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vison

Vison
Vison

La fourrure du vison le protège des températures froides de l'hémisphère Nord. Elle constitue également un remarquable isolant lorsque ce redoutable carnassier plonge dans les eaux des ruisseaux et des marais en quête de proies.

Introduction

Cousin du putois, de l'hermine et de la fouine, le vison est un mammifère carnivore d'une famille de chasseurs : les mustélidés, dont les plus anciens fossiles retrouvés remontent à une trentaine de millions d'années. Mais, si les paléontologues sont sûrs de l'ancienneté de la famille, il leur est plus difficile de préciser ses filiations. D'autant que la rareté des fossiles découverts en Europe laisse planer une totale incertitude quant à la date d'apparition de l'espèce européenne.

On a longtemps pensé que le vison d'Amérique et le vison d'Europe, d'apparence presque identique, avaient une origine commune – les deux espèces étaient alors classées dans le même genre, Mustela (Mustela vison pour le vison d'Amérique et Mustela lutreola pour le vison d'Europe). Selon cette théorie, il y a 1,5 million d'années, des visons d'Amérique du Nord auraient envahi l'Eurasie en passant par le détroit de Béring, qui n'était pas encore ouvert, et les deux espèces auraient ensuite évolué, l'une en Amérique du Nord, l'autre dans l'ouest de l'Europe, qu'elle aurait gagné à partir de la Sibérie.

Mais cette hypothèse a été battue en brèche par des recherches sur la systématique des animaux de la famille des mustélidés, sur la base d'analyses de la morphologie crânienne, des caryotypes (formules chromosomiques) et des caractéristiques immunologiques. De cela il est ressorti que les deux espèces de vison sont assez éloignées l'une de l'autre, et le vison d'Amérique a été déplacé dans le genre Neovison.

La ressemblance entre le vison d'Amérique (Neovison vison) et le vison d'Europe (Mustela lutreola) serait ainsi seulement le résultat d'une évolution convergente due au même mode de vie dans deux aires de répartition distinctes, toutes deux situées au sud de la partie de l'hémisphère Nord recouverte par les glaciers quaternaires.

Aujourd'hui, si le vison d'Europe compte parmi les espèces les plus menacées, le vison sauvage d'Amérique est encore très répandu. Des animaux échappés des élevages américains ont même constitué des populations en Europe, où ils sont redevenus sauvages.

La vie du vison

Un solitaire plutôt sédentaire

Le vison est un animal solitaire qui ne recherche ses congénères que pour se reproduire. Chaque mâle adulte s'adjuge un territoire dont il défend vigoureusement l'accès à tout autre mâle de son espèce. Ce territoire peut atteindre 5 kilomètres de diamètre, mais il est le plus souvent de forme linéaire, car les visons concentrent leur activité le long des cours d'eau. Il fait alors de 2 à 5 kilomètres de long.

À l'intérieur de cet espace défendu par un mâle vivent une ou plusieurs femelles qui ont chacune un domaine plus petit et bien délimité, de l'ordre de 8 à 20 ha. Elles aussi se montrent agressives à l'égard des mâles étrangers. Le vison marque son territoire grâce aux sécrétions odorantes de ses glandes anales, et en déposant ses excréments en divers endroits légèrement surélevés. Ses fèces sont difficiles à distinguer de celles du putois, mais sont plus consistantes et plus cylindriques (de 6 à 8 cm de long et de 5 à 8 mm de diamètre) que celles de la loutre.

Un riche propriétaire

Chaque vison possède de 2 à 10 gîtes (6 en moyenne) qu'il utilise alternativement. Il creuse rarement son terrier et occupe plutôt des cavités naturelles ou artificielles, ou encore des terriers abandonnés par d'autres espèces. En bordure de mer, il s'abrite souvent entre deux blocs rocheux.

En général, son terrier est situé à quelques mètres d'un cours d'eau, d'un marais ou d'un lac. De une à cinq ouvertures débouchent à la surface, mais aucune sous l'eau. Habituellement, les galeries ne s'ouvrent pas directement sur la berge mais un peu en retrait. La chambre principale, plus ou moins éloignée de l'entrée, est de forme variée (le plus souvent ovale) et mesure environ 15 cm × 25 cm. Elle n'est donc pas très spacieuse, pour un mammifère long de 50 à 70 cm. Le sol est garni de feuilles et d'herbes sèches, agrémentées de poils et de plumes.

Un animal sans cesse en activité

Le vison d'Amérique n'hiberne pas : il est actif toute l'année. Plutôt nocturne, il sort généralement dès le coucher du soleil. Mais on peut aussi le rencontrer le jour, notamment en hiver.

L'activité des femelles varie en période de reproduction : elle diminue au cours de la gestation et augmente en période de nourrissage des jeunes. Tout dépend de l'état physiologique de l'animal, des conditions climatiques et de la disponibilité en nourriture. Quand un vison réussit à attraper un lapin, repas plantureux pour lui, il peut rester deux ou trois jours au gîte.

Le vison se déplace beaucoup à terre, mais il est également à l'aise dans l'eau. À terre, son allure normale est le galop, comme chez la plupart des mustélidés. Il a alors le dos arqué et il laisse des empreintes groupées (de 3 à 4 cm de long et de 3 à 4,5 cm de large) de ses quatre pieds, distantes d'une quarantaine de centimètres. Son allure est toutefois moins rapide que celle du putois.

