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Saint-Pétersbourg

de 1914 à 1924 Petrograd et de 1924 à 1991 Leningrad

Saint-Pétersbourg
Saint-Pétersbourg

Ville de Russie, à l'embouchure de la Neva, chef-lieu de l'arrondissement fédéral Nord-Ouest.

  • Population : 4 848 742 hab. (recensement de 2010)

GÉOGRAPHIE

La ville de Pierre le Grand

Saint-Pétersbourg est la deuxième agglomération de la Russie après celle de Moscou, l'une des grandes villes mondiales et, parmi les capitales européennes, l'une des plus récentes. Elle offre également un exemple caractéristique d'une création de toutes pièces. L'histoire date sa fondation de mai 1703. Pierre Ier le Grand, en lutte contre l'armée et la marine suédoises, décide de construire une ville au fond du golfe de Finlande, là même où s'élevait un fortin suédois, non loin de l'embouchure de la Neva. Gagnée par les Russes, la guerre du Nord aboutit à la conquête définitive du littoral baltique. La première forteresse russe, appelée « Pierre-et-Paul », construite sous la menace de l'artillerie ennemie, est protégée quelques années plus tard par celle de Kronchtadt, construite sur l'île de Kotline, au point où le golfe n'a qu'une vingtaine de kilomètres de large. Saint-Pétersbourg devient la capitale de la Russie en 1713 ; une académie navale y est fondée en 1718, et une académie des sciences en 1725. Cette année-là la ville compte déjà 75 000 habitants. De cette époque restent le plan et le site primitif, la forteresse Pierre-et-Paul, la « maisonnette » de l'empereur, les premières marques d'un urbanisme de prestige.

La position géographique est favorable aux échanges extérieurs, mais le site, imposé par les circonstances, présente les plus graves inconvénients. Le golfe de Finlande est dominé vers le sud par une côte, ou cuesta, le glint, qui domine une dépression dans laquelle se jette la Neva, émissaire du lac Ladoga, par un delta complexe, divisé en de nombreuses îles de taille variée et inondé lors de la débâcle. Il a fallu drainer les terres, construire les fameux parapets faits de blocs de granité apportés de loin sur des péniches, abattre la forêt marécageuse et dessoucher, creuser des canaux de drainage et de nouvelles voies d'eau qui découpent de nouvelles îles, jeter des ponts (l'agglomération actuelle en compte plus de 600), édifier les premiers bâtiments sur des pilotis, importer des briques de Hollande, puis fonder les premières briqueteries et tuileries.

L'urbanisme monumental a bien tiré parti de ces conditions. La ville contemporaine reste celle du xviiie s. et présente tous les caractères d'une capitale de prestige. L'ensemble s'ordonne en fonction du bassin des bras anastomosés de la Neva (la Grande et la Petite Nevka, la Grande et la Petite Neva), isolant les îles dites Aptekarski (« des Pharmaciens ») et Vassilievski ; puis il rayonne vers le sud et le sud-est à partir de l'ensemble monumental formé, sur la rive gauche de la Grande Neva, par l'Amirauté et l'Ermitage, dessinant des avenues (prospekt) qui traversent quatre canaux semi-circulaires unissant la Neva en amont de son embouchure à l'est au port et à la Grande Neva à l'ouest : successivement la Moïka, le Griboïedov, la Fontanka (le plus large, le plus régulier) et enfin l'Obvodnyï ; ce dernier canal, en grande partie rectiligne, est le plus long, et limite vers le sud le centre de la ville. La perspective la plus longue, la Nevski, est aussi la plus célèbre. Ainsi s'est modelée une ville planifiée, faite pour la Cour, œuvre de Pierre le Grand, poursuivie par Catherine II. Elle apparaît comme la ville des eaux, si bien qu'on a pu la comparer à Venise.

