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Saladin Ier

en arabe Ṣalāḥ al-Dīn Yūsuf

Saladin Ier
Saladin Ier

(Takrit, Mésopotamie, 1138-Damas 1193), sultan ayyubide (1171-1193).

Introduction

Le père de Saladin, Ayyub, et son oncle, Chirkuh, étaient des officiers kurdes au service de l'atabek de Mossoul, Imad al-Din Zangi (1127-1146), qui avait été le premier à remettre en honneur la guerre sainte contre les envahisseurs « francs », les croisés, durant ses campagnes de Syrie (1135-1146).

À cette époque, l'empire des Seldjoukides était, en effet, divisé entre de nombreux atabeks turcs. Le fils de Zangi, Nur al-Din Mahmud (1146-1174), succéda à son père et acheva la conquête de la Syrie. Ayyub, qui avait déjà reçu en 1139 Baalbek des mains de Zangi, se vit confier par Nur al-Din le gouvernement de Damas en 1154. C'est dans cette ville, foyer le plus célèbre de la culture musulmane, que fut élevé le jeune Saladin.

En trente ans, de 1164 à 1193, Saladin allait contribuer puissamment à développer la religion de Mahomet par ses conquêtes de l'Égypte, de la Mésopotamie et de la Syrie, par la destruction du royaume de Jérusalem et par ses guerres contre les chrétiens.

La conquête de l'Égypte (1164-1174)

Nur al-Din entreprit en 1164 la lutte contre les califes fatimides d'Égypte, alliés occasionnels des Francs et qui menaçaient la puissance de son empire et, en tant que chiites, l'orthodoxie islamique.

Le califat d'Égypte, alors en pleine décadence, était une proie facile pour ses voisins ; aussi le roi de Jérusalem, Amaury Ier (1163-1174), se dirigea-t-il en 1163 vers Le Caire. En 1164, Chirkuh fut envoyé en Égypte par Nur al-Din et prit son neveu Saladin comme lieutenant. La guerre se circonscrit rapidement en un duel entre chrétiens et musulmans au cours des campagnes de 1164, de 1167, de 1168 et de 1169.

Les Francs, d'abord victorieux (prise du Caire par Amaury Ier en 1167), subirent ensuite de lourdes pertes, et, en mars 1169, à la mort de Chirkuh, Saladin succéda à ce dernier au poste de vizir, avec le titre de « al-Malik al-Nasir ». Cette fonction, qui le rendait pratiquement maître de l'Égypte, allait lui permettre de réaliser son premier grand dessein. Il sut ménager si habilement le calife hérétique d'Égypte al-Adid (1160-1171) qu'à la mort de celui-ci il réussit à se faire proclamer lui-même calife de tout le pays (septembre 1171). L'islam était désormais uni contre la chrétienté.

Saladin entreprit ensuite la conquête de l'Arabie méridionale pour assurer ses arrières.

La conquête de la Syrie et de la Mésopotamie (1174-1186)

La mort de Nur al-Din en 1174 évita un affrontement entre lui et son trop puissant second. Les vassaux de Nur al-Din s'étant révoltés contre son faible successeur, son jeune fils al-Malik al-Salih, Saladin vint au secours de ce dernier, s'empara de Damas, de Hama et de Homs en 1174, de Baalbek et d'Alep en 1175, et il se fit investir de la souveraineté sultanale (1175).

Il s'employa alors à soumettre à son autorité les petits princes seldjoukides de Mésopotamie et d'Asie Mineure. En 1186, il reçut l'hommage de l'atabek de Mossoul.

Sa puissance étant désormais incontestée parmi les siens, il s'attaqua alors aux chrétiens, qu'il voulait rejeter à la mer. Il pratiqua d'abord une stratégie d'offensives limitées, de razzias destructrices destinées à désorganiser les défenses des Francs et à démoraliser ceux-ci. Il sut mettre à profit l'anarchie qui régna dans le royaume de Jérusalem après la mort d'Amaury Ier en 1174, sous les règnes de Baudoin IV (1174-1185) et de Baudoin V (1185-1186) et lors des luttes pour la succession de ce dernier, à propos de laquelle s'affrontèrent le nouveau roi Gui de Lusignan, Raymond III, comte de Tripoli, et Renaud de Châtillon.

