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Hiroshima mon amour

Drame lyrique d'Alain Resnais, avec Emmanuèle Riva (l'infirmière), Eiji Okada (l'architecte japonais), Bernard Fresson (le soldat allemand), Stella Dassas (la mère de la jeune femme), Pierre Barbaud (le père).

  • Scénario : Marguerite Duras
  • Photographie : Sacha Vierny, Takahashi Michio
  • Décor : Esaka Mayo, Petri
  • Musique : Giovanni Fusco, Georges Delerue
  • Montage : Henri Colpi
  • Production : Argos, Como Films, Diaei et Pathé Overseas
  • Pays : France et Japon
  • Date de sortie : 1959
  • Son : noir et blanc
  • Durée : 1 h 31
  • Prix : Prix de la Critique internationale (Fipresci), Cannes 1959

Résumé

Un couple fait l'amour. On cadre leurs épaules en gros plan. Une voix d'homme à l'accent japonais dit : « Tu n'as rien vu à Hiroshima, rien » ; une voix de femme lui répond : « J'ai tout vu… Tout ». Les voix continuent à dialoguer pendant que l'on découvre des images des victimes de l'explosion atomique, puis des vues du musée, des photographies et des documents concernant « les deux cent mille morts et les quatre-vingt mille blessés en neuf secondes ». Le dialogue s'achève par une série de vues pénétrantes sur les artères d'Hiroshima, quatorze ans plus tard.

Le lendemain matin, le couple s'éveille. Une première image associe la main de l'amant japonais à celle d'un jeune soldat allemand, premier amour de l'héroïne, connu pendant la guerre à Nevers. La jeune femme va revivre de plus en plus intensément auprès de son amant japonais les souvenirs enfouis de cet amour de jeunesse. Après une journée et une nouvelle nuit d'errance, ils vont se retrouver dans la chambre d'hôtel et, afin de conjurer l'inévitable oubli qui menace leur brève idylle, se nommer l'un, « Hi-ro-shi-ma », l'autre, « Nevers-en-France ».

Commentaire

L'amour dans un univers vitrifié

Alain Resnais, déjà célèbre comme documentariste engagé et talentueux (Guernica, 1950 ; Nuit et Brouillard, 1955), signe avec son premier long métrage, sur un audacieux scénario de Marguerite Duras, un film qui bouleverse toutes les normes esthétiques et spectaculaires gouvernant alors le cinéma.

Le sujet lui-même mêle une aventure passionnelle entre une jeune Française et un architecte japonais à un réquisitoire antinucléaire aussi violent que pouvait l'être Nuit et Brouillard vis-à-vis des camps d'extermination nazis. De plus, l'héroïne fut la jeune maîtresse d'un soldat de la Wehrmacht pendant la guerre et, à ce titre, tondue à la Libération par une petite bourgeoisie revancharde.

Des amants verbalisent leur passion physique avec une audace encore inusitée sur les prudes écrans du cinéma sonore (« Tu me tues, tu me fais du bien… Je t'en prie, dévore-moi, déforme-moi jusqu'à la laideur… ». Qui plus est, le film est conçu comme un ample poème lyrique à la scansion très littéraire, aux antipodes du réalisme habituel. Le jeu des acteurs, délibérément théâtralisé, souligne la psalmodie du très beau texte de Marguerite Duras. Enfin, cet essai sur les mécanismes psychiques de la mémoire et de la sensibilité, par sa construction non linéaire, la brutalité elliptique de ses images mentales et de ses retours en arrière exige du spectateur une attention plus que soutenue. Avec Hiroshima mon amour, Alain Resnais et Marguerite Duras ont ouvert la voie du cinéma moderne réclamant un nouveau spectateur, celui du cinéma « d'art et d'essai ».