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Oliver Cromwell

Oliver Cromwell
Oliver Cromwell

Lord-protecteur d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande (Huntingdon 1599-Londres 1658).

La jeunesse de Cromwell

1606 : il entre à l'école libre de Huntingdon, où il est sous la férule de Thomas Bearde, pédagogue réputé et puritain notoire. L'enseignement que reçoit le jeune garçon est décisif pour l'avenir.

1616 : il entre à Sydney Sussex College (Cambridge), établissement marqué par le puritanisme. Au demeurant, il s'intéresse plus aux exercices du corps qu'à ceux de l'esprit.

1617 : lLa mort de son père l'amène à quitter l'université. Pendant trois ans, on perd sa trace : peut-être est-il allé à Lincoln's Inn (ou à Gray's Inn ?) pour acquérir les notions de droit qui sont nécessaires à un futur squire ?

1620 : mariage avec Élizabeth Bourchier, dont le père, prospère marchand de Londres, possède des terres dans l'Essex.

1620-1639 : les années d'obscurité

On ne sait pas grand-chose sur Cromwell pendant cette période. Quelques faits notables émergent.

1628 : il représente le Huntingdonshire au Parlement. Il ne s'y fait guère remarquer.

1631 : il vend ses terres familiales pour s'établir fermier d'un grand domaine, près de Saint Ives.

1636 : héritant d'un oncle, il va s'établir à Ely. Sans être riche, il est assez aisé, plus, en tout cas, que ne l'était son père.

Mais ces années mal connues sont très importantes pour la formation de Cromwell. On sait qu'il lit les récits des campagnes de Gustave Adolphe, qu'il s'enthousiasme pour les pauvres paysans des « fens » (les marais d'East Anglia), menacés de perdre leurs droits coutumiers à la suite du drainage des marais par des entrepreneurs sans scrupule. Surtout, ces années sont celles de la maturation religieuse. C'est alors que s'ébauche le deuxième trait essentiel de notre homme : gentilhomme campagnard, Cromwell est aussi puritain.

Cromwell au Parlement

Bien qu'il ne soit au Parlement que depuis trois ans, Cromwell représente le Cambridgeshire au « Short Parliament », réuni par Charles Ier en 1640. L'opposition religieuse et politique est telle que le roi dissout très vite ce Parlement. Mais, aux abois devant les difficultés financières et la révolte des Écossais presbytériens, Charles doit bien vite convoquer celui qu'on surnommera le Long Parliament.

Novembre 1640 : c'est avec l'ouverture de la session parlementaire que commence la vie publique de Cromwell. Très vite, cet homme de haute taille, solide, le cheveu noir, l'œil perçant, au teint rouge, se fait connaître : au fur et à mesure que le temps passe, son éloquence, passionnée et violente, d'abord confuse, se fait plus mordante, plus percutante. Il est de toutes les commissions, consacrant son énergie à la défense de la religion. Ce n'est pourtant encore que le brillant second des leaders parlementaires les plus en vue, comme John Pym ou John Hampden.

1642 : l'opposition entre le roi et le Parlement s'exacerbe. Dans une atmosphère rendue dramatique par la révolte sanglante de l'Irlande, empoisonnée par la méfiance, Charles accumule les maladresses : lorsqu'il essaie de faire arrêter cinq des principaux membres des Communes, il ouvre en fait la voie de la guerre civile (janvier). Sans doute, ce n'est que le 22 août qu'il lève son étendard à Nottingham. Mais déjà les préparatifs belliqueux sont bien avancés de part et d'autre : au cours de ces semaines, un homme s'est distingué par son inlassable activité, Cromwell. L'un des premiers, il s'est préoccupé de la mise en état de défense du pays contre le roi. Il prodigue ses deniers ; il va lui-même lever dans son Huntingdonshire natal une petite troupe de cavaliers soigneusement triés, qu'il met à la disposition du Parlement. Au gentilhomme et au puritain va s'ajouter maintenant l'homme de guerre.

Cromwell pendant la guerre civile

1642 : à la fin de l'année, il participe à l'indécise bataille d'Edgehill. Puis il s'en va en East Anglia recruter la cavalerie de l'Eastern Association, la future troupe des « Côtes de fer ».

