fédéral, contrôlé – grâce à l'appui des radicaux de Vojislav Šešelj – par le SPS. De même, D. Ćosić, qui cherche à imposer des solutions négociées avec les Serbes de Bosnie, est désavoué le 1er juin 1993 par le Parlement fédéral et remplacé par Zoran Lilić, un proche collaborateur de S. Milošević.

1.2. Les accords de Dayton et la fin de la guerre en Bosnie (1995)

L'année 1993 – année à partir de laquelle Milošević infléchit sa politique extérieure et se montre plus conciliant vis-à-vis des grandes puissances – voit l'éclatement de l'entente entre le SPS et les radicaux à la suite de l'acceptation du plan de paix Vance-Owen par le président serbe à la fin du mois d'avril. En octobre, ce dernier dissout le Parlement serbe après la demande par les radicaux – dénonçant sa politique extérieure – d'un vote de confiance au gouvernement. Le SPS sort encore une fois vainqueur des élections législatives de décembre mais, n'ayant pas obtenu une majorité absolue, forme une coalition avec l'Opposition démocratique de Serbie.

Le revirement du SPS en faveur de la paix se confirme en 1994 : en janvier, Milošević signe avec la Croatie un accord visant à améliorer les relations économiques entre les deux pays ; en juillet, il accepte le plan de paix proposé par le « groupe de contact » sur le partage territorial de la Bosnie-Herzégovine, et rompt ses relations avec les Serbes de Bosnie, ces derniers l'ayant refusé. Au nom de tous les Serbes, Milošević cosigne le 21 novembre 1995 avec ses homologues croate Franjo Tudjman et bosniaque Alija Izetbegović, les accords de Dayton qui permettent le règlement du conflit bosniaque ; en octobre 1996, les accords sont suivis de la levée de l'embargo à l'encontre de la RFY et de la reconnaissance de cette dernière par l'ensemble de la communauté internationale.

2. Le développement de l'opposition interne et l'affaiblissement du pouvoir serbe

À peine reconnu à l'extérieur, le pouvoir de S. Milošević se trouve sérieusement fragilisé de l'intérieur.

La coalition d'opposition Zajedno (Ensemble), soutenue par les Occidentaux et qui regroupe le Mouvement du renouveau serbe (SPO) de Vuk Drašković, le parti démocratique (DS) de Zoran Djindjić et l'Alliance civique serbe (GSS) de Vesna Pešić, obtient la majorité dans plusieurs grandes villes, dont Belgrade, aux élections municipales de novembre 1996. S. Milošević fait annuler le scrutin mais, après s'être heurté pendant l'hiver 1996-1997 à des manifestations populaires massives et quotidiennes, finit par reconnaître, en février 1997, la victoire de l'opposition dans la capitale et dans treize autres municipalités.

Cependant, les rivalités de personnes au sein de l'opposition désunie et incapable de capitaliser le succès remporté aux municipales permettent à S. Milošević de reprendre bientôt l'initiative. Contournant l'impossibilité constitutionnelle de briguer un troisième mandat à la tête de la Serbie, il se fait élire le 15 juillet 1997 par les députés à la tête de la République fédérale de Yougoslavie, succédant à Zoran Lilić. Un de ses fidèles, Milan Milutinović, lui succède à la présidence de la Serbie en décembre.

En octobre 1997, l'élection à la présidence du Monténégro de Milo Djukanović puis la large victoire de sa coalition « Vivre mieux » aux législatives de juin 1998 constituent un défi d'importance pour le président yougoslave. Opposé à l'homme fort de Belgrade depuis l'annulation par ce dernier des résultats des élections municipales en Serbie à l'automne 1996, M. Djukanović – alors qu'il était Premier ministre de la République monténégrine de 1991 à 1997 – a entraîné celle-ci dans une modernisation de grande ampleur.

Pour éviter de laisser s'installer un contre-pouvoir dans la république voisine, S. Milošević nomme Momir Bulatović, ex-président du Monténégro et opposant de M. Djukanović, au poste de Premier ministre fédéral en mai 1998. À l'automne, il remplace plusieurs hauts responsables dans l'armée fédérale, les services secrets et la sécurité intérieure – y compris dans la presse et les universités désormais très étroitement surveillées – par des proches, renforçant ainsi sa mainmise sur tous les rouages de l'État.

