Il étudie d'abord le violon avec son père, Giovanni Battista, membre estimé de la chapelle ducale de Saint-Marc, où il est bientôt admis lui-même. Dans ce foyer musical qui, depuis A. Willaert, les Gabrieli, C. Monteverdi et P. F. Cavalli, est demeuré exceptionnel, il travaille l'orgue et la composition. Il aurait alors reçu l'enseignement du premier maître de la chapelle, Giovanni Legrenzi (1626-1690) ; mais celui-ci, en supposant qu'il en ait été ainsi, mourut trop tôt pour avoir sur son disciple une réelle influence.
Destiné dès sa jeunesse au sacerdoce, Vivaldi devient sous-diacre en 1699 et diacre en 1700. En 1703, il est ordonné prêtre, et, en même temps, nommé professeur de violon au séminaire musical d'un des quatre ospedali (hospices) vénitiens réservés aux jeunes filles pauvres, celui de la Pietà. Il s'applique aussitôt à concilier musique et religion, mais le zèle qui l'anime est de courte durée ; il renonce bientôt à exercer son pieux ministère. Une maladie de naissance, sans doute de l'asthme, provoque chez lui une angoisse chronique et le contraint à ne plus dire la messe. Il n'abandonne pas pour autant son habit sacerdotal et fait montre d'une dévotion sincère, qu'il manifestera toujours avec ostentation. Doté, comme tous les siens, d'une chevelure rousse, on le connaîtra surtout par son sobriquet : il Prete rosso (le Prêtre roux). Malgré son état précaire, Vivaldi mène alors une vie prodigieusement agitée et partage son temps entre ses occupations à Saint-Marc, à la Pietà, où il devient chef d'orchestre et compositeur ordinaire, et très rapidement au théâtre, qui absorbera la majeure partie de son temps.
Dès 1705, il publie à Venise l'opus 1 (12 Suonate da camera a tre), puis en 1709, l'opus 2 (12 Sonate a violino e basso per il cembalo) de sa musique instrumentale, la seule qui, de son vivant, aura, en partie seulement, les honneurs de l'édition. Ses autres recueils, dont la parution s'échelonnera jusqu'à la fin de sa vie, verront le jour (sauf les deux derniers) à Amsterdam, chez Étienne Roger et ses successeurs : Jeanne Roger et Michel Le Cène. Tandis qu'apparaissent ses premières sonates, Vivaldi a, au théâtre San Giovanni Crisostomo, où l'on représente en 1707 Il Mitridate Eupatore et Il Trionfo della libertà de A. Scarlatti, et en 1709 Agrippina de Händel, la révélation de l'opéra. Compositeur déjà connu – il a lui-même dirigé en 1709 vingt-sept concerts à la Pietà –, il songe à son tour à aborder la scène, qui permet alors à tout musicien italien de toucher un public plus large, de gagner de l'argent et de humer la gloire de plus près.
Vers cette époque, les circonstances le servent. Il fréquente le palais Ottoboni, où se rencontrent les musiciens italiens ou étrangers de passage, et fait la connaissance, par l'intermédiaire de Francesco Gasparini (1668-1727), directeur de la Pietà, d'un homme d'affaires peu recommandable, Santurini, imprésario du théâtre San Angelo. Cet homme avisé favorise sa carrière dramatique ; il est à l'origine des nombreux voyages du musicien et des congés que celui-ci sollicitera continûment à partir de 1710. De 1710 à 1712, on ignore tout de l'activité de Vivaldi, sauf qu'il publie à Amsterdam son opus 3 (L'Estro armonico [le Génie harmonique] ; 1711), qui réunit sept concerti grossi et cinq concertos de soliste. De retour dans sa ville natale, il reprend ses fonctions habituelles. Le 17 mars 1713, il fait représenter à Vicenza son premier opéra, Ottone in villa l'année suivante, l'œuvre est reprise au théâtre San Angelo – où il a succédé comme imprésario à Santurini – avant son second opéra, Orlando finto pazzo (1714). Vivaldi pratique alors tous les genres. Il écrit pour la Pietà deux oratorios, Moyses Deus Pharaonis (1714) et Juditha triumphans (1716), et fait éditer à Amsterdam son opus 4 (La Stravaganza, vers 1712-1713) et ses opus 5, 6 et 7 (vers 1716-1717). De 1716 à 1728, il composera chaque année un ou plusieurs opéras (quatre en 1720, représentés à Rome, à Mantoue, à Venise et à Milan ; six en 1727, représentés à Venise, à Florence et à Reggio). En 1717, il se dit maître de la chapelle et de la chambre du prince Philippe, landgrave de Hesse-Darmstadt, mais l'on ignore s'il occupa réellement cette charge, qui fut peut-être purement honorifique. Toujours est-il qu'il poursuit néanmoins son œuvre pédagogique à la Pietà, sauf de 1718 à 1722, où il est presque toujours absent de Venise. Entre-temps, il est violemment attaqué par Benedetto Marcello (1686-1739), dans sa virulente satire sur l'opéra vénitien Teatro alla moda (1720).