Pour chasser, le vison ne se déplace généralement que sur de courtes distances, entre quelques « centres d'activités » du territoire particulièrement bien pourvus en proies. Mais il parcourt aussi régulièrement l'ensemble de son territoire pour repérer d'autres concentrations de proies éventuelles et pour retrouver les femelles au moment du rut.

Pendant l'hiver, si une couche de glace rend la chasse difficile sur leurs plans d'eau habituels, il arrive que les visons quittent leur domaine pour gagner les berges de rivières restées libres. Faisant taire provisoirement leur agressivité naturelle, plusieurs individus peuvent même s'y retrouver ensemble.

Un petit carnivore dont la morsure est fatale

Pour se nourrir, le vison n'est pas difficile : il consomme de préférence les animaux les plus abondants et les plus accessibles. C'est un opportuniste : son régime varie en fonction des saisons et selon les zones d'observation. En hiver, il s'attaque plutôt aux poissons, mais ne mange guère d'écrevisses ni d'amphibiens, alors tapis dans leurs trous. En été, au contraire, les écrevisses constituent l'essentiel de son alimentation, en Europe du moins. Quant aux amphibiens, il s'en nourrit surtout à l'automne et au printemps. Figurent aussi à son menu des mammifères, surtout des rongeurs, quelques oiseaux, et, si l'occasion se présente, des insectes ou des reptiles.

Des proies de toute nature

Comme les autres mustélidés (belette, hermine), le vison d'Amérique tue sa proie en la mordant à la partie supérieure du cou ou à la veine jugulaire. Mais il s'attaque rarement à une proie plus grande qu'un rat musqué ou un canard. Quand il a capturé un gros rat, le vison pratique sur le dos ou le côté du corps de sa proie une ouverture par laquelle il retire la chair et les côtes. Puis il dépouille l'animal en extrayant la tête et l'arrière-train par ce même trou. En ce qui concerne les volailles, le vison dévore d'ordinaire la tête et la poitrine.

En Amérique du Nord, le vison exerce une prédation non négligeable sur le rat musqué. Mais, selon les résultats de leurs observations, les différents auteurs ne sont pas d'accord sur l'importance de cette prédation. Il semble néanmoins que le vison ne s'attaque guère aux adultes sédentaires mais plutôt aux jeunes en surnombre ; cette prédation est faible du début de l'automne à la fin de l'hiver et nettement plus accentuée au début du printemps. Le vison se nourrit aussi d'animaux déjà morts de maladie ou tués par le trafic routier, par exemple.

En Europe de l'Est, il a été observé à plusieurs reprises des réserves de poissons entreposées par des visons d'Europe sous les racines d'un arbre ou sous des touffes d'herbe, à plusieurs dizaines de centimètres de profondeur. C'est un comportement que pratiquent la plupart des mustélidés quand les proies sont abondantes, et il est probable que ce soit également le cas du vison d'Amérique.

Moins bon marcheur que le putois, mais meilleur nageur

Le vison d'Amérique vit à la fois sur terre et dans l'eau. Comparé au putois, le vison a des pattes plus courtes, ce qui en fait un moins bon marcheur. Contrairement à la plupart des mammifères semi-aquatiques, il est beaucoup moins bien adapté à la vie dans l'eau. Les seules adaptations manifestes sont l'existence d'une petite palmure au niveau des pieds postérieurs, ce qui en fait un meilleur nageur que le putois, et la densité du pelage.

Le vison a une fourrure très dense, douce, épaisse et imperméable. Cette fourrure, toujours brillante, est constituée d'une bourre (ou duvet) très épaisse aux poils fins et serrés, parsemée de poils de jarre plus longs et plus raides. Ce pelage retient les bulles d'air et empêche la peau de se mouiller. Le pelage d'hiver est un peu plus long et plus soyeux que celui de l'été. Il fait son apparition en automne pour se maintenir tout l'hiver et parfois une partie du printemps.

Des plongeons toujours bien ciblés

Le vison n'est pas parfaitement adapté à la vie dans l'eau. En général, lorsqu'on relâche un vison captif, il s'éloigne vers un fourré ou, s'il va dans l'eau, il se contente de nager en surface et ne plonge pas immédiatement.

La vision de l'animal en plongée est assez médiocre, et sa capacité pulmonaire relativement faible ne lui permet pas des apnées prolongées. Aussi lui arrive-t-il souvent de repérer à vue sa proie depuis la berge, avant de plonger et de se lancer dans une poursuite qui ne peut être que brève.

Lorsqu'il nage en surface, le vison a le corps à moitié sorti de l'eau, mais, dès qu'il perçoit un danger, l'animal plonge pour réapparaître 10 ou 20 m plus loin. En surface, le vison se propulse surtout avec ses membres postérieurs. En revanche, lorsqu'il est entre deux eaux, il actionne successivement ses quatre membres. La queue n'intervient pas, ni comme gouvernail ni pour aider à la propulsion par des mouvements ondulatoires.

La vitesse de nage du vison a été évaluée à 46 cm/s en activité de recherche et à 54 cm/s lorsqu'il poursuit une proie. Celle des poissons est en général beaucoup plus élevée (89 cm/s pour un vairon en fuite) et leur laisse donc toutes les chances de pouvoir s'échapper.