Simultanément, le président yougoslave doit faire face aux pressions de la communauté internationale, qui lui demande instamment de trouver une issue à la crise qui sévit au Kosovo et qui menace l'ensemble de la région.

3. Le conflit du Kosovo

Les Albanais du Kosovo souhaitent que la région s'affranchisse du pouvoir de Belgrade et devienne indépendante.

3.1. De la résistance passive à l'Armée de libération du Kosovo

Érigé par Tito en province autonome au sein de la Serbie à la fin de la Seconde Guerre mondiale (au même titre que la Vojvodine), le Kosovo jouit, à partir de 1974, de larges prérogatives politiques et administratives. Le 23 février 1989, S. Milošević supprime l'autonomie de la province et les Albanais sont frappés par une violente ségrégation politique et sociale.

L'échec de la stratégie de « résistance non violente passive » initiée par la Ligue démocratique du Kosovo (LDK) d'Ibrahim Rugova – sanctionné lors des accords de paix de Dayton (1995) au cours desquels la question du Kosovo est délibérément écartée – pousse les Albanais du Kosovo à réclamer l'indépendance par les armes.

En 1997, l'affaiblissement du pouvoir de Milošević favorise un processus de radicalisation de la communauté albanaise du Kosovo. De son côté, la communauté serbe s'inquiète des opérations terroristes menées par l'Armée de libération du Kosovo (Ushtria Clirimtare e Kosovës, UÇK) clandestinement puis au grand jour, à partir du printemps 1998. Durant l'été 1998, S. Milošević lance une contre-offensive qui lui permet de reprendre en main la province.

3.2. L'échec des négociations et les frappes de l'OTAN

Alertée par les risques qui pèsent sur la population albanophone, la communauté internationale, sous l'impulsion des États-Unis et de l'OTAN, menace la RFY de frappes aériennes. En 1999, elle parvient à réunir les principaux protagonistes – l'UÇK et les autorités fédérales – autour d'un nouveau projet de statut pour le Kosovo (conférences de Rambouillet [6-23 février] puis de Paris [15-19 mars]).

Devant l'échec des négociations, l'OTAN décide d'intervenir en procédant à des frappes aériennes sur tout le territoire yougoslave (24 mars). Simultanément, Belgrade lance dans la province à majorité albanaise une offensive de nettoyage ethnique : quelque 800 000 Albanais sont expulsés vers l'Albanie, la Macédoine et le Monténégro.

3.3. La résolution 1244

Après soixante-dix-huit jours de bombardements intensifs – alors que la ferveur nationaliste a progressivement cédé la place à une lassitude grandissante au sein de la population serbe –, S. Milošević accepte sans conditions le plan de paix proposé par les pays du G7 et la Russie le 3 juin. Le 10, l'adoption par le Conseil de sécurité de l'ONU de la résolution 1244 met officiellement fin aux frappes de l'OTAN et affirme que le Kosovo fait toujours partie de la Fédération yougoslave. La Mission des Nations unies au Kosovo (MINUK), responsable de l'administration, de l'aide humanitaire, des institutions politiques et de la reconstruction, est progressivement mise en place dans la province.

3.4. Les conséquences du conflit au Kosovo

Outre le bilan humain (3 000 morts recensés par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie en août 2000), les conséquences du conflit sur l'économie yougoslave sont très lourdes. Plusieurs années seront nécessaires à la reconstruction des forces de production. Or, l'aide occidentale, indispensable au redressement économique du pays, est conditionnée au changement de pouvoir politique à Belgrade. Considéré comme le principal responsable des atrocités commises par les milices serbes au Kosovo avant et pendant toute la durée du conflit, S. Milošević est, quelques jours avant la fin des bombardements (27 mai 1999), inculpé par le TPIY pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre, avec quatre hauts responsables politiques et militaires.

Les répercussions du conflit se font également sentir au Monténégro, dont le président M. Djukanović, partagé entre l'opposition au régime de S. Milošević et la condamnation des raids de l'OTAN, se trouve momentanément fragilisé par la montée, au sein de sa population majoritairement slave, d'un sentiment pro-serbe qu'exacerbe l'afflux massif d'Albanais du Kosovo.

