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Une femme sous influence

A Woman Under the Influence

Drame de John Cassavetes, avec Gena Rowlands (Mabel Longhetti), Peter Falk (Nick Longhetti), Matthew Cassel (Tony Longhetti), Matthew Laborteaux (Angelo Longhetti), Christina Grisanti (Maria Longhetti), Katharine Cassavetes (Mama Longhetti), Lady Rowlands (Martha Mortensen).

  • Scénario : John Cassavetes
  • Photographie : Mitch Breit
  • Décor : Phedon Papamichael
  • Musique : Bo Harwood
  • Montage : Elizabeth Bergeron, David Armstrong, Sheila Viseltear, Tom Cornwell
  • Production : Sam Shaw (Faces International)
  • Pays : États-Unis
  • Date de sortie : 1975
  • Son : couleurs
  • Durée : 2 h 26 (originellement 2 h 35)
  • Prix : Prix du jury et Prix d'interprétation féminine (Gena Rowlands), San Sebastian 1975

Résumé

Nick est contremaître de travaux publics. Mabel, son épouse, ne vit que pour lui et leurs enfants. Elle est « originale, mais pas folle », selon Nick. Mais à la suite des comportements « bizarres » ou provocants de Mabel devant les collègues de Nick, puis à une fête d'enfants, Nick devient violent. Influencé par sa mère, il fait interner Mabel. Six mois plus tard, elle revient. Changée ? Pas tant que cela. Une petite réception tourne mal. Ce soir-là, après une nouvelle crise, Mabel et Nick débarrassent ensemble la table du dîner.

Commentaire

Le spectacle de la déraison

Comme presque tous les films de Cassavetes, Une femme sous influence fut tourné dans des conditions très particulières. Financé par le réalisateur lui-même et ses proches, tourné de façon épisodique en fonction de l'argent et des disponibilités de chacun, le film, en regard de son budget réduit, remporta un succès commercial inattendu. Pour la première fois, Cassavetes situa l'action du film dans un milieu ouvrier, plutôt que de marginaux, d'artistes ou de cadres moyens, ce qui ancra le drame dans un contexte quotidien, peut-être plus accessible que ses films précédents. « Presque tout le monde a été marié ou amoureux. Dans un sujet de ce genre, on part donc avec un acquis important chez le spectateur », confie Cassavetes. « Je crois fermement que toute femme qui aime son mari et qui est mariée depuis un certain temps ne sait pas où investir ses émotions, et que cela peut conduire à la folie. »

Personnages jumeaux de Mabel (également incarnés par la fabuleuse Gena Rowlands), l'actrice d'Opening Night (1978) et la divorcée excentrique de Love Streams (1984) trouveront des exutoires à leurs bouffées schizoïdes, la première sur les planches d'un théâtre, la seconde dans l'affichage de son indépendance. Ces solutions de privilégiées sont refusées à Mabel, en partie à cause du milieu où elle vit : elle sera donc la seule héroïne de Cassavetes à se laisser enfermer. Cassavetes ne juge pas, ne cherche pas à justifier ou analyser les comportements de ses personnages, pas plus Mabel, d'ailleurs, que ceux qui la « subissent ». Face à l'incommunicabilité, il invite le public à capter des signaux de détresse qu'aucun personnage ne sait déchiffrer. Seule la caméra semble douée de ce pouvoir : Mabel fait de son malheur une sorte de représentation permanente, débridée et imprévisible, que personne ne comprend, et qui dérange la bienséance jusqu'à devenir insupportable.

Utilisant des objectifs à longue focale pour que la caméra « se fasse oublier » et que les acteurs se meuvent naturellement dans le cadre, Cassavetes renforce l'impression de voyeurisme du spectateur. Mais il ne culpabilise jamais celui-ci, car ses personnages sont faits pour être vus, comme si leur salut en dépendait. À leur image, la mise en scène se « livre » sans afféterie, avec un sens aiguisé du spectacle, non comme mensonge, mais comme révélation.