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Togo

Nom officiel : République togolaise

Carton de situation - Togo
Drapeau du Togo
Drapeau du Togo

État d'Afrique de l'Ouest, le Togo est bordé au nord par le Burkina, à l'est par le Bénin, au sud par l'océan Atlantique (le golfe de Guinée) et à l'ouest par le Ghana.

  • Superficie : 56 600 km2
  • Nombre d'habitants : 6 817 000 (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Togolais
  • Capitale : Lomé
  • Langue : français
  • Monnaie : franc C.F.A.
  • Chef de l'État : Faure Gnassingbé
  • Chef du gouvernement : Komi Selom Klassou
  • Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel
  • Constitution :
    • Adoption : 27 septembre 1992
    • Révision : décembre 2002
Pour en savoir plus : institutions du Togo

GÉOGRAPHIE

Pays au climat tropical, de moins en moins humide du sud (forêts) au nord (savanes), le Togo demeure essentiellement rural. Les exportations de produits agricoles (palmistes, café, cacao, coton) viennent cependant loin derrière celles des phosphates du lac Togo, seule ressource notable du sous-sol. Le manioc et le maïs constituent les bases de l'alimentation.

1. Le milieu naturel

Étiré sur 600 km du nord au sud, depuis le Burkina (11 ° de latitude nord) jusqu'au golfe de Guinée (5 ° de latitude nord), le Togo forme un étroit couloir, large seulement d'une centaine de kilomètres, entre le Ghana et le Bénin. Des plateaux et de larges plaines alluviales, de part et d'autre d'une chaîne montagneuse prenant le pays en écharpe, constituent les traits dominants du relief. La chaîne de l'Atakora correspond à des alignements quartzitiques de direction S.-O./N.-E., d'altitude moyenne (800 m). La plaine orientale coïncide avec les bassins du fleuve Mono et des deux petites rivières Haho et Sio qui se jettent dans le lac Togo, communiquant avec la lagune Anécho. Cette plaine est séparée de la zone lagunaire et littorale par le plateau de « terre de barre », sablo-argileux, entaillé par la dépression de la Lama. La plaine d'inondation de l'Oti, fermée au nord par le plateau de Dapango, appartient au bassin hydrographique de la Volta.

Le climat résulte de la confrontation entre l'alizé boréal (harmattan), flux d'air tropical continental sec et chaud, de secteur nord-est, envahissant le Togo en hiver, et l'alizé austral, humide, la mousson, de direction S.-O./N.-E., pénétrant plus ou moins profondément à l'intérieur du pays en été. On distingue deux régimes climatiques : au sud, un climat subéquatorial à quatre saisons alternées, dont une grande saison des pluies (hivernage, d'avril à juillet), et une grande saison sèche (de décembre à mars) ; au nord, un climat tropical à deux saisons très contrastées. On notera toutefois deux anomalies : la dorsale pluviométrique de l'Atakora (1 500 mm) et l'anomalie négative littorale expliquant la présence de baobabs à Lomé (800 mm).

La végétation est le reflet de la pluviométrie ; les formations forestières de type ombrophile occupent le massif de l'Atakora. Le bassin du Mono est le domaine de la savane guinéenne, alors que la plaine de l'Oti est couverte de savanes soudaniennes.

2. La population et l'économie

La population du Togo se caractérise par son dynamisme démographique, avec un taux d'accroissement naturel de 2,7 % par an, sa grande jeunesse (43 % des Togolais ont moins de 15 ans) et son inégale distribution spatiale. La densité de peuplement, moyenne à l'échelle du pays (84 habitants par km2), est particulièrement forte dans le Sud où elle dépasse 200 habitants par km2. Le Togo demeure un pays essentiellement rural. La population urbaine, qui a été multipliée par six depuis l'indépendance et concerne désormais plus d'un habitants sur trois, est surtout concentrée dans le Sud où se situe la capitale, Lomé (800 000 habitants), à la frontière avec le Ghana et dont le port autonome est assez actif et accueille une zone franche industrielle. Nord et Sud s'opposent également par l'origine des peuples : groupe Kwa, dans lequel prédominent les Éwés, dans le Sud, plus christianisé ; groupe Gour, dominé par les Kabyès, dans le Centre et le Nord.