Cependant, profitant de la faiblesse du président yougoslave contesté de part et d'autre, il réclame une autonomie accrue et une nouvelle répartition du pouvoir au sein de la Fédération. Or, en juillet 2000, S. Milošević fait adopter, sans le consentement du Monténégro, une série d'amendements à la Constitution fédérale destinés à réduire considérablement le poids de la république voisine à l'échelon fédéral. Ce « putsch constitutionnel » comprend notamment l'élection du président fédéral au suffrage universel direct et une représentation du Monténégro au sein de la Chambre haute proportionnelle à sa population.

4. Le renversement de S. Milošević et la réintégration de la RFY au sein de la communauté internationale

En Serbie, l'opposition, vivement encouragée par la communauté internationale, parvient à surmonter ses divisions et à s'unir dans l'Opposition démocratique de Serbie (DOS), une réunion de dix-sept partis et d'un syndicat formée en août 2000. Son candidat, le chef du parti démocratique de Serbie (DSS), Vojislav Koštunica, un nationaliste modéré, remporte l'élection présidentielle au premier tour, le 28 septembre.

S. Milošević tente vainement de détourner le verdict des urnes mais finit par reconnaître sa défaite, au lendemain de la prise d'assaut du Parlement fédéral et de la télévision par des milliers de manifestants (5 octobre). Le changement politique est confirmé par l'écrasante victoire de la DOS à l'issue des élections législatives de décembre 2000, puis par la nomination à la tête du nouveau gouvernement serbe (janvier 2001) de Zoran Djindjić, leader du parti démocratique (DS).

Dès son investiture (7 octobre 2000), le président V. Koštunica affiche son intention de normaliser les relations de la RFY avec la communauté internationale et de rétablir le dialogue entre les républiques serbe et monténégrine. Si l'Union européenne annonce aussitôt la levée des sanctions économiques visant la RFY et son intention de lui ouvrir l'accès au pacte de stabilité pour l'Europe du Sud-Est, les États-Unis font de la coopération de la RFY avec le TPIY, de l'application des accords de Dayton et de la mise en place d'une politique respectant les droits des minorités, les conditions préalables à une aide substantielle.

Les mois qui suivent voient la réintégration de la Fédération au sein des organisations internationales et régionales et le rétablissement de ses relations diplomatiques – interrompues en 1999 – avec plusieurs pays.

5. La confrontation entre Vojislav Koštunica et Zoran Djindjić

La coopération avec le TPIY fait apparaître de réelles tensions au sein de la coalition au pouvoir, notamment entre le Premier ministre serbe, Zoran Djindjić, pragmatique et avide de réformes, et le président fédéral V. Koštunica, légaliste convaincu.

Les divergences entre les deux hommes portent sur la police, l'armée, mais surtout sur la justice. Après avoir déclaré en janvier 2001 que l'extradition de personnes inculpées de crimes de guerre n'était pas une priorité, le président reproche au TPIY sa partialité et réclame qu'une enquête soit menée sur les « crimes de guerre de l'OTAN ».

Tout autre est la position d'une majorité de la DOS (à l'exception du DSS, parti du président) et surtout de Z. Djindjić, qui, passant outre aux institutions fédérales et à V. Koštunica, ordonne en juin 2001 l'extradition de l'ex-président yougoslave vers La Haye. Cette décision entraîne la démission du Premier ministre fédéral Z. Žižić – auquel succède, le 24 juillet, Dragiša Pešić à la tête d'un nouveau gouvernement fédéral – et un remaniement du gouvernement serbe dont démissionnent les ministres membres du DSS.

En 2002, mesurant l'enjeu économique mais surtout politique – l'intégration de la Yougoslavie à l'Europe – d'une coopération avec la justice internationale, Z. Djindjić fait adopter par son gouvernement, le 9 avril, un projet de loi l'autorisant à transférer des citoyens yougoslaves vers le TPIY Le 23 juin, V. Koštunica dénonce l'accord de coalition passé avec la DOS : le DSS rejoint les rangs de l'opposition.

6. L'Union de Serbie-et-Monténégro

6.1. L'accord de Belgrade (14 mars 2002)

Jugeant frauduleuses les élections de septembre 2000, le président monténégrin, M. Djukanović, ne reconnaît pas l'autorité de V. Koštunica ; toutefois, remisant ses menaces séparatistes, il se dit prêt au dialogue amorcé par Belgrade. Le dialogue ayant échoué, le chef d'État monténégrin envisage de convoquer un référendum sur l'indépendance, après les élections législatives anticipées du 22 avril 2001. Celles-ci n'ayant débouché que sur une faible victoire de sa coalition, M. Djukanović, confronté à la pression de la communauté internationale, qui prône le statu quo, et à la surenchère des radicaux, qui conditionnent leur soutien à l'organisation d'un référendum, renonce finalement à une telle consultation.

