En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Nashville

Nashville

Chronique de Robert Altman, avec David Arkin (Norman), Barbara Baxley (Lady Pearl), Karen Black (Connie White), Shelley Duvall (L.A. Joan), Timothy Brown (Tommy Brown), Keith Carradine (Tom Frank), Geraldine Chaplin (Opal), Barbara Harris (Albuquerque), Ronee Blakley (Barbara Jean).

  • Scénario : Joan Tewkesbury
  • Photographie : Paul Lohmann
  • Décor : Jules Melino
  • Musique : Richard Baskin
  • Montage : Sidney Levin, Dennis Hill
  • Production : R. Altman (Paramount)
  • Pays : États-Unis
  • Date de sortie : 1975
  • Son : couleurs
  • Durée : 2 h 39

Résumé

Entre une séquence d'ouverture à l'aéroport de Nashville (Tennessee), qui introduit la quasi-totalité des vingt-quatre personnages lors de l'arrivée de la chanteuse Barbara Jean, et la séquence finale au Parthénon où, pendant son concert, l'artiste est assassinée, Altman a fait se croiser, s'effleurer, parfois se rencontrer des destinées individuelles dans la confusion d'abord, tant visuelle que sonore, puis en s'attachant aux gestes et aux comportements, mais de l'extérieur, sans volonté d'analyse psychologique.

Commentaire

Un chaos bien organisé

Altman a tourné des œuvres plus poétiques (John McCabe), plus délirantes (Brewster McCloud), plus introspectives (Trois Femmes), plus expérimentales (California Split), mais aucune ne résume mieux son projet artistique. En deux heures quarante, se gardant de privilégier un seul personnage, il détourne le genre bien établi du feuilleton familial ou collectif télévisé où les auteurs multiplient les scènes mélodramatiques, les rencontres inattendues, pour créer l'émotion larmoyante. Altman, lui, a toujours aimé utiliser les stéréotypes (du western, du film noir, du film de gangsters, de la science-fiction) pour mieux subvertir et dévoiler les mythes qui sous-tendent la culture de son pays. Il est donc à la fois l'un des cinéastes les plus américains qui soient et l'un des rares qui refusent les lois du spectacle et préviennent toute possibilité d'identification. D'où ses nombreux insuccès commerciaux.

Réalisé peu après le scandale du Watergate et peu avant la célébration du bicentenaire des États-Unis, Nashville est une interrogation sur le spectacle comme politique et sur la politique comme spectacle. Le monde de la « country music », des affaires qui s'y brassent et des concerts au Grand Opry est mis en parallèle avec la campagne présidentielle de Hal Philip Walker, le candidat invisible du Replacement Party. Poursuivant ses recherches entreprises dans California Split, Altman superpose les événements, adopte une structure de récit qui donne en permanence une impression de flottement et d'improvisation (mais rien de plus organisé que ce chaos apparent), sature sa bande-son de musiques et de bruits divers, nous grise d'enregistrements, de disques, d'émissions de télévision, de conversations téléphoniques, faisant de son film un des commentaires les plus pertinents et les plus ironiques à la fois du monde de la communication et de la société médiatique.

Vingt-sept chansons ajoutent à la richesse de la texture formelle en moquant l'action ou en l'anticipant. Mais on aurait tort de privilégier le point de vue satirique du metteur en scène. En témoigne le personnage d'Opal, faux reporter de la B.B.C., qui multiplie les simplifications outrancières et les clichés sur le Nouveau Monde et qu'interprète Geraldine Chaplin. Car Altman, s'il aime fustiger les mœurs et les valeurs de son pays, sait aussi à l'occasion exalter ce qu'il ridiculise. Les aspirantes chanteuses, les épouses esseulées, les interprètes démagogues ou les play-boys cyniques qu'il nous montre avec distance peuvent fugitivement nous révéler leur part de vulnérabilité ou d'humanité.