L'extension en latitude du pays autorise une assez grande variété de productions rurales, l'agriculture employant plus des deux tiers des actifs. Les cultures vivrières (manioc, maïs, mil, arachide, fruits) et l'élevage ovin, essentiellement tournés vers la satisfaction des besoins intérieurs, alimentent un commerce actif. Si l'industrie est quasi inexistante, l'artisanat – le secteur informel – est très développé, notamment dans les agglomérations. Les principaux produits d'exportation sont les phosphates du lac Togo, seule ressource notable du sous-sol, et les cultures commerciales (café, coton, cacao, palmistes). L'élevage bovin et la pêche demeurent modestes. La balance commerciale est structurellement déficitaire et ne tient pas compte des intenses échanges transfrontaliers facilités par l'existence d'un réseau de transport (routes et voies ferrées) relativement dense.

L'économie du Togo a été mise à mal par la grave crise politique des années 1990 à 1993. Le pays, très endetté, privé de l'aide internationale depuis ces troubles, connaît une situation très précaire. La production de phosphates s'est effondrée de moitié, les échanges ont fortement ralenti, des habitants du Sud ont fui la répression, abandonnant leurs activités, et les finances publiques se sont totalement dégradées. Le maintien d'un appareil d'État plus qu'autoritaire n'est pas favorable à un véritable développement économique.

HISTOIRE

1. Des contacts anciens avec les Européens

Le Togo a eu, jusqu'au partage colonial, une histoire difficile à distinguer de celle de ses voisins. Aucun royaume comparable à l'Ashanti ou au Dahomey (actuel Bénin) n'a imposé sa marque sur le pays. Sur un fonds autochtone, Dapangos, Bassaris et Tambermas du Nord, Kabyès et Akpossos du moyen Togo se sont entrecroisées des migrations : Éwés et Yorubas du sud du Dahomey, Baribas de Kouandé, Tyokossis de Côte d'Ivoire, Fantis et Gouins du Ghana, Kotokolis de Haute-Volta, qui, selon les cas, sont restés autonomes ou se sont fondus aux autochtones (Bassaris).

L'histoire des Éwés, partis de Kétou, est la mieux connue, notamment la diaspora qui, à la fin du xviie siècle, les a vus se répandre dans tout le sud du pays et au sud-est du Ghana. La période contemporaine (à partir de 1923) a aussi vu une émigration kabré et losso vers le sud.

La côte togolaise, comme l'ensemble du littoral du golfe de Guinée, est visitée à la fin du xve siècle par les Portugais, puis par les Danois. Les missionnaires portugais apparaissent au xvie siècle, mais un protectorat de fait est exercé par les Danois.

Le commerce des esclaves prospère de bonne heure, les plaines du bas Togo et à un degré moindre du moyen Togo fournissant un vaste réservoir d'hommes à la traite occidentale, dans laquelle se compromettent de nombreux notables. En 1800, le « Brésilien » (nom donné aux anciens esclaves libérés d'Amérique du Sud) Francisco de Souza s'installe à Anécho et pratique la traite, « bois d'ébène » compris.

Mais le commerce européen de l'huile de palme, succédant à celui des esclaves, ne s'implante véritablement que dans la seconde moitié du xixe siècle. Les premiers comptoirs européens (français, allemands et anglais) se créent vers 1870.

2. La conquête allemande et le partage franco-anglais

En juillet 1884, l'explorateur allemand Nachtigal débarque près d'Anécho ; il signe des traités de protectorat avec les chefs de Lomé, d'Anécho et de Porto Seguro. C'est lui qui nomme le pays « Togo », d'après un petit village de la côte.

Dès 1885, les Allemands se heurtent à la France. La conférence de Berlin accorde le champ libre à l'Allemagne, et en 1885 et 1886 sont signées des conventions respectivement avec les Français et les Anglais, laissant aux Allemands le libre accès vers le Niger.

La rivalité avec la France prend fin en 1897 avec le traité de Paris qui fixe la frontière avec le Dahomey. Avec la Grande-Bretagne, le sort d'une zone neutre au niveau du moyen Togo demeure en suspens jusqu'au traité des Samoa en 1899. La capitale s'installe à Lomé en 1897 et des postes sont créés à l'intérieur : Sansanné-Mango en 1896, Atakpamé et Sokodé en 1898.

