En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Catherine de Médicis

Catherine de Médicis
Catherine de Médicis

(Florence 1519-Blois 1589), reine de France.

1. Nièce du pape et reine de France

1.1. Dauphine effacée

Fille de Laurent II de Médicis, duc d'Urbino, et d'une Française, Madeleine de La Tour d'Auvergne, Catherine devint orpheline de bonne heure. Elle fut fiancée dès 1531 au second fils de François Ier, le duc d'Orléans Henri (futur → Henri II), et mariée deux ans après. Cette union d'un fils de France avec une nièce du pape était destinée dans l'esprit de François Ier à équilibrer l'influence de Charles Quint à Rome.

La conscience de l'honneur qu'on lui avait accordé explique l'attitude de Catherine à la cour de France, avant et après son veuvage. Princesse très effacée devant son glorieux beau-père, reine éperdument éprise de son roi, éclipsée par sa brillante rivale Diane de Poitiers, elle accepta tout avec humilité. Devenue régente après la mort de son mari (1559), dont elle porta le deuil jusqu'à sa mort, elle s'attacha passionnément à sauvegarder pour ses fils l'héritage laissé par François Ier et Henri II. Cette Italienne fut, comme plus tard Mazarin, le meilleur serviteur de la monarchie française en des temps troublés.

1.2. Au-dessus du fanatisme religieux

La mort du Dauphin François en 1536 fit de l'époux de Catherine l'héritier du trône. Stérile durant dix ans, la Dauphine prit à cœur de s'imposer peu à peu par sa douceur et son intelligence. Elle s'instruisit et étudia particulièrement l'histoire. Elle trouva à la cour raffinée des Valois un terrain propice à la culture de son esprit. Aimant le luxe et les fêtes, elle fut une véritable princesse de la Renaissance, mais, à la différence de bien d'autres, elle se fit remarquer par la pureté de ses mœurs et la fidélité à tous ses devoirs.

La naissance d'un fils, le futur François II, bientôt suivie par celle de neuf autres enfants, dont six survécurent, acheva de consolider sa position. À la mort d'Henri II (10 juillet 1559), les Guises, oncles de la reine Marie Stuart, la tinrent à l'écart et gouvernèrent sous le nom du faible et maladif François II. Cependant, dès cette époque, pour la première fois, elle apparaît sur le devant de la scène. Au moment de la conjuration d'Amboise, lorsque les Guises perdent la tête et obtiennent une répression cruelle, Catherine seule garde son sang-froid ; elle publie une amnistie et s'efforce de sauver les coupables. Elle s'appuie sur le chancelier, le sage Michel de L'Hospital, pour imposer l'édit de Romorantin (mai 1560), qui atténue les persécutions contre les protestants. Cette attitude lui gagnera leur sympathie.

Cependant, cette nièce du pape était en matière religieuse le contraire d'une fanatique. Son drame fut de devoir gouverner un pays où les passions confessionnelles les plus exacerbées, et compliquées d'intérêts politiques, n'allèrent qu'en s'amplifiant jusqu'à sa mort. On peut même dire que son erreur la plus grande fut d'avoir minimisé l'importance du facteur religieux.

2. L'exercice du pouvoir

2.1. Le règne de Charles IX

En quête de concorde

C'est à la mort de François II (5 décembre 1560) qu'elle donne toute la mesure de son habileté. Charles IX n'a que onze ans. Catherine profite du manque de sens politique des princes, d'un Bourbon, d'un Condé, pour se faire accorder aux états généraux d'Orléans la régence assortie des plus grands pouvoirs. Aussitôt maîtresse du royaume, elle abolit la peine de mort en matière d'hérésie et autorise le prêche dans les maisons privées. C'est déjà l'esquisse de la politique que suivra le tiers parti, celui des « politiques », et qui triomphera sous Henri IV.

Désireuse de conciliation, elle réunit à Poissy, en septembre 1561, les chefs des deux religions en vue de parvenir à un accord. L'antagonisme entre Théodore de Bèze et le cardinal de Lorraine lui montre l'abîme qui les sépare. Cependant, elle persiste dans son attitude malgré l'opposition du roi d'Espagne Philippe II, qui craint de voir la France passer à l'hérésie. Par l'édit de Janvier 1562, elle accorde aux calvinistes la liberté de conscience et le droit de célébrer un culte public hors des villes ; c'est avec trente-six ans d'avance la préfiguration de l'édit de Nantes d'Henri IV.