1643 : victorieux à Grantham et à Gainsborough, il remporte avec Thomas Fairfax (1612-1671) la victoire de Winceby, qui force l'armée royaliste du marquis de Newcastle à faire retraite vers le nord. Cela lui vaut d'être promu second du généralissime parlementaire, le comte de Manchester. Son appartenance aux Communes, où il joue un rôle important entre les campagnes, son puritanisme, s'ajoutant à la mollesse de son chef, font en fait de lui le héros de la cause protestante.

1644 : alors que Newcastle a dû chercher refuge à York, Manchester ne peut empêcher le prince Rupert de lui porter secours. Manchester bat en retraite, mais il est rejoint à Marston Moor (2 juillet 1644). C'est la conduite de Cromwell qui fait pencher le sort de la bataille en faveur des parlementaires. Mais, après ce succès, Manchester préfère temporiser, au grand désespoir de Cromwell : l'opposition entre les deux généraux éclate au grand jour, lorsque le comte d'Essex, qui commande les armées parlementaires du Sud, doit capituler à Lostwithiel, faute d'avoir été secouru (septembre).

1645 : le débat entre les deux hommes est porté devant le Parlement. Il ne s'agit pas seulement d'un problème stratégique ; en réalité, Manchester pense qu'il faut chercher autant que possible un accord avec le roi ; d'où son attentisme. Cromwell, au contraire, combattant de la liberté religieuse et politique, veut une éclatante victoire. Le Parlement consent à une réorganisation de l'armée : l'« armée nouveau modèle » est ainsi créée. Mais c'est à Fairfax, personnalité de second plan qu'on la confie : en réalité, au premier danger, Cromwell la rejoint. Le 14 juin 1645, il prend une part décisive à la victoire de Naseby, qui met pratiquement fin à la première guerre civile.

Cromwell, le Parlement et l'armée

1647 : les Écossais viennent de livrer Charles Ier au Parlement en janvier. La majorité presbytérienne est prête à conclure un accord avec lui, à la fureur de la minorité puritaine (ou indépendante). Or, l'armée est tout entière du côté des minoritaires. Et Cromwell voit dans l'accord des presbytériens avec le roi une véritable trahison.

La révolte fait rage en Irlande, et les querelles politiques sont à leur comble. La seule solution que trouve le Parlement est de présenter un plan de dissolution de l'armée. Celle-ci refuse de s'y soumettre. Cromwell est malade à ce moment crucial : lorsqu'il retrouve l'armée, celle-ci a désigné des « Agitateurs », qui sont l'expression de leur régiment. Assemblées et débats se multiplient. Au milieu de cette fermentation, Cromwell essaie, un temps, de jouer un rôle d'intermédiaire entre l'armée et le Parlement. Mais, très vite, il rejoint l'armée, en même temps que Cornet George Joyce se saisit de la personne du roi, qui devient l'otage de l'armée (juin 1647). L'armée est alors à Newmarket ; deux conseils la dirigent : le Conseil de guerre, pour les affaires militaires, et le Conseil de l'armée, où sont présents les Agitateurs et les officiers supérieurs. C'est pour les chefs militaires la seule solution ; il faut amener les Agitateurs à collaborer avec eux, sans quoi c'en est fait de leur autorité sur l'armée. Aux propositions formulées alors par l'armée, le Parlement, impuissant, doit acquiescer : la foule londonienne le force à revenir sur son vote. C'est l'impasse, que Cromwell résout en faisant entrer l'armée dans Londres (6 août 1647). Le programme religieux et constitutionnel de l'armée est alors adopté et présenté au roi. Cromwell hâte les choses, car les débats se font de plus en plus hostiles à l'armée.

La seconde guerre civile

Charles Ier a réussi à s'échapper. Réfugié à l'île de Wight, il négocie avec les Écossais sur la base du presbytérianisme. Cromwell part à la rencontre des Écossais, qui, sous le commandement de Hamilton, sont entrés en Angleterre le 8 juillet 1648. Ce dernier, avec une armée supérieure en nombre, s'aventure imprudemment dans un pays hostile. Cromwell, d'ailleurs, lui laisse la voie libre, et c'est à revers qu'il vient attaquer à un moment où les forces écossaises sont dispersées sur près de 60 km. En une série de petits combats séparés, il taille en pièces les Écossais et les royalistes anglais. Peu parviennent à s'échapper. Dès la fin du mois d'août, la guerre est pratiquement finie. La rivalité qui oppose le duc d'Argyll à Hamilton permet à Cromwell de régler rapidement la situation en Écosse (septembre). Et celui-ci revient à Londres pour le règlement définitif de la question politique.