La « pacification » totale sera difficile, notamment dans le Nord (insurrection de 1897-1898 en pays konkomba). Le développement économique démarre vite, notamment sous l'impulsion du gouverneur-comte Zech : peu de plantations, mais prospection du sous-sol, introduction de la culture du cacaoyer, du coton, du teck, création d'un wharf à Lomé, construction de trois lignes de chemin de fer, exportation d'huile de palme et de palmistes, importation de cotonnades. Toutefois, le Nord n'est pas compris dans ce vaste plan de mise en valeur.

Dès août 1914, le Togo, qui n'est défendu que par une police indigène, est le siège d'opérations militaires menées par les Alliés et suivies d'une reddition sans conditions le 26 août. Français et Anglais se partagent le pays. La convention du 10 juillet 1919 donne à la France les deux tiers du pays, l'entier front de mer et Lomé, tandis que la Grande-Bretagne obtient les riches terres de l'Ouest. En 1922, des mandats de la Société des Nations (SDN) sont attribués aux deux pays.

Le Togo français connaît d'abord l'administration directe du ministère des Colonies, jusqu'en 1934, puis une sorte d'union personnelle avec le Dahomey (gouverneur et chefs de service communs), et, enfin, en 1936, l'intégration officielle dans l'Afrique-Occidentale française (A-OF).

3. Vers l'indépendance

Le 13 décembre 1946 est mis en place le régime de tutelle des Nations unies, suivant l'article 73 de la charte de San Francisco, prévoyant l'évolution progressive de la population vers la possibilité de s'administrer elle-même. Un conseil de tutelle assure le contrôle de l'administration française, cependant que le Togo fait partie intégrante de l'Union française.

La vie politique est alors marquée par la création de partis, Comité d'unité togolaise (CUT), animé par Sylvanus Olympio, parti togolais du Progrès (PTP) de Nicolas Grunitzky, Union des chefs et des populations du Nord (UCPN), et par le problème des Éwés, dont le territoire est coupé en deux par la frontière avec la Gold Coast (aujourd'hui Ghana).

Un mouvement animé depuis la Gold Coast (All Ewe Conference) réclame l'unification du pays éwé sous tutelle britannique. À la suite d'un mémorandum franco-britannique adressé aux Nations unies, celles-ci créent une commission permanente pour les affaires togolaises, qui ne parvient pas à une solution, les Éwés ne constituant qu'une minorité dans les deux pays.

En 1951, c'est N. Grunitzky qui triomphe aux élections. Dès 1955 est institué un conseil de gouvernement. Le 9 mai 1956, à la suite d'un plébiscite, les territoires du nord du Togo britannique votent massivement le rattachement au Ghana, réglant ainsi définitivement la question éwée.

La République autonome du Togo est proclamée le 30 août et N. Grunitzky devient Premier ministre. Peu à peu, les pouvoirs passent entre les mains des Togolais. Le 27 avril 1958 ont lieu des élections contrôlées par l'ONU, qui voient l'effondrement du PTP. À son tour, S. Olympio devient Premier ministre et l'indépendance est proclamée le 27 avril 1960.

4. De l'autocratie à la dictature

4.1. Sylvanus Olympio : la politique d'isolement

Sylvanus Olympio voit sa position renforcée par le triomphe des listes de son parti aux élections du 9 avril 1961. Il mène dès lors, grâce à une Constitution de type présidentiel, une politique personnelle, jugulant toute forme d'opposition, instaurant un régime d'austérité financière, isolant le pays à l'extérieur par une politique de non-alignement sur les groupes de Brazzaville ou de Casablanca. Le mécontentement gagne le pays, notamment le Nord, dont les populations se sentent brimées par la place occupée par le Sud, mais aussi par les planteurs de cacaoyers, l'élite chrétienne et la jeunesse urbanisée.

Dans ce contexte, le 13 janvier 1963, un groupe d'anciens tirailleurs de l'armée coloniale française mené par le sergent-chef Gnassingbé Eyadéma, assassine Sylvanus Olympio. Un comité insurrectionnel militaire prend le pouvoir et fait appel à N. Grunitzky et à Antoine Méatchi, leader de l'UCPN. Le 5 mai de la même année, des élections ont lieu, tandis que la nouvelle Constitution recueille la majorité des suffrages.

4.2. Gnassingbé Eyadéma et la domination des « nordistes »

La politique d'isolement prend fin. Le Togo entre à l'Organisation commune africaine et mauricienne (OCAM), puis, en 1966, au Conseil de l'Entente. N. Grunitzky pratique une politique libérale, tolérant l'existence d'autres partis à côté du sien, l'Union démocratique des populations du Togo (UDPT).

