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Nicolas Poussin

Nicolas Poussin, Autoportrait
Nicolas Poussin, Autoportrait

Peintre français (Villers, près des Andelys, 1594-Rome 1665).

Romain d'adoption, Nicolas Poussin est le peintre qui porta le classicisme français à son apogée, en cherchant à atteindre l'idéal de perfection antique auquel aspirait le xviie s. À une grande richesse d'inspiration son œuvre allie un éclatant souci de réflexion philosophique.

1. L'inspiration romaine

Nicolas Poussin découvre sa vocation artistique au contact du peintre maniériste Quentin Varin. En 1612, il arrive à Paris, où il passe notamment dans l'atelier du Lorrain Georges Lallemant, également maniériste, puis, en 1622, il collabore avec Philippe de Champaigne au Luxembourg. Il fait aussi la rencontre du poète Giambattista Marino, qui l'initie au goût de l'antique.

Après un séjour à Venise, c'est en 1624 que Poussin se rend à Rome, la capitale artistique du temps. Grâce à Marino, il vit dans l'entourage de puissants collectionneurs. Pour le cardinal Francesco Barberini (1597-1679), neveu du pape Urbain VIII, il exécute la Mort de Germanicus (1627, Minneapolis), son premier chef-d'œuvre de peintre d'histoire. Le plus important de ses clients est cependant le secrétaire du cardinal, Cassiano dal Pozzo (1588-1657), auquel il devra de devenir le « peintre philosophe » de réputation européenne.

Le Martyre de saint Érasme, destiné à la basilique Saint-Pierre de Rome (1628-1629, musées du Vatican), est la seule commande monumentale de Poussin, qui privilégie les tableaux de chevalet, conçus pour des demeures privées. Ceux-ci relèvent soit de thèmes bibliques (le Massacre des Innocents, vers 1625-1626, musée Condé, Chantilly) ou mythologiques (Écho et Narcisse, vers 1630, Louvre ; le Triomphe de Flore, id.), soit encore d'une iconographie plus personnelle (les Bergers d'Arcadie, vers 1628-1630, château de Chatsworth, Angleterre ; l'Inspiration du poète, vers 1630, Louvre). Son admiration pour Titien transparaît dans la richesse chromatique et l'intensité lyrique.

2. Le langage de la théâtralité

Relevant d'une grave maladie, Poussin épouse en 1630 celle qui s'était occupée de lui, Anne-Marie Dughet, la fille d'un cuisinier français installé à Rome. Il va, dès lors, assurer la formation artistique de son beau-frère, Gaspard, qui deviendra un excellent paysagiste, surnommé « le Guaspre Poussin » (1615-1675).

Avec la Peste d'Asdod (vers 1630-1631, Louvre) et l'Empire de Flore (1631, Dresde), Poussin aborde une nouvelle manière, plus théâtrale, fondée sur l'étude des passions de l'homme, le sujet étant vécu de l'intérieur dans sa diversité (Tancrède et Herminie, 1634, Ermitage ; l'Adoration du Veau d'or, vers 1634, National Gallery, Londres ; Saint Jean baptisant le peuple, vers 1635-1637, Louvre).

Sa renommée atteignant Paris, Poussin peint plusieurs Bacchanales pour le cardinal de Richelieu, qui le fait venir en France (1640). Auparavant, il a entrepris la première série des Sept Sacrements, que lui a commandée Cassiano dal Pozzo et qui sera achevée en 1642 ; il s'en dégage une solennité nouvelle, à laquelle l'étude de la sculpture antique n'est pas étrangère. La seconde série des Sept Sacrements (1644-1648, Édimbourg), tableaux monumentaux traduisant une parfaite intelligence de l'espace, sera réalisée pour Paul Fréart de Chantelou (1609-1694), secrétaire de François Sublet des Noyers (1588-1645), lui-même surintendant des Bâtiments de Louis XIII.

3. La rebutante expérience parisienne

Venu à Paris en décembre 1640, sur les instances de Richelieu, Nicolas Poussin y fut nommé premier peintre du roi. Mais son euphorie fut de courte durée. Il se rendit compte qu'il n'était pas fait pour ce qu'on attendait de lui : grands tableaux d'autel, vastes peintures allégoriques et, surtout, travaux de décoration de la grande galerie du Louvre (jamais terminée et plus tard détruite).

Les intrigues de peintres qui craignaient pour leur position, Simon Vouet en tête, ajoutèrent au mécontentement de Poussin. Celui-ci décida de regagner Rome en septembre 1642. En principe, il allait y chercher sa femme. En réalité, il n'avait aucune intention d'en repartir, surtout après la mort de Richelieu et de Louis XIII. Il reste qu'à Paris Poussin était entré en relation avec des amateurs éclairés, qui, tel Paul Fréart de Chantelou, lui demeurèrent fidèles.

4. Le couronnement de l'œuvre : stoïcisme et panthéisme

De plus en plus pénétré de stoïcisme, Poussin illustre Plutarque (les Funérailles et les Cendres de Phocion, 1648, collections privées). Chaque sujet est traité de façon appropriée à sa valeur, selon une « théorie des modes » empruntée à la musique des anciens Grecs (Moïse sauvé des eaux, diverses versions ; le Jugement de Salomon, 1649, Louvre).

Le paysage prend une part de plus en plus importante dans son œuvre, laissant en retrait les passions de l'homme au profit d'un idéal panthéiste qui exalte le mystère et la puissance de la nature (Diogène jetant son écuelle, 1648, Louvre ; Paysage avec Polyphème, 1649, Ermitage ; Paysage avec Orion aveugle, 1658, Metropolitan Museum of Art, New York ; Apollon amoureux de Daphné, 1664 [inachevé], Louvre). Tandis qu'une nouvelle version des Bergers d'Arcadie (vers 1650-1655, Louvre) couronne l'évolution « philosophique » de l'artiste, d'autres toiles reprennent des sujets religieux, comme dans l'Annonciation (1652–1655, Munich) et la Sainte Famille (1655-1657, Ermitage), qui juxtapose des couleurs vibrantes.

La série des Quatre Saisons (1660-1664, ibid.), peintes pour Richelieu, constitue une sorte de testament tant spirituel qu'artistique. Poussin laisse aussi un important œuvre dessiné (Louvre, Chantilly, British Museum, Stockholm), fait le plus souvent de lavis très synthétiques.

5. Postérité de Poussin

Poussin meurt sans avoir d'élèves, car il n'avait pas voulu ouvrir d'atelier à Rome et il y avait toujours vécu dans une sorte d'isolement méditatif. En revanche, il aura contribué à la formation de Charles Le Brun et, au sein de l'Académie royale de peinture et de sculpture, il sera considéré presque à l'égal de Raphaël. À la fin du xviiie s., il influencera fortement l'éclosion du néoclassicisme. Au cours des deux siècles suivants, il suscitera la ferveur de Delacroix et celle d'Ingres, puis il sera une référence majeure pour Cézanne et pour Picasso.