La capitale

Saint-Pétersbourg compte déjà 150 000 habitants à l'avènement de Catherine II (1762) et 400 000 (deux fois plus que Moscou) au moment de l'incendie de Moscou (1812). Pétersbourg est la résidence du tsar. Elle s'entoure de parcs et de châteaux : Tsarskoïe Selo (le « village de l'empereur »), Peterhof (aujourd'hui Petrodvorets). Les souverains sont ensevelis dans la forteresse Pierre-et-Paul. Un commerce et un artisanat de luxe, liés aux besoins de la Cour, se développent. De ce rôle de capitale, la ville a gardé les monuments les plus prestigieux, édifiés et décorés par des artistes étrangers, surtout italiens. On y compte une cinquantaine de musées, une vingtaine de théâtres, et la vie culturelle y reste au moins aussi développée qu'à Moscou. Fondée en 1819, l'université est aujourd'hui la deuxième de Russie après celle de Moscou. Elle groupe de nombreuses facultés, quarante grandes écoles et un grand nombre d'instituts de recherche. Saint-Pétersbourg reste la ville de l'innovation technique, de la mode, de la production de qualité et même de luxe : sa « maison de la fourrure » est fréquentée chaque année par des négociants étrangers. Le travail de la soie, du cuir, du verre, la fabrication de meubles, l'optique et la mécanique de précision restent développés.

La ville du Nord

Par sa position, la ville est considérée comme une capitale du nord des pays russes. Sous le 60e parallèle, elle est déjà une ville septentrionale, ce qui se marque moins par la rigueur des températures de l'hiver, adouci par les dépressions de la Baltique, que par la hauteur de la couche de neige, la durée de l'embâcle de la Neva, la prise de son port par les glaces et surtout la longueur des nuits d'hiver, qui imposent une forte dépense d'électricité : la contrepartie en sont les délices des « nuits blanches » du solstice d'été, au cours desquelles la ville ne dort pas. Les changements et les contrastes de saisons entraînent des activités nouvelles, dynamiques (sport de glace, baignades dans les eaux glacées, célébration des saisons), qui sont l'occasion d'autant de fêtes, plus brillantes qu'à Moscou.

Saint-Pétersbourg est également la ville du Nord par la spécialisation de ses activités intellectuelles. Son université rassemble les étudiants du nord de la Russie et est orientée vers l'étude des problèmes du Nord ; ainsi ont été créés une section de recherche ethnologique pour l'étude des peuples hyperboréens, un institut pédagogique qui a fourni les premiers instituteurs, un institut linguistique et ethnographique des peuples de Sibérie…

Saint-Pétersbourg est devenue non seulement la capitale de la province (oblast) qui porte son nom, mais aussi celle de la « grande région économique » dite « du Nord-Ouest », qui s'étend jusqu'aux rivages de la mer Blanche et de la mer de Barents à l'Oural. À ce titre, elle rassemble les organismes chargés de l'exploitation des régions nordiques : administrations des ressources minières de la péninsule de Kola et des régions de la Petchora, laboratoires de recherche pour les expéditions polaires et la « route maritime du Nord ». Elle commande donc une région très dynamique.

La fenêtre sur l'Occident

Dans une position périphérique par rapport à la vieille Russie, la ville – maritime et opposée à la terrienne Moscou – est demeurée un grand port : les installations s'étendent au débouché de la Grande Neva sur le fond du golfe de Finlande, à la fois sur l'île de Goutouïev et sur celle de Vassiliev, dont les prospekt, anciennes laies forestières, orthogonales, s'ordonnent en fonction des quais. Le port militaire s'est maintenu, en particulier sur l'île de Kronchtadt. Le trafic du port de commerce est composé surtout de bois et de minerais destinés à l'exportation. Le port de voyageurs est devenu une escale importante des croisières de plus en plus nombreuses organisées par les pays occidentaux.

La ville reste, beaucoup plus que Moscou, plus que les autres ports de la Russie, largement ouverte vers l'Europe occidentale. Les mœurs et les techniques de l'Europe furent introduites en Russie par Saint-Pétersbourg. De nombreuses denrées finlandaises importées sont vendues dans les boutiques de la ville. Les étrangers, hommes d'affaires ou touristes, y viennent nombreux. Saint-Pétersbourg a été choisie comme capitale mondiale du mouvement des villes jumelées (elle est jumelée à vingt-cinq autres villes, dont les ports d'Anvers et du Havre). Des congrès et des colloques internationaux s'y tiennent fréquemment. Ainsi apparaît-elle comme une ville plus dynamique, plus ouverte que Moscou. Elle préfigure l'évolution de l'ensemble de la Russie. La culture, la mode (il y a une maison de haute couture), la qualité de la vie y sont plus imprégnées du reste de l'Europe qu'à Moscou. Le taux de motorisation y est plus élevé.