Une tentative de coup d'État échoue en novembre 1966, mais, le 13 janvier 1967, le lieutenant-colonel Gnassingbé Eyadéma s'empare du pouvoir et suspend la Constitution ; il s'impose dès le 14 avril et devient président de la République. Un nouveau gouvernement est formé, les quatre partis politiques supprimés et priorité donnée au développement économique, profitant, au départ, de la construction par l'Allemagne fédérale du nouveau port de Lomé, inauguré en avril 1968.

Pour évincer les partisans de ses prédécesseurs – S. Olympio et N. Grunitzky – Gnassingbé Eyadéma fait approuver (1969) par les chefs coutumiers la création d'un parti unique, le Rassemblement du peuple togolais (RPT), qui devient l'institution fondamentale de l'État et dont il est élu président.

Consultés par voie de référendum, les électeurs togolais se prononcent le 9 janvier 1972 en faveur du président Eyadéma. Ses compatriotes originaires du nord du pays, comme lui-même, sont majoritaires à la direction du pays. En décembre 1979, une nouvelle Constitution est approuvée par référendum et le général Eyadéma devient le premier président de la IIIe République togolaise. Il est réélu en 1986, pour un nouveau mandat de sept ans.

5. De l'espoir à la tragédie

Comme par le passé, il s'agit d'une parodie d'élections, le « guide suprême » recueillant 100 % des suffrages d'un électorat gonflé de 300 000 voix par rapport aux estimations les plus sérieuses des démographes… Malgré tout, le régime s'adoucit sensiblement et, à partir de 1990, l'exemple du Bénin voisin, premier pays francophone à engager des réformes démocratiques, pousse le général-président Eyadéma à quelques concessions.

Sa proposition de procéder à la séparation de l'État et du parti unique n'apaise pas les tensions, les manifestations d'octobre sont les plus violentes de l'histoire du Togo depuis l'indépendance. Devant la pression de l'opposition politique et la persistance des émeutes, il n'hésite pas à faire réprimer durement les manifestations dans la capitale mais, en juillet-août 1991, finit par accepter la tenue d'une conférence nationale, ouverte largement aux représentants de la « société civile ». Celle-ci impose la constitution d'un gouvernement dirigé par Joseph Kokou Koffigoh, le président de la toute jeune Ligue togolaise des droits de l'homme.

Le 27 septembre 1992, la Constitution de la IVe République est adoptée, par référendum, à une écrasante majorité. G. Eyadéma semble n'avoir conservé qu'un rôle honorifique. En réalité, il s'appuie sur l'armée, dont les officiers sont « nordistes » et qui lui est totalement dévouée. Pilier du régime, l'armée lui sert à intimider la population et les dirigeants de l'opposition, y compris par l'assassinat, à encadrer des bandes de jeunes désœuvrés, à susciter des « affrontements interethniques » ; elle se soulève ou se mutine « spontanément » lorsqu'une décision du gouvernement ne plaît pas au président. J. Koffigoh se rapproche peu à peu de la mouvance présidentielle. Fin 1992, une grève générale est lancée et va se prolonger pendant plusieurs mois. Fin janvier 1993, une manifestation tourne à l'émeute. Le lycée français est parmi les cibles visées. Le 25 mars, le camp militaire dans lequel se trouve la résidence d'Eyadéma est attaqué. La répression pousse près de 300 000 Loméens à fuir au Ghana et au Bénin.

L'Allemagne et la France tentent de favoriser une « table ronde inter-togolaise » qui se réunit à Strasbourg, mais échoue, du fait surtout de l'intransigeance du président.

6. L'accord de Ouagadougou (juillet 1993)

Les négociations menées sous l'égide du président burkinabé Blaise Compaoré aboutissent à un accord, signé le 11 juillet 1993 à Ouagadougou. Cet accord prévoit notamment des élections présidentielles immédiates, sous supervision internationale, le 24 août suivant. L'opposition appelle au boycott, alors qu'elle aurait pu vraisemblablement les remporter. La présence d'observateurs – dont l'ex-président des États-Unis, Jimmy Carter, qui se retire pour protester contre certaines manipulations – permet d'éviter un trucage majeur : certes, Gnassingbé Eyadéma est réélu avec 96 % des voix, comme au temps du parti unique, mais il recueille moins de 700 000 voix sur 2 millions d'inscrits. L'abstention est massive dans le Sud, dépassant 95 % en région maritime et 85 % à Lomé…

L'Union européenne (à l'exception de la France) sanctionne le pouvoir togolais en suspendant ses subventions, ce qui aggrave davantage la situation économique et sociale du pays.