Des petits seuls avec leur mère

La plupart des études concernant la reproduction du vison ont été effectuées sur des animaux en captivité, mais les travaux de l'Anglais G.B. Corbet montrent une assez grande concordance entre ces observations et celles que ce spécialiste a menées en Europe sur des populations de visons d'Amérique échappées d'élevages et redevenues sauvages.

Mâles et femelles ne se rencontrent qu'à l'époque du rut, c'est-à-dire au début du printemps, de la fin du mois de février jusqu'au mois d'avril, un peu plus tard dans la partie nord de l'aire de répartition que dans la partie sud, et, en tout cas, au moment où la glace commence à fondre et les rivières à couler. L'augmentation de la durée du jour, et par conséquent de celle de la lumière, déclenche l'œstrus chez les femelles (la lumière exerce au contraire un effet inhibiteur sur le développement testiculaire des mâles). Repérant celles-ci à l'odeur, les mâles en rut (pendant 30 à 45 jours) se mettent en quête de partenaires. Il arrive parfois que deux ou trois mâles poursuivent une même femelle et combattent pour la conquérir. Mais, le plus souvent, le regroupement par couples s'opère sans problème.

Une implantation différée

L'accouplement provoque l'ovulation chez la femelle. Il faut ensuite attendre de 45 à 70 jours pour que naissent les jeunes. Mais la durée de gestation vraie, c'est-à-dire celle du développement embryonnaire après implantation de l'œuf fécondé dans la paroi utérine, est seulement de 28 à 33 jours.

Dès qu'elle attend des petits, la femelle se sépare du mâle et gagne son gîte, où aura lieu la mise-bas. Les naissances se produisent de la fin d'avril, au début de mai. Le nombre de jeunes est relativement élevé puisqu'on en a compté jusqu'à 17 dans une portée née en captivité. Mais, en moyenne, on dénombre entre 4 et 6 petits, aussi bien dans leur territoire d'origine en Amérique du Nord que chez les visons d'Amérique évadés d'élevages et fixés dans la nature en Europe.

La femelle peut avoir une seconde portée si la première a été conçue au tout début de la période de reproduction ou si elle a été détruite. Ce phénomène a été noté chez le vison d'Europe, mais n'a pas été observé de manière certaine chez le vison d'Amérique.

Une croissance très rapide

À la naissance, les jeunes ne pèsent qu'une dizaine de grammes. Leur peau est nue et leurs yeux sont aveugles. Ils ne s'ouvriront que de trois semaines à un mois plus tard. La croissance est particulièrement rapide. Pourvus de leurs premières dents vers trois ou quatre semaines, les visons commencent dès lors à consommer quelques aliments solides. Vers la septième semaine, ils atteignent déjà 40 % environ de la taille des adultes. À huit semaines, le sevrage est complet, et les petits peuvent sortir du terrier.

Dès qu'arrive le mois de juillet, les familles se séparent. Les jeunes mâles partent les premiers et vont s'établir hors du territoire des adultes. Les jeunes femelles peuvent éventuellement rester jusqu'au printemps suivant dans le domaine de leur mère.

En captivité, le vison d'Amérique peut vivre de huit à dix ans, mais dans la nature, bien entendu, sa durée de vie est beaucoup plus faible, du fait des maladies, des parasites, des concurrents et des prédateurs, l'homme compris. En Amérique comme en Europe, des recherches ont montré que les populations de visons sauvages d'Amérique subissaient un renouvellement presque complet en trois ans.

Pour tout savoir sur le vison

Vison d'Amérique (Neovison vison)

Le vison d'Amérique a la silhouette typique des mustélidés, c'est-à-dire un corps allongé porté par des pattes courtes, une tête petite et plate, sans cou particulièrement apparent, et une queue touffue qui mesure un peu moins de la moitié de la longueur totale de l'animal.

La fourrure du vison sauvage d'Amérique a une coloration presque uniforme d'un brun chocolat très foncé, presque noir. Les flancs et le ventre sont à peine plus clairs que le dos. Seuls viennent interrompre cette uniformité un liseré blanc pur à la lèvre inférieure et, parfois, quelques taches blanches de forme et de dimension variables sous le cou, sur la poitrine et sur le ventre.

Il est difficile de savoir quelles sont réellement dans la nature la ou les couleurs des visons d'Amérique, vu le nombre d'individus échappés des élevages et redevenus sauvages. En effet, les mutations de couleurs sont très fréquentes chez cette espèce, et les éleveurs ont fait des sélections pour obtenir des peaux allant du noir au blanc. On trouve ainsi des visons « argentés », avec des poils de jarre blanc pur plus ou moins nombreux ; des visons « platine », qui sont un mélange de blanc et de noir ; des visons « sable », brun clair et bruns ; des visons « pastel », brun clair au sous-poil gris-bleu ; des visons « croisés », blancs ou gris clair avec des bandes en croix sur les épaules ; des visons blanc pur et des visons bleutés, ou « saphir ». Mais on ne sait pas s'il existe dans la nature une contre-sélection tendant à éliminer les individus aux couleurs aberrantes.

