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Sergueï Sergueïevitch Prokofiev

Sergueï Sergueïevitch Prokofiev
Sergueï Sergueïevitch Prokofiev

Pianiste et compositeur russe (Sontsovka, Kharkov, 1891-Moscou 1953).

La vie et la carrière

L'enfant vit dans une ambiance musicale grâce à sa mère, bonne pianiste, qui sera sa première éducatrice. Il ressent très jeune un besoin de création musicale, et il compose des galops, des marches, des valses, des rondos et enfin deux opéras, après avoir assisté à Moscou à des représentations d'art lyrique. Son premier maître, Pomerantsev, sera vite remplacé par Reïngold Moritsevitch Glière (1875-1956), plus compréhensif, qui laisse son élève composer à son gré. En 1904, Prokofiev entre au conservatoire de Saint-Pétersbourg. Anatoli Konstantinovitch Liadov (1855-1914), Rimski-Korsakov et Iazep Vitol (1863-1948) lui enseignent la composition et l'orchestration, Anna Nikolaïevna Iessipova (1851-1914) le piano, Nikolaï Nikolaïevitch Tcherepnine (1873-1945) la direction d'orchestre. En décembre 1908, Prokofiev, devenu excellent pianiste, joue ses œuvres en public avec succès. L'année suivante, il quitte la classe de composition : ses maîtres le rebutent par leur académisme. Le jeune musicien juge avec sévérité la musique des auteurs passés et présents. Il se fait connaître comme antiromantique et affirme sa personnalité dans le premier concerto (1912) pour piano.

En 1914, il remporte avec ce concerto le premier prix de piano au concours Rubinstein ; son jeu puissant et percutant étonne le jury. La même année, au cours d'un voyage à Londres, il fait la connaissance de Diaghilev ; celui-ci lui commande un ballet qui ne voit pas le jour et dont Prokofiev tire la Suite scythe (1915), et Chout (1920). De retour en Russie, il compose son premier opéra important, le Joueur (1916), d'après Dostoïevski, la Symphonie classique (1917), des œuvres pour le piano (sonates, 2e concerto, Visions fugitives), la cantate Sept, ils sont sept (1918).

Après la Révolution, il s'installe aux États-Unis. Pour l'Opéra de Chicago, il écrit l'Amour des trois oranges (1919), mais, s'il obtient un certain succès à Chicago, il reste totalement incompris à New York. Pour gagner sa vie, il doit effectuer des tournées de concerts dans lesquelles il ne peut que rarement jouer sa musique. De ce séjour américain datent les Contes de la vieille grand-mère (1918), l'Ouverture sur des thèmes juifs (1919), le 3e concerto pour piano (1921). Désorienté par l'hostilité du public, Prokofiev part pour Ettal (Alpes bavaroises) en 1922. L'année suivante, il se fixe à Paris, où il se produit comme pianiste et compositeur. Il méprise la musique française contemporaine, en particulier celle du groupe des Six, mais admire Ravel. Il regrette de ne pouvoir composer autant qu'il le désire, de nombreuses tournées de pianiste l'obligeant à travailler son instrument. Cependant, il écrit trois symphonies, un quintette, l'Ange de feu (1927), le Fils prodigue (1928), deux concertos pour piano et entreprend un concerto pour violoncelle.

En 1927, au cours de concerts qu'il donne en U.R.S.S., il reçoit un accueil triomphal. L'idée d'un retour définitif en Russie naît en lui ; il reste profondément attaché à son pays et il a reçu l'assurance de pouvoir se consacrer entièrement à la composition. Prokofiev se partage entre Paris et l'U.R.S.S., qu'il regagne définitivement en 1933. Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, il effectue des tournées de concerts en France, en Suisse et aux États-Unis. Une intense activité créatrice marque ce retour au pays natal (soixante-dix-huit numéros d'opus) : musiques de scène, de film, ballets, opéras, trois symphonies, trois sonates de piano, musique de chambre.

L'homme, franc de caractère, était réputé pour ses colères. Précis, méthodique, d'une grande honnêteté, il jouissait d'une capacité de travail considérable et menait de front plusieurs partitions.

On ne peut rattacher Prokofiev à aucune école. Une partie importante de son œuvre s'apparente cependant au classicisme. Lui-même disait : « Je ne souhaite rien de meilleur, de plus simple et de plus complet que la forme sonate, qui contient tout ce qui est nécessaire au développement de mes idées. » Musique symphonique et musique de chambre emploient abondamment les formes classiques : symphonie, sonate, concerto. Classique, il l'est encore par son goût de la musique pure (il repense symphoniquement ses œuvres dramatiques) et par sa clarté. S'il ressent le choc du Sacre du Printemps de Stravinski dans la Suite scythe, il ne s'y attarde pas, et subit peu l'influence de ses contemporains. Sa musique, franche et volontaire à son image, utilise des thèmes nettement dessinés, simples, diatoniques. On retrouve ceux-ci d'une œuvre à l'autre : la 3e symphonie reprend des mélodies de l'Ange de feu, la 4e symphonie s'inspire des thèmes du Fils prodigue. Le rythme, dynamique, vigoureux, percutant, s'allie à des dissonances nées de l'emploi d'éléments polytonaux, mais le musicien reconnaît qu'il ne faut pas en abuser. Le lyrisme, marque essentielle de son art, tempère ce qu'il a de brutal et se manifeste non seulement dans les œuvres alimentées par un argument dramatique (Siméon Kotko, Guerre et Paix, Roméo et Juliette), mais aussi dans les œuvres de musique pure, en lesquelles il se plaît à juxtaposer des pages d'une grande beauté expressive à d'autres où la violence du propos domine. Ainsi, son œuvre de piano, d'une difficulté transcendante à l'image du virtuose qu'il était, utilise volontiers l'instrument comme une percussion, mais lui confie aussi des moments d'intense expression, voire de délicatesse et de poésie (Visions fugitives). La bouffonnerie, la raillerie attirent le compositeur (Chout, Sarcasmes).