Entre 1723 et 1725, il réintègre la Pietà, tout au moins par intermittence. Mais, de 1725 à 1735, on n'enregistre aucun paiement le concernant. Vivaldi semble, jusque vers 1728, vivre à Venise, où il déploie une intense activité. Il compose une dizaine d'opéras, dont sept sont joués au San Angelo (L'Inganno trionfante in amore, 1725 ; Dorilla in Tempe, 1726 ; Cunegonda, 1726 ; Farnace, 1726 ; La Fede tradita e vendicata, 1727 ; Orlando, 1727 ; Rosilena ed Oronta, 1728), deux à Florence (Ipermestra, 1727 ; Atenaide, 1728) et un à Reggio (Siroe re di Persia, 1727). Vers 1725, Michel Le Cène publie à Amsterdam son opus 8 (Il Cimento dell'armonia e dell'inventione [la Confrontation de l'harmonie et de l'invention]), ensemble de douze concertos pour violon, dont Le Quattro Stagioni (les Quatre Saisons), qui sont exécutées à Paris au Concert spirituel en 1728.
De 1728 à 1733, Vivaldi disparaît de la scène vénitienne. Il circule dans les cours italiennes, va à Rome, à Trieste, à Vienne, où il rencontre l'empereur Charles VI, à qui il dédie son opus 9 (La Cetra [la Lyre], Amsterdam, 1728), peut-être à Dresde (où quelques-uns de ses manuscrits sont conservés) et à Amsterdam, où paraît son opus 10 (VI Concerti a flauto traverso, vers 1729-1730). En 1729, il a demandé une année de congé à Saint-Marc. Il va sans doute à Vérone, où il fait représenter Semiramide (1731) et La Fida Ninfa (1732). De retour à Venise, on joue jusqu'en 1739 sept opéras nouveaux de sa composition, dont l'un compte parmi les meilleurs, L'Olimpiade (carnaval, 1734). Deux autres sont aussi créés, l'un à Florence (Ginevra principessa di Scozia, 1736), l'autre à Vérone (Catone in Utica, 1737). Vivaldi se rend à Amsterdam en 1738 à l'occasion du centenaire du théâtre et y présente L'Oracolo in Messenia et Feraspe (probablement son dernier opéra), déjà créés à Venise. Après un nouveau séjour dans la cité des Doges, durant lequel il reprend son service à la Pietà, il disparaît brusquement, après avoir vendu ses concertos. Il rend probablement visite à la cour de Dresde, puis va à Vienne pour y séjourner ; mais il est contraint d'y rester et il meurt (1741) dans l'indifférence générale.
Vivaldi est un personnage curieux, de tendance libérale, plein de contradictions, souvent insaisissable, mais typiquement vénitien. Il mène, en dépit de sa santé précaire, une vie trépidante et capricieuse. Dans ses voyages, il se fait accompagner d'une suite féminine, dont la cantatrice Anna Giraud, interprète de ses œuvres, qui tient aussi auprès de lui un rôle d'assistante et de secrétaire. Cette petite escorte, dont il ne pouvait pas se passer pour raisons de santé, lui vaudra de nombreux sarcasmes et quelques échecs ; c'est ainsi que son projet de saison d'opéra à Ferrare fut interdit en 1737 par le nonce apostolique. Intelligent, plein d'ardeur, passionné par son métier, Vivaldi a le travail facile : il peut écrire un opéra en cinq jours et se flatte de mettre moins de temps pour composer un concerto qu'un copiste pour le transcrire. Il s'impose à la Pietà avec tant d'autorité et de conscience professionnelle qu'il en obtient tous les congés souhaités ; il est vrai qu'il semble en tirer de grandes satisfactions d'ordre musical, qui l'incitent chaque fois à réintégrer son poste, même pour peu de temps. Tour à tour violoniste, virtuose, professeur, chef d'orchestre, imprésario, enfin compositeur d'une prodigieuse fécondité, il mène en fait plusieurs existences.
Vivaldi est surtout célèbre de nos jours grâce à sa musique instrumentale. Il a, en effet, dans ce domaine particulier, laissé une œuvre immense.
Cette œuvre comprend non seulement les recueils édités de son vivant, mais aussi les nombreux manuscrits de sonates, de symphonies et de concertos épars dans les bibliothèques européennes, qui sont les fruits des nombreuses expériences que le musicien eut le loisir de faire en toute liberté à la Pietà ; ils dépassent parfois, par leur fantaisie, les pièces imprimées. Bon nombre sont aujourd'hui réédités.
