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Nicolas Boileau

dit Boileau-Despréaux

Nicolas Boileau
Nicolas Boileau

Écrivain français (Paris 1636-Paris 1711).

L'œuvre

Si l'on n'y inclut pas une importante collection de Lettres (à Brossette et à Racine principalement), l'œuvre en prose est mince et comprend surtout le Traité du sublime, traduit du rhéteur grec Longin (1674), et les Réflexions sur Longin, à quoi s'ajoutent les pièces liminaires, qui introduisent les poèmes et qui sont le plus souvent riches de contenu. L'œuvre en vers, elle, comprend quelques milliers de vers (Boileau a mis son orgueil à écrire peu) : les douze Satires, discours en vers sur divers sujets, caractérisés par leur ton mordant (les neuf premières entre 1666 et 1668, les trois dernières en 1694, 1701 et 1706) ; les douze Épîtres, discours de ton plus neutre, bien que n'excluant pas la raillerie (les neuf premières s'échelonnent entre 1669 et 1683 ; les trois dernières paraissent en 1698) ; l'Art poétique (1674), poème didactique en quatre chants, qui expose les préceptes généraux de la doctrine classique ainsi que les règles des principaux genres ; le Lutrin (1674 et 1683), épopée parodique en six chants, narrant en vers héroïques une querelle de préséance entre des chanoines ; deux odes, dont la plus connue, Ode sur la prise de Namur (1694), se voulait une illustration de la manière pindarique et une réplique à Perrault, sont les seules tentatives de Boileau dans la voie du lyrisme.

Bilan d'une carrière

Fils d'un commis au greffe du parlement, il appartient à cette bourgeoisie des offices, cultivée et traditionaliste, d'où sont issus la plupart des écrivains de profession à l'âge classique. Sa carrière est bien significative de la condition de l'homme de lettres au xviie s. : l'estime d'un protecteur, l'entrée chez les Grands, la faveur royale, la charge à la Cour, le fauteuil académique sont les étapes exemplaires d'une réussite dont la dépendance est la contrepartie.

On loue surtout chez Boileau la force et la justesse du vers, la netteté du coup d'œil et le sens du détail familier. Il faut s'arrêter aussi à quelques traits fort saillants dans les Satires, les Épitres et l'Art poétique, qui font de ces œuvres, malgré la différence des genres, un ensemble très fortement individualisé au sein du patrimoine poétique français.

Comme chez les Latins, dont Boileau se réclame, Horace surtout, le poème est ici un discours en vers. Il comporte les références explicites à un ou à des lecteurs, plus ou moins individualisés, ainsi qu'à l'auteur. Or, la personnalité réelle de celui-ci, comme poète de métier, est spécifiée, en règle générale, par tout un réseau de références ou d'allusions aux amis, aux ennemis de Boileau, à sa vie, à ses ouvrages. Le « je » dont il use constamment prend par là une valeur particulière, à l'opposé du « je » de convention si souvent de mise en poésie, notamment au siècle classique :
[…]mon cœur toujours conduisant mon esprit
Ne dit rien au lecteur qu'à soi-même il n'ait dit
Ma pensée au grand jour partout s'offre et s'expose
Et mon vers, bien ou mal, dit toujours quelque chose.

Non pas évidemment qu'il s'agisse d'une poésie personnelle au sens ordinaire du terme. Boileau est à l'opposé du lyrisme. Le poète se veut peintre et censeur, qui sur un point de mœurs, de religion ou de belles-lettres décrit un usage, rappelle une norme, qui est supposée admise par son lecteur comme par lui-même, et amuse aux dépens de qui transgresse celle-ci, mêlant à son propos plus ou moins d'aigreur selon les sujets. Que les jugements qui sont portés soient ou non d'ordre littéraire, l'aspect général de cette poésie n'en est guère affecté. La critique et la création, que nous sommes habitués à regarder comme deux activités si différenciées, sont ici intimement mêlées.

La critique s'est surtout préoccupée de détruire la légende selon laquelle Boileau aurait été le législateur du Parnasse. Des travaux importants, dus notamment à Antoine Adam, ont définitivement établi que Boileau n'avait pas pu frayer la voie qui menait aux chefs-d'œuvre classiques, mais qu'il s'était contenté de donner une expression brillante et accréditée à la doctrine classique, déjà formulée, notamment, par l'abbé d'Aubignac et Chapelain.

Un mérite lui reste : avoir su distinguer très tôt la grandeur de Molière et de Racine, et les avoir défendus. Mais, à côté de ces préoccupations d'ordre surtout historique, la critique actuelle, de tendance formaliste, suscitera peut-être un regain d'intérêt pour les aspects rhétoriques de l'œuvre de Boileau.