politique

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la philosophie ».


Du latin politicus, du grec politikos, « de la cité », politeia : « vie de la cité » et aussi « ordre des pouvoirs » ou « constitution ».

Philosophie Générale, Politique

1. Art de gouverner la cité ou l'État. – 2. Le politique : l'ensemble des institutions, l'organisation de l'État, la forme du gouvernement.

La philosophie interroge à plusieurs titres ce qui relève de la ou du politique. Tout d'abord elle questionne et cherche à définir la nature de la politique dont on sait depuis Aristote au moins qu'elle participe de la définition de l'homme. Si « l'homme est par nature politique », alors il s'agit de penser une dépendance du citoyen envers la cité et de montrer que le logos est l'instance du politique. Interroger la nature de la politique c'est s'efforcer de saisir la nature de l'État ou de la cité, c'est comprendre la vie de l'homme en société. Ainsi derrière cette recherche peut-on lire une anthropologie politique.

S'ajoute une interrogation sur la fin de la politique : l'on montrera alors que la tâche de la politique est d'assurer le Souverain Bien : celui-ci, d'après Aristote, ne peut être obtenu que s'il y a réalisation de la justice dans la cité. La fin de la politique de ce point de vue est l'établissement de la justice et le critère de celle-ci, pour Aristote, est l'intérêt général(1). Dès lors il est possible de penser une typologie des régimes politiques. Les modèles de régimes ont à ce titre une double valeur : est présente la question du meilleur État ou du meilleur régime politique, donc, pour les Grecs, de la callipolis ; mais l'on sait que les autres modèles ont autant d'intérêt, comme contre-modèles, ils permettent une réflexion sur les principes de gouvernement et sur les dégénérescences possibles(2).

Le but de la politique est en définitive d'assurer la paix et l'unité. Pour ce faire, il convient de s'interroger sur la bonne constitution, la politeia. La nature politique de l'homme le conduit donc à questionner le politique. Platon propose ainsi de réfléchir à un État où les philosophes seraient rois(3), nécessité selon lui pour penser une politique raisonnable car guidée par l'Idée. Aristote préfère questionner la réalité de l'État : la cité est définie comme une « certaine communauté » qui procède de la nécessité pour les hommes de s'associer en vue de certaines fins. À la différence des autres communautés, la communauté politique ne vise pas un but particulier : sa cause finale, sa raison d'être est la recherche du souverain bien. La forme que prend cette communauté est sa constitution. Un des ressorts de la communauté politique est d'après lui l'amitié(4). On peut cependant envisager une anthropologie plus pessimiste : nos désirs, notre « insociable sociabilité »(5) nous forcent à penser un État qui réduirait notre crainte de la mort et permettrait que nous persévérions dans notre être. Ces réflexions conduisent à élaborer le concept de souveraineté de l'État, au principe de ce qu'on nomme l'État moderne. Le souverain défend non seulement ses sujets contre l'extérieur, mais aussi et surtout contre eux-mêmes : ainsi Hobbes(6) pense-t-il que seul l'État peut protéger les hommes contre la démesure de leurs désirs, et la distinction entre l'état de nature et l'état social s'enracine chez lui dans une considération anthropologique de l'homme comme désir. De là aussi peut naître l'idée d'un contrat ou d'un pacte que l'on retrouve chez différents philosophes(7). Dans le cadre de la réflexion sur la souveraineté, on cherche également à définir les limites de l'intervention de l'État, ses charges, et l'on s'efforce de distinguer ce qui relève du privé et ce qui relève du public, donc du politique.

Ainsi se dessine une réflexion sur le pouvoir(8). Celle-ci, proposée et sans doute initiée par Machiavel, permet une nouvelle compréhension du politique. Il définit ainsi les principes d'un nouvel art politique, art de gouverner dans l'urgence puisque celle-ci dévoile des dimensions essentielles de la réalité politique. Le prince s'apparente ainsi, dans la liaison qu'il opère entre virtu et fortuna, à un stratège, à un tacticien qui sait user de phronesis. Dans l'urgence, la question de la relation entre morale et politique ne sauraient plus se poser : le Prince n'a affaire qu'à des questions et des problèmes politiques, il s'agit de maintenir l'État. Pour ce faire, on peut envisager un bon usage des fictions. La question est donc essentiellement une question de compétence politique. Il est toutefois possible d'envisager comme le fait Kant que l'éthique donne sens à la politique, fonde le politique dans son ambition, dans ses difficultés et dans ses limites.

« La politique ne connaît pas seulement des problèmes, elle en constitue un des plus grands, un des problèmes fondamentaux pour la philosophie »(9), explique ainsi E. Weil. Il y a une ambiguïté essentielle de la politique qui convoque à des prises de position concernant l'homme, la liberté et à une exploration des conditions théoriques et pratiques de la « bonne » politique.

Elsa Rimboux

Notes bibliographiques

  • 1 ↑ Aristote, Les Politiques, trad. P. Pellegrin, Flammarion, Paris, 1993.
  • 2 ↑ Par exemple, Montesquieu, Ch.-L. (de), L'Esprit des lois, Flammarion, Paris, 1979.
  • 3 ↑ Platon, La République, trad. G. Leroux, Flammarion, Paris, 2002.
  • 4 ↑ Aristote, Les Politiques, II, 4, 1462b5-10, trad. P. Pellegrin, Flammarion, Paris, 1993.
  • 5 ↑ Kant, E., Idée d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitique, 4e proposition, trad. J.-M. Muglioni, Bordas, Paris, 1988, p. 14.
  • 6 ↑ Hobbes, Th., Léviathan, trad. G. Mairet, Gallimard, Paris, 2000.
  • 7 ↑ Locke, J., Deuxième traité du gouvernement civil, trad. B. Gilson, Vrin, Paris, 1967 ; Pufendorf, S., Le droit de la nature et des gens, Centre de philosophie politique et juridique, Caen, 1987 ; Rousseau, J.-J., Du contrat social, in Écrits politiques, Le Livre de Poche, Paris, 1992.
  • 8 ↑ Machiavel, N., Le Prince, éd. G. Inglese, trad. J.-L. Fournel et J.-C. Zancarini, PUF, Paris, 2000.
  • 9 ↑ Weil, E., Philosophie politique, préface, Vrin, Paris, 1956, p. 9.
  • Voir aussi : Freund, J., L'Essence du politique, Sirey, Paris, 1969.

→ état, politeia, pouvoir