7. L'échec de la transition démocratique (1994-2005)

Les élections législatives de février 1994 confirment l'affaiblissement du parti présidentiel, le RPT, qui n'obtient pas la majorité. Mais le président parvient à diviser l'opposition en nommant Premier ministre Edem Kodjo, chef d'un petit parti, au détriment l'avocat Yawovi Agboyibo, leader du Comité d'action pour le renouveau (CAR), le parti vainqueur.

Grâce à des législatives partielles organisées en août 1996, le RPT devient majoritaire à l'Assemblée. Un technocrate apprécié des institutions financières internationales, Kwassi Klutse, est nommé chef du gouvernement. En juin 1998, la réélection à la présidence de la République, avec plus de 52 % des voix, du général Eyadéma face à Gilchrist Olympio, fils de l'ancien président assassiné, est fortement contestée, tant par l'opposition que par les représentants de l'Union européenne ; le général avait fait retirer manu militari le contrôle du dépouillement à la commission électorale pour le confier à son ministre de l'Intérieur.

À la faveur des élections législatives de 1999, boycottées par les principaux partis de l'opposition, le président retrouve ses pleins pouvoirs, 79 des 81 sièges de l'Assemblée revenant au RPT. En juillet, un accord-cadre, destiné à rétablir un climat de confiance et à mettre progressivement en place une démocratie transparente et un État de droit, est signé par l'ensemble des partis togolais, y compris par l'Union des forces du changement (UFC) de Gilchrist Olympio, exilé depuis 1992 au Ghana puis en France. De son côté, le général-président Eyadéma s'engage à ne pas briguer un troisième mandat et à dissoudre l'Assemblée.

Les élections législatives, initialement prévues pour octobre 2000 et dont le bon déroulement conditionne la reprise de la coopération avec l'Union européenne, sont retardées. En février 2001, une commission d'enquête internationale, saisie par l'ONU et l'OUA, confirme les accusations publiées en 1999 par Amnesty International qui dénonçaient de graves violations des droits de l'homme – et notamment des centaines d'assassinats d'opposants perpétrés avant et après la campagne présidentielle de 1998. En août, l'annonce de la condamnation à six mois de prison ferme de Yawovi Agboyibo jette l'opposition dans la rue.

De nouvelles dispositions sont introduites en 2002 dans le code électoral : désormais, tout candidat à l'élection présidentielle doit jouir de la nationalité togolaise à titre exclusif et avoir résidé à l'intérieur du pays pendant les douze mois précédant l'élection.

Mais, usé et appauvri, le régime commence à se lézarder : en juin, le Premier ministre Agbéyomé Kodjo, un successeur potentiel du chef de l'État, entré en dissidence avec le RPT, fuit le pays et rejoint l'opposition après avoir été limogé. Les élections législatives d'octobre, à nouveau boycottées par l'opposition, procurent une confortable majorité au RPT, qui amende la Constitution (30 décembre 2002) et permet au général-président d'être éligible indéfiniment. Ce dernier est réélu le 1er juin 2003, avec 57,22 % des voix devant Emmanuel Bob Akitani (34,14 %), candidat soutenu par l'UFC, dont le président, Gilchrist Olympio, a été écarté du scrutin faute d'avoir pu présenté un acte de domiciliation et un quitus fiscal. L'opposition dénonce des fraudes massives.

Conformément ses engagements pris en avril 2004 pour la reprise de la coopération avec l'Union européenne, le gouvernement entame en juin avec l'opposition les premières consultations d'un dialogue interrompu depuis plusieurs années.

8. De père en fils

Le 5 février 2005, le général-président Gnassingbé Eyadéma meurt alors qu'il est évacué pour recevoir des soins. Selon la Constitution, il revient au président de l'Assemblée nationale d'assurer l'intérim avant l'organisation d'une élection présidentielle dans un délai de soixante jours. Mais l'armée, empêchant le retour de celui-ci alors au Bénin en bouclant toutes les frontières du pays, installe au pouvoir Faure Gnassingbé, le fils du président défunt qui en avait fait son dauphin désigné en le faisant nommer, en juillet 2003, ministre des Mines, de l'Équipement et des Télécommunications, un poste stratégique pour maintenir les ressources financières du clan.

