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Alain Resnais

Cinéaste français (Vannes 1922-Paris 2014).

Du plus loin qu'il s'en souvienne, Alain Resnais a toujours été cinéaste. À treize ans, il a tourné son premier film, en 8 mm. En 1943, il fit partie de la première promotion de l'IDHEC, qu'il quitta l'année suivante. Il réalisa, en 1946-1947, ses premiers courts métrages en 16 mm, sur des peintres. De 1948 à 1958, il ne tourna que des courts métrages : Van Gogh (1948), primé à la Biennale de Venise avant de recevoir l'oscar à Hollywood en 1950, Guernica (en collaboration avec Robert Hessens, 1950), Les statues meurent aussi (en collaboration avec Chris Marker, 1953), Nuit et Brouillard (bouleversant requiem sur l'horreur des camps nazis, 1955), Toute la mémoire du monde (1956), le Mystère de l'atelier 15 (en collaboration avec Chris Marker, 1957), le Chant du Styrène (1958).

Cinéma et littérature

Resnais déclina, pendant cette période, plusieurs propositions de longs métrages, car il souhaitait être totalement libre de son sujet. Ce n'est donc qu'en 1959 qu'il fit des débuts remarqués avec Hiroshima mon amour, sur un scénario original de Marguerite Duras. Il est sans doute le cinéaste de sa génération le plus attaché à explorer de nouvelles relations entre le cinéma et la littérature, non plus au travers d'adaptations, mais par un véritable travail commun entre le créateur de textes et le créateur d'images. Ainsi, après Hiroshima mon amour, devenu un classique à la fois littéraire et cinématographique (prix Méliès 1959 en même temps que les Quatre Cents Coups de François Truffaut), Resnais réalisa l'Année dernière à Marienbad, deuxième titre mythique de son cinéma – avec Delphine Seyrig et Sacha Pitoëff – sur un scénario original d'Alain Robbe-Grillet (Lion d'or à Venise en 1961). On a dit que la période « nouveau cinéma » de Resnais était due à sa collaboration avec des auteurs du « nouveau roman ». Mais Marguerite Duras et Alain Robbe-Grillet ont eux-mêmes, par la suite, réalisé des films, et on a pu constater que leur manière était fort différente. En outre, le troisième long métrage de Resnais, Muriel ou le Temps d'un retour (1963), avait comme scénariste Jean Cayrol, écrivain beaucoup plus traditionnel.

« Cinéaste de la conscience »

Resnais travailla ensuite avec Jorge Semprún pour La guerre est finie (1966), histoire d'un chef de réseau antifranquiste (Yves Montand), puis avec Jacques Sternberg pour Je t'aime, je t'aime (la moins connue de ses œuvres, peut-être en raison de sa sortie en mai 1968) et de nouveau avec Semprún pour Stavisky (1974), qui fut un échec. On a alors un peu vite considéré Resnais comme l'un des grands cinéastes de la mémoire et de l'oubli (il se veut, lui, « cinéaste de la conscience »), désormais sans avenir. On dut revenir sur cette erreur lorsque sortit son premier film en anglais, Providence, 1977, suivi de Mon oncle d'Amérique (1980), une étude de comportements, avec un commentaire du biologiste Henri Laborit.

Après La vie est un roman (1983) et l'Amour à mort (1984), qui ont reçu un accueil mitigé, Resnais tourne Mélo (1986, d'après Henry Bernstein), réussissant à faire une véritable œuvre cinématographique, divertissante mais sensible, d'une pièce de théâtre au ton assez vieilli. Vient ensuite I Want to Go Home (1989), comédie avec laquelle le cinéaste rend hommage à la bande dessinée. En 1993, avec un diptyque constitué par Smoking/No Smoking (d'après Alan Ayckbourn), puis en 1997, avec On connaît la chanson (sur un scénario d'Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri), réalisations d'une éblouissante virtuosité, il témoigne, avec un humour mélancolique, des névroses hypocondriaques de notre société. Il revient en 2003 avec Pas sur la bouche, magistrale adaptation d'une comédie musicale d'André Barde et Maurice Yvain qui connut un succès retentissant dans les années 1925. En 2006, il signe Cœurs, variation sur la solitude, dans lequel on retrouve Sabine Azéma et Pierre Arditi, son couple fétiche à l'écran. De nouveau savoureusement servi par le jeu mutin de Sabine Azéma, les Herbes folles (d'après le roman l'Incident de Christian Gailly) – qui vaut à Alain Resnais un prix exceptionnel pour l'ensemble de son œuvre au Festival de Cannes en 2009 – témoigne d'une fantaisie et d'une liberté de ton qui s'inscrit dans la lignée du surréalisme. Suivent encore Vous n’avez encore rien vu (2012), libre adaptation de la pièce Eurydice de Jean Anouilh, et Aimer, boire et chanter (2014, d’après Alan Ayckbourn).

Créateur difficile, Resnais n'est certes pas un cinéaste « commercial ». La critique s'accorde toutefois à reconnaître en lui un créateur de formes originales, l'inventeur de la modernité du cinéma français. Travellings obsessionnels, montage fragmentant le temps et la mémoire, intérêt pour la photographie, la bande dessinée, la musique, le théâtre ou l'opérette ne sont que quelques traits d'une création totalement à part.