Menacée par le triumvirat catholique

Alarmés, les princes catholiques se regroupent, et le duc de Guise, le maréchal de Saint-André et le connétable de Montmorency forment un triumvirat qui, après le massacre de Wassy (1er mars 1562) et le soulèvement de Condé, va s'imposer par la force à la régente.

Il faut ici considérer, pour comprendre l'âpreté des luttes qui ensanglantent la France, les mécanismes qui régissent les rapports entre les Grands et le pouvoir royal. S'il n'y a plus de féodalité que comme fiction juridique, la réalité est ailleurs, dans ce qu'on appelle le « patronage » illimité des grands seigneurs, de ceux qui ont puissance et prestige par leurs charges et leurs possessions territoriales, ce qui leur donne des clientèles impressionnantes et même des armées de fidèles qui vivent de leurs largesses.

Un autre facteur, non moins important, est le poids décisif de l'attachement de la majorité des Français d'alors à la foi catholique. Cette pression de l'opinion, appuyée sur les ambitions de quelques grandes familles, va imposer les troubles sanglants de la guerre à une régente pourtant assoiffée de paix.

En 1562 commence une série de luttes confuses terminées par des paix boiteuses où alliés et ennemis échangent tour à tour leur rôle dans un incroyable imbroglio. Après la prise de Rouen par les triumvirs au cours de la première guerre, le hasard va débarrasser Catherine des plus turbulents des princes ; coup sur coup, Antoine de Bourbon est tué au Havre, Saint-André à Dreux et François de Guise est assassiné par Poltrot de Méré à Orléans.

L'impossible pacification

Aussi Catherine revient-elle à sa politique de paix, elle proclame l'édit d'Amboise (19 mars 1563), qui accorde aux protestants la liberté de conscience et réglemente le culte public, puis elle réconcilie les adversaires, Condé et Montmorency, qui vont reprendre Le Havre aux Anglais. Au service de cette tâche de pacification et de réconciliation, Catherine mettra une persévérance inlassable.

De 1564 à 1566, elle entreprend un long voyage à travers la France par Lyon, la Provence, le Languedoc et Bordeaux, dans le dessein de montrer le jeune roi Charles IX au royaume et de revivifier la foi monarchique des populations. Durant ce voyage, elle réforme, elle ordonne, elle rend la justice ; surtout elle prend contact avec les forces vives du pays.

À son retour, en 1567, les troubles reprennent lorsque Condé et Coligny, pour mettre la légitimité de leur côté, essaient d'enlever le roi. C'est un échec. En mars 1568, la paix de Longjumeau rétablit exactement l'édit d'Amboise. Mécontente des protestants, Catherine commet l'erreur de renvoyer le chancelier Michel de L'Hospital.

Se sentant menacés, les huguenots reprennent la lutte, soutenue par le cardinal de Lorraine, Birague et Tavannes. Catherine prend l'offensive en Poitou contre les huguenots, qui sont battus à Jarnac et à Moncontour (1569) par son fils préféré, le duc Henri d'Anjou (→ futur Henri III).

L'échec du rêve humaniste

Soucieuse de paix et d'équilibre, craignant les Guises, Catherine signe pourtant en août 1570 l'édit de Saint-Germain, qui renouvelle, lui aussi, l'édit d'Amboise, mais avec une innovation qui va se révéler dangereuse : l'octroi aux protestants de quatre places de sûreté, La Rochelle, Montauban, La Charité et Cognac. À ce moment, Catherine semble se rapprocher des calvinistes, fait le projet de marier le duc d'Anjou à Élisabeth d'Angleterre et fait même entrer Coligny au conseil. On décide de l'union du roi de Navarre avec une sœur du roi, Marguerite de Valois, gage d'une politique d'entente entre protestants et catholiques.

Cependant, l'amiral de Coligny, qui est un mauvais diplomate, s'impose peu à peu au faible Charles IX (majeur depuis 1563) et veut dresser le fils contre la mère ; surtout, il persuade le roi d'un vaste projet militaire consistant à attaquer l'Espagne aux Pays-Bas avec l'appui anglais. Catherine, amie de la paix, incrédule quant au succès, sachant que le royaume est trop divisé intérieurement pour poursuivre une politique aussi aventureuse, prend peur, croit voir Philippe II vainqueur et ses enfants détrônés.