Ainsi Saint-Pétersbourg est-elle la plus extérieure, la plus étrangère des villes russes ; seule, sans doute, Odessa peut lui être comparée.

Le dernier siècle

Saint-Pétersbourg fut la ville de la Révolution précisément parce qu'elle était la ville de la Cour et la ville en rapport avec l'Europe. Des sociétés occidentales y avaient investi des capitaux, implanté des usines, et des compagnies bancaires et d'assurances y avaient établi leur siège. Une classe ouvrière naissante, mais consciente de sa force, bien organisée s'y était développée. La ville connut le « Dimanche rouge » de 1905, et les révolutions de Février et d'Octobre 1917 y éclatèrent. C'est à la gare de Finlande que débarquèrent Lénine et ses compagnons. On suit dans la ville contemporaine toutes les traces, tous les hauts lieux de la révolution bolchevique, pieusement conservés ou transformés en musées : l'Institut Smolnyï, le croiseur Aurore, l'automitrailleuse de marque Renault qui transporta Lénine…

Devenue Petrograd en 1914, Leningrad en 1924 et demeurée la capitale de la Révolution, la ville a dû céder à Moscou, plus centrale, moins exposée, le titre de capitale. Sa population l'emportait encore en 1917 sur celle de sa rivale (2 200 000 hab. contre 1 800 000), mais cette dernière, attirant par ses industries et ses nouvelles fonctions la population rurale des environs, dépassa Saint-Pétersbourg pendant les années 1920. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, Saint-Pétersbourg comptait 3 200 000 habitants, 800 000 de moins que la capitale.

Or, la ville a beaucoup plus souffert de la guerre que Moscou. Durant le siège allemand et finlandais, qui dura 900 jours, la population de Saint-Pétersbourg, bombardée sans cesse par l'artillerie ennemie, et coupée du ravitaillement extérieur, qui s'opérait dans des conditions précaires sur le lac Ladoga gelé, a compté plus d'un demi-million de personnes mortes de froid ou de famine. À la libération, en 1944, l'agglomération avait perdu plus d'un million d'habitants et n'a tout juste retrouvé son niveau d'avant guerre qu'au recensement de 1959. Plus du tiers des maisons (10 000 avaient été détruites ou sévèrement endommagées. Le haut lieu de Piskarev, où sont ensevelies les victimes et qui est devenu un musée des souffrances de la ville, exprime tout le martyre des habitants. Une population nouvelle, plus jeune, est venue habiter la ville, et l'on considère qu'il ne reste plus que le quart des anciens habitants ou de leurs descendants. Mais les nouveaux venus se sont fondus dans la population ancienne, et la ville n'a rien perdu de son esprit traditionnel.

La fonction industrielle

Les industries sont d'abord liées à la fonction portuaire. Le chantier de constructions navales Ordjonikidze est un des plus actifs de Russie. Il construit des cargos, des bateaux de pêche et des pétroliers de petit et moyen tonnage, mais aussi de gros chalutiers et des « usines flottantes » qui parcourent les océans sans relâcher dans les ports russes. Il a lancé le premier brise-glace à propulsion nucléaire, le Lénine, employé pour ouvrir le chenal aux convois de la « route maritime du Nord ».

D'autres industries sont liées au trafic portuaire. Ainsi, le quartier du port commercial est le centre des industries travaillant le bois (meubles, cellulose), dont une partie arrive par voie de mer, l'autre par les lacs et la Neva ; les produits élaborés sont en partie exportés vers l'étranger.

Les matières premières de la presqu'île de Kola alimentent les industries de transformation de la partie septentrionale de l'agglomération. Ainsi, les apatites du massif de Khibiny alimentent le combinat Nevski, qui fabrique des superphosphates, et la néphéline une usine d'aluminium.

La métallurgie est née du port militaire, de l'arsenal de Kronchtadt. On sait que les ouvriers de l'usine Poutilov s'étaient portés à l'avant-garde de la Révolution. Devenue « Kirov », l'entreprise livre des machines d'extraction minière et de l'équipement pour les usines métallurgiques. Les tracteurs de forte puissance employés dans les régions polaires sont fabriqués par une autre entreprise. Elektrossila a fourni des turbines de grande taille, d'abord pour les centrales établies dans la région, sur le Volkhov, ensuite pour les grands ouvrages construits sur la Volga et les fleuves sibériens.

