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Félicité de La Mennais ou Félicité de Lamennais

Félicité de La Mennais
Félicité de La Mennais

Écrivain et penseur français (Saint-Malo 1782-Paris 1854).

Un prophète

Fils d'un armateur et négociant malouin, Félicité Robert de La Mennais naît avec une santé fragile qui fera de lui un petit homme malingre, toute sa vie torturé par une compression de l'épigastre. Il est élevé par son frère Jean-Marie (1780-1860), prêtre en 1804 et fondateur en 1820 de l'institut des Frères de l'instruction chrétienne, dits « de Ploërmel ». Autodidacte, Félicité enseigne les mathématiques au collège de Saint-Malo (1804-1805), puis, sans fréquenter de séminaire, il se livre à la théologie et, presque contraint par son directeur de conscience, reçoit la tonsure et les ordres mineurs en 1809, l'année où il publie Réflexions sur l'état de l'Église en France pendant le XVIIIe s. et sur sa situation actuelle, ouvrage interdit par la police impériale, La Mennais y manifestant déjà son mépris pour le gallicanisme sclérosant.

Après un long séjour (1810-1814) en sa propriété bretonne de La Chênaie – qui sera, durant vingt ans, le haut lieu du catholicisme français –, il publie les trois volumes de la Tradition de l'Église sur l'institution des évêques (1814) et un pamphlet, De l'université impériale, qui l'oblige, durant les Cent-Jours, à se réfugier à Guernesey et à Londres (1815). De retour en France, il reçoit coup sur coup les ordres majeurs ; il est ordonné prêtre à Vannes (1816).

La vocation de « Féli » n'est pas celle d'un curé de campagne ; elle porte invinciblement cet homme inquiet et passionné à dénoncer la tiédeur d'un catholicisme d'habitude, les connivences de l'épiscopat avec les puissances temporelles, les faiblesses du gallicanisme d'État et de la philosophie du xviiie s. et à chercher la voie d'un christianisme proche de l'Évangile et s'échauffant dans le rayonnement de Rome. Très vite, ce prêtre apparaît comme l'une des lumières, comme le prophète d'une Église fortement ébranlée par la secousse révolutionnaire et par les séquelles du Siècle des lumières.

Coup de tonnerre : l'Essai sur l'indifférence en matière de religion (1817-1823), ouvrage aux résonances pascaliennes, destiné à secouer l'apathie intellectuelle et l'incuriosité spirituelle de ses contemporains, et qui reçoit un accueil enthousiaste. Les catholiques ont enfin l'impression qu'après un long siècle de philosophie athée ou déiste, le christianisme vient de se trouver un apologiste de la taille d'un Voltaire ; la révélation chrétienne, à travers l'argumentation romantique, mais pressante, de La Mennais, apparaît clairement comme l'ultime étape de l'épanouissement humain.

Dès lors, l'action de « Féli » s'oriente dans deux directions. Conscient de la faiblesse de la formation des clercs, et alors que, durant la Restauration, les écrits philosophiques du xviiie s. connaissent un regain de faveur, il conçoit le projet d'une espèce d'école des hautes études ecclésiastiques. En 1828, avec son frère et P. O. Gerbet, il installe à Malestroit le noviciat de la congrégation de Saint-Pierre ; là aussi à La Chênaie – où autour de « Féli » se retrouvent des jeunes gens qui hésitent à entrer dans l'état ecclésiastique – se forment quelques-uns de ceux qui seront l'élite de l'Église de France au xixe s.

D'autre part, les intuitions de La Mennais débouchent naturellement sur l'engagement politique, la plume du journaliste et de l'écrivain étant l'instrument d'un idéal de liberté véritable. Tout en collaborant à divers journaux ultraroyalistes et ultramontains – le Conservateur, le Drapeau blanc… –, La Mennais s'élève avec fougue contre l'esprit de l'université, le gallicanisme et la médiocrité spirituelle en des ouvrages fulgurants qui lui valent d'être poursuivi : De la religion considérée dans ses rapports avec l'ordre politique et civil (1825-1826) et Des progrès de la Révolution et de la guerre contre l'Église (1829).

« L'Avenir », la crise

En 1830, le vent de liberté qui souffle sur l'Europe emporte La Mennais : avec ses disciples – F. Ozanam, P. Guéranger, Lacordaire, R. Rohrbacher, Montalembert, P. O. Gerbet… –, il se lance dans une campagne destinée à rendre « l'Église libre dans l'État libre ».