Cromwell et l'exécution du roi

Pendant que Fairfax et Cromwell combattaient et faisaient triompher les armes de la révolution puritaine, les sentiments presbytériens de la majorité des membres du Parlement incitaient celui-ci à reprendre les négociations avec le roi, dont nul ne pouvait penser pourtant qu'il tienne ses engagements un jour. La réaction de Cromwell et de l'armée à leur retour est violente. Au matin du 6 décembre 1648, les députés trouvent le colonel Pride assis à la porte du Parlement : ceux que l'armée n'apprécient pas ne peuvent entrer ; s'ils protestent, ils sont aussitôt arrêtés. Il ne reste plus en place que le « croupion » d'un Parlement, puisque tel est le surnom qu'a gagné le reste du « Long Parliament » à la purge de Pride (Rump Parliament).

Cromwell semble avoir essayé de reprendre à son compte les négociations avec le roi : mais l'intransigeance de ce dernier met vite un terme à cet effort. Le 28 décembre 1648, un tribunal est constitué pour juger le roi. Il faut le modifier, et ce n'est que le 6 janvier 1649 que sa forme définitive est arrêtée. Du 20 au 26 janvier se déroule le procès, et, le 27, le roi est condamné. Il est certain que Cromwell s'est alors décidé à ce que le roi soit exécuté. Il fait tout pour que les jurés puissent résister aux pressions qui s'exercent sur eux, qu'elles viennent des modérés, de pays étrangers (intervention de l'ambassadeur de Hollande) ou des Écossais. Mais toute l'armée est derrière lui, et c'est avec joie qu'elle voit tomber, le 30 janvier, la tête de Charles Ier.

Les débuts de la République

Le roi mort, le Parlement épuré, Cromwell semble avoir réduit toute opposition à la cause puritaine en Angleterre. Mais Charles se révèle plus dangereux mort que vivant : l'Irlande et l'Écosse se dressent contre la République.

1649 : arrivé en août en Irlande, Cromwell se voit obligé d'assiéger chaque petite ville. Il pense hâter le dénouement par des actes de cruauté : les 10 et 11 septembre 1649, il passe au fil de l'épée la garnison de Drogheda et fait de même peu après pour celle de Wexford. Il obtient le résultat contraire de celui qu'il recherchait, et, laissant Henry Ireton (1611-1651) continuer la lente reconquête, il revient en Angleterre (mai 1650).

1650 : les Écossais ont en effet perdu un temps précieux à s'entendre avec Charles II. C'est chose faite en juin 1650. Cromwell envahit alors l'Écosse, mais le général écossais David Leslie (1601-1682) tient la montagne, évitant tout combat. À la fin, épuisé, Cromwell se réfugie à Dunbar. Par une splendide victoire, il redresse la situation.

1651 : battus, les Écossais couronnent Charles II à Scone. Cromwell réédite alors la manœuvre qui lui a si bien réussi face à Hamilton. Leslie descend vers le sud sans rencontrer la moindre opposition. Il ne trouve aucun appui. Ses soldats traînent ou désertent. C'est une armée désorganisée que Cromwell rejoint à Worcester : les Écossais sont complètement écrasés, et Charles II ne s'enfuit que par miracle (3 septembre 1651).

Le protectorat

Alors que Cromwell veut réparer les désordres créés par la guerre civile, il se heurte au Parlement.

20 avril 1653 : un désaccord sur la constitution à donner à l'Angleterre marque une velléité d'indépendance du Parlement ; aussitôt, l'armée chasse les derniers membres du « Long Parliament ». Le parti républicain perd dès lors le peu de poids qu'il peut avoir : la rupture entre civils et militaires, réduisant le gouvernement de Cromwell à une dictature militaire, condamne en fait la République. Cromwell en est d'ailleurs conscient et il essaie de résoudre le problème constitutionnel qui lui est posé en désignant (juillet) le « Parlement nommé » ; mais, en décembre, effrayé par ce qui lui paraît de l'anarchisme religieux, il renvoie le « Parlement nommé ». Le 16 décembre, l'« Instruction of Government », la première Constitution écrite qu'ait eue l'Angleterre, le fait « protecteur d'Angleterre ». Il gouverne avec le Conseil des officiers en attendant que le Parlement soit élu. Si les militaires sont enthousiastes, les civils sont résignés : il faut, de toute façon, arriver à une solution rapide, car les problèmes s'amoncellent, à l'intérieur comme à l'extérieur.