Faure Gnassingbé est prestement élu à la tête de l'Assemblée nationale par les députés qui procèdent simultanément à une réforme expéditive de la Constitution, faisant en sorte que le nouveau président de la République exerce ses fonctions jusqu'au terme du mandat de son prédécesseur, soit jusqu'en juin 2008. Outre la population et l'opposition togolaises – l'UFC de Jean-Pierre Fabre, le Comité d'action pour le renouveau (CAR) de Yawovi Agboyibo – la communauté internationale réagit unanimement à cette scandaleuse succession. L'Union africaine, en la personne du président nigérian Olusegun Obasanjo, dénonce un « coup d'État militaire ». La CEDEAO adopte une série de sanctions exceptionnelles (exclusion du Togo de l'organisation, rappel des ambassadeurs à Lomé, etc.), les États-Unis, l'ONU et l'Union européenne exigent le retour à la légalité constitutionnelle.

Faure Gnassingbé, cédant à la pression internationale, démissionne le 25 février de la présidence de l'Assemblée nationale (à laquelle est élu, Abass Bonfoh, son premier vice-président) et annonce qu'il se porte candidat pour le compte du RPT à l'élection présidentielle du 24 avril prochain. L'opposition, regroupée au sein d'une coalition, entend saisir une chance historique de changement politique et désigne après de laborieuses tractations Emmanuel Bob Akitani comme son candidat unique. Le scrutin se déroule dans le calme, à l'exception d'incidents survenus lors du dépouillement.

À l'annonce de résultats provisoires accordant la victoire à Faure Gnassingbé, des scènes de violence éclatent dans les rues de Lomé et dans plusieurs villes de province, où de jeunes partisans de l'opposition affrontent l'armée et dénoncent une mascarade menée avec la complicité de la CEDEAO et de la communauté internationale (notamment celle de la France). 

L'ordre est rapidement rétabli : selon un bilan publié par les Nations unies en septembre, les violences, dont la responsabilité principale est attribuée au régime, auraient fait, de février à juin 2005, entre 400 et 500 morts et des milliers de blessés dans les deux camps. Par ailleurs, plus de 32 000 Togolais ont fuit au Bénin et au Ghana.

Le 3 mai, la Cour constitutionnelle, rejetant les recours déposés par l'opposition pour le vote de centaines de milliers d'électeurs fantômes, confirme l'élection de Faure Gnassingbé avec 61,1 % des suffrages contre E. B. Akitani crédité de 38,2 % des voix. Edem Kodjo, ancien Premier ministre du général président (1994-1996) passé à une opposition modérée est nommé Premier ministre. Le nouveau gouvernement comprend quelques ministres de l'opposition, à l'exclusion des grands partis de l'opposition dite radicale, qui refusent d'y participer.

9. L'accord de Lomé (20 août 2006) et la présidence de Faure Gnassingbé

Le jeune Faure Gnassingbé, imposé par les généraux puis élu lors d'un scrutin contesté marqué par les violences, s'efforce de gérer le lourd héritage familial.

En rupture avec la politique menée par son père, il abolit la peine de mort, instaure la gratuité de l'école primaire et tente de pacifier le pays en libéralisant notamment les médias, en supprimant la célébration du coup d'État du 13 janvier 2003 au cours duquel fut assassiné, probablement par son père, le président Sylvanus Olympio et en instaurant une Commission « Vérité, justice et réconciliation ».

Des pourparlers intertogolais, entamés en juillet 2006, aboutissent à la signature d'un accord politique global entre le gouvernement, les partis politiques et les représentants de la société civile. L'accord de Lomé du 20 août 2006 prévoit la formation d'un gouvernement d'union nationale, l'organisation d'élections législatives et la normalisation de la coopération entre le Togo et l'Union européenne. Nommé Premier ministre, l'avocat et opposant historique Y. Agboyibo (leader du CAR) forme un gouvernement d'union nationale, auquel refuse de participer l'UFC.

Les élections législatives d'octobre 2007 sont remportées par le RPT qui obtient la majorité absolue au Parlement (50 sièges sur 81), mais l'UFC et le CAR, avec respectivement 27 et 4 sièges, contestent les résultats et boycottent le gouvernement d'union nationale. Dans ce climat politique tendu – arrestation en avril 2009 des deux frères du président, dont l'un, Kpatcha, est inculpé pour « complot » et « tentative d'attentat contre la sûreté de l'État » –, l'opposition réclame, dans la perspective de l'élection présidentielle de 2010, un scrutin uninominal à deux tours, ce que refuse le RPT. 

