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proudhonisme

Doctrine fondée sur les idées de Pierre Joseph Proudhon et dont l'influence a marqué le mouvement ouvrier et le syndicalisme français.

Le proudhonisme après Proudhon

L'influence proudhonienne

La section française de l'Internationale était dominée par les proudhoniens Henri Tolain (1828-1897), Ernest Fribourg (1870-1944), Charles Limousin (1906-1945). Comme l'a noté le germaniste français Charles Andler (1866-1933), « la méfiance des Français de l'Internationale à l'endroit de la grève est proudhonienne ». Les adversaires de Karl Marx dans l'Internationale et hors de l'Internationale avaient besoin d'un chef de file capable de synthétiser leur opposition au centralisme ; ils se réclamèrent de Proudhon, bientôt relayé par Bakounine. Mais l'influence de Proudhon est nette encore dans la Commune parisienne de 1871 avec Charles Beslay (1795-1878), Zéphirin Camélinat (1840-1932), Charles Longuet (1839-1903), Auguste Vermorel (1841-1871).

L'anti-étatisme

Quelques années plus tard, dans les deux dernières décennies du xixe s., l'anti-étatisme de Proudhon reparaît chez la plupart des fondateurs du syndicalisme révolutionnaire, farouchement épris d'indépendance vis-à-vis de l'État et du parti socialiste comme vis-à-vis du patronat. Ce n'est pas forcer le sens de la charte d'Amiens votée par le congrès de la C.G.T. en 1906 que de lui trouver une résonance proudhonienne. Le bulletin de la C.G.T. s'appelle alors et s'appellera jusqu'en 1939 la Voix du peuple. « L'étude de Proudhon, au cercle libertaire, m'inclinait tout particulièrement vers l'action ouvrière », écrira Léon Jouhaux. Dans le domaine éducatif, les Réflexions sur l'éducation (1912-1913) d'Albert Thierry (1881-1915) prolongent la pensée proudhonienne.

Après 1914, alors que beaucoup de syndicalistes révolutionnaires assagis pratiqueront un réformisme de fait, Léon Jouhaux et ses amis continueront à voir en Proudhon leur maître à penser : l'importance qu'ils donneront à l'Organisation internationale du travail et surtout au Conseil national économique s'inspirera du désir de voir croître et se développer de nouvelles institutions non politiques qui feront reculer le vieil État monarchique, jacobin et napoléonien.

« L'instinct ouvrier »

En 1920, Jouhaux dédie un livre à Célestin Bouglé (1870-1940) en ces termes : « Sur le chemin de la vérité proudhonienne », et il écrit : « Nul dans l'abondante cohorte des réformateurs du dernier siècle n'a eu plus que lui l'instinct ouvrier. » Ce n'est pas sans raison que Léon Jouhaux baptisa le Peuple le quotidien fondé par la C.G.T. au lendemain de la Première Guerre mondiale et l'Atelier le mensuel qu'elle publia à diverses reprises. Les radicaux qui veulent donner à leur mouvement une doctrine (Léon Bourgeois [1851-1925], Aimé Berthod [1878-1944], Célestin Bouglé) en cherchent les éléments chez Proudhon. Mais, dans le même temps, le proudhonisme intéresse certains royalistes plus ou moins en rupture avec Charles Maurras, et quelques-uns voudront voir en Proudhon, après 1940, un précurseur lointain de la révolution nationale de Vichy. Il est douteux que Proudhon eût accepté ce parrainage.

Le mouvement gauchiste issu de Mai 1968 a trouvé chez Proudhon une apologie de la spontanéité. Proudhon n'a-t-il pas écrit le 2 septembre 1848 dans le Manifeste du peuple : « Toute notre science consiste à épier les manifestations du peuple, à solliciter sa parole, à interpréter ses actes ; interroger le peuple, c'est pour nous toute la philosophie, toute la politique. »

Pour en savoir plus, voir les articles socialisme, syndicalisme, ouvrier.