La fourrure sert au vison à se protéger du froid (certaines populations vivent jusqu'au nord du Canada) et, en emprisonnant des bulles d'air entre les poils, à se garantir de l'eau quand il nage. L'animal mue deux fois par an, mais le pelage d'hiver est à peine différent de celui d'été ; il est simplement un peu plus dense et plus soyeux en période de froid.

La queue est de la même couleur que le corps, mais elle est pourvue d'une fourrure moins dense. Elle est touffue, mais son pinceau terminal n'est pas très développé. Elle est à peine plus mince près du corps qu'à l'extrémité. Peu musculeuse, elle ne sert pas vraiment pour la nage.

Comme tous les mammifères qui ont un nombre important de jeunes par portée, le vison américain a huit mamelles.

Le vison possède des poches anales riches en glandes qui débouchent dans l'anus et dont les sécrétions sont fortement odorantes.

Le vison d'Amérique semble jouir d'une assez bonne acuité visuelle et être capable de distinguer les couleurs. Mais sa vision est moins efficace dans l'eau. L'importance relative des autres sens n'a pas été étudiée. Le répertoire vocal rappelle beaucoup celui du putois : grognements divers si on l'excite, cris aigus et discordants quand on le saisit.

Environ une quinzaine de sous-espèces de visons d'Amérique sauvages ont été décrites. Mais il est difficile de les considérer toutes comme valables, car les distinctions sont, pour la plupart, fondées sur les différences de couleur, caractère fréquemment susceptible de mutation. Et, d'autre part, les animaux échappés d'élevages ont pu créer des mélanges successifs de populations d'origines différentes.

VISON D'AMÉRIQUE

Nom (genre, espèce) :

Neovison vison

Famille :

Mustélidés

Ordre :

Carnivores

Classe :

Mammifères

Identification :

Corps fuselé ; pattes courtes ; pelage brun uniforme ; liseré blanc sur la lèvre inférieure ; queue touffue

Taille :

Tête et corps : de 40 à 50 cm ; queue : de 15 à 25 cm

Poids :

Environ 1 kg ; les femelles sont un peu moins lourdes que les mâles

Répartition :

Amérique du Nord, du sud des États-Unis au cercle polaire. Des visons échappés d'élevages ont constitué des populations redevenues sauvages en Europe

Habitat :

Zones boisées, le long des rivières et des plans d'eau

Régime alimentaire :

Carnivore strict

Structure sociale :

Vit en solitaire

Maturité sexuelle :

À 10 mois

Saison de reproduction :

Accouplement en hiver, naissance au printemps

Durée de gestation :

De 45 à 70 jours ; implantation différée

Nombre de jeunes par portée :

De 4 à 6 en moyenne, pesant 10 g à la naissance

Longévité :

Moyenne : entre 8 et 10 ans en captivité

Effectifs, tendances :

Populations redevenues sauvages en Europe en augmentation

Statut :

Espèce invasive en France et dans toute l'Europe ; chassée pour sa fourrure en Amérique du Nord et dans certaines régions d'Europe orientale

 

Vison d'Europe (Mustela lutreola)

Le vison d'Europe, Mustela lutreola, compte parmi les espèces de mammifères les plus menacées en Europe. En effet, il s'est beaucoup raréfié, tant à cause de la disparition des sites naturels qu'en raison des massacres dont il a été l'objet jadis. Aujourd'hui, on préfère la fourrure de son cousin américain, Mustela vison, élevé en captivité. Son aire de répartition, autrefois continue, est aujourd'hui réduite à moins de 20 % de ce qu'elle était et est scindée en deux blocs très éloignés l'un de l'autre : d'un côté, un îlot sur la façade atlantique de l'Europe occidentale (nord de l'Espagne et sud-ouest de la France), et, de l'autre, les pays Baltes, l'Ukraine, le nord de la Russie et la Roumanie. La limite orientale se situe au-delà de l'Oural. Au cours du xxe siècle, Mustela Lutreola a disparu de Finlande, de Pologne et de toute l'Europe moyenne.

Le vison d'Europe ressemble beaucoup à son cousin d'Amérique, en légèrement plus petit et en moins lourd (de 650 à 950 g pour un adulte). Les mâles sont un peu plus grands que les femelles. La fourrure est souvent un peu plus claire et moins soyeuse que celle du vison américain. Le vison d'Europe se reconnaît aussi à son petit liseré blanc pur bordant la lèvre supérieure, à sa petite tache blanche, fréquente sur la poitrine (observée sur 10 % des animaux en France et sur 50 % d'entre eux en Europe septentrionale et orientale) et à l'absence de toute tache blanche sur le ventre.

Le vison d'Europe se confond facilement avec le putois, même si ce dernier a le ventre plus foncé, ne possède pas de taches sur la face intérieure du corps et est doté d'une fourrure plus jaunâtre sur la tête et le dos.

De nombreuses sous-espèces de visons d'Europe ont été décrites, le plus souvent d'après la coloration. Les mammalogistes sont d'accord pour en retenir sept. En fait, l'espèce paraît fondamentalement homogène sur l'ensemble de son aire de répartition, sauf pour ce qui est de la tache blanche pectorale, plus fréquente à l'est qu'à l'ouest. Il est toutefois possible qu'il existe des adaptations écologiques et physiologiques un peu différentes entre les deux groupes de population vivant sous des climats très différents. Ce phénomène ne peut que s'accentuer depuis que ces deux groupes n'ont plus aucune relation.