Il semble qu'en se tournant vers le théâtre, Vivaldi non seulement sacrifia à la mode, mais aussi obéit à un démon intérieur, qui le poussait à s'intéresser à tous les aspects de son art. Cette activité si différente, considérée longtemps comme accessoire, eut cependant un profond retentissement sur son art instrumental. Si L'Estro armonico tend à faire seulement la synthèse du passé et de l'avenir, et use à la fois du contrepoint libre et du style harmonique, Vivaldi ne s'en tient pas là. Par la suite, il impose dans le concerto de soliste la forme de l'ouverture à l'italienne pratiquée au théâtre (deux mouvements rapides encadrant un mouvement lent) ; il exalte d'autre part, dans cette même forme, à laquelle il consacre la majeure partie de son œuvre imprimée, le sentiment personnel et confie à l'instrumentiste (comme à l'opéra les maîtres du bel canto au primo uomo et à la prima donna) des cadences de virtuosité. Ce style se développe encore plus nettement dans l'opus 4 (La Stravaganza), puis s'affirme dans l'opus 8 (Il Cimento dell'armonia e dell'inventione), comprenant douze concertos – dont certains descriptifs comme Le Quattro Stagioni – qui établissent le prototype équilibré du concerto classique. Dans l'opus 9 (La Cetra) et l'opus 10 (VI Concerti a flauto traverso), l'écriture devient symphonique, bien qu'il s'agisse de concertos de soliste. Leur style et leur coloris instrumental font déjà pressentir l'art de l'école de Mannheim, de Haydn et de Mozart. Mais Vivaldi écrit aussi bien pour la voix que pour le violon. Au théâtre comme à la Pietà, il avait de nombreux chanteurs à diriger.
Dans son œuvre vocale religieuse, malgré la pratique de la scène, on découvre peu d'innovations. Le musicien se sert de la technique et des formes en usage. Il a laissé cependant quelques grandes œuvres, parmi lesquelles des compositions à double chœur construites selon la tradition de Saint-Marc (psaume 109 : Dixit Dominus ; psaume 110 : Beatus vir ; Kyrie à huit voix), un Magnificat à quatre voix, des motets sur textes latins et des psaumes et des hymnes pour solos et orchestre (Nisi Dominus, Salve Regina, Stabat Mater, etc.). Le manuscrit de l'oratorio Juditha triumphans a seul été retrouvé. Sa transcription a révélé un authentique chef-d'œuvre, qui se différencie des pages précédentes par son caractère théâtral. Vivaldi a trop marqué la musique instrumentale de son temps pour qu'on ait accordé la même importance à son œuvre théâtrale. Il a pourtant laissé une cinquantaine d'opéras, dont quarante-six sont connus et treize conservés intégralement. Dans sa musique dramatique, encore peu étudiée, il semble se conformer au goût de son époque. L'opéra vénitien du XVIIe s. s'est peu à peu transformé et obéit au conventionnalisme de l'opera seria napolitain des Leonardo Leo (1694-1744) et Leonardo Vinci (entre 1690 et 1696-1730). L'action est généralement sans intérêt et manque d'unité. Les opéras du Prete rosso ne semblent pas échapper à la règle. Composés presque toujours dans la hâte, ils constituent des anthologies de très beaux airs, mais qui ne sont pas toujours en rapport avec les textes et les situations dramatiques, et dont l'expression est soumise à des exigences impérieuses, avec, en priorité, celle de donner satisfaction à toutes les vedettes.
Vivaldi se distingue néanmoins dans quelques œuvres brillantes : Le Verita in cimento (Venise, 1720), Giustino (Rome, 1724), Tito Manlio (Rome, 1720), Orlando et La Fida Ninfa. À l'art dramatique profane se rattachent aussi une Serenata a tre, deux cantates (Gloria Himeneo [vers 1725], composée à l'occasion du mariage de Louis XV avec Marie Leszczyńska, et La Senna festeggiante [vers 1729]), des cantates de chambre et une centaine d'airs, tirés pour la plupart de ses opéras.
D'après les documents connus, Vivaldi exerça de son vivant une action puissante sur ses contemporains grâce à ses concertos et ses symphonies. Son influence agit en Italie sur B. Marcello, Baldassare Galuppi (1706-1785), sur les violonistes F. Geminiani (1687-1762), P. A. Locatelli (1695-1764), Francesco Maria Veracini (1690-1768), G. Tartini (1692-1770), sur le symphoniste G. B. Sammartini et à l'étranger sur les Allemands J.-S. Bach, qui transcrivit ou arrangea plus de vingt de ses concertos, Telemann et Haydn, et enfin sur les Français Joseph Bodin de Boismortier (1689-1755), J.-M. Leclair et Jacques Aubert (1689-1753). Son art rayonna aussi par l'intermédiaire de ses élèves : l'Allemand Johann Georg Pisendel (1687-1755), qui fit connaître ses concertos et ses opéras à Breslau ; les Italiens Carlo Tessarini (vers 1690-après 1766), Giuseppe Fedeli et Giovanni Battista Somis (1686-1763), fondateur de l'école piémontaise, qui forma les violonistes français Jean-Pierre Guignon (1702-1774), J.-M. Leclair et Gabriel Guillemain (1705-1771).
La gloire de Vivaldi, qui subit une longue éclipse après la mort du musicien, semble maintenant solidement établie. Depuis que Marc Pincherle a redécouvert le compositeur de musique instrumentale, sa personnalité apparaît plus éclectique. En accédant à ses partitions qui dorment encore dans les bibliothèques européennes – La Fida Ninfa a seule été enregistrée –, peut-être aura-t-on la révélation d'un autre Vivaldi, qui, pour l'instant, demeure uniquement un des grands maîtres de la musique instrumentale au XVIIIe s.
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