Enfin, plus que Moscou, Saint-Pétersbourg concentre des activités récentes, de qualité et même de luxe, destinées à la consommation urbaine, aux laboratoires de recherche, à l'industrie aéronautique et spatiale, dont une partie de la production est exportée. C'est grâce à la production de la ville que la région du Nord-Ouest assure le cinquième de la production russes des téléviseurs, le tiers de celle des moteurs électriques. L'optique, la mécanique de précision, l'appareillage électroménager, la photographie et le cinéma, l'appareillage téléphonique, les machines-outils pour l'équipement des industries alimentaires et textiles, l'imprimerie et tout ce qui intéresse l'édition, la fabrication de bicyclettes et de motocyclettes sont des secteurs caractéristiques (d'où est exclue toutefois l'automobile, initialement monopolisée par Moscou). Tous imposent un niveau supérieur de technicité, une formation professionnelle poussée des cadres et de la main-d'œuvre. Tous utilisent des quantités relativement faibles de matières premières et livrent des produits de valeur. Tous, enfin, exigent une grande quantité d'énergie ; celle-ci était fournie déjà avant la Révolution par de grosses centrales thermiques recevant du charbon importé par le port ; elle l'est depuis les premiers plans quinquennaux par les centrales hydrauliques du Volkhov et par les centrales construites au terminus du gazoduc venant de Moscou et de Stavropol, et dont l'accroissement de capacité doit permettre le développement d'une nouvelle catégorie d'industries, textiles synthétiques et matières plastiques. La ville joue donc un rôle d'avant-garde dans toutes les branches industrielles, à l'exception de l'industrie lourde.

L'extension de l'agglomération

L'ensemble du territoire de la ville, qui couvre plus de 320 km2, tend à dépasser largement les limites de la ville « historique ». Le centre prend peu à peu le caractère d'une ville-musée et, pour la perspective Nevski, d'une city, où se concentrent bureaux et commerces. Les îles sont consacrées aux espaces verts, aux loisirs (parc Kirov) et au port. Vers le nord, les usines et les ensembles résidentiels qui les entourent tendent à se fondre dans la taïga. Au sud, l'extension se fait le long des voies ferrées et des routes, sous la forme de longs faubourgs, comme le Moskovski, le « faubourg de Moscou ». De nouveaux quartiers remplacent les médiocres quartiers détruits durant la guerre. Un combinat de matériaux préfabriqués, situé près d'un grand espace vert, le « parc de la Victoire », contribue à la progression rapide de l'urbanisation. Mais en dehors des voies de communication subsistent encore des espaces vides. La campagne commence de façon brutale. À ce titre, Saint-Pétersbourg, au contraire de Moscou, est une ville sans banlieue proche.

L'extension de l'agglomération avait posé dès avant 1941 le problème des communications, bien qu'on se soit toujours efforcé de ne pas dissocier lieu de résidence et lieu de travail. Une partie des migrants « pendulaires », si ce n'est la majorité, utilise la voie ferrée. Les grandes gares pénètrent soit jusqu'au bord de la Neva, sur sa rive droite (gare de Finlande), soit à l'extrémité de la Nevski (gare de Moscou), ou enfin, pour le sud, jusqu'au canal Obvodnyï (gares de la Baltique et de Varsovie). La construction d'un métro aussi luxueux que celui de Moscou avait commencé avant la dernière guerre. Deux lignes se croisent à peu près au centre de la ville, et l'on envisage le creusement d'une troisième ligne et d'une rocade. Enfin, les trolleybus, dont le faisceau de lignes se noue sur la Nevski, facilitent les mouvements migratoires. Il est caractéristique que ceux-ci sont moins développés que dans d'autres agglomérations russes : la ville compte moins de 20 p. 100 de sa population active recensée dans les villes dites « spoutnik » (satellites) contre 36 p. 100 à Moscou.