Espèce semi-aquatique comme le vison d'Amérique, le vison d'Europe habite en bordure de plans d'eau et de cours d'eau forestiers, dans des terriers qu'il aménage à ses mesures. On peut aussi le rencontrer dans des roselières, des arbres creux et même des amoncellements de bois flottants.

Son régime alimentaire ne diffère pas beaucoup de celui de son cousin du Nouveau Monde et comporte une majorité de mammifères. En France, il se nourrit surtout d'espèces qui vivent au bord de l'eau (jeunes ragondins, rats musqués, campagnols amphibies) ou dans la végétation des berges (divers rongeurs, taupes). Il mange aussi, mais en quantité moindre, des oiseaux, des amphibiens (grenouilles) et des poissons. Le vison d'Europe est un prédateur opportuniste qui chasse sans doute davantage au voisinage de la berge que dans l'eau. Il ne semble pas se livrer à des carnages dans les poulaillers comme cela a été signalé pour les visons américains échappés d'élevages.

Les visons d'Europe orientale ont le même régime alimentaire que leurs congénères de l'Ouest, avec, toutefois, une plus grande part de poissons. En cas d'abondance, ces animaux peuvent faire des réserves de nourriture.

Le vison d'Europe vit en solitaire, sort au crépuscule et la nuit, et ne pratique pas l'hibernation. Les modalités de sa reproduction sont sensiblement les mêmes que celles du vison d'Amérique avec toutefois un léger retard de la période de rut et une fécondité plus faible. La période d'accouplement débute en janvier en France, de février à avril en Europe de l'Est.

Du fait du phénomène d'implantation différée, la gestation peut durer de 35 à 72 jours. Le nombre de jeunes par portée varie de 2 à 7, avec une moyenne de 4,7. La mise-bas a lieu en avril-mai, et, comme chez le vison d'Amérique, la mère élève seule ses jeunes jusqu'à l'émancipation complète.

Les sous-espèces

On reconnaît sept sous-espèces de vison d'Europe, dont certaines sont sans doute déjà éteintes :

Mustela lutreola lutreola en Finlande ;

Mustela lutreola cylipena au nord-ouest de la Russie ;

Mustela lutreola biedermanni en France ;

Mustela lutreola transsylvanica en Roumanie ;

Mustela lutreola turovi au nord du Caucase ;

Mustela lutreola novikovi dans la région de Moscou ;

Mustela lutreola binominata dans le Caucase.

Signes particuliers

Tête

Hormis un petit liseré blanc pur à la lèvre inférieure (le vison d'Europe possède ce liseré aux deux lèvres), la couleur de la face est la même que celle du reste du corps. Les yeux sont petits, arrondis et foncés. Les oreilles sont, elles aussi, rondes, petites (de 15 à 20 mm de hauteur) et se distinguent mal dans les longs poils de la fourrure. Les vibrisses (longs poils sensoriels formant une moustache et des sourcils) sont très nombreuses aux commissures des lèvres, mais on en trouve aussi au-dessus des yeux.

Pattes

Les pattes sont courtes comme chez tous les représentants de la famille des mustélidés, ce qui ne fait pas des visons des « marcheurs » particulièrement remarquables. Elles ont la même couleur que le reste du corps. Les pieds et les mains sont terminés par des ongles solides, foncés. Cependant, ces « griffes » n'étant pas rétractiles, elles s'usent rapidement et ont donc des extrémités émoussées. Sur le dessous des pieds se trouvent des callosités nues, de couleur foncée. Les doigts sont réunis par une palmure relativement peu développée aux mains, un peu plus nette aux pieds postérieurs et qui favorise la propulsion de l'animal dans l'eau.

Crâne

Le crâne du vison d'Amérique est typique des représentants de la famille des mustélidés. En effet, la crête sagittale, au sommet du crâne, est modérément développée, tandis que la crête occipitale, à l'arrière, est, au contraire, nettement plus puissante. Les bulles tympaniques ont une forme d'amande. Dans sa plus grande longueur, le crâne mesure de 60 à 70 mm, et dans sa plus grande largeur de 35 à 40 mm.

Dents

Le vison d'Amérique a des canines très développées et pointues qui lui permettent de tuer ses proies. Pour déchiqueter et mâcher la chair, ses molaires sont fortes et tranchantes. Seules ses incisives sont petites mais très coupantes. En tout, l'animal adulte possède 34 dents, soit de chaque côté : 3 incisives en haut et en bas, 1 canine en haut et en bas, 3 prémolaires en haut et en bas, mais 1 seule molaire en haut et 2 molaires en bas.

Milieu naturel et écologie

Le vison d'Amérique habite le Nouveau Monde depuis le cercle polaire, au nord, jusqu'à l'Arizona, le sud de la Californie, le Nouveau-Mexique et la Floride, au sud. Il a été importé en Europe dans le but d'être élevé en captivité pour sa fourrure. Depuis que de nombreux individus se sont échappés des fermes d'élevage, l'espèce a aussi colonisé en quelques décennies une grande partie de l'Europe et de l'Asie du Nord.

