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Simone Kaminker, dite Simone Signoret

Simone Signoret
Simone Signoret

Actrice française de théâtre et de cinéma (Wiesbaden, Allemagne, 1921-Autheuil-Authouillet, Eure, 1985).

1. L’enfance et les débuts de Simone Signoret

Simone est la fille de André Kaminker, un traducteur juif polonais, et de Georgette Signoret, une Française d’origine provençale et catholique. Elle naît en Allemagne dans une région alors occupée par les Français (son père est détaché comme officier de l’armée française). La famille rejoint Paris alors que Simone est âgée de deux ans.

Elle poursuit ses études jusqu’au baccalauréat et, durant son adolescence à Neuilly, la jeune fille évolue dans un milieu bourgeois et reçoit une éducation classique qui ne semblent pas la destiner à monter sur les planches. Son père disparaît en 1940, lorsque les Allemands occupent la capitale. La famille apprendra plus tard qu’il avait rejoint la France libre à Londres. À 19 ans, pour ne pas « crever de faim » se souvient-elle, elle donne des cours d’anglais et devient sténodactylo.

Simone s’installe alors à Saint-Germain-des-Prés et fréquente les cafés : « Je suis née (…) un soir de mars 1941 sur une banquette du Café de Flore ». La rencontre d’une bande d’amis issus du groupe Octobre (→ Jacques Prévert), une troupe de théâtre ouvrier, va initier sa carrière d’artiste et contribuer à forger ses opinions politiques. Elle obtient durant l’Occupation, et malgré une ascendance demi-juive qui l’oblige à changer de nom, plusieurs rôles de figuration, notamment dans les Visiteurs du soir et Adieu Léonard.

2. Simone Signoret au cinéma et au théâtre

En 1943, Simone Signoret rencontre Yves Allégret, alors jeune réalisateur inconnu. Le cinéaste la met en scène à plusieurs reprises, d’abord dans un second rôle remarqué pour les Démons de l’Aube (1946), puis dans des rôles principaux : une fille à matelots désabusée dans Dédée d’Anvers (1948) et une épouse manipulatrice dans Manèges (1950), aux côtés de Bernard Blier. La carrière de Signoret est lancée.

« Casque d’or », un symbole. Elle excelle dans les rôles de garces et de prostituées, notamment dans la Ronde de Max Ophuls (1950) où cette image est employée avec élégance. Mais surtout, avec son rôle emblématique dans Casque d’or de Jacques Becker en 1951, son film symbole devenu un grand classique du cinéma français, où elle incarne une demi-mondaine submergée par l’amour, aux côtés de Serge Reggiani.

Remariée avec l’acteur et chanteur Yves Montand, avec qui elle forme un couple mythique à la ville comme à l’écran, Simone Signoret devient une figure incontournable du septième art. Elle tient le rôle-titre dans Thérèse Raquin de Marcel Carné (1953) et livre une composition machiavélique dans les Diaboliques d’Henri-Georges Clouzot en 1955. Le film est un énorme succès. Elle endosse une nouvelle fois un rôle de prostituée dans la Mort en ce jardin de Luis Bunuel (1956).

Signoret fait ses débuts au théâtre avec Yves Montand dans les Sorcières de Salem en 1954. Cette pièce, une allégorie du maccarthysme signée Arthur Miller, est un tel triomphe qu’elle est adaptée au cinéma en 1957 par Raymond Rouleau sur un scénario de Jean-Paul Sartre.

Carrière internationale. Maîtrisant parfaitement la langue anglaise, Simone Signoret obtient le premier rôle dans un film britannique, les Chemins de la haute ville de Jack Clayton en 1958. Elle y interprète Alice Aisgill, une bourgeoise adultère. Sa performance remarquable lui permet de remporter l’Oscar de la meilleure actrice en 1960 (c’est la deuxième actrice française à obtenir ce trophée après Claudette Colbert en 1935), mais également le prix BAFTA de la meilleure actrice étrangère, le Prix d’interprétation féminine à Cannes en 1959 ainsi que le prix Jussi (diplôme finlandais du mérite pour une actrice étrangère).

Simone Signoret enchaîne ensuite plusieurs rôles importants aux États-Unis : la Nef des fous de Stanley Kramer (1965), le Diable à trois de Curtis Harrington (1967), inspiré des Diaboliques, et la Mouette de Sidney Lumet (1968) d’après Tchekhov. Au théâtre, elle interprète Macbeth, à Londres en 1966, face à Alec Guinness.

Un physique, des films engagés. À la quarantaine, Simone Signoret assume un physique qui s'accuse et change de registre. Elle devient une femme vieillissante pour les Mauvais Coups (F. Leterrier, 1960), une bourgeoise en fuite dans le Jour et l’Heure (R. Clément, 1963). Ses convictions et ses engagements la conduisent à choisir des rôles très ciblés. Elle tourne avec Montand dans l’Aveu de Costa-Gavras (1970) qui dépeint la violence du procès de Prague, et dans Judith Therpauve, du jeune Patrice Chéreau (1978), qui s’avère un plaidoyer pour la liberté de la presse.