C'est pourquoi elle n'hésite pas à faire arquebuser Coligny par un tueur professionnel, le 22 août 1572, mais la victime n'est que blessée ; Charles IX menace, et Catherine, affolée, laisse les Guises organiser le massacre de la Saint-Barthélemy dans la nuit du 23 au 24 août. Ce crime est une grande faute politique : il ne résout pas le problème protestant, puisqu'une autre guerre éclate aussitôt ; de plus, le massacre fait basculer l'équilibre en faveur des Guises et du parti catholique. En 1573, la paix de La Rochelle, la quatrième en dix ans, maintient le « statu quo ».

2.2. Le règne de Henri III

Sauver la monarchie

Lorsque Charles IX meurt en 1574, Catherine rappelle de France l'ancien duc d'Anjou, qui a été élu roi de Pologne en 1573. Mais Henri III n'est pas Charles IX : il entend gouverner par lui-même, et Catherine commence à passer au second plan. Toutefois, elle va continuer sa mission de conciliatrice et de pacificatrice. Son dernier fils, François, le nouveau duc d'Anjou, ancien duc d'Alençon, est un brouillon sans envergure que les calvinistes mettent à leur tête. Catherine part à sa poursuite et le ramène à Paris ; elle signe au traité d'Étigny la paix de Monsieur (7 mai 1576), et octroie aux protestants l'édit de Beaulieu, qui leur accorde de grands avantages : la liberté de culte partout, sauf à Paris, et huit places de sûreté. Mais la réaction catholique ne se fait pas attendre. À Péronne, le 8 juin 1576, est créée la Ligue catholique. Les Guises en sont les chefs ; ils s'appuient sur le peuple de Paris et de nombreuses villes, et sont soutenus par l'Espagne. Mais Henri de Navarre se révolte de nouveau, et la vieille reine, infatigable, repart sur les routes et signe avec lui en février 1579 la paix de Nérac.

Ce voyage lui montre les passions religieuses des Français portées à leur paroxysme. Aussi, désormais, conjointement avec Henri III, va-t-elle s'efforcer avant tout de sauver le pouvoir royal. En 1584, la mort du duc François d'Anjou pose la question de la succession. Le roi n'ayant pas d'enfants, le trône revient au protestant Henri de Navarre (→ futur Henri IV). Devant cette menace, on assiste à une recrudescence de la Ligue. Les Guises, au traité de Joinville (janvier 1585), s'allient avec Philippe II et décident que la couronne reviendra au cardinal de Bourbon, oncle d'Henri de Navarre.

Débordé, Henri III, sur les conseils de sa mère, cède aux ligueurs et leur livre le pouvoir ; Catherine signe avec le cardinal de Bourbon le traité de Nemours (juillet 1585), qui le reconnaît héritier du trône. Mais elle ne renonce pas pour autant à voir son gendre succéder à son fils, et, l'année suivante, elle le supplie de quitter les calvinistes et de se convertir.

Cependant, la guerre civile se rallume. Le 20 octobre 1587, Henri de Navarre est vainqueur à Coutras. Lorsque le duc Henri de Guise pénètre dans Paris contre l'avis du roi, Catherine essaie de s'interposer : voyant la partie perdue dans la capitale, à la suite de la journée des Barricades (12 mai 1588), elle conseille à Henri III de s'enfuir. Le roi se réfugie à Blois, où il convoque les états généraux, pendant lesquels il fait assassiner le duc Henri de Guise et son frère le cardinal de Lorraine. Catherine de Médicis ne joue aucun rôle dans les événements de Blois ; seulement, le 1er janvier 1589, elle fait relâcher le vieux cardinal de Bourbon, qui a été arrêté, et s'emploie à négocier avec lui. Elle meurt peu après.

Pour en savoir plus, voir l'article guerres de Religion.

3. Catherine de Médicis mécène

Avec l'arrivée de Catherine de Médicis et de sa nombreuse cour se poursuit une immigration italienne de qualité qui favorise l'essor d'un art prestigieux en France. Une Médicis ne peut faire mieux qu'offrir à Paris et au Val de Loire ce que son illustre famille a donné à la ville de Florence. Les châteaux de Blois et d'Amboise, le Louvre et les Tuileries sont marqués de l'empreinte italienne. Un certain art de vivre se répand à la cour, un art de vivre à l'italienne que l'on a commencé d'imiter dès les premières guerres d'Italie et qui continue sous Mazarin. Dans de nombreux domaines, la contribution des artistes italiens est capitale, jusque dans la gastronomie et le vocabulaire. Ainsi, la France découvre les macaronis et enrichit une langue de nombreux vocables (balcon, façade, appartement, banque, soldat, sérénade, concert, ballet…), qui traduisent ce que la Renaissance italienne nous a apporté.