Primitivement, le vison d'Europe se rencontrait de l'Atlantique à l'Oural (et même un peu au-delà), en Sibérie nord-occidentale, jusqu'à la vallée de l'Ob. On le rencontrait ainsi dans toute l'Europe moyenne et orientale, à l'exception de la zone méditerranéenne, de la Grande-Bretagne et des pays scandinaves, sauf la Finlande. Mais, au fil des années, son aire de répartition n'a cessé de s'amenuiser, avant même que le vison d'Amérique ne prenne pied dans l'Ancien Monde. Vers 1990, le territoire de l'ex-URSS ne comptait plus que de 40 000 à 45 000 visons d'Europe, surtout dans le Caucase et au voisinage de la mer Baltique. Au milieu des années 2000, la population totale de visons d'Europe représentait moins de la moitié de ce chiffre (elle était estimée à environ 20 000 individus), et elle continue de décroître de façon alarmante. Cependant, l'espèce est protégée dans de nombreuses réserves naturelles.

C'est seulement en 1831, en France, que l'on signale la présence du premier vison d'Europe dans la partie occidentale de son aire de répartition. D'après les recherches systématiques menées alors, l'espèce se rencontrait en Normandie, dans le Bassin parisien, les pays de Loire et jusque dans le Massif central, les Vosges et peut-être le Jura. C'est dans les départements bordant l'Atlantique que les populations étaient les plus denses. C'est là qu'elles se sont maintenues jusqu'à nos jours. En 2006, on dénombrait quelques centaines de visons d'Europe dans le sud-ouest du pays.

Il faut attendre 1951 pour que soit repéré le premier vison d'Europe en Espagne. Il s'y rencontre dans le nord du pays, en bordure de l'Atlantique, c'est-à-dire dans les provinces basques et la Navarre, ainsi que dans la vallée de l'Èbre jusqu'aux abords de la Méditerranée. En 2006, la population espagnole de visons d'Europe était comprise entre 500 et 1 000 individus.

Un amateur de cours d'eaux forestiers

Le vison d'Amérique sauvage ou féral (redevenu sauvage) se rencontre au voisinage des rivières petites ou moyennes, des ruisseaux, torrents, lacs, marais et canaux. Il semble préférer les berges densément boisées. On a pu constater, par exemple, une corrélation entre la répartition des visons et l'abondance de saules têtards, qui peuvent leur fournir des gîtes. L'espèce a également été signalée en bordure de mer et non loin des lieux habités.

Le vison d'Europe fréquente à peu près les mêmes milieux, avec toutefois un peu moins d'éclectisme et davantage d'attachement à la présence de l'eau. Il habite aussi des milieux relativement découverts, en France du moins. Dans l'est de l'Europe, on le rencontre souvent sur les rives inondables des grands fleuves et dans les grands marais. On peut parfois trouver l'animal au voisinage des habitations et dans les îles des deltas près de la Baltique, ce qui tend à prouver qu'il ne craint pas les eaux saumâtres.

L'impact sur la faune

L'introduction du vison d'Amérique en Europe a des impacts non négligeables sur les écosystèmes locaux. Notamment, des études menées en Grande-Bretagne ont montré qu'il détruit les oiseaux qui nichent à terre, comme les sternes. Il est aussi un vecteur d'une maladie virale affectant les mustélidés, la maladie aléoutienne. De plus, le vison d'Amérique, occupant une niche écologique similaire à celle du vison d'Europe, contribue, en tant que compétiteur, à la raréfaction de ce dernier.

Une domination flagrante

Espèce plus adaptable, plus opportuniste en matière de nourriture (il peut s'attaquer aux oiseaux d'eau, foulques et canards, et même se rabattre sur les volailles s'il en trouve à sa disposition), plus féconde et surtout plus précoce en matière de reproduction, le vison d'Amérique tend à évincer son cousin d'Europe. En Sibérie, par exemple, où le rut se manifeste en février-mars pour l'espèce américaine férale et en mars-avril chez l'espèce européenne, ce sont les mâles américains qui couvrent les premiers les femelles européennes. Comme il s'agit de deux espèces distinctes, l'embryon ne peut se développer complètement, et la femelle avorte, ce qui la rend inapte à la reproduction pour toute l'année en cours.

Le vison et l'homme

Une beauté qui lui coûte cher

Traqué, chassé, impitoyablement persécuté, le vison d'Europe a bien failli disparaître totalement de nos contrées. L'élevage en captivité du vison américain, dans le but d'exploiter sa fourrure, a donc « sauvé la peau » de son cousin... aujourd'hui menacé par la destruction de son habitat et la concurrence écologique que lui font les visons d'Amérique échappés des élevages.

Une « petite loutre puante »

Le mot « vison » vient du latin vissi, qui signifie puanteur (de vissire « vesser », « péter »). ,En Finlande, l'animal s'appelle tuhcuri, dans les pays anglo-saxons mink, en Allemagne Nerz ou Sumpfotter. Les pelletiers du Nord le nomment Moenk. Le vison porte encore bien d'autres noms, différents suivant les régions mais qui, pour la plupart, rappellent sa vie aquatique ou son écologie voisine de celle de la loutre : par exemple marsh otter (loutre des marais) en Angleterre ou Wasserwiesel (belette d'eau) en Allemagne. En France, on l'a longtemps appelé « putois d'eau », « vison du Poitou » ou « petite loutre ». Ces dénominations montrent que nos ancêtres distinguaient sans doute le vison des autres mustélidés, alors que les zoologistes n'avaient pas encore admis son appartenance à une espèce particulière. Les scientifiques eux-mêmes le baptisèrent Lutra minor (petite loutre) ou Foetorius lutreola (petite loutre puante).

