La médecine néonatale, en marge de ces problèmes soulevés par la recherche de pointe, remporte en France des succès spectaculaires. De 1970 à 1980, la mortalité néonatale (de la naissance au 28e jour) a chuté de plus de 50 %, passant de 12,5 décès pour 1 000 naissances à 5,8. Les pédiatres soulignent que ces résultats ont été atteints par la possibilité, pour un nouveau-né sur dix, d'être pris en charge par des services spécialisés. Faute de maintenir et de développer l'effort entrepris en ce domaine, on risquerait de voir la situation s'inverser. Il en est de même pour les naissances prématurées, dont le taux moyen n'a cessé de baisser, passant, d'après les données de l'INSERM, de 8,2 % en 1972 à 5,6 % en 1981.

Michel Rouzé

Éthique

Le Comité consultatif national d'éthique pour les sciences de la vie et de la santé, créé par décret le 28 février, a vu sa composition fixée par un arrêté paru au Journal officiel le 7 octobre. Placé sous la direction du professeur Jean Bernard, il comprend : des personnalités représentatives des principales familles philosophiques et spirituelles ; des personnalités choisies en raison de leur compétence et de leur intérêt pour les problèmes d'éthique ; des chercheurs de diverses disciplines (dont plusieurs appartenant à l'INSERM). Cet organisme donnera un avis « sur les problèmes moraux qui sont soulevés par la recherche dans les domaines de la biologie, de la médecine et de la santé, que ces problèmes concernent l'homme, des groupes sociaux, ou la société tout entière ».

Les enfants du distilbène

En 1946, une hormone féminine de synthèse, le diéthylstilbestrol ou DES, encore appelle en France distilbène, était commercialisée dans divers pays, dont la France et les États-Unis, et administrée à des femmes enceintes dont la grossesse était fragile. En 1971, plusieurs cas d'une forme rare et très grave de cancer du vagin sont signalés chez des fillettes et des jeunes filles de la région de Boston. L'enquête épidémiologique révèle que leurs mères avaient toutes reçu du DES. Cet œstrogène de synthèse, dont la molécule est différente de celle des œstrogènes naturels, a également fait parler de lui, en Europe, au moment de l'affaire du veau aux hormones.

On estime à environ deux millions aux États-Unis, le nombre de femmes ayant reçu du distilbène à des doses souvent considérables. À l'échelle mondiale, elles seraient de deux à quatre millions, dont 200 000 en France. Circonstance dérisoire : on sait maintenant que le distilbène (comme du reste les autres œstrogènes) ne protège nullement contre les avortements spontanés. Par contre, il peut entraîner chez les fœtus des deux sexes des malformations génitales et, plus tard, des cancers vaginaux chez les jeunes filles dont la mère a été traitée avec ce médicament pendant sa gestation. Statistiquement, le risque de cancer vaginal est faible, de l'ordre d'un cas sur plusieurs milliers d'enfants de mères ainsi traitées. Mais la révélation du désastre — plusieurs fillettes étaient mortes en quelques semaines en dépit de tous les efforts thérapeutiques — déclencha aux États-Unis une panique encore plus désastreuse. Au-delà des examens systématiques de dépistage chez les fillettes concernées, certains gynécologues procédèrent à des interventions préventives allant jusqu'à l'ablation totale du vagin. Or l'expérience devait montrer que le tissu anormal disparaît généralement de lui-même après la vingtième année et qu'en aucun cas il ne se cancérise.

Du silence à l'information

Dès 1971, l'administration du distilbène aux femmes enceintes est interdite aux États-Unis. Mais, en France, il a continué d'être prescrit jusqu'en 1977. Et c'est seulement au début de 1983 qu'une enquête, menée par le docteur Anne Cabau parmi les adhérentes de la Mutuelle générale de l'Éducation nationale, révèle qu'il existe en France, probablement dans la même proportion qu'aux États-Unis, des « enfants du distilbène ». Le silence qui a été jusqu'alors observé autour de cette affaire crée un certain malaise : s'il était légitime d'éviter des mouvements de panique dans les familles concernées, une information objective auprès du corps sanitaire et du public aurait permis d'organiser des examens de routine chez les fillettes éventuellement menacées.