La politique intérieure du protectorat

En matière religieuse

Cromwell peut enfin travailler à l'édification de cette Église nationale à laquelle il pense depuis longtemps. Il commence d'abord par faire nommer des commissaires chargés de contrôler le niveau du clergé, qui appartient soit aux presbytériens, soit aux indépendants, ou encore aux baptistes. En dehors même de cette Église nationale ainsi purifiée, la liberté de conscience est garantie. Seuls le catholicisme et l'anglicanisme en sont exclus. Il n'y a d'ailleurs pas de persécutions. De même, c'est du protectorat que date la réinstallation des juifs en Angleterre. Il faut lier à ces préoccupations religieuses le souci d'ordre moral qui anime Cromwell comme tous les puritains. Combats de coqs et musiciens des rues sont proscrits ; le dimanche doit être rigoureusement observé. C'est surtout le Parlement qui est à l'origine de cette législation bigote. Plus large d'idées, Cromwell n'en est pas moins le responsable de ce régime d'ordre moral, car il charge l'armée de surveiller la moralité dans les comtés. Ce qui est fait avec exactitude. Il convient d'y ajouter un souci constant de l'éducation, caractéristique des puritains.

En matière constitutionnelle

Les résultats sont ici moins brillants. Le Parlement élu dans l'été 1654 a une majorité presbytérienne ; il cherche à faire passer l'armée sous son contrôle. Cromwell le dissout. Le Parlement qui se réunit en septembre 1656 est plus docile, puisque l'on n'a autorisé à siéger que les membres tolérés par le Conseil de l'armée. Les Communes proposent la couronne à Cromwell, qui refuse. Une nouvelle constitution est alors proposée, mais Cromwell commet la maladresse de transférer ses meilleurs partisans à la Chambre des lords. Il se retrouve bientôt minoritaire aux Communes, qu'il préfère dissoudre (4 février 1658).

L'Irlande et l'Écosse

En Irlande, la spoliation des Irlandais au profit des colons anglais se poursuit. L'Écosse est unie à l'Angleterre, la liberté commerciale étant établie entre les deux pays.

La mort de Cromwell

Depuis quelque temps déjà très affaibli, attristé par la mort de sa fille préférée, Élizabeth Claypole, Cromwell s'éteint à Whitehall le 3 septembre 1658 (jour anniversaire des victoires de Dunbar et de Worcester). Jamais le protectorat n'a paru aussi fort. Mais Cromwell n'a pas réussi à donner une assise constitutionnelle à son régime, et c'est ce qui explique que celui-ci ne pourra se perpétuer.

La religion d'Oliver Cromwell

C'est une véritable crise spirituelle que traverse Cromwell à partir de 1627-1628 : éperdu de culpabilité et de mépris quant à sa vie passée, il sort régénéré de cette longue crise de conscience. Il est, dès lors, persuadé qu'il est l'élu du Seigneur, et que, le moment venu, il devra exécuter les ordres divins. Mais il faut pouvoir interpréter ces ordres ; et souvent, avant les décisions graves, Cromwell passera de longues heures, voire des journées entières, abîmé en prières. Tout cela fait de lui un vrai puritain.

Pourtant, il ne faut pas se le représenter en « extrémiste religieux ». Cromwell est convaincu de défendre la « vraie foi protestante » : il pense que Dieu a fait appel à lui pour être le « Restaurateur » de l'Église, non son « Réformateur ». Ses plus grands ennemis seront les auteurs des nouveautés, qui défigurent le protestantisme de l'Église d'Angleterre, à savoir les épiscopaliens et leur chef William Laud (1573-1645). Mais Cromwell s'écartera aussi de tous ceux qui, comme les presbytériens, voudront imposer une vision trop stricte, attaché qu'il est à la liberté de conscience. Et, en même temps, il s'écarte de bien des puritains, en étant convaincu de la nécessité de conserver le cadre d'une Église anglaise nationale, soutenue par le paiement de la dîme. Pragmatique, nuancé, tel est Cromwell quant à l'application de son action ; mais c'est avec passion, avec fureur même, qu'il se lance dans l'action, à l'appel de Dieu, qui a fait de lui son instrument.

La politique extérieure de Cromwell

Deux éléments la dominent : l'hostilité envers un régime régicide, à laquelle se heurte le protectorat ; le désir qu'à Cromwell de constituer une grande Confédération protestante.