Le ballet met en valeur deux conceptions différentes : le ballet court, qui considère la danse uniquement comme un divertissement (Chout, le Pas d'acier, le Fils prodigue) ; à l'opposé, les ballets longs, écrits après le retour en U.R.S.S., qui octroient une place prépondérante au développement psychologique (Roméo et Juliette). Les opéras s'échelonnent tout au long de la vie de Prokofiev. Il attache une grande importance au livret, qu'il finira par rédiger lui-même (Guerre et Paix, d'après Tolstoï), préférant la prose aux vers. Le drame commande seul les éléments employés, et les personnages s'identifient par le truchement de thèmes conducteurs. C'est avec son œuvre dramatique que le compositeur se révèle le plus profondément russe, continuant l'effort de Moussorgski et de Rimski-Korsakov : près du peuple comme le premier (Siméon Kotko, Guerre et Paix), mais attiré par la féerie comme le second (la Fleur de pierre). Russe, il l'est encore par l'emploi qu'il fait de l'orchestre. Celui-ci, malgré sa densité, reste clair et utilise des timbres savoureux, se détachant sur une trame sonore aérée.

L'agressivité du style de Prokofiev se tempère peu à peu et s'exprime avec plus de simplicité après son retour en U.R.S.S., afin de s'intégrer au mouvement musical de son pays. La diversité de son art, fait de contrastes, le place parmi les compositeurs les plus attachants du début du xxe s.

Les œuvres de Prokofiev

Piano

9 sonates, 1re (1909), 2e (1912), 3e et 4e (1917), 5e (1923, 2e version 1953), 6e (1940), 7e (1942), 8e (1944), 9e (1947) ; Sarcasmes (1914) ; Visions fugitives (1917) ; Contes de la vieille grand-mère (1918).

Musique de chambre

Sonates pour violon seul (1947) ; pour deux violons (1932) ; 2 pour violon et piano (1938-1946 ; 2e, 1943-1944) ; pour violoncelle et piano (1949) ; 2 quatuors à cordes, 1er (1930), 2e (1941) ; Scherzo humoristique pour 4 bassons (1912) ; quintette pour hautbois, clarinette, violon, alto et contrebasse (1924, 1re audition 1927) ; Ouverture sur des thèmes juifs pour clarinette, 2 violons, alto, violoncelle et piano (1919).

Musique symphonique

7 symphonies : Symphonie classique (1917), 2e (1924), 3e (1928), 4e (1930, 2e version 1947), 5e (1944), 6e (1947), 7e (1952) ; suites tirées des ballets Chout (1922), le Pas d'acier (1926), le Fils prodigue (1929), Sur le Borysthène (1933) ; suites tirées de la musique du film Lieutenant Kijé (1934) et de l'opéra l'Amour des trois oranges (1934), Ouverture sur des thèmes juifs (orchestrée en 1934) ; 3 suites du ballet Roméo et Juliette (1936, 1946) ; Pierre et le Loup, conte symphonique pour enfants (1936) ; Ouverture russe (1936) ; Jour d'été, suite symphonique pour les enfants (1941) ; suite tirée de l'opéra Siméon Kotko (1941) ; 3 suites du ballet Cendrillon (1946) ; Rencontre de la Volga avec le Don (1951).

Concertos

5 pour piano, 1er (1912), 2e (1913, 2e version 1923), 3e (1921), 4e (pour la main gauche, 1931), 5e (1932) ; 2 pour violon (1917, 1935) ; 2 pour violoncelle (1933-1938, 1952), Symphonie concertante (1952), Concertino (1952).

Musique vocale

Cinq mélodies (1925) ; Sept, ils sont sept, cantate pour ténor, chœur et orchestre (1918, 2e version 1933) ; les Chants de nos jours pour soli, chœur et orchestre (1937) ; Alexandre Nevski pour mezzo-soprano, chœur et orchestre (1939) ; la Garde de la paix pour soli, récitants, chœur mixte, chœur de garçons et orchestre (1950).

Opéras

Le Joueur (1916 et 1928, créé en 1929), l'Amour des trois oranges (1919, créé en 1921), l'Ange de feu (1927, créé en 1955), Siméon Kotko (1939, créé en 1940), Fiançailles au couvent (1940, créé en 1946), l'Histoire d'un homme véritable (1948), Guerre et Paix (1941-1952, créé en 1955).

Ballets

Chout (1920, créé en 1921), le Pas d'acier (1925, créé en 1927), le Fils prodigue (1928, créé en 1929), Sur le Borysthène (1930, créé en 1932), Roméo et Juliette (1936, créé en 1938), Cendrillon (1940-1944, créé en 1945), la Fleur de pierre (1948-1950, créé en 1954).

Musique de films

Lieutenant Kijé (1933), la Dame de pique (1936), Alexandre Nevski (1938), Un partisan dans les steppes de l'Ukraine (1942), Ivan le Terrible (1942-1945).