La lutte contre les Francs et la destruction du royaume de Jérusalem (1187-1192)

En 1187, Saladin lança toutes ses forces contre les Francs et les battit près de Nazareth. Le 2 juillet, un petit corps de Templiers et d'Hospitaliers fut taillé en pièces à Tibériade, et, le 4 juillet, au nord de la ville, dans la plaine de Hattin, les chrétiens subirent une terrible défaite. Le roi Gui de Lusignan et le grand maître du Temple furent faits prisonniers, ainsi que les plus grands seigneurs du royaume, et les chevaliers du Temple et de l'Hôpital furent mis à mort sur l'ordre de Saladin.

Durant le mois de juillet, le vainqueur de Hattin s'empara tour à tour de Saint-Jean-d'Acre, de Nazareth, de Césarée, de Naplouse et de Sidon. En août, Beyrouth fut prise ; Ascalon, Gaza et Hébron tombèrent en septembre. En dévastant sur son passage les sanctuaires de Bethléem et de Béthanie, l'armée de Saladin s'avança vers Jérusalem, qui capitula le 2 octobre 1187.

Puis Saladin s'attaqua au comté de Tripoli et à la principauté d'Antioche. En 1188, les Francs ne tenaient plus en Syrie que les villes de Tyr, de Tripoli et d'Antioche. Partout ailleurs, Saladin était le maître. Il commit sans doute l'erreur de ne pas s'emparer immédiatement des derniers ports encore aux mains des chrétiens, car, en Europe, le désastre de Hattin provoqua une grande émotion et suscita le départ de la troisième croisade commandée par les puissants souverains qu'étaient Philippe II Auguste, Richard Ier Cœur de Lion et l'empereur Frédéric Ier Barberousse.

Si l'armée impériale, qui avait emprunté la voie terrestre, fut arrêtée en Asie Mineure, Français et Anglais coopérèrent avec leurs frères d'Orient pour reprendre le 12 juillet 1191 Saint-Jean-d'Acre, assiégée depuis août 1189. Mais le départ de Philippe Auguste ne permit pas aux croisés d'exploiter ce succès, et Richard Cœur de Lion ne put parvenir à reprendre Jérusalem. Il se contenta de s'emparer de quelques places côtières (Césarée, Arsouf, Jaffa, Ascalon).

Finalement, Saladin signa avec le roi d'Angleterre, le 3 septembre 1192, une trêve de trois ans qui assurait aux chrétiens la possession de la côte depuis Tyr jusqu'à Jaffa. Si les Francs obtenaient le libre passage pour se rendre en pèlerinage à Jérusalem, Ascalon devait être démantelée. C'était un triomphe pour Saladin ; l'union de tous les musulmans avait, en effet, porté un coup mortel au royaume latin de Jérusalem. Richard Cœur de Lion, après la signature du traité, retourna en Europe, et Saladin revint à Damas, où il mourut peu de temps après, le 4 mars 1193, pleuré par le monde musulman à l'égal d'un prophète.

Saladin, remarquable stratège et grand politique, est, sans contredit, l'une des plus grandes figures de l'histoire de l'islam. Musulman convaincu, il lutta avec rigueur contre les envahisseurs francs de la Syrie, mais sut se montrer tolérant envers ses propres sujets chrétiens.

Après Hattin, il n'hésita pas à tuer de sa main Renaud de Châtillon, ni à faire exécuter Templiers et Hospitaliers, mais, après la prise de Jérusalem, il traita avec bonté les captifs, et particulièrement les femmes et les enfants. Grâce à lui, les chrétiens ne furent pas molestés, et Saladin libéra sans rançon un grand nombre de pauvres gens.

Il refusa également, malgré les conseils de son entourage, d'abolir le pèlerinage chrétien et de raser le Saint-Sépulcre. « Pourquoi, s'écria-t-il, le détruire et le ravager, alors que l'objet de leur adoration est l'emplacement de la croix et du sépulcre et non pas l'édifice extérieur ? Imitons les premiers conquérants musulmans qui ont respecté ces églises. »

Pour toutes ces raisons, les chrétiens eux-mêmes se plurent à voir en lui un modèle de toutes les vertus chevaleresques et, dans sa Divine Comédie, Dante le plaça dans un lieu particulier de son Enfer, avec les grands hommes qui ne connurent pas le message du Christ.

Saladin ne fut pas, cependant, un homme d'État au sens moderne du mot, car il ne laissa ni loi ni constitution et ne fit rien pour empêcher le partage de son empire après sa mort. Intrépide général, il ne sut pas organiser ses armées, reconnaissant lui-même que ses soldats n'étaient redoutables que lorsqu'il était à leur tête.