Des noms scientifiques actuels, celui de l'espèce européenne, Mustela lutreola, insiste sur l'aspect de petite loutre ; celui de l'espèce américaine, Neovison vison (précédemment inclus dans le genre Mustela comme le vison d'Europe, le vison d'Amérique a aujourd'hui son propre genre, Neovison), met l'accent sur les mauvaises odeurs qui caractérisent l'animal.

Menaces sur l'espèce

Si le vison d'Europe est protégé, le vison d'Amérique peut être chassé dans son pays d'origine, mais aussi là où il s'est implanté en Europe. Le vison d'Amérique est traqué non seulement pour sa peau, mais aussi pour éviter les dégâts qu'il commet dans les poulaillers, sur le gibier d'eau ou sur les poissons dans les zones de pisciculture (toutes prédations auxquelles il serait sans doute possible de remédier par un renforcement des clôtures). Or, il n'existe pas de pièges sélectifs, et le vison d'Amérique, le vison d'Europe et le putois sont très semblables d'aspect. Il existe donc des risques de confusion et de destruction de visons d'Europe, qui appartiennent à une espèce menacée et protégée. C'est la raison pour laquelle, en France, la chasse n'est pas autorisée pour ces espèces : seul le piégeage est permis et l'animal doit être soumis, avant destruction, à vérification et autorisation par une instance habilitée.

Il arrive aussi qu'un vison de l'une ou l'autre espèce soit éliminé par un piège destiné à un autre animal. C'est le cas en particulier avec les nasses placées dans l'eau pour détruire les rats musqués : le vison y pénètre et s'y noie.

Les campagnes d'empoisonnement des rongeurs, notamment du ragondin et du rat musqué, sont également dangereuses pour le vison : celui-ci peut mourir d'avoir consommé un campagnol ou une autre proie qui ont eux-mêmes ingéré des grains empoisonnés (par des substances anticoagulantes). Cette pratique tend d'ailleurs à disparaître en raison des dégâts qu'elle cause aux écosystèmes.

Hormis les périodes de froid soudaines et accentuées ainsi que la concurrence avec la loutre et le putois, les principales causes de disparition du vison sauvage sont toutes plus ou moins sous le contrôle de l'homme. Deux des plus graves sont la destruction de la ripisilve (arbustes du bord des cours d'eau) et la réduction des zones humides. L'aménagement des rives et surtout le débroussaillage ont un effet nettement négatif : le vison ne peut plus assurer la protection de son terrier ni chasser les petits rongeurs le long des berges. L'empoisonnement des proies (rongeurs par les rodenticides, poissons par les résidus organochlorés qui polluent les cours d'eau) diminue la masse de nourriture disponible.

À ceci s'ajoute, pour le vison d'Europe, la concurrence du vison d'Amérique, qui occupe la même niche écologique.

La protection du vison d'Europe

Le vison d'Europe est protégé dans toute l'Union européenne ; il est inscrit à l'Annexe II de la Convention de Berne, qui liste les espèces de vertébrés strictement protégées. Il est aussi inscrit à l'Annexe II de la Directive européenne Habitats-Faune-Flore, c'est-à-dire les espèces pour lesquelles des zones spéciales de conservation sont nécessaires.

Le vison d'Europe est aussi protégé au niveau national en France et en Espagne, où ses populations, résiduelles, sont très menacées. Dans ces deux pays, il fait l'objet de diverses mesures vivant à sa protection et à sa restauration : étude de l'aire de répartition exacte pour protéger les milieux où l'animal se reproduit encore, études précises de son mode de vie (expériences de radiopistage notamment) afin de mieux connaître ses besoins ; élevages en captivité dans divers zoos afin de servir de réservoir génétique et de renforcer les populations à faible densité par réintroduction dans la nature ; protection de l'espèce indigène face aux animaux américains échappés d'élevage et contrôle des élevages de visons d'Amérique (renforcement de l'« étanchéité » de ces élevages).

En France, le vison d'Europe a fait l'objet d'un plan de restauration de 1999 à 2003, qui n'est pas parvenu à contrer la régression de l'espèce ; un second plan a été mis en place sur la période 2007-2011, dont l'objectif est « de stopper le déclin de la population en France et de permettre la recolonisation de l'espèce dans le grand Sud-Ouest. »

Le vison d'Amérique : sa beauté lui vaut la captivité

Sa fourrure, nettement plus belle que celle du vison d'Europe, a fait du vison d'Amérique un animal excessivement recherché. Craignant de voir l'espèce se raréfier par suite d'une pression de chasse trop forte, les États-Unis ont limité la saison de piégeage, de même que le Canada.

Toutefois, les fourreurs utilisent de moins en moins de peaux d'animaux sauvages. Par une charte de la Fourrure, signée le 4 novembre 1976, les fourreurs français se sont engagés à ne plus utiliser que des animaux d'élevage.