Saint-Pétersbourg et sa région

Il est difficile de définir les caractères et les limites de ce qui serait, par analogie avec Moscou, un « grand Saint-Pétersbourg ». Les autres localités de la région sont de petite taille. Ce sont des centres industriels, animés par l'électricité hydraulique ou la batellerie du système de la Neva, qui unit le port de Saint-Pétersbourg au lac Ladoga (ainsi Kirovsk, Petrokrepost) ; des centres de culture maraîchère et d'élevage laitier pour le ravitaillement de l'agglomération (le long de la route de Moscou, au bord du littoral, dans les clairières de la taïga, où se dispersent aussi scieries et industries du bois) ; des villes-musées, anciens lieux de résidence des tsars (Petrodvorets, Pouchkine, mont Poulkovo [site d'un observatoire], qui sont devenus des localités de datcha ou des lieux de récréation pour la population de Saint-Pétersbourg. En revanche, le port semble paralyser tout développement d'une activité maritime d'importance, au moins jusqu'à la frontière de l'Estonie, au sud, et jusqu'aux abords de Vyborg, au nord. Il semble donc que la ville exerce une action efficace plus sur l'ensemble de sa grande région économique que sur son arrière-pays immédiat. Ce développement relativement limité peut s'expliquer par la perte du rôle de capitale aussi bien que par la modestie, sur le plan international, des activités portuaires. C'est bien pourquoi le sort de la ville dépend étroitement de la politique d'ouverture de la Russie et en particulier de l'élargissement de ses relations avec l'Occident par la voie baltique.

Le climat

Le climat de Saint-Pétersbourg est tempéré de transition, avec des précipitations modérées (559 mm par an), qui tombent surtout en été, et des températures qui oscillent entre 18 °C en juillet et − 8 °C en janvier et février, pour une moyenne annuelle de 4,5 °C.

L'HISTOIRE DE SAINT-PÉTERSBOURG

Appelée parfois la « Venise du Nord » à cause de ses nombreux canaux et de ses quelque 600 ponts, Saint-Pétersbourg est, parmi les métropoles européennes, l'une des plus récentes. Elle offre également un exemple caractéristique d'une création de toutes pièces. L'embouchure de la Neva, peuplée par des Ingriens ou Ijores, est conquise en 1703 par Pierre le Grand, qui veut doter la Russie d'une fenêtre sur l'Europe et d'un port sur la Baltique. La première pierre de la future Saint-Pétersbourg est posée en mai 1703. Dès 1712, Saint-Pétersbourg devient la capitale de la Russie. Elle s'enrichit de nombreux édifices sous Élisabeth Petrovna et Catherine II, et acquiert sous Nicolas Ier la majestueuse physionomie qu'elle a gardée.

À la fin du xviiie s., la ville compte 220 000 habitants environ. Elle assure la majeure partie du commerce extérieur russe (exportation des lingots de fer vers l'Angleterre) et est, avec Kronchtadt, le principal port militaire. Grande ville industrielle (textile, construction navale et mécanique), elle se développe rapidement dans la seconde moitié du xixe s. (usines Poutilov, Nobel, Oboukhov). Elle offre le contraste de ses palais et hôtels aristocratiques, le long des canaux et de la Neva, et de ses faubourgs ouvriers misérables. En 1897, elle compte 1 297 000 habitants, dont 150 000 ouvriers.

Saint-Pétersbourg, qui avait été le théâtre de l'insurrection décembriste (1825), joue un rôle décisif dans les révolutions de 1905 et de 1917. La ville, rebaptisée Petrograd en 1914, est le siège du gouvernement provisoire (mars-octobre 1917) puis du soviet des commissaires du peuple (Sovnarkom) constitué en octobre-novembre 1917 sous la présidence de Lénine. Lors de l'offensive allemande de mars 1918, le Sovnarkom s'établit à Moscou, qui redevient la capitale de la Russie. Menacée par Ioudenitch (1919), ruinée par les destructions de la révolution et de la guerre civile ainsi que par la famine de 1921, la ville se reconstruit et se développe. Elle prend le nom de Leningrad en 1924. Les luttes politiques y sont particulièrement vives et meurtrières à l'époque stalinienne, notamment au sein du comité urbain du parti communiste, présidé successivement par Zinoviev (1921-1926), Kirov (1926-1934) et Jdanov (1934-1948), à la mort duquel une dernière purge y sera organisée en 1949.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Leningrad est investie dès septembre 1941, au sud, par la Wehrmacht, qui prend Schlüsselburg le 8, et, au nord-ouest, par les troupes finlandaises, en Carélie. Une seule voie ferrée, établie sur le lac Ladoga pris par les glaces, la relie à l'intérieur. Ce blocus n'est brisé qu'en janvier 1943 (réoccupation de Schlüsselburg), mais les Allemands ne seront repoussés à 250 km de la cité que lors de l'offensive soviétique du 13 janvier 1944.