En 1971, face à Jean Gabin, elle forme un couple de « gueules » du cinéma empêtré dans un huis-clos étouffant pour le Chat de Pierre Granier-Deferre. Elle donne la réplique à un autre « monstre sacré », Alain Delon, dans la Veuve Couderc (P. Granier-Deferre, 1971) et dans les Granges brûlées (J. Chapot, 1973). Avec un réalisme sidérant, elle interprète « Madame Rosa », son dernier rôle de prostituée (à la retraite), dans la Vie devant soi de Moshe Mizrahi en 1977. Ce personnage, touchant et débordant d’humanité, lui vaut un César d’interprétation ; le film, quant à lui, reçoit l’Oscar du meilleur film en langue étrangère.

Sa santé se dégradant, ses apparitions se font plus rares au tournant des années 1980 : on la retrouve dans l’Adolescente réalisé par Jeanne Moreau (1978), dans la série télévisée Madame le Juge (1978) ou dans l’Étoile du Nord de Pierre Granier-Deferre (1982).

3. Les livres de Simone Signoret

Simone Signoret a pu allier sa carrière d’actrice à son goût pour l’écriture. Dès 1963, elle adapte pour le théâtre français les Petits Renards, une pièce de l’Américaine Lillian Hellman, qu’elle interprète ensuite.

Elle aborde sans tabou ses souvenirs, et notamment son amour pour Yves Montand, dans La nostalgie n’est plus ce qu’elle était (1976). Elle prolonge ce récit autobiographique dans Le lendemain elle était souriante (1979).

Simone Signoret décède au moment de la publication de son roman Adieu Volodia (1985) qui met en scène des juifs russes et polonais immigrés à Paris.

4. Vie privée et engagements de Simone Signoret

Le couple Montand-Signoret. Simone Signoret rencontre le réalisateur Yves Allégret en 1943. Ils ont une fille, Catherine, et se marient en 1948.

Mais ce premier tandem de cinéma (Allégret lui offre plusieurs rôles importants) ne résiste pas au charme d’Yves Montand, alors vedette du music-hall. Le coup de foudre a lieu durant l'été 1949, à Saint-Paul-de-Vence où le couple se marie en 1951.

Intellectuelle et issue d'un milieu bourgeois, Simone Signoret parfait l'éducation de Montand et l'entraîne dans son engagement politique. Elle le soutient, l'inspire, le protège. Il élève sa fille, Catherine Allégret qui, plus tard, devient à son tour comédienne. Durant plus de 35 ans, les époux éprouvent l’un pour l’autre une totale admiration et résistent aux aléas de la vie, et notamment à l'épisode Marilyn.

En 1960, le duo est en pleine aventure américaine : Montand triomphe au music-hall, Signoret reçoit l'Oscar de la meilleure actrice. Ils sympathisent alors avec le couple Marylin Monroe-Arthur Miller. La star hollywoodienne impose Montand dans le film le Milliardaire et leur idylle éclate au grand jour. Mais Montand rejoint Signoret au bout de quelques mois, après la promotion du film. Lors d'une interview, Signoret annonce, des années plus tard, que son seul regret est que Marylin n'ait pas su qu'elle ne lui en avait pas voulu.

À la fin des années 1970, la beauté de Signoret s'efface (elle boit et fume énormément), sa santé se dégrade, mais le couple reste uni, malgré les écarts de Montand. Durant l’été 1985, un cancer du pancréas est diagnostiqué, mais l’opération chirurgicale est un échec. Simone Signoret décède le 30 septembre 1985 dans leur maison d'Autheuil, dans l'Eure. Montand est dévasté. En 1991, il sera inhumé aux côtés de Simone Signoret au cimetière du Père-Lachaise.

Caractère et engagements. Simone Signoret fait preuve d'une forte personnalité et s’exprime sans contraintes, parfois brutalement. Certains rôles, spécialement écrits pour elle, épousent le style de son franc-parler. Ainsi, l’actrice accepte son vieillissement et tient à faire savoir que cette apparence, exploitée à l’écran, n’est pas un artifice de cinéma.

Et sa verve sert ses convictions : la conscience politique de Signoret s’affirme tôt, notamment avec la rencontre en 1941 d’amis issus du groupe Octobre, une troupe de théâtre ouvrier dont les idées se rapprochent du communisme. Plus tard, le couple Montand-Signoret affiche un humanisme de gauche, combattant toutes les oppressions. Ils fréquentent et militent pour leurs idées aux côtés de « compagnons de route » du Parti communiste français : Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, Jorge Semprún, etc.

Cependant en 1957, lors d’une tournée de Montand pour laquelle Simone Signoret l'accompagne dans les pays de l'Est, le couple est confronté aux applications concrètes du communisme. Leurs convictions s'en trouvent fortement ébranlées.

Mais Signoret continue de dénoncer toutes les injustices, notamment lors de ses choix cinématographiques. Au cours d’une de ses dernières apparitions publiques, à l’émission télévisée 7 sur 7, elle insiste pour présenter le logo « Touche pas à mon pote » de SOS-racisme.