L'espèce américaine étant facile à élever en captivité, les fermes d'élevage se sont multipliées, d'abord en Amérique du Nord puis dans divers pays européens.

Des animaux échappés de ces élevages, ayant retrouvé en Europe un climat et des conditions de vie proches de ceux de leur pays d'origine, ont fait rapidement souche dans la nature. Dans certains milieux forestiers, des visons d'Amérique ont même été introduits volontairement afin de créer de nouvelles populations. Ce fut le cas vers 1934 de l'URSS, de la péninsule de Kola, au Kamtchatka, et tout particulièrement dans les pays des Tatars, l'Altaï, la Sibérie orientale et l'Extrême-est.

En France, le vison d'Amérique est classé parmi les espèces chassables (depuis 1987) et susceptibles d'être piégées (1988), mais seulement à l'aide de « boîtes à fauves », afin d'éviter la destruction des espèces protégées et notamment celle du vison d'Europe. Un tel piège permet en effet de capturer l'animal vivant et de le relâcher indemne s'il ne s'agit pas de l'espèce voulue.

Dans les fermes, les visons d'Amérique sont nourris de viandes maigres, d'œufs et surtout de poissons, d'où l'intérêt d'établir ces élevages à proximité de la mer pour en augmenter la rentabilité. Ce sont presque toujours de grands établissements (les plus petits ne sont pas assez rentables).

Chaleur, commerce et luxe

L'homme, depuis toujours, s'est protégé du froid par les fourrures des animaux. La Bible elle-même rapporte que « Dieu fit à Adam et Ève des tuniques de peau et les en vêtit » (Genèse, III, 21). Mais c'est au xie siècle que le commerce de la fourrure devient en France une activité véritablement prospère. Il connaît son plein épanouissement au xvie siècle puis décline. Il faut ensuite attendre la première moitié du xxe siècle pour que revienne en force la mode de la fourrure.

En France, les marchés les plus connus pour la fourrure se trouvaient à Paris et à Lyon, mais il existait aussi en province des foires à la sauvagine à Chalon-sur-Saône, Toulouse, La Rochelle, Clermont-Ferrand, Beaucaire et dans d'autres villes de moindre importance. Chacun pouvait y vendre la peau des animaux qu'il avait pris au piège, ce qui pouvait représenter un profit non négligeable pour les paysans et les petits salariés agricoles. Parmi les putois proposés se glissaient parfois quelques visons. On en voyait encore dans les années qui ont immédiatement suivi la Seconde Guerre mondiale. Ces peaux ont maintenant disparu, comme d'ailleurs les foires à la sauvagine.

Après avoir connu une période très faste, le marché de la fourrure est aujourd'hui en butte aux campagnes organisées en faveur de la protection des animaux et à la concurrence des fourrures synthétiques. Mais le vison est toujours extrêmement recherché. Étant donné qu'il faut en moyenne 70 peaux de vison pour faire un manteau, on ne peut qu'encourager l'élevage : sans lui, il est probable que les visons sauvages auraient actuellement disparu. Nombreuses aussi sont les tentatives d'imitation, notamment à partir du lapin. Mais le vison reste le symbole du luxe : sa brillance, sa souplesse, sa légèreté, sa solidité sont inimitables.

Vison et pollution

La pollution des rivières et les perturbations du milieu aquatique comptent parmi les plus graves menaces qui pèsent sur les populations de visons sauvages. Des travaux d'écotoxicologie ont été entrepris sur des visons d'Amérique en captivité pour étudier les réactions de ceux-ci à divers types de pollution.

Les visons se situent en bout de chaîne alimentaire dans les milieux aquatiques et sont sensibles à divers polluants que peuvent ingérer, voire concentrer, leurs proies (poissons, amphibiens, rongeurs, etc.). La consommation répétée de méthylmercure (utilisé dans les désherbants ou les insecticides) peut entraîner la mort des visons. Ceux-ci sont également très sensibles aux polychlorobiphényles (PCB, dérivés des désherbants) qui s'accumulent dans la matière grasse et entraînent une réduction des naissances, voire la stérilité complète des femelles. L'action des insecticides organochlorés serait moins nocive.

Une espèce invasive

S'il trouve un milieu qui lui convient, le vison d'Amérique échappé d'un élevage peut devenir très envahissant.

En 1937, 100 visons furent relâchés près d'un cours d'eau de Sibérie ; on en comptait 2 000 en 1950, tandis que 300 animaux se faisaient prendre chaque année dans des nasses à poissons ! La question se pose donc de savoir si le vison est susceptible de propager des maladies dangereuses pour l'homme ou ses animaux domestiques.

Des études conduites en élevage ont montré que le vison d'Amérique peut abriter des parasites (filiaires ou cestodes) qui n'ont pas toujours de pouvoirs pathogènes, des virus, des bactéries. L'espèce peut contracter et transmettre la maladie aléoutienne, qui cause un affaiblissement à évolution lente. Cette affection virale a été décrite pour la première fois en 1956 dans des élevages de visons d'Amérique. Touchant à l'origine principalement les visons à pelage bleu (forme aléoutienne), la maladie, transmissible aux mustélidés sauvages, a été dépistée en France pour la première fois en 1968.

Le vison d'Amérique peut aussi transmettre la maladie de Carré (une vaccination préventive évite toute contamination des animaux de compagnie).