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Sandjak de Novi Pazar

en serbe Novopazarski sandžak

Région montagneuse de l'Europe balkanique, partagée depuis 1913 entre la Serbie et le Monténégro, et correspondant à une division administrative de l'Empire ottoman.

GÉOGRAPHIE

Région de montagnes et de plateaux, le Sandjak est un espace de transition, un seuil aisément franchissable, qui a longtemps joué un rôle central dans les échanges transbalkaniques. Il réunit six communes en Serbie (Novi Pazar, Sjenica, Tutin, Nova Varoš, Prijepolje, Priboj) et cinq au Monténégro (Pljevlja, Bijelo Polje, Berane, Rožaje, Plav). Son identité repose aujourd'hui essentiellement sur la composition ethno-confessionnelle de la population. Quelque 60 % de ses 550 000 habitants sont des Slaves musulmans, qui, revendiquant pour la plupart la nationalité bosniaque, se concentrent dans l'est du Sandjak (Novi Pazar, Sjenica et Tutin en Serbie, Rožaje au Monténégro). Les orthodoxes se définissent comme Serbes dans la partie septentrionale du Sandjak, comme Serbes ou Monténégrins dans sa partie méridionale.

HISTOIRE

L'émergence de l'identité spécifique du Sandjak de Novi Pazar relève pour beaucoup du hasard. Le terme « sandjak » (du turc sancak : « étendard, bannière ») désigne une division territoriale et administrative de l'Empire ottoman. Après les guerres serbo-turque (1876) et russo-turque (1877-1878) suivies de l'expansion territoriale des deux principautés de Serbie et de Monténégro, le congrès de Berlin (1878) décide de maintenir sous possession ottomane le Sandjak de Novi Pazar, afin d'empêcher les deux États slaves indépendants d'obtenir une frontière commune tout en accordant à l'Autriche-Hongrie un mandat militaire sur la région.

Durant cette période, le Sandjak constitue un refuge pour les populations musulmanes des Balkans, fréquemment victimes de harcèlement. Le territoire de la région correspond pourtant en large part à celui de la Raška, la première principauté médiévale serbe, le bastion de la dynastie des Nemanjić. À ce titre, la présence de quelques-uns des plus beaux monastères serbes orthodoxes – Mileševa, Sopoćani ou Djurdjevi Stupovi – confère au Sandjak, tout autant qu'au Kosovo, la réputation de « berceau » de la Serbie.

Théoriquement resté sous souveraineté ottomane jusqu'aux crises et guerres des Balkans, le Sandjak est alors divisé en 1913 entre la Serbie, au nord, et le Monténégro, au sud. En 1945, il aurait pu devenir une entité fédérale de la Yougoslavie, d'autant qu'existe, durant la Seconde Guerre mondiale, un Comité antifasciste de libération nationale du Sandjak. Milovan Djilas, en charge de la définition des frontières internes de la nouvelle Yougoslavie, choisit pourtant de reconduire le partage territorial de 1913, en divisant le Sandjak entre les deux républiques fédérées de Serbie et du Monténégro.

Novi Pazar sert longtemps de plaque tournante des itinéraires de caravanes dans les Balkans, et la prospérité de la ville se fonde sur sa vocation commerciale, dont témoigne également à sa manière un cimetière juif, aujourd'hui tombé à l'abandon.

À l'époque yougoslave, l'industrie textile représente la principale activité de Novi Pazar et, dans les années 1990, apparaissent d'innombrables ateliers privés de confection, spécialisés, pendant l'embargo contre la République fédérale de Yougoslavie (1992-1999), dans la contrefaçon de jeans de marque. Paradoxalement, le retour à la démocratie et la progressive « normalisation » de la vie économique à partir de 2000 sonnent le glas de cette activité. Depuis, l'ensemble de la région connaît une crise économique très sévère.

Corridor reliant le Kosovo et la Bosnie-Herzégovine, le Sandjak est considéré par certains propagandistes comme un axe structurant une « diagonale verte » qui traverserait les Balkans. C'est oublier que les échanges est-ouest sont très peu développés. De surcroît, les populations musulmanes, majoritaires dans l'est du Sandjak, ont été largement chassées de la partie occidentale par les Tchetniks. De nouveaux cas de nettoyage ethnique se sont d'ailleurs produits durant les guerres des années 1990 (à Pljevlja, au Monténégro, et à Priboj, en Serbie), « nettoyer » la vallée de la Drina de ses populations musulmanes ayant constitué un objectif constant des nationalistes serbes. Aujourd'hui, les tensions intercommunautaires demeurent vives, tandis que des courants wahhabites, marginaux mais actifs, tentent de répondre aux incertitudes identitaires des populations musulmanes.

Depuis l'éclatement de la Yougoslavie, la communauté musulmane du Sandjak peine à redéfinir son identité. Dans un contexte de crise économique et sociale prolongée, cette incertitude identitaire offre un terreau propice au développement de formes radicales de l'islam, surtout présentes dans la partie serbe du Sandjak. Le Sandjak est-il donc un maillon de la « dorsale verte » de l'islam, stigmatisée par certains auteurs, qui unirait Bosnie-Herzégovine et Kosovo ? S'il constitue un indéniable carrefour des intérêts mafieux – les réseaux criminels serbes, monténégrins, bosniaques et albanais présents à Novi Pazar en ont fait une importante plaque tournante des trafics de drogue –, le Sandjak pourrait cependant retrouver sa vocation de centre d'échanges commerciaux et culturels dans des Balkans pacifiés, aux frontières largement ouvertes, et qui pourraient inclure une « eurorégion » du Sandjak.