En 1991, la ville reprend son ancien nom de Saint-Pétersbourg.

L'ART À SAINT-PÉTERSBOURG

« Fenêtre ouverte sur l'Europe », selon le dessein de son fondateur, la ville de Pierre le Grand occupe, précisément par son caractère européen, une place tout à fait à part dans l'architecture urbaine russe. En outre, son plan géométrique, son unité architecturale et le réseau des canaux qui la traverse contribuent à lui donner un cachet particulier.

En 1709, le tsar créa une « chancellerie des constructions » qui, chargée de proposer des modèles d'édifices, devait veiller à ce que la ville ne se développât pas de façon anarchique, mais au contraire selon un plan bien ordonné. Pierre le Grand, comme par la suite ses successeurs, fit appel à des architectes étrangers, et la plupart des monuments de la cité sont l'œuvre d'Italiens et de Français.

Les premiers bâtiments de la ville furent édifiés en style pseudo-classique par le Tessinois Domenico Trezzini (1670-1734). Plus tard, sous le règne d'Elisabeth Petrovna (1741-1762), triomphe le style baroque : l'Italien Bartolomeo Francesco Rastrelli embellit la ville d'édifices aux façades richement décorées, peintes en vert tendre ou bleu pâle. Sous Catherine II, avec la fondation de l'académie des Beaux-Arts qui exerça une influence dominante sur l'art et l'architecture russes jusqu'au milieu du xixe s., le style baroque est remplacé par le style classique, qu'illustrent les œuvres des Italiens Antonio Rinaldi (1709-1790) et Giacomo Quarenghi (1744-1817), et du Français Jean-Baptiste Michel Vallin de La Mothe (1729-1800). Sous Alexandre Ier (1801-1825) se répand le style Empire avec l'Italien Carlo Rossi (1775-1849), le Français Thomas de Thomon (1754-1813) et les Russes Andreï Nikiforovitch Voronikhine (1759-1814) et Adrian Dmitrievitch Zakharov (1761-1811). À partir du milieu du xixe s., la construction se ralentit et l'on ne bâtit plus que des édifices isolés, parfois assez lourds et s'harmonisant mal avec l'architecture des périodes antérieures.

La forteresse, berceau de la ville, est due à Trezzini, qui y construisit en style hollandais la cathédrale Pierre-et-Paul (1712-1721), refaite en 1750 par Rastrelli. Mais c'est le palais d'Hiver (1754-1762), avec les édifices qui l'entourent, qui imprime à la ville son caractère dominant. Les façades, vert clair et richement décorées, sont l'œuvre de Rastrelli ; l'intérieur fut refait par Vassili Petrovitch Stassov (1769-1848) sous Nicolas Ier. Pour abriter les collections impériales, noyau de l'immense musée actuel, Vallin de La Mothe construisit le Petit Ermitage (1764-1767), que Velten prolongea par le Vieil Ermitage (1775-1784), édifice qui se trouve séparé par un canal du théâtre de l'Ermitage, bâti par Quarenghi en style Empire (1783-1787) ; au-delà se dresse le Nouvel Ermitage (1839-1852), décoré d'immenses atlantes de granite. La place du Palais, avec au centre la colonne Alexandrine, élevée en 1834 par Auguste Ricard de Montferrand (1786-1858) est bordée par les bâtiments de l'État-Major (1819-1847), reliés par un arc de triomphe au ministère des Finances et des Affaires étrangères, œuvre maîtresse de Carlo Rossi. Plus en aval s'élève l'Amirauté, édifice de 1704 reconstruit en style Empire par Zakharov et que domine une tour haute de 70 m avec sa flèche.