Le 16 octobre 1830, il fonde le journal l'Avenir, qui porte en épigraphe : « Dieu et Liberté ». Dans ses colonnes, La Mennais et les siens se font les défenseurs de toutes les formes de liberté (politique, de l'enseignement, de la presse, des associations…), du désengagement temporel de l'Église et de la libération des peuples catholiques opprimés (Pologne, Irlande).

En décembre 1830, élargissant son champ d'action, ils fondent l'Agence générale pour la défense de la liberté religieuse. Et c'est en « pèlerins de la liberté » qu'ils se rendent auprès du pape Grégoire XVI (novembre 1831), alors qu'ils viennent de lancer l'Acte d'union appelant tous les catholiques libéraux d'Europe à former une vaste fédération.

Or, à Rome, l'engagement politique de La Mennais est considéré comme peu compatible avec les exigences religieuses ; d'aucuns le considèrent même comme franchement révolutionnaire, alors que les positions du pape comme celles de l'immense majorité de l'épiscopat sont contre-révolutionnaires ; l'engouement du jeune clergé pour les idées mennaisiennes fait peur à la hiérarchie.

Reçus brièvement par Grégoire XVI, le 13 mars 1832, Lacordaire, Montalembert et La Mennais n'entendent que de bonnes paroles d'un pontife qui élude toute conversation sérieuse. Ils sont à Munich quand est publiée l'encyclique Mirari vos (15 août) ; La Mennais se soumet et se retire à La Chênaie, tandis que disparaissent l'Avenir et l'Agence générale pour la défense de la liberté religieuse.

Cependant, « Féli » a été profondément troublé par le bref de Grégoire XVI adressé aux évêques polonais (9 juin 1832), bref par lequel le pape a fourni un appui indirect à Nicolas Ier, « bourreau de la Pologne ». Peu à peu, dans l'esprit de La Mennais, chemine l'idée que le Saint-Siège n'est plus dans le sens de l'histoire et que, en resserrant son alliance avec les pouvoirs absolus, il a abandonné la route tracée par un Dieu né et mort pauvre.

En septembre 1833, La Mennais renonce à ses fonctions de supérieur de la congrégation de Saint-Pierre. En avril 1834, il publie les Paroles d'un croyant, qui dénonce une papauté qui a « divorcé avec le Christ ». C'est la rupture définitive avec Grégoire XVI, qui condamne l'ouvrage par l'encyclique Singulari nos (25 juin).

Le socialiste isolé

Les ouvrages qui suivent : les Troisièmes Mélanges (1835), les Affaires de Rome (1836), sont encore inspirés par la foi chrétienne, mais La Mennais voit s'éloigner de lui tous ses disciples ; la congrégation de Saint-Pierre est d'ailleurs dissoute (1834). À partir de 1837, alors qu'il prend la direction du journal le Monde – il y collabore avec George Sand –, La Mennais, tout en restant fidèle à l'idéal chrétien et en se refusant à se mettre à la tête d'un schisme, se fait le prophète solitaire et véhément de la loi d'amour de l'Évangile, mais hors d'une Église avec laquelle il ne se réconciliera jamais.

Dans une longue série d'ouvrages – le Livre du peuple (1838), De l'esclavage moderne (1839), De la religion (1841), Esquisse d'une philosophie (1840-1846), les Évangiles (1846) –, il développe inlassablement les thèmes d'un évangélisme romantique et d'une philosophie mystique et démocratique. Désormais, il passe pour un « socialiste », dont les attaques contre la monarchie bourgeoise – le Pays et le gouvernement (1840) – le mènent jusqu'à Sainte-Pélagie.

Sa popularité vaut à La Mennais d'être élu député de la Seine à l'Assemblée constituante de 1848, alors qu'il dirige l'éphémère journal le Peuple constituant. En juin, il publie De la famille et de la propriété ; en mai 1849, il est élu à la Législative sur la liste du Comité démocratique socialiste ; son journal la Réforme ne vit que quelques semaines. Il vote contre la loi Falloux.

Après le coup d'État (1851), La Mennais cesse toute activité, surveillé par la police impériale, qui ne peut empêcher que ses obsèques civiles, le 1er mars 1854, ne soient suivies par une foule énorme où dominent les petites gens. Il est inhumé dans la fosse commune au Père-Lachaise.