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James Marshall Hendrix, dit Jimi Hendrix

Jimi Hendrix
Jimi Hendrix

Guitariste et chanteur de rock et de blues américain (Seattle, Washington, 1942-Londres 1970).

S'il devait ne rester qu'une image du personnage, ce serait celle-ci : l'escogriffe à genoux, un rictus de joie sauvage sur le visage, courbé devant une guitare en flammes. La scène, immortalisée par le cinéaste D. A. Pennebaker, se passe un soir de juin 1967, pendant le festival pop de Monterey. On peut l'interpréter comme on veut : sacrifice païen à la symbolique mystique ou truc scénique d'un cabot professionnel… Les deux, probablement. À l'époque, les Who, quarteron de cockneys britanniques, étaient célèbres pour détruire sur scène tout leur matériel. En bon showman, Hendrix se devait d'aller encore plus loin. Grâce à une simple burette d'alcool achetée dans la quincaillerie du coin, le voilà devenu pour la postérité le Grand Sorcier électrique, l'Enfant Vaudou, l'homme qui mettait le feu au rock. Mais, au-delà de l'icône, demeure la réalité : il faisait réellement brûler sa guitare. Dans tous les sens du terme. Et vingt-cinq ans après la disparition du pyromane, l'incendie n'est toujours pas éteint.

James Marshall Hendrix est né le 27 novembre 1942 dans la cité industrielle de Seattle, État de Washington. La ville du Boeing et, bien plus tard, du grunge … De sa mère, métissée d'Indien Cherokee, il hérite d'un goût pour le surnaturel et le secret. De son père, tour à tour militaire, jardinier ou électricien, d'un solide sens des dures réalités de la vie. Ses parents divorcent, lui-même est renvoyé de l'école pour « avoir tenu une jeune fille blanche par la main pendant les cours de dessin » … À dix-neuf ans, l'adolescent féru de Robert Johnson, Chuck Berry ou B. B. King s'engage dans l'armée. Comme parachutiste. On l'imagine bien, tout là-haut en solo, décrivant d'acrobatiques arabesques dans le ciel… Jusqu'à la chute finale. Cheville cassée, la recrue se remet à la guitare. Enfant, il gratouillait un infâme ukulélé, acheté cinq dollars par un oncle compatissant. Désormais, sa rutilante Fender sous le bras, il hante les caves à musique de la région. Devenu très vite mercenaire des six cordes, il joue tour à tour avec Little Richard, Ike Turner, Otis Redding ou les Isley Brothers. Et se fait immanquablement renvoyer de l'orchestre, parce qu'il vole la vedette à ses patrons. Avec le nommé Curtis Knight, un honnête chanteur de rhythm and blues, il grave ses premiers enregistrements. Mais il faut tendre l'oreille pour l'entendre, sagement relégué au rang de cachetonneur en costume cravate. Simple accompagnateur, lui qui aime tant précéder… Il n'empêche, cette fois il a le virus. Le petit Hendrix sera grand guitariste ou ne sera pas. Fin 1965, il fonde enfin son propre groupe, l'affuble du fringant titre de Jimmy James and the Blue Flames et se rend à New York, dans les clubs de Greenwich Village. Il y fait vite sensation : ce grand Noir dégingandé, à la crinière afro serrée de foulards bariolés, avec ses vestes à brandebourgs et ses colliers tintinnabulant, attire les foules. Son jeu de guitare épate : avec les dents, derrière le dos, sur la tête, il en use et abuse avec la nonchalance d'un antipodiste de cirque.

Sa musique, c'est le blues, mais un blues tout tourneboulé, distordu, pantelant, transcendé en symphonies bruitistes où s'entrecroisent douleur et jubilation, rage et sensualité, sexe et spiritualité. « Avec ma musique, je veux peindre des tableaux représentant la Terre et l'espace », expliquera plus tard le maestro fantasque. Sous ses doigts, la guitare se métamorphose en un diabolique engin multiforme. C'est une femme qui sanglote, un volcan en éruption, un avion qui décolle, une aciérie qui vibre, une mitraillette qui hoquette. En outre, il est gaucher, rendant perplexes tous ses collègues avides de technique : Hendrix joue comme personne et, en plus, il joue à l'envers !.

Swinging London. Remarqué par Chas Chandler, le manager des Animals, Jimi le phénomène s'exile à Londres. Et fonde le meilleur orchestre de sa courte carrière, le Jimi Hendrix Experience : un simple trio basse-guitare-batterie, en compagnie de deux musiciens blancs recrutés sur place, le bassiste Noel Redding et Mitch Mitchell, l'ex-batteur de Georgie Fame. C'est en cet équipage qu'il donne son premier concert à Paris, en première partie de… Johnny Hallyday. Ce dernier enregistrera en français sa version de Hey Joe, un standard arrangé par Tim Rose, en janvier 1967, premier tube de Hendrix. Suivront Purple Haze, The Wind Cries Mary et Foxy Lady (cette fois, Johnny ne s'y risquera pas…). En mai de la même année, paraît le premier album, Are You Experienced ?, une sacrée expérience : même en trio, Hendrix se la joue solo, triturant sa guitare, lui extirpant les râles les plus incandescents. Entre blues pur (Red House), pop expérimentale (Third Stone from the Sun, Love And Confusion) et free rock (Fire), Jimi le freak aérien accouche d'une montagne électrique encore inexplorée. Le 16 juin, il donne une prestation aujourd'hui légendaire, en partageant l'affiche du festival américain de Monterey avec Otis Redding.