À ce dernier égard, sa politique se solde par un échec. Mais, partout ailleurs, c'est le succès : une guerre avec la Hollande se termine par un traité qui accorde de substantiels avantages commerciaux aux Anglais dans la Baltique. Le Danemark, la Suède et le Portugal accordent aussi d'importants avantages commerciaux aux Anglais.

Surtout, Cromwell s'entend avec la France du cardinal Mazarin contre l'Espagne. En 1656 et en 1657, des victoires navales importantes confirment le redressement de la flotte anglaise, qui, dès 1655, saisit la Jamaïque. Lorsque Cromwell, bloquant la côte et envoyant des renforts à Turenne, permet à ce dernier de remporter la victoire des Dunes sur les Espagnols, aux côtés desquels combat Charles II (14 juin 1658), il obtient pour récompense Dunkerque. Éclatante réhabilitation pour un régime qui, quatre ans auparavant, était au ban de l'Europe.

Le génie militaire de Cromwell

L'organisateur de l'armée

Cromwell a lui-même recruté et organisé la cavalerie qu'il commande dès les premiers combats, ces « Côtes de fer », comme les a surnommés le Prince Rupert, son meilleur adversaire. Mais il joue aussi un rôle essentiel dans la constitution de l'« armée nouveau modèle », qui triomphera sur tous les champs de bataille à partir de 1645 et qui s'inspire surtout des enseignements de Gustave Adolphe.

Sur le champ de bataille

Courageux, Cromwell possède la clairvoyance et la présence d'esprit. Quant à la première qualité, la bataille de Marston Moor nous en donne l'exemple. La charge de la cavalerie de Cromwell bouscule la droite royaliste ; une violente poursuite la porte au contact de la réserve royaliste. C'est alors que Cromwell apprend que le centre des parlementaires est en difficulté et que leur droite est enfoncée. Revenant à bride abattue, il vient prendre à revers la cavalerie royaliste, qui se rabat pêle-mêle sur sa propre infanterie, dont elle débande les rangs. Par la promptitude de sa manœuvre, la sûreté de son attaque, Cromwell a redressé une situation que ses chefs paraissaient avoir compromise.

Quant à sa présence d'esprit, la bataille de Dunbar la révèle : avec une armée épuisée, affamée, inférieure en nombre et en courage, Cromwell est venu s'enfermer dans Dunbar. Les Écossais de Leslie, sûrs de leur victoire, dévalent les collines qui cernent la ville, afin d'être à pied d'œuvre, le lendemain matin, pour donner un assaut final qui ne doit être qu'une simple formalité. Mais Cromwell a bien vu que, ce faisant, les Écossais s'étaient massés dans un espace si réduit que le moindre désordre dans leurs rangs les empêcherait de combattre. À l'aube, il lance sa cavalerie sur les Écossais endormis : c'est un massacre ; les Écossais, qui ne peuvent ni fuir ni combattre, laissent 3 000 morts et 10 000 prisonniers. Bien secondé par les excellents généraux que sont John Lambert, Charles Fleetwood et George Monk, Cromwell a remporté un triomphe là où la pire défaite lui était promise ; les Anglais n'ont perdu que vingt hommes…

RICHARD CROMWELL PROTECTEUR

Contemporains et historiens ont la même opinion de Richard Cromwell (Huntingdon 1626-Cheshunt 1712), qui succéda à son père : il était aussi peu fait que possible pour jouer un rôle politique. C'était son frère cadet, Henry Cromwell (Huntingdon 1628-Spinney Abbay, Cambridgeshire, 1674), qui avait hérité du génie d'Oliver Cromwell : mais il gouvernait l'Irlande.

Les vertus privées de Richard sont incontestées, et celui-ci a toujours préféré la vie du gentleman-farmer à celle de l'homme politique. Dès la mort de Cromwell, l'opposition latente entre civils et militaires s'aigrit. Mou et paresseux, Richard se révèle incapable d'y remédier. Au bout de huit mois, les chefs militaires renversent le protectorat.

À la Restauration, Henry Cromwell ne sera pas inquiété, car son gouvernement ne lui a fait que des amis (parmi les Anglais, du moins ; quant aux Irlandais…). Richard, lui, saura échapper à toutes les poursuites et mourra tranquillement en Angleterre, sous une fausse identité.