Le 14 mars 2002, un accord de principe est trouvé sous l'égide de l'Union européenne. Cet accord, dit accord de Belgrade, prévoit le remplacement de la RFY par l'Union de Serbie-et-Monténégro dotée de nouvelles institutions. Après de laborieuses négociations, les deux Chambres du Parlement fédéral adoptent le 4 février 2003 la Charte constitutionnelle du nouvel État de Serbie-et-Monténégro. Doté d'un Parlement monocaméral chargé d'élire le président, d'une cour de justice et d'une armée, il demeure un État unitaire composé de deux entités et disposant d'un seul siège à l'ONU. Le 7 mars, les 126 députés du Parlement (91 pour la Serbie, 35 pour le Monténégro) élisent à la présidence du nouvel État le Monténégrin Svetozar Marović, issu des rangs du parti démocratique des socialistes monténégrins (DPS), la formation « souverainiste » de M. Djukanović.

6.2. Les clauses de l'accord

Le nouveau système accorde des compétences très larges aux deux républiques qui disposent de deux banques nationales, de deux systèmes monétaires, de deux régimes de douanes et de taux de TVA différents. Dès le printemps 2004, le Monténégro érige de véritables postes de douane sur ses frontières avec la Serbie. En effet, Podgorica, qui avait adopté le mark allemand le 1er novembre 1999 et l'euro le 1er janvier 2002, n'entend pas renoncer à sa souveraineté monétaire.

L'État commun ne conserve que quatre ministères : la Défense, les Affaires étrangères, les Relations économiques avec l'étranger et les Droits de la personne et des minorités. Cependant l'Union de Serbie-et-Monténégro ne dispose ni d'hymne officiel, ni de blason. Les deux républiques sont représentées à égalité selon un système de rotation dans les institutions internationales (Nations unies, OSCE, Union européenne et Conseil de l'Europe). Elles se partagent également les postes diplomatiques, au grand dam de nombreux responsables serbes, la Serbie finançant l'essentiel de ces missions.

Le nouvel État n'est formé qu'à titre provisoire puisque, au terme d'une période de trois ans, les Serbes et les Monténégrins peuvent décider ou non de poursuivre l'aventure commune.

6.3. La question du Kosovo

La formation de l'Union de Serbie-et-Monténégro constitue une victoire pour l'Union européenne et pour Javier Solana, en charge du dossier du Kosovo. En effet, la résolution 1244 du Conseil de sécurité prévoit que la province soit placée « sous administration provisoire des Nations unies », mais dans le « cadre du respect de l'intégrité territoriale de la République fédérale de Yougoslavie ». Une sécession du Monténégro aurait donc entraîné la disparition de la Fédération et une remise en cause du statut du Kosovo. L'accord de Belgrade prévoit explicitement que la nouvelle Union de Serbie-et-Monténégro devient l'héritière en droit de la Yougoslavie. Cet accord relance même le Kosovo dans l'orbite de la Serbie, puisque celui-ci ne peut pas faire partie du Monténégro. En cas de proclamation d'indépendance d'une des deux républiques, l'autre hérite automatiquement de tous les droits et obligations de la Serbie-et-Monténégro, de ses représentations diplomatiques et de toutes ses ambassades.

Toutefois, en Serbie, des voix s'élèvent pour critiquer cette union. Le vice-Premier ministre, le libéral Miroljub Labus (G17+), prend position, dès 2003, en faveur de la constitution d'une union viable entre les deux pays ou d'une indépendance rapide du Monténégro. Selon lui, seul un système politique sain, débarrassé d'une bureaucratie inefficace, est susceptible de mettre en place une politique économique cohérente permettant de valider les critères européens. De même, de petites formations, comme le parti démocrate-chrétien serbe (DHSS) de Vladan Batić, réclament l'indépendance de la Serbie. Mais nombre de Serbes, en Serbie comme au Monténégro, refusent toute cession qui, après le Kosovo, amputerait l'État commun de nouveaux territoires.