L'album suivant, Axis Bold As Love, mélange science-fiction avec psychédélisme. Transformé en divinité hindoue sur la pochette, Jimi invente le rock sidéral : effets électroniques (wha wha, fuzz, feed back) et toucher chahuteur. Une bonne poignée de chefs-d'œuvre (Little Wing, If Six Was Nine, Spanish Castle Magic, Castle Made Of Sand) en font l'album exemplaire de l'astronaute branché. Mais c'est avec l'album suivant, Electric Ladyland (février 1968), que Hendrix atteint les sommets de son art. Une pièce maîtresse que ce double album enregistré dans son studio personnel de New York, avec la participation d'invités ravis, comme Stevie Winwood, Al Kooper ou Jack Casady. Hendrix y rend hommage à Elmore James (Voodoo Child) et revisite Dylan (All Along The Watchtower), mais s'évade de plus en plus du format traditionnel des chansons en pratiquant de longues envolées guitaristiques.

Après ce disque, l'Experience se sépare. C'est en compagnie d'un groupe provisoire que Hendrix se produit au festival de Woodstock, en août 1969. Une image est demeurée célèbre, encore : un petit matin giflé de pluie, dans un vaste pré transformé en champ de bataille, avec boue et papiers gras. Immobile, comme indifférent au reste du monde, déjà ailleurs, arc-bouté sur sa guitare, Jimi joue. C'est l'hymne national américain, le Star Spangled Banner réinterprété à la sauce psychédélique. Mais c'est surtout son chant du cygne. La dernière scène du festival. La dernière séquence.

En décembre, il monte un nouveau groupe, le Band Of Gypsies, avec le batteur Buddy Miles et le bassiste Billy Cox et enregistre un album « live » (Band Of Gypsies), la nuit de la Saint-Sylvestre au Fillmore East de New York. Un disque qui préfigure peut-être ce qu'aurait été le style futur du virtuose, avec des clins d'œil au jazz. Dans Machine Gun, un morceau, encore, contre la guerre du Viêt Nam, Hendrix transforme littéralement sa guitare en fusil. Détonant.

En août 1970, Jimi donne un concert au festival de l'île de Wight, avec Mitch Mitchell et Billy Cox. Une de ses dernières apparitions : le vendredi 18 septembre, on le retrouve inanimé dans sa chambre d'hôtel. Pour une pilule de trop, celui qui affirmait venir de la planète Mars s'est envolé à jamais, à l'âge de vingt-sept ans. « Étouffé par ses vomissements après abus de somnifères », énoncera laconiquement l'avis officiel de décès. Jimi l'extraterrestre vivait comme il jouait : sans retenue.

Dans un film récent intitulé Les Blancs ne savent pas sauter (White Men Can't Jump), l'un des protagonistes, un Noir, rétorque à l'autre, un Blanc : « Arrête de me bassiner avec Jimi Hendrix. Tu peux écouter sa musique pendant des années, tu seras toujours incapable de l'entendre… » Une boutade pas si futile. Et si Hendrix était inaudible ? Si ce chaos d'électricité torturée, cette inextricable masse sonore zébrée d'éclairs et de vrombissements, de plaintes et de halètements, dépassait tout simplement l'entendement ? Si elle exprimait bien autre chose que des chansons de rock servies par un génial et délirant virtuose ? Depuis le temps de sa mort, ils sont légion ceux qui ont tenté de le copier, de Robin Trower à Prince, de Stevie Ray Vaughan à Lenny Kravitz. En vain. Le style Hendrix n'existe pas, il s'est éteint avec l'homme. Comme a disparu ce son de trompette inimitable avec le dernier souffle de Miles Davis.

Attention, vautours. Après sa disparition, Hendrix a été une proie de choix pour les recycleurs de sillons : de la bonne centaine d'albums édités sous son nom, il n'en a publié, de son vivant, que quatre. Autodidacte prolixe, ne sachant ni lire ni écrire la musique, Jimi travaillait constamment avec un magnétophone et a laissé des kilomètres de bandes magnétiques, allant de la simple répétition dans une chambre d'hôtel au concert extatique dans un stade. Devenant ainsi l'artiste le plus piraté de l'histoire du rock… Tous les droits artistiques ont été récupérés par son ancien producteur, Alan Douglas, qui écoule avec un respect très marketing les archives sonores en sa possession, au rythme d'environ un album par an : inédits, fonds de tiroir, versions alternatives, extraits live à Woodstock, à Monterey, à l'île de Wight, etc. Dans cette auberge électrique, il y a à boire et à manger et le fan gourmet risque fort d'y attraper une indigestion.

« Excusez-moi, il faut que j'embrasse le ciel », chantait l'oiseau dans l'un de ses plus fameux morceaux, Purple Haze. Jimi Hendrix n'était pas uniquement cet excentrique avec des tenues bizarres, qui jouait de la guitare avec les dents, séduisait les filles et abusait des drogues. Mais un musicien, unique et innovateur. Après lui, le blues, le rock, le funk et même le jazz n'ont plus jamais eu le même goût. Car, en quatre courtes années, Hendrix a réussi à entrevoir ce que cherche désespérément tout artiste : l'espace et la liberté.