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Alfred Hitchcock

Cinéaste britannique naturalisé américain (Londres 1899-Hollywood 1980).

La période anglaise

Engagé en 1920 comme rédacteur d'intertitres par la succursale anglaise de la Famous Players Lasky, Alfred Hitchcock devient en 1922 assistant-réalisateur (de Jack Graham Cutts notamment). En 1925, le producteur Michael Balcon lui offre sa première chance de metteur en scène. The Pleasure Garden sera tourné en Allemagne dans les studios munichois et au Tyrol. Après quelques autres longs métrages, qui apparaissent avec le recul du temps comme des œuvres mineures (The Mountain Eagle, 1926 ; The Lodger, 1926 ; Downhill, 1927 ; Easy Virtue, 1927 ; The Ring, 1927 ; The Farmer's Wife, 1928 ; Champagne, 1928 ; The Manxman, 1929), le talent du futur « maître du suspense » éclate dans Chantage (Blackmail, 1929), tourné en muet, puis postsynchronisé (ce sera le premier film parlant britannique). Le style de Hitchcock est, à cette époque, très influencé par l'expressionnisme. Mais l'élégance et le brio de la mise en scène tranchent nettement sur la médiocrité des productions courantes. Avant d'être appelé en 1939 aux États-Unis par David O. Selznick, Hitchcock signe dans son pays natal plusieurs œuvres de valeur, dont Juno and the Paycock (1930), Murder (1930), The Skin Game (1931), Rich and Strange (1932), l'Homme qui en savait trop (The Man who knew too much, 1934), les Trente-Neuf Marches (The Thirty-Nine Steps, 1935), Quatre de l'espionnage (The Secret Agent, 1936), Sabotage (1936), Young and Innocent (1937), Une femme disparaît (The Lady vanishes, 1938), la Taverne de la Jamaïque (Jamaica Inn, 1939).

Le grand maître du suspense

En Amérique, l'« horloger diabolique » est très vite maître d'un style qui fera l'admiration du public et des critiques par cet habile dosage de virtuosité technique et de justesse psychologique. Films d'espionnage, films-poursuites, mélodrames psychanalytiques, huis clos angoissants, « thrillers » vont se succéder sur les écrans du monde entier pendant plus de trente ans pour le plus grand régal des amateurs. Tour à tour on essaiera de faire de Hitchcock un amuseur désinvolte, un habile défricheur d'énigmes, un maître du mystère et du frisson. Certains exégètes en mal d'idoles iront jusqu'à faire de lui un philosophe, voire un métaphysicien. Hitchcock s'est défendu de cet excès d'honneur : « Inutile de me prêter des intentions profondes. Je ne suis nullement intéressé par le message ou la morale d'un film », mais en fut probablement secrètement flatté. Il est en effet indéniable que, parmi les cinéastes qui ont abordé le film noir, il est l'un des seuls qui soit parvenu à lui donner une « âme ». Sans perdre jamais de vue les règles de la réussite commerciale, il exploite un genre dont il n'est pas le moins du monde prisonnier : « Si je tournais Cendrillon, les gens ne seraient contents que si je mettais un cadavre dans le carrosse. Pour certains de mes films les spectateurs ne peuvent supporter l'angoisse. Cela m'amuse énormément. Je m'intéresse moins aux histoires qu'à la façon de les raconter. »

Après Rebecca (1940) se succédèrent Correspondant 17 (Foreign Correspondent, 1940), Joies matrimoniales (Mr. and Mrs. Smith, 1941), Soupçons (Suspicion, 1942), Cinquième Colonne (Saboteur, 1942), l'Ombre d'un doute (Shadow of a Doubt, 1943), Lifeboat (1943), la Maison du Dr. Edwardes (Spellbound, 1945), les Enchaînés (Notorious, 1946), le Procès Paradine (The Paradine Case, 1947), la Corde (The Rope, 1949), les Amants du Capricorne (Under Capricorn, 1949), le Grand Alibi (Stage Fright, 1950), l'Inconnu du Nord-Express (Strangers on a Train, 1951), la Loi du silence (I Confess, 1952), Le crime était presque parfait (Dial M for Murder, 1953), Fenêtre sur cour (Rear Window, 1954), la Main au collet (To Catch a Thief, 1955), Mais qui a tué Harry ? (The Trouble with Harry, 1955), l'Homme qui en savait trop (1956, remake), le Faux Coupable (The Wrong Man, 1957), Sueurs froides (Vertigo, 1958), la Mort aux trousses (North by North-west, 1959, Psychose (Psycho, 1960), les Oiseaux (The Birds, 1963), Pas de printemps pour Marnie (Marnie, 1964), le Rideau déchiré (Torn Curtain, 1966), l'Étau (Topaz, 1969), Frenzy (1971), Complot de famille (Family Plot, 1976).

Tous les films de Hitchcock tournent autour d'un secret. Tous les personnages incarnent un coupable possible. Le réalisateur joue avec un art consommé de la fausse évidence et de la culpabilité. Il construit son intrigue avec ruse et intelligence (et parfois un humour qui brise la tension du récit sans en amoindrir le suspense) autour de trois personnages types : le coupable, le faux coupable, l'enquêteur. Le spectateur est pris au piège de l'apparence. Ainsi, les œuvres de Hitchcock sont loin d'être seulement des énigmes policières. Le talent de l'auteur s'exprime moins par son habileté à résoudre un problème criminel que par les dimensions psychologiques ou psychanalytiques qu'il prête à ses personnages. « Hitchcock est le seul qui sache chaque fois 1° nous surprendre, 2° nous tendre un trousseau de clefs, 3° nous reprendre les clefs une à une pour nous laisser devant cette évidence : une porte toujours battante au seuil du même mystère » (André S. Labarthe).