Au-delà de l'Amirauté et débouchant sur la rive de la Neva s'étend la place du Sénat (place des Décembristes), bordée par les bâtiments du Sénat et du Synode élevés par Rossi et que relie un arc monumental ; au centre de la place et face au fleuve se dresse la célèbre statue de Pierre le Grand par Falconet. Derrière la place du Sénat, on aperçoit le dôme de la cathédrale Saint-Isaac, construite de 1819 à 1858 par Ricard de Montferrand et qui rappelle Saint-Paul de Londres. Devant l'Amirauté prend naissance une avenue rectiligne de plus de 4 km, l'avenue de la Neva (perspective Nevski). Au début de cette avenue se dresse la cathédrale Notre-Dame-de-Kazan (1801-1811), imitée par Voronikhine de Saint-Pierre de Rome. Plus loin sur la perspective Nevski, le théâtre Aleksandra (théâtre Pouchkine, 1823-1832) forme, avec les bâtiments de la rue Rossi qui s'étend derrière, un ensemble Empire d'une grande unité, œuvre de Rossi. De l'autre côté de la perspective s'élève, en retrait, un palais construit de 1819 à 1825 par le même architecte pour le grand-duc Michel Pavlovitch (aujourd'hui le Musée russe). Au milieu de la perspective, à l'angle du canal de la Fontanka, se dresse le palais Anitchkov (1741-1750) construit par Rastrelli pour le comte Razoumovski et achevé en 1806 par Quarenghi ; à cet endroit, la perspective Nevski enjambe la Fontanka par le pont Anitchkov, décoré des chevaux de bronze de Peter Jacob Clodt.

La perspective aboutit au grand monastère Alexandre Nevski, que domine la cathédrale de la Trinité commencée en 1716 par Trezzini, puis transformée par Ivan Egorovitch Starov (1743-1808). Au nord du monastère, Rastrelli édifia en style baroque, pour l'impératrice Elisabeth, le couvent Smolnyï, terminé vers 1830 par V. P. Stassov conformément aux projets initiaux ; Quarenghi y éleva pour Catherine II l'Institut Smolnyï, qui servit d'état-major lors des journées d'Octobre.

L'aménagement de la pointe de l'île Basile fut confié à Thomas de Thomon, qui y construisit la Bourse (1805-1810) et deux colonnes rostrales décorées de statues représentant la Volga, le Dniepr, le Volkhov, la Neva. De beaux édifices bordent l'île : le Kunstkammer (1718-1734), reconnaissable à sa tour-lanterne bleutée ; l'académie des sciences (1783-1789), de style classique, œuvre de Quarenghi. On peut encore admirer le palais Menchikov (1710-1716), seul hôtel particulier intact de cette époque, et le bâtiment des Douze-Collèges (1722-1742), de Trezzini, par la suite université.

De nombreuses propriétés furent aménagées dans les environs de la ville. Pierre le Grand rêvait d'avoir son Versailles. En 1715, le Français Alexandre Leblond (1679-1719) lui construisit à Peterhof (Petrodvorets) une résidence d'été, agrandie (1747-1752) par Rastrelli ; dans le parc, agrémenté de fontaines, de cascades et de statues, s'élèvent plusieurs petits palais, comme le château de Marly, celui de Montplaisir, le pavillon de l'Ermitage. À Tsarskoïe Selo (Pouchkine), Rastrelli édifia pour l'impératrice Elisabeth un palais (1752-1761) que Catherine II transforma en résidence d'été ; l'intérieur fut refait en style pompéien par l'Écossais Charles Cameron (vers 1740-1812). Quarenghi bâtit dans la même ville le palais Alexandre (1792-1796), qui, à partir de 1811, servira de lycée. C'est à Gatchina, dans le château (1766-1781) élevé par Antonio Rinaldi pour le comte Orlov, que Paul Ier établira sa cour. Charles Cameron construisit le château de Pavlovsk (1782-1786), dont le parc est un des plus beaux de Russie.

De l'époque soviétique datent les larges avenues bordées d'immeubles, les places et monuments dédiés aux révolutionnaires, des édifices comme le théâtre du Komsomol Lénine (1933-1939) ou le théâtre de la Jeunesse (1962).

LES MUSÉES DE SAINT-PÉTERSBOURG

La ville compte de nombreux musées, au premier rang desquels l'Ermitage. Riche d'environ 2 700 000 objets d'art, de la préhistoire au xxe s., c'est un des plus grands musées du monde. Ses collections de peintures françaises (de Poussin à Matisse, avec un très riche ensemble du xviiie s.) sont particulièrement remarquables.

Il faut signaler également le Musée russe (collections d'art russe du xiie s. au xxe s.), le Musée ethnographique (art et artisanat populaire des peuples de l'ex-U.R.S.S.), le musée de la Littérature, le musée de la Marine (dans l'ancienne Bourse), le musée Mendeleïev.