C'est que les relations entre l'Église espagnole et l'État sont loin de s'améliorer. Dans les derniers mois de 1974, plus d'une douzaine de curés sont mis à l'amende (50 000 ou 100 000 pesetas) par les préfets de plusieurs villes qui les accusent de parler indûment de questions temporelles. Et quand ces amendes ne sont pas payées, les prêtres sont arrêtés.

Le 30 novembre 1974, l'Assemblée plénière de l'épiscopat proteste.

Le même épiscopat demande, le 19 avril, dans une lettre pastorale présentée avec quelque solennité, que les travailleurs puissent défendre leurs droits sans crainte des représailles.

Suisse

La Congrégation pour la doctrine de la foi (ex-Saint-Office) lance, le 20 février 1975, un avertissement au théologien suisse Hans Küng, qui enseigne à l'université allemande de Tübingen. Elle lui demande de renoncer à enseigner trois thèses qui, aux yeux de Rome, contredisent l'orthodoxie catholique. Hans Küng, dans deux livres déjà anciens, a en effet substitué à la notion d'infaillibilité du pape celle d'indéfectibilité ; il n'admet pas la conception traditionnelle du magistère dans l'Église ; il estime que des laïcs non ordonnés pourraient consacrer valablement l'eucharistie en cas de nécessité.

On souligne que Rome s'est efforcée de ne pas rompre les ponts et de ménager un rapprochement des points de vue ; cet avertissement, qui est l'aboutissement d'une procédure engagée depuis 1971, n'implique en effet aucune sanction.

Mais, entre-temps, Hans Küng a publié, à la fin de 1974, un nouveau livre, Christ Sein, qui constitue, dit-il, l'aboutissement de vingt années de travail et qui a été écrit « pour aider l'homme moderne à devenir chrétien ». L'ouvrage soulève bien des questions.

Le théologien suisse y déclare, par exemple, que l'on ne peut imposer comme un article de foi la croyance en la virginité de Marie, ou que les récits des apparitions du Christ après sa mort et celui du tombeau trouvé vide sont pratiquement légendaires. On n'a pas fini d'entendre parler de l'affaire Küng.

Europe de l'Est

Mgr Agostino Casaroli, secrétaire du Conseil pour les affaires publiques de l'Église, ne connaît guère de répit dans sa recherche d'un modus vivendi entre l'Église et les pays de l'Est qu'il ne cesse de sillonner. Et il est optimiste.

« Cette Ostpolitik, déclare-t-il le 21 février 1975, au journal florentin La Nazione, a réalisé beaucoup de progrès réconfortants », notamment en Hongrie et en Tchécoslovaquie. Il juge pourtant que les choses piétinent pour la Bulgarie et la Roumanie. Et il se montre inquiet au sujet de la Chine, « avec laquelle nous ne parvenons pas à avoir de rapports ».

Mais les incidents de toutes sortes, visant à gêner l'Église, ne sont pas rares. En Pologne, l'évêque de Przemysl, diocèse situé au sud-est du pays, révèle en février qu'un « important réseau d'écoutes téléphoniques » a été découvert dans les bâtiments épiscopaux.

En Tchécoslovaquie, où le gouvernement s'alarme d'une augmentation de l'influence de la religion sur les jeunes, tout enseignement catéchétique est interdit pour les enfants de plus de douze ans. En revanche, le gouvernement hongrois accorde certains assouplissements pour les cours de religion.

Portugal

L'Église portugaise avait été étroitement liée au régime Salazar, mais elle avait commencé de s'en séparer depuis quelques années, surtout au sujet des conflits du Mozambique et de l'Angola. Les événements qui suivent la révolution du 25 avril 1974 (Journal de l'année 1973-74) la trouvent, en fait, divisée. Bien des membres de l'épiscopat et du clergé ne peuvent renier du jour au lendemain un régime envers lequel ils nourrissaient (malgré les désaccords récents) bien des sympathies ; d'autres sont pressés d'adopter les thèses les plus progressistes ; mais la majorité en vient vite à s'inquiéter de la libération des mœurs et surtout de la croissante influence marxiste.

La Lettre pastorale de l'épiscopat portugais sur la contribution des chrétiens à la vie sociale et politique, publiée le 16 juillet 1974, est un reflet de ces incertitudes et de ces inquiétudes. Le 27 novembre, l'Assemblée plénière de l'épiscopat, réunie à Fatima, reprend le même thème, lance un appel à la réconciliation et décide que les prêtres qui accepteraient des charges politiques dans des assemblées élues ou dans des partis ne pourront plus, provisoirement, exercer d'activités sacerdotales. Mais la réconciliation ne semble pas proche.