7. Une instabilité politique préoccupante (2002-2003)

7.1. Au Monténégro

Des élections législatives sont organisées en octobre 2002, après que l'Alliance libérale, indépendantiste, a retiré son soutien au gouvernement à la suite de la signature par le président Djukanović de l'accord de Belgrade. Elles voient la victoire du parti démocratique des socialistes (DPS) du président et de ses alliés sociaux-démocrates, qui obtiennent la majorité absolue avec 39 sièges sur 75 au Parlement. M. Djukanović abandonne sa fonction présidentielle (25 novembre), lui préférant celle de Premier ministre, qui, dans le futur État commun, concentrera l'essentiel du pouvoir exécutif. Arrivé en tête lors des deux tours du scrutin présidentiel, Filip Vujanović, candidat du DPS, ne peut être élu faute d'un quorum suffisant. Il le sera finalement le 11 mai 2003, l'obligation d'atteindre un taux de participation de 50 % ayant été abolie par le Parlement.

7.2. L'assassinat du Premier ministre serbe Zoran Djindjić

Un taux de participation insuffisant aux deux tours de l'élection présidentielle (octobre et décembre 2002) place également la Serbie dans l'impasse et prive de la victoire V. Koštunica, arrivé en tête devant le libéral M. Labus et le leader ultranationaliste Vojislav Šešelj. Dans l'attente d'un déblocage, la présidente du Parlement, Nataša Mićić, hérite de la fonction par intérim à partir du 5 janvier 2003, date d'expiration du mandat du président sortant, Milan Milutinović. Le 20 janvier, ce dernier est transféré au TPIY, où il doit être jugé pour sa responsabilité dans la guerre au Kosovo.

Sans président élu, la Serbie s'enfonce dans la crise quand la disparition de son Premier ministre, Z. Djindjić, assassiné à Belgrade le 12 mars 2003, replonge le pays dans une violence que l'on croyait oubliée avec la fin du régime de Milošević. Cet assassinat suscite une grande émotion en Serbie, où des centaines de manifestants défilent derrière le cercueil.

Une étroite collaboration entre l'armée, la police et la justice permet une réaction rapide des autorités. L'opération « Sabre », aussitôt lancée, permet d'inculper plus de 4 000 personnes, dont certaines liées au « gang de Zemun » (du nom d'un quartier de Belgrade où sont implantés des réseaux criminels et mafieux), et d'arrêter l'un des auteurs présumés de l'assassinat et certains membres des « Bérets rouges », une unité spéciale de police créée dans les années 1990 par Milošević. L'opération permet également de progresser dans les enquêtes concernant une douzaine d'assassinats politiques commis sous le régime de Milošević, dont celui de l'ancien président serbe Ivan Stambolić, en août 2000.

Dès le 18 mars, les partis gouvernementaux s'accordent pour désigner Z. Živković, ancien ministre de l'Intérieur et vice-président du parti démocratique (DS), comme successeur de Z. Djindjić, mais la mort de ce dernier laisse un vide au sein du pouvoir, et la reprise vers le milieu de l'année 2003 des querelles au sein de la DOS freine le processus des réformes.

8. La Serbie entre le nationalisme et l'Europe

8.1. La victoire des ultranationalistes

Invalidée pour la troisième fois faute de participation suffisante, l'élection présidentielle du 16 novembre 2003 en Serbie voit néanmoins la victoire des ultranationalistes, représentés par Tomislav Nikolić, en l'absence de leur chef V. Šešelj ; ce dernier, inculpé de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, s'est rendu à La Haye de son plein gré fin février 2003.

Les élections législatives anticipées du 28 décembre, ainsi que le laissait présager le scrutin de novembre, consacrent la victoire du SRS de V. Šešelj (réélu malgré son incarcération à Scheweningen), qui s'impose comme la première force politique (27,7 % des voix) devant le parti démocratique de Serbie (DSS) de V. Koštunica (18 %). Le parti démocratique (DS) du Premier ministre Z. Živković ne remporte que 12,6 % des suffrages, et le G17+ (un groupement d'économistes libéraux récemment refondé en parti), de M. Labus, 11,7 % des voix. La coalition à tendance monarchiste – parti serbe du Renouveau-Nouvelle Serbie (SPO-NS) – de Vuk Drašković obtient, quant à elle, 7,7 % des voix. Par ailleurs, ces législatives sont marquées par le retour au Parlement du parti socialiste de Serbie (SPS), qui obtient 7,6 % des voix et qui a, peu auparavant, fait de S. Milošević sa tête de liste.

