production (rapports de)

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la philosophie ».


En allemand : Produktionsverhältnisse.

Politique

Concept économique fondamental de la conception marxienne et marxiste de l'histoire (« matérialisme historique »), qui repose sur la détermination en dernière instance par l'économique.

Le concept de rapports de production est inséparable de celui de forces productives. Forces productives et rapports de production constituent l'infrastructure (ou base) des modes de production.

Il prend son origine dans les réflexions développées par Marx et Engels dès 1845, dans l'Idéologie allemande, sur les « formes de commerce », ou « formes de relations sociales » (Verkehrsformen), qu'entretiennent inévitablement les individus engagés dans un procès de production. Dès l'Idéologie allemande, Marx et Engels insistent sur l'action réciproque des relations sociales et de la production. Aucune production n'est accomplie hors d'un contexte social déterminé et, à l'inverse, « la forme de ces relations est à son tour conditionnée par la production »(1). De cette interaction résulte la dialectique des forces productive et des rapports de production exposée dans la Préface de 1859 à la Critique de l'économie politique. Dans ce texte, les rapports de production apparaissent cependant comme des formes figées qui entravent le développement des forces productives – une contradiction qui ne peut être dépassée qu'en faisant éclater ces formes figées. Quand « les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants [...] s'ouvre une époque de révolution sociale »(2). Cette conception de la révolution est en retrait par rapport à l'idée que les rapports de production déterminent aussi la mise en œuvre et le développement des forces productives.

L'analyse économique développée dans le Capital peut être résumée ainsi : dans le procès de production interviennent le travailleur (producteur direct) et le non-travailleur propriétaire des moyens de production, et éventuellement aussi de la force de travail. Ce dernier, qui est aussi l'organisateur du procès de travail, s'approprie le produit du travail. Il consomme la force de travail en demandant au travailleur de transformer un objet de travail en un produit qui lui revient au terme du procès de travail. Les rapports de production sont donc des rapports d'exploitation. Cette relation prend des formes différentes selon les différents modes de production. La forme économique spécifique de cette exploitation caractérise différentes formes historiques de sociétés de classe(3). Pour ce qui est du mode de production capitaliste, le Capital réfère les rapports de production à la productivité et à la plus-value. Le propriétaire des moyens de production s'approprie également le produit du surtravail (plus-value). Mais dans d'autres modes de production, des rapports non économiques (la parenté dans les sociétés primitives, la politique dans le monde antique, la religion au Moyen Âge) peuvent organiser la production et donc être qualifiés également de rapports de production(4). Quoique à des degrés divers, dans tous les cas de figure, les rapports de production traduisent la coupure entre le travail et la société ; ils sont donc la clef de l'aliénation.

Gérard Raulet

Notes bibliographiques

  • 1 ↑ Marx, K., et Engels, F., l'Idéologie allemande, Éd. sociales, Paris, 1968, p. 46.
  • 2 ↑ Marx, K., Contribution à la critique de l'économie politique, Éd. sociales, Paris, 1972, p. 4.
  • 3 ↑ Marx, K., le Capital, t. III, in Marx-Engels-Werke, Band XIII, Berlin, 1961, t. 25, p. 798.
  • 4 ↑ Marx, K., le Capital, Éd. sociales, Paris, 1983, I, I, pp. 93 sq. (note 33).

→ aliénation, classes, forces productives, mode de production, plus-value, révolution