L'élection présidentielle du 4 mars 2010 revêt toutes les apparences d'une simple formalité. Peu avant, la candidature du Franco-Togolais Kofi Yamgnane, ancien secrétaire d'État de François Mitterrand et sérieux concurrent du président sortant dans le Nord, est invalidée par la Cour constitutionnelle en raison d'une contradiction sur sa date de naissance ; celle de Gilchrist Olympio n'a pu être enregistrée à la suite d'un accident survenu en janvier aux États-Unis.

Placé sous la surveillance d'observateurs de l'UE, le scrutin se déroule sans violence. Faure Gnassingbé, opposé à six candidats, est réélu avec 60,88 % des voix devant Jean-Pierre Fabre (UFC), son principal concurrent qui recueille 33,93 % des suffrages et dénonce l'introduction d'électeurs fictifs et l'achat de voix.

10. Cohabitation

Dans un but d’apaisement, le président Faure Gnassingbé et Gilchrist Olympio signent un accord en mai en vue de la participation au gouvernement de l’UFC. Celle-ci obtient ainsi plusieurs postes ministériels, le RPT conservant toutefois sa prééminence. Mais cette ouverture, présentée comme « historique », est dénoncée par plusieurs dirigeants du principal parti d’opposition, au premier rang desquels Jean-Pierre Fabre, qui font finalement scission pour fonder en octobre l'Alliance nationale pour le changement (ANC).

Malgré la relance du « Cadre permanent de dialogue et de concertation », créé en 2009, et la poursuite des audiences par la commission « Vérité, justice et réconciliation » – une phase qui se clôt en décembre 2011 sur un bilan très mitigé –, la situation politique du pays et les relations entre le pouvoir et l’opposition regroupée désormais principalement autour de l'ANC, du Front républicain pour l’alternance et le changement (FRAC) et du CAR, restent tendues à quelques mois des prochaines échéances électorales prévues en 2012 et finalement reportées à juillet 2013.

Ce scrutin, marqué par un taux de participation de 66 % et avalisé par la communauté internationale (UE, CEDEAO, UA) malgré des irrégularités pointées par des observateurs indépendants, donne la victoire au parti au pouvoir, l’UNIR (ex-RPT) qui remporte 62 sièges sur 91. Se présentant en ordre dispersé, l’opposition ne parvient pas à s’imposer bien que remportant globalement davantage de voix : seul le CST (Collectif « Sauvons le Togo ») dont fait partie l’ANC de Jean-Pierre Fabre, tire son épingle du jeu en faisant élire 19 députés, la coalition arc-en-ciel menée notamment par Dodzi Apévon du CAR ne remportant que 6 sièges.

À la tête de la contestation au Togo depuis les années 1990, seule véritable opposition au régime du général Eyadema et deuxième force parlementaire depuis 2007 avec 27 députés, l’Union des forces du changement (UFC) de Gilchrist Olympio ne parvient pas à justifier sa collaboration avec Faure Gnassingbé et subit un sévère revers en ne conservant que 3 sièges. En septembre, le président reconduit dans ses fonctions le Premier ministre Arthème Ahoomey Zunu, qui, après le refus des principaux partis d’opposition d’y participer, forme un nouveau gouvernement largement dominé par l’UNIR.

11. Le troisième mandat de F. Gnassingbé

La limitation à deux mandats consécutifs ayant été rejetée en juin 2014 par le Parlement dominé par le parti au pouvoir, l’UNIR, l’élection présidentielle d’avril 2015 permet comme prévu la reconduction du président sortant qui recueille 58,7 % des voix contre 34,9 % à J.-P. Fabre, le taux d’abstention s’élevant à 40 %. Rassemblée au sein de CAP 2015, l’opposition rejette ce résultat et renonce à déposer des recours ; les observateurs internationaux, dont l’UE et la CEDEAO, avalisent un scrutin dont la transparence reste pourtant douteuse. Entré en fonctions en mai, F. Gnassingbé nomme Komi Selom Klassou (UNIR) au poste de Premier ministre. Un gouvernement, dont les principaux postes reviennent au parti présidentiel, est formé le 28 juin.