8.2. La victoire du proeuropéen Boris Tadić

Après un mois de rudes tractations à la recherche d'une majorité parlementaire, les quatre principaux partis démocratiques (DSS, DS, G17+ et la coalition SPO-NS) acceptent finalement de gouverner ensemble pour tenir à l'écart les ultranationalistes (janvier 2004). Mais c'est grâce à l'alliance inattendue avec les socialistes de S. Milošević que le candidat du DSS, Dragan Maršićanin, est finalement élu à la présidence du Parlement le 4 février. En vertu de la Constitution, il devient président de la Serbie par intérim et nomme V. Koštunica Premier ministre. À l'issue de l'élection présidentielle des 13 et 27 juin, le candidat pro-européen du parti démocratique (DS), Boris Tadić, est élu avec 53,7 % des voix devant Tomislav Nikolić, candidat ultranationaliste du SRS (45 %). Investi le 11 juillet dans ses fonctions, B. Tadić, premier président non communiste de Serbie, se fixe notamment comme priorité l'intégration européenne et promet de coopérer avec le TPIY.

9. La question du Kosovo et les perspectives européennes

Les violentes émeutes de mars 2004 rappellent douloureusement que, malgré la présence de l'OTAN et des institutions internationales, la stabilité du Kosovo n'est pas assurée. En quelques jours, plusieurs milliers de Serbes doivent de nouveau quitter la province, des quartiers entiers sont incendiés (notamment à Prizren) et des maisons reconstruites avec des fonds internationaux sont détruites. Les Albanais réclament une indépendance rapide de la région, tandis que le gouvernement de Belgrade ne consent qu'à leur accorder une large autonomie.

La question du Kosovo bloque toujours le rapprochement de l'Union de Serbie-et-Monténégro avec l'Union européenne. De plus, le gouvernement Koštunica s'avère réticent à collaborer pleinement avec le TPIY. Une des conditions primordiales à la signature d'un Accord de stabilisation et d'association est, en effet, l'arrestation et le transfert vers La Haye des criminels de guerre qui se trouvent toujours sur le territoire serbe. Radovan Karadžić, le chef politique des Serbes de Bosnie pendant la guerre (1992-1995), ainsi que Ratko Mladić, le commandant de l'armée des Serbes de Bosnie (VRS, Vojska Republike Srpske), demeurent introuvables.

10. La disparition de l'Union de Serbie-et-Monténégro

10.1. Le Monténégro sur la voie de l'indépendance

Le Monténégro réaffirme avec force ses velléités indépendantistes. Pour les dirigeants de Podgorica, devenir indépendant constitue une façon de se débarrasser des « boulets » que traîne la Serbie (Kosovo et TPIY) et de se rapprocher plus rapidement de l'Union européenne. Pour de nombreux Monténégrins, l'indépendance correspond également à l'affirmation d'une identité nationale spécifique.

Au terme de la période probatoire prévu par l'accord de Belgrade, les citoyens monténégrins sont appelés à décider par référendum de l'avenir de l'Union de Serbie-et-Monténégro le 21 mai 2006. Le scrutin est organisé sous l'égide de l'UE, qui fixe une règle particulière : 55 % au moins des suffrages exprimés doivent être en faveur de l'indépendance pour que celle-ci soit validée. Durant la campagne électorale, les indépendantistes sont conduits par M. Djukanović (DPS), tandis que les unionistes se rassemblent derrière le parti socialiste populaire SNP de Predrag Bulatović.

55,5 % des électeurs se déclarent en faveur de l'indépendance de la petite République. Les minorités du Monténégro – Albanais et Bochniaques (Slaves musulmans), qui ne veulent plus rester sous la coupe d'un État ayant participé aux guerres de Bosnie et du Kosovo – ont massivement voté en faveur de l'indépendance : la ville côtière d'Ulcinj et la ville entièrement bochniaque de Rozaje, au nord, ont accordé les meilleurs scores à l'option de l'indépendance (88 % des voix pour la première, 91 % pour la seconde). C'est la première fois dans l'histoire récente de la région que les minorités nationales d'un pays s'allient avec la communauté principale autour d'un projet politique, multicommunautaire et citoyen, qui ne peut exister sans elles.

Le Monténégro déclare officiellement son indépendance le 3 juin 2006, entérinant la disparition de l'État commun. La Serbie devient donc indépendante sans l'avoir voulu.

Pour en savoir plus, voir les articles Monténégro, Serbie.