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Profession : reporter

Professione : reporter ou The Passenger

Drame psychologique de Michelangelo Antonioni, avec Jack Nicholson (David Locke/David Robertson), Maria Schneider (la jeune fille), Jenny Runacre (Rachel Locke), Ian Hendry (Martin Knight).

  • Scénario : Michelangelo Antonioni, Mark Peploe, Peter Wollen
  • Photographie : Luciano Tovoli
  • Décor : Piero Poletto
  • Montage : Franco Arcalli, M. Antonioni
  • Production : Carlo Ponti (M.G.M.)
  • Pays : Italie, France et Espagne
  • Date de sortie : 1975
  • Son : couleurs
  • Durée : 2 h 06

Résumé

Profession : reporter est l'odyssée d'un homme en transit, d'un homme fatigué du monde, qui va vers une mort libératrice après avoir échangé son identité avec celle d'un voyageur rencontré par hasard dans un hôtel du Tchad et qui vient d'y mourir. David Locke est un journaliste que sa femme trompe et méprise, un voyeur professionnel qui se trouve soudain attiré par le mystère de l'autre et accomplit l'acte ultime du voyeurisme : devenir cet autre, entrer dans les détails intimes d'une vie de substitut.

Commentaire

La fascination du vide et de l'ineffable

1975, l'année où paraît Profession : reporter, est aussi celle du Voyage des comédiens, de Faux Mouvement, de Nashville, d'Une femme sous influence, de Milestones, films d'une modernité qui jette ses derniers feux avant le conservatisme frileux des années 1980, de cette modernité qu'Antonioni inaugurait en 1950 avec Chronique d'un amour et qu'il ne cessa de défendre avec une rare constance pendant vingt-cinq ans.

Depuis son premier film, Antonioni a été le plus souvent fidèle à la structure narrative du giallo, du roman policier basé sur l'enquête. Le goût lui en est venu de sa lecture des écrivains américains Hammett, Chandler ou Caine comme chez beaucoup d'artistes de sa génération (Camus, Moravia).

Mais cette fois, par le thème même du double, c'est le disparu qui vit l'enquête, non l'investigateur. Ce que la réflexion existentielle chère à Antonioni pourrait drainer de lieux communs est précisément sauvé de la généralité abstraite par cette démarche tout en suspens qui est aussi l'exploration d'un espace, la peinture d'un état des lieux. Car Antonioni, plus qu'aucun autre cinéaste contemporain peut-être, incarne la mise en scène, ce qu'ont bien compris les cinéastes les plus novateurs aujourd'hui (Angelopoulos, Wenders) qui se réclament de son exemple et de sa rigueur. Dans Profession : reporter comme dans ses autres films le sens du récit naît avant tout de sa mise en forme.

À cet égard, l'avant-dernier plan qui a fini abusivement par se substituer pour les commentateurs au film tout entier est un magistral exemple de la stylistique antonionienne. Grâce à une grue géante et à un gyroscope, la caméra accomplit un plan séquence de sept minutes, travelling avant imperceptible qui abandonne David Locke dans sa chambre d'hôtel, traverse les grilles de la fenêtre, se dirige vers une cour ensoleillée où s'affairent divers personnages, puis revient vers cette même fenêtre pour retrouver David Locke mort. Cette caméra n'est pas subjective, ce n'est pas lui déjà absent du monde qui porte son regard vers l'extérieur, elle n'est pas objective non plus mais serait bien plutôt l'expression du passage de Locke vers un ailleurs, son basculement dans l'absence. Car Antonioni a toujours été fasciné par la disparition, par le vide, par les surfaces nues. D'où son goût du désert, comme dans Profession : reporter, qui témoigne d'une tentation folle de dire l'ineffable, de définir ce point mystérieux, proche du mirage, entre l'attente et l'oubli.